DIATHÈSES
avait contracté des chancres dont la base s'indura, et pour lesquels il subit un traitement mercuriel. Les muscles de l'avant-bras furent pris de douleurs nocturnes comparables aux douleurs ostéocopes-, la rétraction devint de plus en plus manifeste, et il fut bientôt impossible au malade d'étendre l'avant-bras, qui resta infléchi à angle droit. Les muscles n'étaient point douloureux k la pression, et le malade pouvait exécuter des mouvements bornés sans douleurs notables. Les tissus de la région offraient une dureté et une raideur remarquables, mais ils ne paraissaient pas altérés. Le malade portait aussiune hypérostose. (Gaz. des Hop., 18/i2, p. 98, ou Bib. du méd. prat., t. VII, p. 411.)
Tous les muscles peuvent probablement se rétracter sous l'influence de la syphilis constitutionnelle. M. Bouisson l'a observé dans un des muscles oculomoteurs, et s'il fallait établir un siège d'élection pour ce genre de phénomènes, ce serait aux muscles en sphincter qu'il le placerait.
11 est trop intéressant de savoir d'oîi partent les rétractions pour que le professeur Bouisson ne s'en soit pas préoccupé. Mais malheureusement il ne peut donner que des soupçons à cet égard. « L'analogie, dit- il, porterait à croire que l'élément cellulo - scléreux qui unit les fibres charnues ou qui leur forme une gaine est le premier envahi. Mais lorsque la lésion est avancée, qu'elle a suppuré ou s'est indurée, les fibres musculaires semblent plongées dans une matière de nouvelle formation, ou bien elles sont ramollies et détruites, ou bien elles sont transformées en tissu induré subcartilagineux et même osseux. » Nouvelle confirmation de la doctrine des rétractions.
Les tumeurs de la partie charnue des muscles ont été dis-
séquées et étudiées avec autant de soin que de sagacité par le professeur Bouisson. A un premier degré, dit-il, le muscle est le siège d'un gonflement local et circonscrit d'une consistance supérieure à celle de l'œdème. Les faisceaux musculaires sont décolorés au milieu d'un épancliement plastique de couleur grisâtre. Cet état paraît être une phlegmasie lente qui préside à la sécrétion pathologique dont le produit subira des transformations ultérieures. A un deuxième degré, la matière sécrétée se ramollit si l'inflammation chronique se prolonge, et se transforme en un liquide visqueux filant comme une solution de gomme. Si, au contraire, l'inflammation a été aiguë ou le devient, avec douleur constante et chaleur locale augmentée, du véritable pus se forme au centre du muscle, les fibres se détruisent, et M. Bouisson soupçonne même que des psoïtis avec destruction musculaire ne sont que des phlegmasies syphilitiques. A un troisième degré, les tumeurs syphilitiques non suppurées s'indurent. Elles passent, comme les périostoses, par des phases successives de l'état scléreux, subcartilagineux, cartilagineux et osseux. M. Bouisson a vu un volumineux exemple de ce dernier état au musée de Strasbourg, dans le carré de la cuisse et plusieurs autres dans le squelette exostosé d'un Arabe conservé par Dubreuil à Montpellier, Il a également vu ces tumeurs dans le grand fessier, le trapèze, les sternomastoïdiens, le vaste externe, et quelques autres muscles du membre inférieur. Mais certains organes où l'élément musculaire prédomine lui ont aussi paru être spécialement le siège de ces tumeurs. Telles sont les lèvres, la langue. D'autres, tels que le voile du palais, le larynx, s'en montrent encore, suivant M. Bouisson, souvent aifectés dans leurs muscles. On reconnaît ces affections à la tumeur qu'elles
PiÀfEâ bu TISSU CHARNU. Z5
font sentit", à là gêne qu'elles apportent dans l'action musculaire, car toute contraction cause de la douleur ou l'exaspère. Dans certains cas, le muscle se rétracte, mais il peut se rétracter sa7is tumeur préalable. La tumeur mobile, lorsque le muscle est en repos, devient fixe lorsqu'il se contracte. Ces tumeurs sont globuleuses, du volume d'une noix à celui d'une orange, et offrent des différences suivant leur marche et leur terminaison. Cependant elle est toujours très-lente. On reconnaît les douleurs et les rétractions syphilitiques à la souffrance, au raccourcissement ou à l'inextensibilité des muscles qui empêchent les mouvements et infléchissent parfois les membres. Enfin, on reconnaît leur caractère syphilitique à ce qu'elles ont été précédées de symptômes primitifs, secondaires, tertiaires, à ce qu'elles en sont souvent accompagnées, et sont soulagées et guéries par les mercuriaux, l'iodure de potassium et les sudorifiques.
Le traitement est fondé sur cette observation et est ordinairement efficace lorsqu'il est fait méthodiquement et sans interruption.
En résumé^ les douleurs syphilitiques sont simples ou compliquées d'inflammation chronique Ou aiguë. Elles peuvent être suivies, comme les inflammations, de rétractions, et ces rétractions se manifester d'une manière aiguë ou chronique. Les douleurs peuvent aussi précéder ou non les tumeurs et celles-ci se transformer en tumeur gommeuse, en abcès, ou en tumeur solide-fibreuse, cartilaginiforme ou osseuse. Tout ce que le célèbre professeur de Montpellier a observé et dit confirme pleinement, on doit le remarquer, la grande doctrine des rétractions. Plaies du tissu charnu.
Les piqûres des muscles ne méritent pas dé nôtts arrêter.
Les sections divisent incomplètement ou complètement les muscles dans leur épaisseur ou leur largeur. L'écartement des lèvres de la division paraît proportionnellement plus considérable que dans les autres tissus, parce que le musculaire se rétracte plus qu'aucun autre, la peau exceptée. A quoi cela tient-il? Le fait n'est pas éclairci, parce que les propriétés des muscles n'ont pas été bien étudiées expérimentalement, A défaut d'expériences nouvelles, on ne saurait l'attribuer à la contractilité musculaire volontaire, parce qu'elle n'éloigne les bords de la plaie que momentanément et sans continuité. Il ne saurait tenir au ressort du tissu charnu, car ce ressort n'est pas supérieur à celui de la peau et lui est même inférieur, comme on s'en assure par une amputation de cuisse faite au même niveau ou sur le même plan pour tous les tissus. 11 ne peut venir que de la contractilité vitale lente. La rétraction des fibres charnues est d'ailleurs plus grande quand la division du muscle est complète et surtout lorsque les fibres charnues sont très-longues.
Les plaies musculaires gênent ou empêchent les mouvements, suivant que le muscle est coupé plus ou moins complètement et suivant la participation plus ou moins considérable qu'il prend à tel mouvement.
