‹ Trois voyages au CanadaChapitre 9 sur 35 · ET COMME LES SAUVAGES SE GOUVERNENT, ALLANT EN VOYAGE ET PAR PAYS · texte numérisé non relu

ET COMME LES SAUVAGES SE GOUVERNENT, ALLANT EN VOYAGE ET PAR PAYS

Ce lieu du Cap de Victoire ou de Massacre est à douze ou quinze lieues au deçà de la rivière des Prairies, ainsi nommée pour la quantité des îles plates et prairies agréables que cette rivière et un beau et grand lac y contiennent. La rivière des Iroquois y aboutit à main gauche, comme celle des Ignerhonons (qui est encore une nation des Iroquois) aboutit à celle du cap de Victoire. Toutes ces contrées sont très agréables et propres à y bâtir des villes ; les terres y sont plates et unies, mais un peu sablonneuses ; les rivières y sont poissonneuses, et la chasse et l'air fort bons, joint que, pour la grandeur et profondeur de la rivière, les barques y peuvent aller à la voile, quand les vents sont bons, et, à faute de bon vent, on se peut servir d'avirons.

Pour revenir donc au cap de Victoire, la rivière à cet endroit n'a environ qu'une demi -lieue de large ; et dès l'entrée se voient tout d'un rang six ou sept îles fort agréables et couvertes de beaux bois, les Hurons y ayant fait leur traite et agréé, pour quelques petits présents, de nous conduire en leur pays, le Père Joseph, le Père Nicolas et moi. Nous partîmes en même temps avec eux, après avoir premièrement invoqué l'assistance de Notre-Seigneur, à ce qu'il nous conduisît et donnât un bon et heureux succès à notre voyage, le tout à sa gloire, à notre salut et au bien et conversion de ces pauvres peuples.

Mais pour ce que les Hurons ne s'associent que cinq à cinq, ou six à six pour chaque canot, ces petits vaisseaux ne pouvant pour le plus contenir qu'une personne et un peu de marchandise, il fallut nécessairement nous séparer et nous accommoder à part, chacun avec une de ces sociétés, qui nous conduisirent jusque dans leur pays, sans nous plus revoir en chemin que les deux premiers jours que nous logeâmes avec le Père Joseph, et puis jusqu'à plusieurs semaines après notre arrivée au pays des Hurons.

Notre premier gîte fut à la rivière des Prairies, qui est à cinq lieues au dessous du saut Saint-Louis ; nous y trouvâmes déjà d'autres sauvages cabanes, qui faisaient festin d'un grand ours qu'ils avaient pris dans la rivière. Ces sauvages, en leur festin et caressant la chaudière, chantaient tous ensemble puis alternativement, d'un chant si doux et agréable que j'en demeurai tout étonné ; de sorte que depuis, je n'ai rien ouï de plus admirable entre eux ; car leur chant ordinaire est assez malgracieux.

Nous cabanâmes assez proche d'eux et fîmes chaudière à la Huronne, mais je ne pus encore manger de leur sagamité pour ce coup cl il me fallut ainsi me coucher sans souper. Ils avaient aussi mangé en chemin un petit sac de biscuits de mer que j'avais pris aux barques, pensant qu'il me durerait jusqu'aux Ilurons ; mais ils n'y laissèrent rien de reste pour le lendemain, tant ils les trouvèrent bons. Notre lit fut la terre nue, avec une pierre pour mon chevet ; notre maison était deux écorces de bouleau, posées contre quatre petites perches, fichées en terre et accommodées en penchant au-dessus de nous. Mais pour ce que leur façon de faire et leur manière de s'accommoder en allant en voyage est presque toujours la même, je dirai succinctement ci-après comme ils s'y gouvernent.

