‹ Trois villes saintesChapitre 12 sur 16 · V. LuDOLF DE Saxe, Vie de Jésus-Christ, t. II, p · texte numérisé non relu

V. LuDOLF DE Saxe, Vie de Jésus-Christ, t. II, p

témoignages sensibles, d'abord, près du Monte-Gargano, où fut son premier sanctuaire, puis à Rome au moment d'une peste, lorsque le Pape Saint Grégoire i aperçut dans le ciel essuyant son épée sanglante, et qu*aussitôt la calamité cessa ; plus tard, à Saint Aubert d*Avranches, enfin à Jeanne d'Arc.

Il enjoignit à Saint Aubert de lui bâtir une église sur le Mont Tombe ; comme Téveque se pressait trop peu d'obéir, il lai imprima sur la tête son pouce de feu, et le crâne troué du Saint conservera jusqu'à la Résurrection le lisse bourrelet de cet attouchement.

Du VIII® au XV® siècle les épisodes miraculeux surabondèrent autour du Mont ; tels le geste de Bain, avec ses douze fils, remuant les rocs énormes que tout un peuple ne pouvait ébranler ; la rosée descendue sur l'îlot, sauf au lieu où les fondations devaient être posées ; la translation du manteau rouge laissé par l'archange au Mont Gargano, et, sur son peissage, la guérison de douze aveugles, entre autres, d'une femme d'Astériac qui, en voyant soudain, s'écria : « Qu'il fait beau voir ! » D'où son village devint

Beauvoir. Tels encore la découverte, en 1009, des reliques de Saint Aubert qu'un satanique chanoine avait dérobées; en 1011, le miracle de la pèlerine enceinte, accouchant sur les grèves, assaillie par la marée montante et portée avec son enfant audessus du flot, à la terre ferme. Dans ce dernier fait, l'action de Saint Michel s*efîace sous la toute-puissance de la Vierge Marie ; un manuscrit des Miracles de Notre-Dame est orné dune peinture en camaïeu où Marie et deux anges planent sur la pauvre femme, tandis que celle-ci, d'un air tranquille, surnage, tenant son poupon radieux, et qu'au premier plan d'autres pèlerins, agenouillés, joignent leurs mains en extase devant le prodige.

Des choses se passaient au Mont qu'on ne voyait nulle part ailleurs : en plein minuit, des tisons de feu, une clarté fulgurante dardaient autour du monastère ; d'Avranches on en était ébloui. De plus, la foudre, les tremblements de terre, les incendies se coalisaient contre l'œuvre des moines, comme si tous les démons se fussent évertués à l'anéantir ; et les moines, avec une surnaturelle ténacité, recom-

mençaient après chaque désastre, consolidaient, amplifiaient. Pour les gens qui aiment la lutte, je sais peu de lectures exaltantes comme les fastes de Tabbaye.

Les pèlerinages au Mont-Saint-Michel eurent eux-mêmes un caractère inouï. Une sorte de saint vertige y précipitait les peuples. Des prêtres se mettaient en route suivis de leur paroisse, sans avoir pris le temps de fermer leur maison. Un forgeron quitta son fer chaud sur l'enclume et partit. Ni les périls de la micr, ni l'incertitude des chemins, ni la guerre ne les arrêtaient. Ils arrivaient de tout pays, et leur nombre dut être immense : dans la seule année 1368, Thôpital de la confrérie de Saint- Jacques, à Paris, reçut près de dix-sept mille pèlerins, dont presque tous allaient au Mont. Un événement extraordinaire fut, en 1333, la visite des Pastoureaux.

« Une innombrable multitude de petits enfants, raconte le chroniqueur Dom Huynes, vinrent en cette église de divers pays lointams, les uns par bandes, les autres en particulier. Plusieurs desquels asseuraient qu'ils a voyant entendu des voix célestes qui disaient à chacun d'eux :

< ya au Mont-Saint- Michel, et qu'incontinent, ils avoyent obéi, poussez d*un ardent désir, et s'estoient dès aussy tost mis en chemin, laissans leurs troupeaux emmy les champs, et marchants vers ce Mont sans dire adieu à personne ^ ».

Compostelle, en son apogée, n'avait point connu de pareils élans. Mais, aussi bien — et plus encore — que Saint Jacques était le patron des Espagnes, Saint Michel voulut être le Baron de France ; il mit les trois lys dans ses armes et fit passer sur le royaume Téclair de son glaive. Avoir suscité Jeanne d*Arc et, par elle, libéré la France de barbares qui allaient devenir des hérétiques, voilà certes le plus beau miracle dû à Saint Michel. Il constitue pour le pays une promesse de pérennité : « Chaque peuple a son Ange », disait Daniel le prophète. Le nôtre ne peut pas, même indignes, nous délaisser.

Nulle idée, à vrai dire, n'excitait davantage vers lui mes certitudes. L'oraison que Léon XIII ajouta aux rubriques de la Messe : Sancte Michael, défende nos

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