‹ Troisieme anniversaire de "La Patrie"Chapitre 6 sur 12 · LE REBOISEMENT · texte numérisé non relu

LE REBOISEMENT

Le voyageur qUÏ arrive d'Europe est toujours desappointé, en trouvant si peu de beaux arbres dans nos canv

^ "os. A de rares exceptions près, il ne verra pas d'arbres ,oûr jeter leur ombre bienfaisante sur nos chemins pou dreux et nos pacages dessèches ou le bé ail haletant se couche, a l'abri des clôtures, pour se protéger contre les ardeurs du soleil : pas de verdure pour encadrer nos ma sons blanches; bien loin, à l'horizon, une longue ligne, S noire, d'arbres négligés, qui ne doivent leur existence qu'à la rigueur des hivers, le colon ayant ete oblige. Kr 6 1ui.de ïes épargner; c'est là qu'il prend son bois rchauttaue. un objet de première nécessité pour lui, sous un climat comme le nôtre. j. •<

Si chaque arpent de terre, ainsi dénude, rapportai un profit raisonnable au cultivateur Von se consolerai de la destruction des arbres, en s inclinant devant la loi inexorable de notre siècle, qui convertit tout en argent. Mais que la proportion de ce terrain cultivée avec profit est faible ! Combien y a-t-il, partout, de coins de terre qu, ..peuvent être utilises qu'eu y faisant croître les arbres forestiers. Ceux-ci ne sont pas seulement le plus bel ornement de nos campagnes, ils ne sont pas seulement le produit le plus utile de la nature, donnant le bois de chauf- ES de construction, l'ombre, l'abri contre les vents, rete- JLt l'humidité, empêchant les «^ ,<*£™Z££% etc • au point de vue strictement commercial, leui culture est % placement le plu, productif et le plus sûr que Ion puisse

"'(•(.M UU1. ta. l,e difficile que celle d'engager les habitante ,1, notre Province à planter des arbres forestiers. Saut des génératious ils ont vieilli avec idee^que l'arbre de la forêt était leur ennemi naturel, dont UtallaH

se débarrasser à tout prix; mais, dans leur propre in térêl ils doivent voir, aujourd'hui, que 1»' temps est venu d'où blier ces vieilles rancunes.

Le l'ait est que ce n'est plus une question de sentiment mais de nécessité. Le gaspillage de nos bois, qui date <1< loin, puisqu'en 1G96 les hommes prévoyants attiraient déjà L'attention du gouvernement français, sur la nécessité de protéger le bois, ce gaspillage a produit les résultats inévitables que Ton devait en attendre. Combien n'y a-t-il pas de vieilles terres, dans la province, sur lesquelles il ne reste pas un morceau de bois de construction ? 11 y en a beaucoup qui n'ont même plus de bois de chauffage. Cette disette de bois a obligé plus d'un habitant à vendre le bien dont il avait hérité de ses ancêtres, et elle est responsable de l'émigration, d'un plus grand nombre de nos compatriotes qu'on ne le croit généralement.

Ici la terre n'est pas d'un prix trop élevé pour en consacrer une petite partie à la culture du bois ; en Europe, ou il y a beaucoup moins de terrain disponible, et où il a beaucoup plus de valeur qu'ici, l'on plante, chaque année. des milliers d'arpents en arbres forestiers.

L'on me dira : " C'est bon pour les vieux pays, mais non pour un jeune pays comme le nôtre." La Nouvelle Zélande, les Colonies australiennes, les Indes Orientales même et l'Algérie (relativement à leur colonisation par Lee Européens) sont des pays plus jeunes que le nôtre, et cependant l'on y travaille sérieusement à planter les arbres forestiers sur une grande échelle Dans les Etats-Unis, le gouvernement Fédéral et les gouvernements des différents Etats encouragent la culture des arbres forestiers, au moyen de concessions de terres, de récompenses en argeni et d'exemption d'impôts ; et des sociétés puissantes coopèrent avec énergie et libéralité à cette œuvre bienfaisante.

Le gouvernement du Canada a lait un pas dans la même voie, en offrant des concessions gratuites de terres à ceux qui planteront une certaine quantité d'arbres dans les prairies de l'Ouest: mais je crois qu'il faudra des mesures plus énergiques pour donner l'élan,— comme L'établissemem de pépinières, ou l'on pourra se procurer les jeunes arbres et la graine d'au moins une plantation, pour donner

l'exemple, el démontrer d'une manière pratique qtti U (.nliuiv dos arbres forestiers est à la portée de tous.