C'est que pour pratiquer la patience à bon escient et pâtir au delà des forces humaines, il ne faut qu'entreprendre des voyages avec les sauvages et spécialement longtemps, comme nous fîmes ; car il se faut résoudre d'y endurer, outre le danger de périr en chemin tant de la faim que de la puanteur que ces sales maussades rendent dans leurs canots, que coucher sur la terre nue par les champs, marcher avec grand travail dans les eaux et lieux fangeux, souffrir la pluie sur le dos et la morsure d'une infinité de moustiques et cousins, avec la difficulté de la langue pour pouvoir s'expliquer suffisamment et n'avoir aucun chrétien avec soi pour se consoler au milieu de ses travaux. Il est vrai, d'ailleurs que les sauvages sont assez humains, voire plus que ne sont beaucoup de personnes plus polies et moins sauvages ; car me voyant passer plusieurs jours sans pouvoir presque manger de leur sagamité, ainsi salement et pauvrement accommodé, ils avaient quelque compassion avec moi et m'encourageaient au mieux qu'il leur était possible.

DES HURONS. 85 Etant donc par les champs, l'heure de se cabaner venue, ils cherchaient à se mettre en quelque endroit commode sur le bord de la rivière ou autre part, où se pût aisément trouver du bois sec à faire du feu ; l'un avait soin d'en amasser, un autre de dresser la cabane et le bois à pendre la chaudière au feu, un autre de chercher deux pierres plates pour concasser le blé d'Inde sur une peau étendue contre terre, et après le verser et faire bouillir dans la chaudière. Etant cuit fort clair, on dressait le tout dans des écuelles d'écorce que pour cet effet nous portions quant à nous avec des cuillers grandes comme petits plats, desquelles on se sert à manger cette menestre et sagamite soir et matin. Ce sont les deux fois seulement que l'on fait chaudière par jour, savoir quand on est cabané au soir, et au matin avant que de partir; et encore quelquefois ne la faisions-nous point, de hâte que nous avions de partir, et parfois la faisions-nous avant-jour. Que si nous nous rencontrions deux ménages en une même cabane, chacun faisait la chaudière à part, puis tous ensemble les mangions l'une après l'autre, sans aucun débat, et chacun participait à l'une et à l'autre. Mais pour moi, je me contentais pour l'ordinaire de la sagamite des deux qui m'agréait davantage, bien qu'à l'une et à l'autre il y eût toujours des saletés et ordures, à cause en partie qu'on servait tous les jours de nouvelles pierres et assez mal nettes pour concasser le blé, joint que les écuelles ne pouvaient sentir bon ; car ayant nécessité de faire de l'eau en leur canot, ils s'en servaient ordinairement ; mais sur terre ils s'accroupissaient en quelque lieu à l'écart avec de l'honnêteté et de la modestie qui n'avait rien de sauvage.

Ils faisaient parfois chaudière de blé d'Inde non concassé, et bien qu'il fût toujours fort dur, pour la difficulté qu'il y a à le faire cuire, il m'agréait davantage au commencement, parce que je le prenais grain à grain, et par ainsi je le mangeais nettement et à loisir en marchant et dans notre canot. Aux endroits de la rivière et des lacs où ils pensaient avoir du poisson, ils laissaient traîner après eux une ligne, au bout de laquelle ils avaient accommodé et lié de la peau de quelque grenouille qu'ils avaient écorchée. Parfois, ils y prenaient du poisson qui servait à donner goût à la chaudière ; mais quand le temps ne les pressait point, comme lorsqu'ils descendaient pour la traite. Le soir, ayant cabané, une

partie d'eux allait tendre leurs filets dans la rivière, en laquelle ils prenaient souventde bons poissons, comme brochets, esturgeons et des carpes qui ne sont néanmoins telles, ni si bonnes, ni si grosses que les nôtres, puis plusieurs autres espèces de poissons que nous n'avons pas par deçà.

Le blé d'Inde que nous mangions en chemin, ils l'allaient chercher de deux en deux jours en de certains lieux écartés où ils l'avaient caché en descendant, dans de petits sacs d'écorce de bouleau. Car autrement, ce leur serait trop de peine de porter toujours quant et eux tout le blé qui leur est nécessaire en leur voyage. Je m'étonnais grandement comment ils pouvaient si bien remarquer tous les endroits où ils l'avaient caché, sans se méprendre aucunement , bien que ces endroits fussent fort souvent très éloignés du chemin.