Les muscles lésés se guérissent sans suppurer ou après avoir suppuré, avec un tissu cicatriciel intermédiaire plus ou moins court et dense, suivant les soins qu'on y a portés; et, en général, quand les soins ont été éclairés, que la cicatrice est exacte, libre d'adhérence au voisinage, la force et l'agilité des muscles ne sont pas altérées sensiblement. Elles ne le sont même pas dans des cas oii le tissu cicatriciel est trèslong, comme je l'ai prouvé, il y a plus de vingt-cinq ans, dans la première édition de mon Traité de han-
dages, p. 480, par l'exemple d'un homme qui, malgré une cicatrice ligamenteuse de 3 à 4 travers de doigt de hauteur, entre les deux fragments de la rotule cassée, faisait sans peine de 7 à 8 lieues par jour.
Traitement : 1° Donnez au muscle blessé une situation qui le place dans le relâchement. 2° Ajoutez-y même une compression circulaire par l'emploi d'un bandage spiral qui, modérément serré, engourdisse et paralyse, pour ainsi dirg, la contraction, ou préférez un bandage unissant.
Douleurs, éraillements et rupture des muscles par leur propre effort.
J'ai déjà signalé, dans l'étiologie en général, t. ï, p. 203, comment les efforts des muscles y causent de vives douleurs et des ruptures: mais je n'ai rien dit des autres caractères de ces lésions. J'ai aussi parlé plus haut, dans ce volume, des douleurs rhumatismales des muscles, qui se distinguent par leurs causes de celles auxquelles je veux m'arrêter un intant ici, pour les décrire et les distinguer des ruptures et des déplacements musculaires, avec lesquels on les confond encore chaque jour.
Les douleurs par effort musculaire se manifestent dans les muscles qui font un effort trop long ou trop intense. Ce sont des douleurs par excès d'activité et par fatigue. On en a des exemples dans celles qui accompagnent les crampes , dans les douleurs des muscles du ventre pendant le vomissement, dans les douleurs qui sont la suite d'un effort du deltoïde, fait pour soutenir, seulement cinq minutes, le bras bien tendu; dans les douleurs éprouvées aux reins pour soulever un fardeau trop lourd. Toutes ces douleurs sont toujours le résultat d'une contraction trop longue ou trop vive. La situation ou la direction inso-
lit e des OS OU des muscles, pendant la contraction, semble même y concourir aussi dans certains cas, et expliquer les prétendues luxations des muscles inventées par Pouteau.
Une prédisposition particulière et locale permet quelquefois de s'en donner à volonté, par la torsion et le renversement du cou, par la flexion forcée du pied en arrière ; ces douleurs sont plus ou moins intenses et durables : intenses, au point d'arracher au patient les cris les plus violents; durables, au point de se prolonger des jours, des semaines, des mois. Elles ne s'accompagnent ordinairement, ni de gonflement, ni de rougeur, ni de chaleur locales; mais parfois elles ne permettent pas la moindre pression sur la partie souffrante, ou n'en supportent que de très-légères. Souvent aussi le malade ne peut faire le moindre effort avec le muscle lésé, et ne peut souffrir qu'on lui imprime le plus léger mouvement. Si alors il s'abandonne à sa pusillaniniité, un membre peut s'atrophier et devenir impotent par l'immobilité prolongée.
Traitement. — Cependant, si les malades surmontent leur crainte et se laissent presser, frictionner, mouvoir doucement et masser la région maladie ; s'ils la laissent malaxer et mouvoir par un rebouteur prudent, sinon instruit, ils peuvent éprouver du soulagement, même guérir promptement , et souvent plus promptement que par des moyens qui semblent parfaitementindiqués, tels que les bains, ies.cataplasmes, les topiques narcotiques, les ventouses, les saignées locales, les irritants locaux, tels que douches chaudes, Uniment ammoniacal, vésicatoires, sinapismes, acupuncture , cautérisation . L'irritation sinapique , la chaleur élevée jusqu'à produire la vésication, peuvent aussi emporter très-promptement ces douleurs.
On peut donc et l'on doit parfois recourir à ces moyens. Ce traitement, bien varié et aidé au besoin du repos, suffit ordinairement pour guérir !e malade 5 souvent même un repos de quelques jours, des cataplasmes bien chauds et narcotiques suffisent.
Les ruptures des muscles causées par la violence de leur contraction ont été longtemps méconnues, puis soupçonnées, puis indiquées vaguement et hypothétiquement, pOur expliquer les douleurs précédemment décrites, et des douleurs réellement accompagnées de ruptures musculaires. Mais, comme ces ruptures sont peu communes et ordinairemeot peu graves, leur étude a toujours été négligée et leur histoire est encore imparfaite. C'est vainement qu'on cite Plater, Van Swieten, Lieutaud, pour montrer que celte affection est connue depuis longtemps. J.-L. Petit, luimême, n'en parle que parce qu'il la croit possible, et non pour l'avoir vue. Roussille-Chamseru prétendit avoir reconnu plusieurs fois l'existence de ruptures musculaires, mais ses prétentions sont peu justifiées. Ses observations (Voyez Sédillot, Jlfém. et Prix de la Soc. de Méd. de Paris, 1817, p. 159) ne prouvent pas manifestement la rupture musculaire. Un violent effort peut occasionner des douleurs dans une région où aucun muscle ne s'est contracté, mais où il s'est fait un engorgement, une déchirure des capillaires, des artères, des veines, par le refoulement du sang, comme je l'ai prouvé dans la Pathologie générale, de la p. 299 à la p. 305; les ruptures musculaires n'étaient qu'une hypothèse de Roussille.
Les prétentions de J. Sédillot, dont le médiocre mémoire a été vanté sans critique, ne sont pas beaucoup mieux fondées, comme on le verra plus bas, parice qn'il admet comme ruptures musculaires de simples douleurs consécutives à un effort, et ne pa*
raît pas soupçonner l'existence de douleurs par effort, sans déchirure.
Le titre même de ruptures musculaires par effort indique leur cause, et leur cause au moins ordinaire. Assurément, les fibres musculaires peuvent être rompues par une cause première toute mécanique, par exemple, par la distension, l'arrachement d'un membre, d'un doigt, mais il est probable que jamais les fibres charnues ne se laissent déchirer sans se contracter et se tendre. On s'est étonné de ce phénomène j des hommes capables se sont demandé comment la contraction, qui resserre, qui rapproche les particules d'une fibre charnue , pourrait les rompre. On eût été moins surpris si l'on eût réfléchi que cette contraction, imprimant une tension proportionnelle à toute la fibre, la soumet à une véritable distension, et que si cet effort est supérieur à la cohésion de l'un des points de la longueur de la fibre, augmentée même par la contraction, la fibre doit se rompre, Sédillot s'est perdu dans les explications qu'il a cherché à donner de ces ruptures. {Loc, cit., p. 185, etc.).
Un caractère singulier de ces causes, qui mérite l'attention des physiologistes pour être parfaitement éclairé, c'est que les ruptures se manifestent parfois dans des muscles qui semblent ne devoir pas prendre part à l'effort qui cause la solution de continuité.