Los compagnies de chemin de for de l'Ouesi on cornmencé la ctliture dos arbres pour leur f opre comp e ; on dii ue la compagnie du chemin de fer de fcaint-Faul Sinneapolis et Manitoba, compte maintenant parmi ses emXyê un surintendanl spécial de la culture du bois, qufvlen de Paire un contrat pour trois cent mille plants ! -lnU • la plupart dos chemins de fer à l'ouest du Mirass pi el du Missouri ont commencé à planter des arbres, pour s'assurer, dans l'avenir, un approvisionnement suffisant de traverses et autres bois indispensables,

« Nous ne vivrons pas assez longtemps pour en retirer du profit," est la réponse que l'on reçoit bien souvent, lorsque Ton conseille do planter dos arbres forestiers.

l()ll lie pense pas ainsi on Europe : même du temps du bon Lafontaine ; " Un octogénaire plantait. Permettes-moi do vous rappeler sa réponse aux jeunes gens, qui se moquaient de ce qu'il plantait des arbres a son aire :

La main des Parques blêmes

De vos jours et des miens se joue également. Nos termes sont pareils, parleur courte durée. Oui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier ? Est il aucun moment Qui nous puisse assurer d'un second seulement : Mes arrière neveux me devront cet ombrage :

Eh bien ! défendez vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui : Cela même est un fruit que je goûte aujourd hui ; J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ;

Je puis enfin compter l'aurore

Plus d'une fois sur vos tombeaux.

Je ne prétends pas que toutes nos terres doivent être plantées en arbres forestiers: cela serait absurde Mies sonl généralement trop étendues pour les forces de ceux qui les cultivent. 11 5 a toujours quelque coin isole, quelque angle informe/ quelque coteau rocheux, quelque tond humide que Von ne cultiverait qu'à perte et que 1 on n'a pas le moyen d'améliorer; commencez a planter des arbres sur ces terrains qui ne vous donnent maintenant aucun profit; choisissez l'arbre d'après la nature du soi ; roih en trouverez pour chaque espèce de terrain.

( ne fois plantée et bien repris, ils demanderont peu de soins ei augmenteront annuellement de valeur dans une proportion beaucoup plus rapide (pion ne le pense généralement, comme j'aurai ]'or«asion de le démontrer au suiel

du noyer noir.

En choisissant les arbres que Ton se propose de cultiver, la première considération doit être la nature du sol où Ton veut planier Si ce sol n'es! pas favorable a une certaine espèce d'arbres, ne perdez pas voire temps en les y plantant; vous trouverez d'autres arbres auxquels ce sol onviendra.

Après avoir dûment considéré In nature du sol et du limât, les considérations qui doivent vous guider dans le hoix des espèces d'arbres sont les suivantes : lo La valeur du bois.

2o Le degré de facilité avec lequel les arbres reprendront.

80 Le temps qu'ils mettront à atteindre leur maturité.

Le prix du noyer noir est si élevé (un dollar le pied cube) aujourd'hui, et il devient si rare, qu'il m'a semblé plus digne qu'aucun autre d'être introduit et cultivé avec soin, d'autant plus qu'il est facile à cultiver et qu'il croît très vite. Il est vrai qu'il ne pousse pas spontanément dans la Province, mais' cela n'est pas une raison suffisante pour conclure qu'il ne pourrait pas y réussir. Voyez le lilas, n'est pas un arbre canadien ; il vient de la Perse et cependant sa végétation est plus vigoureuse que celle de l'érable, l'arbre canadien par excellence ; il ouvre ses bourgeons au printemps, avant l'érable, et conserve ses feuilles, en automne, pins tard que lui. Nos grands froids ne mont pas paru devoir être un obstacle fatal, car dans l'Ouest, la patrie du noyer noir, le thermomètre descend souvent aussi bas qu'ici, quoique pour moins longtemps à la fois.

Contrairement à. l'opinion générale, même de ceux qui manient et qui travaillent le bois tous les jours, le noyer noir et le chêne augmentent leur diamètre beaucoup plus rapidement que le pin et l'épinette. Comme de raison. 1rs résultats doivent varier considérablement suivant la qualité du terrain où les arbres ont poussé, leur exposition et les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés : dans le même arbre l'on ne trouvera pas deux années ou

la croissance ail été absolument la même. Le noyer nou

dmineunbois plus précieux que le pin et l'epmette, il

, , pus rite qu'en* el il reprend beaucoup plus We

,„,,„. ,1 „v a pas à hésiter entre le choix de ces arbres,

non a Yde bon terrain : mais ne plantez pa* le noyer

Sans un, terre pauvre: il mérite d'être bien traite.