La manière qu'ils avaient de tirer du feu, et laquelle est pratiquée par tous les peuples sauvages est telle : ils prenaient deux bâtons de saule, secs et légers, puis en accommodaient un, d'environ la longueur d'une coudée et épais d'un doigt environ et ayant sur le bord de sa largeur, un peu cavée de la pointe d'un couteau ou de la dent d'un castor, une petite fossette avec un petit cran à côté, pour faire tomber à bas sur quelque bout de mèche, ou chose propre à prendre feu, la poudre réduite en feu qui devait tomber du trou ; ils mettaient la pointe d'un autre bâton du même bois, gros comme le petit doigt, dans le trou ainsi commencé ; et étant contre terre, le genou sur le bout du bâton large, ils tournaient l'autre entre les deux mains si soudainement et si longtemps, que les deux bois étant bien échauffés, la poudre qui en sortait à cause de cette continuelle agitation, se convertissait en feu, duquel ils allumaient un bout de leur corde sèche qui conserve le feu comme mèche d'arquebuse ; puis après, avec un peu de menu bois sec, ils faisaient du feu pour faire la chaudière. Mais il faut noter que tout bois n'est pas propre à en tirer du feu, sauf certains que les sauvages savent choisir. Or quand ils avaient de la difficulté d'en tirer, ils déminçaient dans ce trou un peu de charbon ou un peu de bois sec en poudre ; quand ils n'avaient un bâton large, comme je l'ai dit, ils en prenaient deux ronds et les liaient ensemble par les deux bouts, et étant couchés le genou dessus pour les tenir, ils mettaient entre deux la pointe d'un autre bâton de ce bois, fait de la façon

DES HURONS. 87 d'une navette de lissier, et ils le tournaient par l'autre bout entre les deux mains, comme j'ai dit.

Pour revenir donc à notre voyage, nous ne faisions chaudière que deux fois le jour, et je n'en pouvais guère manger à la fois pour n'y être accoutumé. Il ne faut pas demander si je pâlissais grandement de nécessité, plus que mes sauvages qui étaient accoutumés à cette manière de vivre, joint que, pétunant assez souvent durant le jour, cela leur amortissait la faim.

L'humanité de mon hôte était remarquable en ce que, n'ayant pour toute couverture qu'une peau d'ours à se couvrir, encore m'en faisait-il part quand il pleuvait la nuit, sans que je l'en priasse. Même il me disposait la place le soir, où je devais reposer la nuit, y accommodant quelques petits rameaux et une petite natte de jonc qu'ils ont accoutumé de porter en de longs voyages ; et compatissant à ma peine et faiblesse, il m'exemptait de nager et de tenir l'aviron, ce qui n'était pas me décharger d'une petite peine. En outre il me portait mes hardes aux sauts, bien qu'il fût déjà assez chargé de sa marchandise et du canot qu'il portait sur son épaule parmi de si fâcheux et pénibles chemins.

Un jour, ayant pris le devant, comme d'ordinaire, pendant que mes sauvages déchargeaient le canot, et m'approchant d'un lac, je sentis la terre branler sous moi, comme une île flottante sur les eaux ; et de fait je m'en retirai bien doucement et allai attendre mes gens sur un grand rocher là auprès, de peur que quelque inconvénient ne m'arrivât. Il nous fallait aussi parfois passer par de fâcheux bourbiers, desquels à toute peine pouvions-nous nous retirer ; et particulièrement en un certain marais où l'on pourrait facilement enfoncer jusque par-dessus la tête, comme il arriva à un certain français qui s'enfonça tellement que, s'il n'eût eu les jambes écarquillées au large, il y eût été en grand danger. On a aussi quelquefois bien de la peine à se faire passage avec la tête et les mains parmi les bois touffus, où il s'y en rencontre grand nombre de pourris et tombés les uns sur les autres, qu'il faut enjamber, puis des rochers, des pierres et d'autres incommodités qui augmentent le travail du chemin, outre le nombre infini de moustiques qui nous faisaient incessamment une très cruelle guerre ; et n'eût été le soin que je portais à me conserver les yeux