Obs. Ainsi Déramé rapporte, dans les Mémoires de la Société médicale d'émulation, 1797, p. 159, que Ducot vinaigrier, ayant fait un effort considérable pour soulever un baquet, en ressentit une douleur très-vive, qui s'étendit de la région lombaire droite à la cuisse correspondante. Le malade mourut avec une suppuration considérable du psoas , au bout d'un certain temps. A l'autopsie, d'ailleurs fort mal faite ou fort
RUPTURE DES MUSCLES. Zjl
incomplètement rapportée, on trouva le psoas du côté droit rompu dans une étendue considérable. — Comment ce muscle, qui fléchit le tronc sur les cuisses et réciproquement, a-t-il pu concourir à le redresser pour soulever un baquet? Cela ne se comprend pas, mais on éprouve souvent le même embarras en mécanique animale.
Les caractères anatomiques des ruptures musculaires sont d'ailleurs très-simples et auraient pu être prévus, mais l'observation les a démontrés. Ces solutions de continuité sont uniques ou multiples 5 elles n'atteignent que quelques fibres ou un grand nombre, et rompent les muscles partiellement ou dans toute leur largeur et leur épaisseur 5 dans le même point ou dans plusieurs points du même muscle ou de plusieurs 5 plutôt vers les attaches des fibres, à leurs parties ligamenteuses, que dans le milieu de leur longueur -, au même niveau ou à des niveaux divers, et de manière à laisser un intervalle, une dépression plus ou moins sensible au toucher, et même parfois à l'œil quand la rupture est sous-cutanée. On ne sait pas précisément dans quels muscles elles s'observent le plus souvent, parce qu'on n'a pas assez de bonnes observations pour le savoir et qu'on en cite bien plus qu'il n'y en a de prouvées. Les ruptures sont accompagnées d'une ecchymose plus ou moins considérable et proportionnée au nombre des vaisseaux rompus, au sang épanché ou infiltré dans la déchirure et autour. Plus tard, épanchement de matière organisable qui se solidifie peu à peu et cicatrise la rupture 5 plus rarement suppuration, abcès, et quelquefois destruction du muscle.
Les symptômes les plus avérés paraissent consister 1° dans une douleur brusque et vive que le blessé ressent, et attribue souvent à un coup de bâton, à
un coup de pierre, à un coup de fouet que lui aurait porté une personne placée sur le lieu de la scène, surtout si la personne est armée d'un bâton ou d'un fonet et semble autoriser son idée; 2° il croit même avoir entendu le bruit du coup. Est-ce une* illusion? C'est possible, au moins dans certains cas; la déchirure des fibres charnues ne paraissant pas devoir être bien bruyante, les illusions du blessé sur la cause de sa douleur permettent bien de croire à d'autres erreurs de sa part dans un instant oîi, tout entier à sa souffrance, il paraît peu capable de bien juger; 3° si le muscle blessé est indispensable à l'attitude debout, ordinairement chute du blessé par suite de l'augmentation de la douleur par le moindre effort du muscle rompu et impuissance de se relever ; II" ecchymose d'abord visible à travers la peau, et violacée si la rupture est sous-cutanée et la peau fine; visible au bout de quelques jours et jaunâtre si la rupture a une profondeur plus considérable sans être extrême. Dans ce dernier cas, ecchymose interne et invisible; 5" si la rupture est sous-cutanée, dépression plus ou moins sensible à travers la peau dans le point douloureux et mobile avec le muscle lésé; quelquefois même saillie formée au bord de la dépression par les fibres rétractées; 6° très-ra^ rement épanchement sanguin, appréciable au toucher par sa mollesse oupar sa mobilité et l'espèce de frottement, de crépitation qu'il fait sentir aux doigts qui le pressent; quelquefois symptômes inflammatoires locaux, tels que chaleur, rougeur, gonflement; 7° très-rarement troubles généraux et fièvre traumatique, surtout lorsqu'il ne survient pas d'inflammation locale.
Marche, variable. Tantôt la rupture des fibres charnues est peu considérable; la cicatrisation s'en fait
immédiatement et la guérison est prompte et rapide. D'autres fois les douleurs sont violentes, persévérantes, se prolongent des semaines et des mois, rendent le malade impotent par la souffrance et par l'atrophie delà partie lésée, quelquefois peut-être par rétraction ; d'autres fois suppuration et même mort, comme il est advenu au vinaigrier cité plus haut (p. 39).
Diagnostic. — Il est facile quand, au moment d'un violent et brusque effort pour sauter un fossé, pour éviter une chute à la suite d'un faux pas, etc., on éprouve une vive douleur dans le point du muscle où se montiiC une ecchymose et un enfoncement appréciable au toucher, qui augmente par les mouvements du muscle quand celui-ci peut se mouvoir ou être mi,i. Mais, à mesure que cette réunion de symptômes diminue par le défaut de l'un et de plusieurs de ces caractères, le diagnostic devient de plus en plus difficile et même impossible.
La douleur seule n'est point un signe incontestable de rupture, parce que, ainsi que je l'ai dit un peu plus haut, l'effort suffit pour produire des douleurs sans rupture musculaire, même avec ecchymose, puisqu'il cause des ruptures de vaisseaux capillaires, d'artères, de varices, etc. L'enfoncement correspondant à la rupture ne pouvant se vérifier que lorsqu'il est sous-cutané, manque nécessairement souvent au diagnostic. On voit donc que, fréquemment, le diagnostic est impossible; c'est ce qui arrive dans plusieurs des observations réunies par Sédillot, où. le diagnostic n'est fondé que sur la douleur, ou sur la douleur et l'ecchymose , et parfois sur ces deux symptômes et un enfoncement qui paraît admis avec légèreté.
Pronostic variable suivant la cause, le nombre, la
situation, l'étendue, même la forme de la déchirure, l'hémorragie consécutive, suivant que la réunion se fait par première intention ou que la solution de continuité s'enflamme et suppure.
Traitement. — Il est le même que celui que nous avons indiqué contre les douleurs musculaires produites par un effort. Cependant, il est plus important que dans les douleurs de placer le muscle rompu dans une situation qui en relâche les fibres et les rapproche ; de les contenir par une compression qui assure leur inaction et combatte leur rétraction sans augmenter la souffrance; d'appliquer des sangsues, des émollients et des narcotiques sur la région blessée, si la rupture est considérable et qu'on puisse craindre la suppuration, quoique Sédillot ait prétendu que les relâchants retardent la guérison. Sédillot a bien à tort vanté la compression d'une manière exclusive. Sa thérapeutique était plus bornée eucoreque sa pathologie. Si, enfin, ta cicatrisation de la déchirure menaçait d'une rétraction, il faudrait la combattre par les moyens à opposer aux rétractions.
Historique et preuves à l'appui des ruptures des fibres charnues. — Dans un sujet oii la critique a trop fait défaut et où l'on confond encore les douleurs sans déchirure des muscles avec la rupture de ces organes, je dois donner des pièces à l'appui de l'histoire que j'en ai tracée, je vais les rapporter, tout en en faisant l'historique pour abréger.