( Ws sontles profits que donne sa culture? Enjugeant a.après les cercles annuels, dans le bois coupe, et d après la croissance d'arbres maintenant vivants, je n hésite pas a dire que 1, noyer noir, dans des conditions favorables. atteindra vingt pouces de diamètre en «^«"^ (j'ai reçu l'assurance que, dans l'ouest d Ontano dans a s lorrains d'alluvion, il atteint ce diamètre en moitié nos de temps). Il contiendra alors environ quarante puas nil.es dont le prix actuel est d'un dollars.

Combien d'arbres de cette dimension peuvent pousser à la fois sur un arpent en superficie? Il est difficile de trouver au Canada une plantation régulière dartres (le cette aille, et la manière irrégnlière dont les arbres sont ..-rounés dans la forêt ne laisse qu'une vague impression, qui varie suivant l'expérience de chaque personne. 1 D'après l'honorable F. B. Hough, chef du depwtemenl des Foiits au ministère de l'Agriculture a Washington, an acre de terre peut supporter six cent quatre Vingts arbres de l'âge de cinquante-et-un ans ; d après les auteurs forestiers français, ce même terrain ne supporterai qu'environ quatre cents arbres de quarante a quinte cmq ans En prenant ce dernier chiffre, l'on réaliserait, au bout de quarante cinq ans, avec des noyers noirs de vingt pouces ,1,. diamètre (donnant l'un dans l'autre quarante pieds cubes, à un dollar du pied) la somme énorme de seize mille dollars pour un acre (un peu plus qu un arpent) en superficie; diminuons ce résultat de moitié et 1 on verra quel immense profit cette culture peut rapporter.

La valeur de cette plantation augmente régulièrement de jour en jour, à partir du moment où les arbres ont pris racine ; c'est une valeur négociable longtemps avant 1 ecn< an,,. Dans tous les cas c'est une fortune a laisser a vos ..niants, c'est un,, assurance sur votre vie en leur faveur avec cette différence que vous n avez pas de prnw a paye Chaque année. Vous vous procurez quelques poignées en

ttoiï; vous mettez un arpeni ou deux à part, et une loi. le* arbres bien repris, voue n'avez pas d'autres soins à leur donner que de veiller aux clôtures, de travailler la terre au pied des arbres tant qu'ils sont jeunes, ei d'éclaireir la

plantation.

Il vaut mieux semer les noyers assez dru, de quatre

pieds en quatre pieds dans tous les sens. Ils se protégeront mutuellement dans leur jeunesse ei on les éclaircïra a mesure que le besoin s'en fera sentir. On doil rechercher autant que possible pour les nouvelles plantations quelque abri contre le vent qui souffle ordinairement avec le plue de violence, le voisinage d'une colline ou d'un grand bois Les branchesdu noyer noir sont tendres, c'est le seul inconvénient que j'aie remarqué jusqu'ici ; mais il n'est pas fatal même les plus jeunes arbres perdent souvent plusieurs branches et reçoivent de larges blessures sans en mourir ( est un arbre extraordinairement vivace, et depuis sept ans que je le cultive, les plus grands froids de l'hiver n'en ont pas fait périr un seul. Pour éviter les retards dans |a croissance et les risques de la transplantation, il vaut mieux semer de suite le noyer noir (et tous les arbres à racine pivotante) là où ils sont destinés à croître, lorsqu'il est praticable de le faire.

Les résultats de cette culture m'ont paru si encourageants que j'ai semé, cet automne, environ dix mille noix de noyer noir. Il est facile de se procurer les noix dans la partie ouest de la province d'Ontario.

Il y a plusieurs autres arbres utiles qui peuvenl Être cultivés avec facilité et profit, dans la Province \ le noyer tendre, le chêne, l'orme, l'érable, le frêne, le tamarac, le pin, 1 épmette, etc., etc. Ils poussent dans nos forêts, à tetat sauvage; la culture les fera croître beaucoup plus rapidement. Nous avons fies arbres pour tous les terrains et toutes les expositions. Tout homme qui veut s'en don ner la peine peut entreprendre leur culture en toute conbance. Les déboursés sont presque nuls ; il faut du soin et dr h, patience ; mais les profits sont hors de toute proportion avec la dép ihse et la valeur de la main d'œuvre.

H.-Cr. JOLY,

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