par le moyen d'une étamine que j'avais sur la face, ces méchants animaux m'auraient rendu aveugle beaucoup de fois ; et ainsi en était— il arrivé à d'autres qui en perdirent la vue pour plusieurs jours, tant leur piqûre est venimeuse à l'endroit de ceux qui n'ont encore pris l'air du pays. Néanmoins pour toute diligence que je pus apporter à m'en défendre, je ne laissai pas d'en avoir le visage, les mains et les jambes oflensés.

Nous passâmes par plusieurs nations sauvages ; mais nous ne nous arrêtions qu'une nuit en ebacune, pour arriver vite, excepté aux Epieerinys ou Sorciers, où nous séjournâmes deux jours, tant pour nous reposer de la fatigue du chemin que pour traiter quelque chose avec cette nalion. Ce fut là où je trouvai le père Nicolas proche le lac où il m'attendait. Cette heureuse rencontre nous réjouit grandement et nous nous consolâmes avec quelques français, pendant le peu de séjour que nos gens firent là. Notre festin fut d'un peu de poisson que nous avions et des citrouilles cuites dans l'eau, que je trouvai meilleures que viande que j'aie jamais mangée, tant j'étais abattu et atténué de nécessité ; puis il fallut partir chacun séparément à l'ordinaire avec ses gens. Ce peuple épicerinyen est ainsi surnommé sorcier pour le grand nombre qu'il y en a entre eux et des magiciens qui font profession de parler au diable en des petites tours rondes et séparées à l'écart, qu'ils font à dessein pour y recevoir les oracles et prédire ou apprendre quelque chose de leur maître. Ils sont aussi coutumiersà donner des sorts et de certaines maladies qui ne se guérissent que par un autre sort et remède extraordinaire; il y en a du corps desquels sortent des serpents et des longs boyaux et quelquefois seulement à demi, puis rentrent, qui sont toutes choses diaboliques. Et hors ces sorts magiques et la communication qu'ils ont avec les démons, je les trouvais fort humains et courtois.

Ce fut en ce village, que par mégarde je perdis, à mon très grand regret, tous les mémoires que j'avais faits des pays, chemins, rencontres et choses remarquables que nous avions vues depuis Dieppe en Normandie jusque là ; et je ne m'en aperçus qu'à la rencontre de deux canots de sauvages delà Nation du Bois. Cette nation est fort éloignée et dépendante des Cheveux relevés, qui ne couvrent point du tout leur honte et

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nudité, sinon pour cause de grand froid et de longs voyages qui les obligent à se servir d'une couverture de peau. Ils avaient à leur cou de petites fraises de plumes, et leurs cheveux accommodés de même parure. Leur visage était peint de diverses couleurs en huile, fort joliment ; les uns

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étaient d'un côté tout vert cl de l'autre rouge, autres semblaient avoir tout le visage couvert de passements naturels, et autres tout autrement. Ils ont aussi accoutumé de se peindre particulièrement quand ils doivent arriver ou passer par quelque autre nation, comme avaient fait mes sauvages arrivant aux Squekaneronons ; c'est pour ce sujet qu'ils portent de ces peintures et de l'huile avec eux en voyageant, et aussi à cause des festins, danses ou autres assemblées, afin de sembler plus beaux et attirer les yeux des autres.