Roussille s'en occupa, le premier assez sérieusement pour en composer un Mémoire qu'il lut, le 2Zi février 17bl, à la Société royale de médecine ; mais, je l'ai déjà dit, ses quatre observations ne prouvent pas l'affection qu'il veut faire connaître, quoique Sédillot prétende qu'elles sont très-curieuses. Faguer l'aîné, chirurgien de Paris, lut k la même Société, quatorze mois
RUPTURE DES MUSCLES. /l5
plus tard, un autre Mémoire sur le même sujet, où l'on ne trouve encore que trois observations peu concluantes, dont voici la meilleure. Un comte de Saint- Aulaire éprouva, en franchissant un ruisseau d'environ deux pieds, une rupture que Faguer attribue aux fibres aponévrotiques des muscles jumeaux , à la partie inférieure du mollet. Il y eut douleur trèsvive, comme par un coup de bâton, avec bruit assez considérable pour être entendu par plusieurs personnes. Les fibres déchirées laissaient, par leur rétraction, un enfoncement manifeste. L'assertion qu'il y avait eu rupture des fibres aponévrotiques, bruit éclatant et considérable, aucune mention d'ecchymose, me laisse des doutes sur la rupture des fibres charnues. Sédillot, qui a fait de ces observations les sept premières de sa collection de 29, cite, pour la huitième, l'histoire d'un prisonnier qu'il emprunte à Pouteau. Ce prisonnier, pour s'évader, saute de 5 toises de hauteur, mais il éprouva une telle douleur dans les membres inférieurs, qu'il ne put se relever et faire un pas. Les membres restèrent infiltrés de sang et ecchymoses, et on n'en obtint qu'avec peine et beaucoup de temps la résolution. Il est bien probable qu'il y a eu dans ce cas des déchirures musculaires, mais des probabilités ne sont pas des preuves. Pour Pouteau, c'était une luxation musculaire, et Sédillot, aussi grand critique que Pouteau sur ce sujet, en conclut que la rupture musculaire oîi Pouteau ne voit que sa fabuleuse luxation, n'a point échappé à l'illustre chirurgien. Si c'est par politesse pour la mémoire de Pouteau, qu'il fasse des éloges historiques, mais pas de science, car la science est l'histoire de la vérité 5 c'en est le sanctuaire inviolable, et tous les mensonges polis des civilisations molles et corrompues doivent en être écartés.
hÔ MALADIES DU TISSU CHARNU VOLONTAIRE,
Sédillot, qui fit de la rupture musculaire îë sîijët de sa thèse inaugurale, en d786, en composa un Mémoire plus étendu en 1816. (Mém. de la Soc. de méd. Paris 1817.) Aux huit observations si peu concluantes que je viens de rapporter, il en ajouta vingt autres. La 1^" de ces vingt, ou la 9% est relative à un palefrenier tombé de voiture, qui souffrait dans un des côtés de la poitrine. Un rebouteur est appelé, il presse, malaxe, tiraille en tous sens la région souffrante, puis entoure le corps d'un bandage serré. Le malade guérit. Sédillot, qui a une confiance fanatique dans la compression, dans le cas de rupture musculaire, en conclut qu'il s'était fait des déchirements à quelques portions du grand dentelé, auxquelles le bandage a dû seul remédier, p. 166. La lO'^ est celle de Borel, représentant du peuple, €]ui, ayant fait un faux pas, ressentit un coup analogue à uo coup de bâton au bas de la partie charnue des gastrocnémiens, et y éprouva une ecchymose. Appelé au bout de trois semaines, Sédillot trouve au défaut du mollet une tache jaune de 2 ou 3 pouces de diamètre « résultant de l'ecchymose qui succède toujours à la ruptirre musculaire. » Il applique un bandage compressif. Le malade marche aussitôt sans douleur^ et guérit en quinze jours.
La 11^ observation est celle du vinaigrier cité plus haut, p. 39, qui mourut avec un psoïtis suppuré, et dont l'histoire laisse tant à désirer sous le rapport des causes, de la marche et des lésions anatomiques, qu'on ne peut, en quelque sorte, en tirer aucune conséquence importante. La 12" observation est relative au peintre Lethiers, qui s'était blessé en faisant un faux pas. Il y avait eu douleur vive de coup de bâton . On voyait au bas du mollet une large ecchymose, au centre de laquelle se trouvait une lé-
gère dépression. Comme il existe une dépression naturelle au bas du mollet entre les jumeaux, je me demande si la dépression signalée par Sédillot était bien causée par une rupture de fibres charnues. La guérison en quinze jours par le bandage compressif, déjà proposé avant Sédillot par Roussille, n'a d'ailleurs rien d'étonnant. La 13^ observation, relative à un danseur de l'Opéra, traité d'abord par les émollients pendant un mois, puis avec succès par la compression, n'a offert que les caractères insuffisants de la douleur et du bruit. La lu® ressemble à la 12" par ses caractères. La 15^ est de meilleur aloi. La 16^ manque de ^détails. La 17« paraît une vraie rupture du triceps fémoral.
Il est possible que les 18% 19% 20" soient, comme il l'a pensé, une rupture du droit antérieur de la cuisse qui est pour moi une partie du triceps, mais cela ne m'est pas démontré de manière à forcer ma conviction, parce qu'il y a une dépression naturelle entre les fibres de ce muscle et celles des vastes externe et interne 5 qu'il y en a aussi à la surface du deltoïde, et que les dépressions morbides me paraissent très-légèrement admises. Il n'en est pas de même de la 21'' observation empruntée à Larrey, elle n'est que trop vraie; de la 22% prise à Richerand, qui est évidente-, mais la 23^ et d'autres puisées à la même source et qu'il ne fait qu'indiquer, sont loin d'être prouvées, et montrent que Sédillot n'avait pas d'idées bien arrêtées sur le diagnostic, car l'enfoncement a manqué dans presque tous ces cas. La 25*, qu'il tient de Sevestre; la 26% qu'il croit avoir observée sur lui, et oit il ne reconnut pas d'écartement entre les fibres rompues j une 28% de Dupuytren, dont on ne peut rien conclure 5 une 27% de Colombe, qui paraît fondée, sont bien loin d'offrir,
comme on l'a cru , un total de vingt-huit observations de ruptures musculaires incontestables. Voilà ce que la critique est forcée de dire pour être judicieuse et vraie. Ce n'est pas qu'on ne puisse en trouver d'autres exemples certains. {Voy. Boyer, t. II, p. 85.) Mais ils ne sont pas aussi communs que la crédulité médicale et chirurgicale se l'imaginent. Ainsi, les observations de rupture du sterno-mastoïdien rapportées par Cavalier {Joiirn. génér. de médec, t. LIV) ne sont pas rigoureusement prouvées 5 les ruptures musculaires admises tous les jours dans les muscles des reins, à la suite d'efforts douloureux, sans ecchymoses, ni dépressions, le sonfe par crédulité. J'en dis autant des prétendues luxations des muscles de Pouteau, et, jusqu'à ce qu'on les prouve mieux que ne l'a fait le célèbre chirurgien, je n'y pourrai croire.
Paralysie musculaire en général.
Faiblesse, suspension ou abolition 1° de la sensibilité de l'activité; 2° de la contractililé volontaire, etc. Cette affection est donc spéciale au tissu musculaire et plus ou moins complexe.
Causes. Maladies : 1° de l'encéphale, 2° de la moelle, Z^ des nerfs, h^ d'organes sympathiques, 5» du tissu charnu lui-même. Les trois premiers groupes sont des solutions de continuité, des compressions, des ramollissements du système nerveux, et leurs paralysies sont symptomatiques. Cependant ces lésions peuvent être aussi le symptôme de la maladie de l'organe paralysé, oii aboutissent les nerfs atrophiés. C'est ce qui arrive lorsque le nerf optique s'atrophie jusqu'à ses origines encéphaliques, à la suite d'une blessure de l'œil, qui a causé la cécité. Le quatrième groupe de paralysies est causé par la sympathie des muscles pa-
PARALYSIE MUSCULAIRE. Zl9
ralysés pour des organes affectés ordinairement de névrose, comme l'estomac, l'intestin, l'utérus, etc.; mais celles-ci sont bien moins manifestes que les précédentes, elles sont sympathiques. Le cinquième forme des paralysies essentielles ou idiopathiqiies. Ce sont celles dont je dois surtout parler ici. Elles sont produites par l'atrophie du tissu charnu et sa dégénération adipeuse ou fibreuse, ou par les préparations de plomb qui paraissent agir surtout sur les muscles, car on ne trouve pas alors de lésion du système nerveflx. Quant aux muscles, s'ils n'en ont pas de visibles, il est néanmoins certain qu'ils sont affectés, puisqu'ils sont paralysés. Les paralysies syraptomatiqiics doivent être mentionnées à l'occasion des affections de l'encéphale, de la moelle et des nerfs.
Caractères anatomigites. La paralysie peut être unique ou multiple, en d'autres termes, se montrer dans un ou plusieurs muscles. On la dit encore sous ce rapport partielle ou générale. Mais on conçoit qu'elle ne peut être absolument générale, c'est-à-dire étendue à tous les muscles sans entraîner immédiatement la mort, ne fut-ce que par asphyxie. Lorsque la paralysie n'occupe qu'une des moitiés latérales du corps, c'est V hémiplégie; les membres inférieurs, c'est la paraplégie; le membre supérieur d'un côté et l'inférieur opposé, c'est la paralysie croisée; des viscères, c'est une paralysie partielle du rectum, de la vessie, etc. La paralysie saturnine affecte plus particulièrement les extenseurs de l'avant-bras, de la jambe, les intercostaux, le grand dorsal, les pectoraux. La paralysie s'accompagne, tantôt d'altérations matérielles, d'atrophie, de dégénération adipeuse, fibro-ceîlulaire, fibreuse du tissu charnu qui l'expliquent et autorisent l'admission de la paralysie essentielle ou idiopathique; mais souvent on n'y distingue qu'un peu
III^ MONOGR. k
d'infiltration œdémateuse, d'atrophie, qui peut être elle-même le résultat de la paralysie du muscle, car l'immobilité prolongée suffit pour la déterminer.
Symptômes. Mollesse, flaccidité contrastant avec la rigidité, le ressort, la tension propre au tissu musculaire non paralysé ; impuissance d'une partie d'un membre a se mouvoir, à se soutenir contre son propre poids et surfout sous un poids étranger, ou du moins frémissement ondulatoire obscur, à peine appréciable à la main qui palpe le muscle paralysé, à l'oreille qui l'ausculte (Compendinm de méd. , t. VI, p. 298), ou contractions fibrillaires sous l'influence de l'électricité. Souvent, en même temps, paralysie simultanée d'une ou de plusieurs facultés de sentir, encore mal connues, parce que ces facultés sont ignorées en partie de la physiologie, par exemple de la faculté de sentir l'action musculaire, de la sensibilité musculaire électrique, lors même que la con- Iractilité volontaire subsiste. Phénomènes conséquents à la faiblesse ou à l'impossibilité de la contraction musculaire, à la paralysie des sensibilités musculaires : faiblesse ou immobilité des muscles paralysés, des os qu'ils meuvent dans l'état sain, volontairement ou involontairement, gêne ou impossibilité des excrétions qu'ils chassent par les voies naturelles. Impossibilité de régulariser ou même d'accomplir des niouvemenls complexes, comme ceux déjouer du violon, de toucher du piano, où il faut un sens pour régler l'activité musculaire.
Marche. La paralysie se développe brusquement ou graduellement : soudainement lorsque les centres nerveux et les nerfs sont brusquement lésés par un coup, par une compression, par une section; graduellement, quand les organes le sont par une compression, une distension progressivement plus con-
sidérables, quand les muscles s'atrophient et se convertissent en tissu cellulaire, eellulo-fibreus, cellulograisseux. Alors le mouvement ou la contraction s'affaiblit d'autant plus que l'atrophie augmente pour disparaître entièrement lorsqu'il n'y a plus de fibres charnues. Alors, il est vrai, la maladie n'est plus une paralysie, mais une atrophie musculaire, qui entraîne comme conséquence la perte du mouvement 5 le muscle n'est plus paralysé, mais détruit, ainsi que nous l'avons vu plus haut, en parlant de l'atrophie musculaire. La paralysie peut se dissiper plus ou moins vite avec le temps, à la suite d'une compression du cerveau , de la moelle , par un épanchement de sang qui est peu à peu résorbé; a la suite d'un tiraillement, d'une compression exercée sur un nerf qui finit par y échapper; à la suite d'une atrophie musculaire arrêtée dans sa marche. Lorsque la paralysie se termine par l'atrophie d'un muscle qui n'a pas d'importance pour la vie, il n'en résulte qu'une perte de mouvement parfois sans conséquence. S'il s'agit, .au contraire, de muscles importants, comme les muscles inspirateurs ou expirateurs, la mort et une mort prompte en est la suite, si la paralysie de ces muscles est complète.
Des modes de paralysie musculaire. On a pu voir que, sous le rapport des causes , les paralysies symptomatiques, sympathiciiies et idiopathiques^ ou essentielles, sont fort différentes les unes des autres. Sous le point de vue des symptômes, les unes sont des paralysies de mouvements volontaires , les autres de mouvements involontaires ou automatiques, comme ceux de la respiration, les autres des paralysies d'excrétion ^ comme celle de la vessie, etc., les autres des paralysies du sens de la musculation, de la sensibilité électrique. (Duchenne), etc.