I ne journée, après avoir trouvé ces sauvages, nous nous arrêtâmes quelque temps en un village d'Algoumequins, et y entendant un grand bruit, je fus curieux de regarder par la fente d'une cabane, pour savoir ce que c'était. Là je vis au-dedans une quantité d'hommes, mi-partis en deux bandes, assis contre terre et arrangés des deux côtés de la cabane ; chaque bande avait devant soi une longue perche plate, large de trois ou quatre doigts, et tous les hommes, ayant chacun un bâton en main, en frappaient continuellement ces perches plates, à la cadence du son des tortues et de plusieurs chansons qu'ils chantaient de toute la force de leur voix. Le loki ou médecin, qui était au haut bout avec sa grande tortue en main, commençait et les autres à pleine tête poursuivaient ; ce semblait un sabbat cl une vraie confusion et harmonie de Démons. Deux femmes cependant tenaient l'enfant tout nu, le ventre en haut proche d'eux, vis-à-vis du loki. A quelque temps de là, le loki à quatre pattes s'approchait de l'enfant avec des cris et hurlements comme d'un furieux taureau, puis le soufflait près des parties naturelles ; et après ils recommençaient leur tintamarre et leur cérémonie qui finit par un festin qui se disposait au bout de la cabane. De savoir que devint l'enfant, et s'il lut guéri ou non, je n'en ai rien su depuis, pource qu'il nous fallut partir incontinent, après avoir repu et un peu reposé.

De cette nation nous allâmes cabaner en un village d'Andatahouets que nous disons Cheveu ou Poil levé, qui s'étaient venus poser proche la mer douce, à dessein de traiter avec les Hurons et autres qui retournaient de la traite de Québec ; et fûmes deux jours à traiter avec eux. Ces sauvages sont une certaine nation qui porte leurs cheveux relevés sur le front, plus droits que les perruques des dames ; ils les font tenir ainsi droits

DES HURONS. 91 par le moyen d'un fer ou d'une hache chaude, ce qui n'est pas autrement de mauvaise grâce. En outre, tous ces hommes ne couvrent point du tout leurs parties naturelles, qu'ils tiennent à découvert, avec tout le reste du corps, sans honte ni vergogne ; mais pour les femmes, elles ont un petit cuir, grand à peu près comme une serviette, ceint à l'entour des reins qui descend jusque sur le milieu des cuisses à la façon des Huronnes. 11 y a un grand peuple en cette nation, et la plupart des hommes sont grands guerriers, chasseurs et pêcheurs. Je vis là heaucoup de femmes et filles qui faisaient des nattes de jonc, grandement hien tissées et embellies de diverses couleurs, qu'elles traitaient après pour d'autres marchandises avec sauvages de diverses contrées qui abordaient en leur village. Ils sont errants, sinon que quelques villages d'entre eux sèment du blé d'Inde et font la guerre à une autre nation, nommée Assitagueronon, qui veut dire gens de feu ; car en langue huronne assista signifie du feu et eronon signifie nation. Ils sont éloignés d'eux d'environ deux cents lieues et plus ; ils vont par troupes en plusieurs régions éloignées de plus de quatre cents lieues, où ils trafiquent de leurs marchandises et échangent pour des pelleteries, peintures, porcelaines et autres fatras.

Les femmes vivent fort bien avec leurs maris et ont cette coutume avec toutes les autres femmes des peuples errants, que lorsqu'elles ont leurs mois, elles se retirent d'avec leurs maris, et la fille d'avec ses père et mère. Elles s'en vont en de certaines cabanes écartées de leur village, où elles séjournent tout le temps de ces incommodités, sans avoir aucune compagnie d'hommes, lesquels leur portent des vivres jusqu'à leur retour, si elles-mêmes n'emportent suffisamment pour leur provision, comme elles font ordinairement. Entre les Hurons et autres peuples sédentaires, les femmes ni les filles ne sortent point de leur maison pour semblables incommodités ; mais elles font leur manger en de petits pots à part pendant ce temps-là et ne permettent à personne de manger de leurs viandes ; de sorte qu'elles semblent imiter les Juives, lesquelles s'estiment immondes pendant le temps de leurs fleurs. Je n'ai pu apprendre d'où leur était arrivée cette coutume de se séparer ainsi, quoique je l'estime pleine d'honnêteté.

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