Diagnostic. Souvent très-facile et quelquefois trèsdifflcile. Il est d'ailleurs si variable, suivant les modes et les cas particuliers, qu'il faut en renvoyer l'exposé à l'histoire des diverses espèces de paralysie, ce qui appartient aux traités de médecine, je me bornerai donc ici au diagnostic général et à quelques observations de diagnostic spécial de la paralysie essentielle.
On reconnaît en général la paralysie des mouvements volontaires â l'affaiblissement ou à l'abolition de tout mouvement volontaire, quelque excitation électrique ou autre qu'on emploie, quelque effsrt de volonté que fasse le malade pour accomplir ces mouvements, et lors même qu'il déclare et qu'on s'assure autant que possible, qu'il n'est empêché, ni par la douleur, ni par des obstacles mécaniques, ni par aucune drogue enivrante , anestésique ou assoupissante.
On recoûnaît la paralysie idiopathique à une lésion matérielle locale ou idiopathique, ordinairement par atrophie musculaire et dégénération adipeuse ou fibreuse, coïncidant soit avec un affaiblissement progressif, croissant à mesure que i'atrophie augmente, lors même qu'on peut déterminer par des irritations mécaniques ou électriques des contractions évidentes, ou seulement fîbriilaires^ soit avec l'impossibilité de déterminer aucune contraction dans les muscles^ ce que M. Duchenne regarde alors comme une atrophie musculaire graisseuse progressive qui a détruit complètement les fibres charnues.
On reconnaît une paralysie du sens de l'activité musculaire à ce que le malade ne distingue pas de différence entre deux poids inégaux qu'il peut soutenir, ou, comme lorsqu'on s'est engourdi la jambe dans une situation vicieuse, à ce qu'on est momen-
tanément incapable de diriger l'action musculaire, parce qu'on la sent mal, imparfaitement.
Pronostic. — Très-variable, suivant les modes de la paralysie, et son degré plus ou moins considérable 5 d'autant plus grave que la maladie est plus ancienne, que l'atrophie, pour celle qui tient à cette cause, est elle-même plus avancée.
Traitement. — Il diffère suivant les modes, le degré de la paralysie et d'autres circonstances accessoires. Je ne puis parler ici que du traitement de la paralysie musculaire vraiment essentielle , idiopathique , dont le siège paraît être dans les muscles. On lui a opposé une multitude de moyens dont quelques-uns sont si faibles, si impuissants qu'ils sont véritablement ridicules. Je ne mentionnerai donc que ceux qui peuvent avoir une efficacité réelle, les frictions avec des liniments ammoniacaux des teintures de noix vomique et de cantharides l'huile de croton, la pommade stibiée ou au garou, ou les vésicatoires volants multiples répétés, le moxa la cautérisation transcurrente,les cautères multiples l'acupuncture, l'électricité. {Voy. Gavarret, Thèse du concours^ 18/i3.)
M. Duchenne rapporte plusieurs observations d'affaiblissement considérable de la contractilité musculaire guéri par son appareil d'induction, par ce qu'il appelle l'électrisation localisée. Jusqu'à quel point ce mode d'électrisation l'emporte-t-il sur les autres? C'est une question que je ne puis prendre sur moi de décider.
A l'intérieur, la noix vomique ou la strychnine qui en est tirée peut être essayée avec toutes les précautions que réclame un médicament milligrammatique, qu'on emploie d'abord par milligramme et qu'on augmente graduellement jusqu'à un , même deux
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centigrammes, et qu'on réveille la contractilité dans les muscles paralysés. On recommande aussi le seigle ergoté, qui agit plus particulièrement, il est viai, sur l'utérus, sur la vessie. Dans les paralysies saturnines on a dû commencer par le traitement anti-saturnin avant d'en venir h la strychnine.
Un régime nourrissant, tonique, ferrugineux, convient à la plupart des paralysies essentielles, par atrophie musculaire. On peut y joindre avec avantage des exercices gymnastiques ou autres, en plein air et au soleil, comme on l'a recommandé. Ces maladies étant plutôt du ressort de la médecine que de la chirurgie, je renvoie, pour plus de détails, aux traités de médecine, et particulièrement au Compendium de médecine par MM. Monneret et Fleury, et à la pathologie de M. Grisolles et de M. Requin.
Si nous avons trouvé une grande obscurité sur les lésions intimes du tissu musculaire ou charnu, nous ne trouverons pas beaucoup plus de lumières sur celles du tissu fibreux. Cependant, ce que nous avons été obligé de dire, t. SI, p. 61, aux inflammations rétractives, t. III, p. 17, 33, de Vinduration et de la rétraction des gaines celluleuses des fibres charnues a déjà dû appeler l'attention du lecteur sur ces lésions. 11 verra ici Irois autres maladies de ce tissu, le ramollissement gélatiniforme^ la gangrène et les douleurs, et comme c'est aux inflammations que ces altérations se rapportent presque toutes, je les décrirai sous ce titre :
Inflammation du tissu ligamenteux extérieur au tissu charnu et aux os.
Causes. — L'origine OU l'hérédité, l'âge, le sexe, la
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constitution ne paraissent pas avoir d'influence sur la production de cette affection. Il n'en est pas de même des inflammations voisines 5 elles s'y propagent, par l'intermédiaire et la continuité du tissu cellulaire voisin. Ainsi rérésypèle, le phlegmon, se transmettent aux aponévroses d'enveloppe des membres ou des articulations par l'intermédiaire du tissu cellu laire sous-cutané qui s'enflamme lui-même, et plus ces phlegmasies sont vives et aiguës, plus les altérations qu'elles causent dans le tissu ligamenteux sont profondes. D'autres fois, c'est une synovialite articulaire qui cause une arthrite en se propageant dans les ligaments voisins, dans les capsules fibreuses, les aponévroses, les tendons, les gaines fibreuses, le tissu cellulaire lui-même, tous les tissus blancs gélatineux et la peau. L'inflammation du tissu ligamenteux se développe aussi directementpar l'intermédiaire d'une cause extérieure, telle que le froid, le calorique dans la brûlure, une contusion, une coupure, ainsi que j'en ai cité des observations. {Voy. t. 2.) La ligamentite se développe donc au milieu des tissus enflammés, par la propagation d'une inflammation voisine et par les mêmes causes que l'inflammation.
Caractères anatomiques de la ligam entité. 1° Le plus souvent épaississement, condensation , induration, raccourcissement ou rétraction des fibres du tissu ligamenteux; inextensibilité et rétraction de ce tissu y compris tous les tissus blancs voisins, parfois, sans lésion matérielle sensible, mais reconnaissable a leur inextensibilité et k ce qu'ils se rompent plutôt que de céder; souvent, adhérence plus intime de la peau avec les parties sous-jacentes par le tissu cellulaire devenu fibreux, ce qui la rend plus difficile à plisser, implissable ou huplicable; quelquefois, implicabjlité de la peau elle-même, par rétraction ou inextensibilité, résis-
tance mécanique du tissu augmentée en même temps que sa fragilité. Ainsi M. Laugier a rompu un doigt en voulant l'étendre 5 probablement il n'aurait pu le faire à l'état sain. Par suite de la condensation, de l'induration et de la rétraction des tissus, rigidité de certaines jointures, inflexion, déviation de quelques autres j la rigidité est incomprise lorsqu'elle est attribuée à des contractions musculaires persistantes ou croissantes, à une rétraction du tissu charnu qui est douteuse.
On reconnaît la rétraction des tissus ligamenteux sur le cadavre à ce que les tissus élastiques et extensibles dans l'état normal, ne le sont plus ou le sont moins ; à ce qu'ils cèdent fort peu sans se rompre et ne cèdent qu'à un grand effort avec beaucoup de douleur et en se rompant.
2° D'autres fois, au contraire, au lieu d'induration et de rétraction, il y a ramollissement plus ou moins considérable et même gélatiniforme , putraliginiforme des ligaments, des tendons des aponévroses qui se déchirent, se détachent en lambeaux, ou s'exfolient quand ils sont à nu.
3° Injections vasculaires fines et seulement dans l'intervalle des parties ligamenteuses fasciculées où se trouve du tissu cellulaire graisseux ou non graisseux un peu abondant.
Qu'est-ce que ces altérations? sont-ce des inflammations? Oui, si vous voulez les rapprocher de leurs analogues, car l'inflammation rétracte les tissus, les indure ou les ramollit. Si, à cause des difl'érences qu'elles présentent, vous ne voulez pas les rapprocher de l'inflammation, il faut en faire des lésions spéciales, des dégénéralions, des indurations, des ramollissements, des rétractions sans lésion matérielle sensible, car elles ont toutes ces caractères.
Symptômes locaux. — Douleur souvent nulle dans le repos, mais très-vive lorsqu'on distend le tissu rétracté, induré ou ramolli. Ainsi, veut-on étendre une jointure dans l'arthrite aiguë ou même chronique, le malade crie, tous les muscles capables de s'opposer au mouvement se contractent instinctivement de peur de la douleur. D'ailleurs, mouvements volontaires et involontaires de la jointure mécaniquement gênés par la rétraction, la condensation, l'induration des tissus ligamenteux, car l'induration coïncide souvent avec la rétraction et réciproquement, en sorte que la connaissance de ces deux états s'éclaire à la lumière l'un de l'autre. Quelquefois, chaleur locale augmentée et distincte au toucher, en palpant alternativement le côté malade et le côté opposé avec attention par les plus larges surfaces possibles.
Symptôm,es de voisinage. — Propagation des mêmes altérations matérielles et des mêmes symptômes aux tissus blancs voisins.
Symptômes généraux. — Fièvre, quand les autres symptômes ont une certaine acuité.
Marche. -~ Développement lent et graduel ou rapide de la chaleur, de la douleur locale, à la suite d'une entorse mal traitée que l'on irrite par une situation basse, par la marche; développement du mal à la suite d'une chute sur le poignet, sur le genou vivement cootus, qui est mal soigné et offre des caractères plus ou moins prononcés d'inflammation vive ou obtuse.
Durée., quelquefois courte, souvent longue.
Terminaisons. — Résolution, quand la durée a été courte 5 induration et rétraction, souvent; plus rarement ramollissement, suppuration et ulcération du tissu ligamenteux.
Diagnostic. — Il est fondé sur les causes, sur les ca-
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raclères analomiques, les syrpplômes iudiqués et quelquefois sur la sensation de lames, de brides, de cordes, de plaques, de gâteaux de tissu cellulaireindurés, sous-cutané ou plus profonds, qui gênent ou empêchent les mouvements d'une jointure par leur résistance et par la douleur que leur résistance occasionne. J'ai actuellement sous les veux deux faisceaux du tissu cellulaire induré qui ont succédé à un panaris et à un érésipèle phlegmoneux du bras et de Tavantbras avec lymphite guéris par l'élévation. Les deux faisceaux ont paru après la résolution de l'érésipèle et ont disparu après l'usage des sangsues. Ils s'étendaient de l'aisselle au milieu de l'avant-bras. L'un des deux a été vérifié par MM. Andral el Rayer.
Pronostic ir es- y divitible, suivant le siège et la gravité de l'inflammation primitive, ainsi que nous l'exposerons dans le cours de la Pathologie spéciale.
Traitement^ d'abord antiphlogistique, comme il a été exposé aux inflammations rétractives, t. Il, p. 61, surtout quand les symptômes ont de l'acuité, puis traitement résolutif par les frictions jnercurielles, les eaux, les douches minérales, les exercices et extensions manuels et mécaniques; enfin, au besoin, ténotomie, comme il sera exposé plus bas à l'article des déviations du corps et des membres. Dans les cas de ramollissement, après l'acuité de l'inflammation, astringents froids et compression graduée et modérée pour ne pas ramener d'inflammation aiguë, même irrigation froide qui m'a réussi très-bien dans une arthrite du genou, avec ramollissement des ligaments, chez une jeune fille de Reims.
Dégénérations et productions squirrheuses , encéphaloïdes , cartilagineuses et osseuses.
Elles s'observent dans le tissu ligamenteux, comme
daiis le cellulaire et les autres, mais la squirrheuse y cause de fortes rétractions et des indurations d'une consistance ligneuse. Peut-être même les indurations squirrheuses ne se manifestent si bien dans le tissu cellulaire que parce qu'en s'indurant il devient fibreux. Les productions encéphaloïdes s'y développent très-bien, quoique le tissu ligamenteux puisse en retarder les progrès en l'incarcérant. Les dégénération^ ou productions carlilagineuses et osseuses sont aussi plus communes dans le tissu ligamenteux que dans aucun autre, et c'est même par Fessence ligamenteuse que passent plusieurs des dégénérations protéiformes ou successives avant de devenir osseuses.
Gangrène du tissu fibreux ou ligamenteux. — Elle est caractérisée par un ramollissement blanc, blanc-gris, ou brunâtre du tissu ligamenteux, qui s'en va en lambeaux, et n'offre aucune teinte rouge à l'endroit oîi il se sépare du tissu de la partie vivante. C'est encore ce que j'ai tout récemment observé dans un cas de gangrène.
Dans les diathèses^ le tissu fibreux est parfois affecté. M me paraît l'être dans le rhumatisme par de simples douleurs. J'ai plusieurs fois éprouvé de simples douleurs par le froid, ou par la tension plus ou moins forte des tendons, des aponévroses et des ligaments des jointures dans plusieurs sortes de positions qui leur imprimaient une forte tension , des douleurs trèsvives qui m'obligeaient de changer immédiatement de situation et de rester immobile pendant dix minutes, un quart d'heure pour les dissiper. Je les ressentais dans des tendons, des aponévroses, des ligaments qui m'étaient connus, même dans des points où se trouvaient des synoviales et du tissu cellulaire, et non dans les tissus charnus ou dans les
OS. Ces douleurs, comme les rhumatismales dont je les rapproche, s'observent bien plus souvent chez les personnes avancées en âge, sujettes aux rhumatismes, et même chez ceux qui n'en souffrent pas. On les attribue à la raideur, à un défaut de souplesse des jointures dans l'âge avancé, parce qu'on ne les éprouvait point dans la jeunesse où les articulations sont si flexibles. Ces douleurs ne sont pas d'ailleurs seulement soulagées par le relâchement et le repos des tissus, elles le sont aussi par la chaleur, les cataplasmes et les bains chauds.
Le tissu ligamenteux offre quelques altérations matélielles dans le rhumatisme et dans la goutte. Dans le rhumatisme, il devient parfois plus rigide par suite de sa rétraction ; dans la scrofule il se montre souvent, au contraire, ramolli, gélatiniforme et par suite tellement relâché que les jointures sont sans fermeté.
Le tissu ligamenteux des tendons et des aponévroses présente, dans la syphilis constitutionnelle, des tumeurs fusiformes ou sphéroïdales plus ou moins superficielles ou profondes, plus ou moins dures ou molles, au point d'être fluctuantes. Ces tumeurs, suivant M. Bouisson, paraissent consister en une hypertrophie circonscrite du tissu des tendons, avec épanchement d'une matière séreuse et plastique dans leur intervalle. Elles sont le siège d'une douleur plus ou moins vive, qui s'accroît par l'exercice des fibres charnues du tendon. Ce tendon a d'ailleurs conservé sa couleur naturelle. Aussi Lisfranc a-t-il décrit des tumeurs analogues, sous le nom de nodosités blanches. Si l'affection devient ancienne, et qu'elle ne suppure pas, elle s'ossifie dans une étendue plus ou moins considérable, suivant M. Bouisson à qui j'emprunte le fait suivant :
v^Obs. Ânt.B... est entré à l'hôpital Saint-Eloy,
de Montpellier, en IShQ, au mois de février. Il a eu deux ans avant une blenorragie en compagnie de deux bubons. Tout cela disparut en quelques mois, entre les mains d'un charlatan qui lui fit prendre poudres et tisanes. Quelque temps après, douleurs au-dessus de chaque talon avec tumeur fluctuante, aumoins en apparence, du volume d'une noix, qui persista au niveau de l'attache du tendon d'Achille au calcaneum, jusqu'à son entrée à l'hôpital j la marche était très-gênée par la douleur qui augmentait parfois pendant la nuit spontanément, mais surtout par la contraction des fléchisseurs de la jambe, et qui se propageait alors le long du tendon jusque dans la région du mollet. Traitement antisyphilitique par les pilules de Sédillot, la tisane de salsepareille, édulcorée avec le sirop de même substance, friction mercurielle sur le mal, chaque jour; amélioration plus prononcée à gauche qu'à droite; alors vésicatoire entretenu de ce côté pendant quinze jours; continuation du traiiement antisyphilitique, et, enfin, guérison complète de la tumeur à gauche, diminution des deux tiers à droite, et marche sans douleur après moins de deux mois de soins. »
Ces tumeurs se reconnaissent à leurs antécédents syphilitiques primitifs, secondaires, tertiaires, aux douleurs qui les accompagnent et que les antisyphilitiques soulagent. Leur pronostic n'a pas généralement de gravité, et leur traitement est celui de la maladie vénérienne constitutionnelle par les mercuriaux, les iodures et les sudorifiques à l'intérieur et k l'extérieur.
Maladies des tissus synoviaux ou membranes synoviales. (Voy. plus bas, maladies articulaires.)
62 CONSIDÉRATIONS ANATOMICO-PHYSIOI-OGIQUES
Maladies des os.
Considérations anatomo-physiologiques.
Je l'ai dit dans mes Mémoires sur les os malades, si, parmi les organes et les tissus vivants, il en est dont les phénomènes vitaux sont si manifestes qu'il est difficile de ne pas les apercevoir, et dont on peut aisément suivre le développement , il en est d'autres, au contraire, où ces phénomènes sont si obscurs qu'ils ont longtemps échappé à l'observation des hommes, et où l'on a été plus longtemps encore à les comprendre Tels sont les os. Ensevelis dans les parties molles qui les dérobent partout à nos regards; insensibles à l'action des agents mécaniques, et eux-mêmes immobiles, comme des corps privés de vie 5 doués d'une circulation plus latente que visible, compacts, durs et solides comme les pierres, ils leur ressemblent plus en quelque sorte, au premier abord, qu'ils ne ressemblent aux corps vivants, et ces circonstances concourent à rendre leur vie incompréhensible et mysté^ rieuse.
Il n'est pas jusqu'aux fonctions de résistance mécanique, jusqu'au rôle inférieur et subalterne qu'ils remplissent dans l'économie animale qui n'en fassent, en apparence, dans l'édifice de l'organisation, des machines inertes exclusivement destinées, comme les valves d'une huître, a servir d'instruments aux muscles pour les attitudes, les mouvements et les résistances que nécessitent les besoins de la vie.
Mais il s'en faut bien qu'il en soit ainsi en réalité. Les os sont, dans l'association des organes de l'économie animale, des organes comme les autres ; comme eux ils souffrent seuls, indépendamment des autres ; comme eux ils souffrent avec les autres, et les autres, par une sorte de réciprocité, souffrent avec eux.
Mais, remplissant des fonctions très-subalternes, toujours chargés du poids du corps et de toutes les résistances mécaniques, ne deyaient-ils pas être plus durs, plus fermes que sensibles et délicats? Une sensibilité vive n'eût-elle pas été pour ces organes une source de maux continuels et insupportables? N'est-ce donc pas une admirable harmonie que la nature ait fait insensibles aux actions mécaniques ceux-là même qui devaient toujours y être soumis et toujours y résister? Cette sensibilité ne devait-elle pas appartenir, au contraire, aux organes qui, comme la peau, placés aux limites de l'économie, sont plus favorablement situés que les autres pour veiller sur les dangers qui peuvent venir de l'extérieur? Aussi observez que nulle part la sensibilité n'est plus vive, plus variée, qu'à la surface de notre corps 5 qu'on la voit en général diminuer et s'affaiblir ou devenir plus obtuse à mesure qu'on pénètre plus profondément dans l'économie et qu'on s'approche plus des os. Mais parce qu'ils sont insensibles aux agents physiques, on ne doit pas les reléguer parmi les lissus qui ne s'enflamment que très-rarement, comme l'ont fait les hommes les plus distingués. Les os s'enflamment dans toutes les contusions qui les blessent, dans toutes les plaies qui les atteignent, dans les fractures, dans les luxations non réduites et même dans des luxations promptement réduites, dans toutes les lésions organiques que l'on peut y observer et dans d'autres encore, telles que la nécrose, les maladies articulaires. Il en résulte qu'il est difficile de ne pas trouver un nombre assez considérable d'ostéites simples ou compliquées dans un service de cinquante malades 5 aussi ce n'est peutêtre pas exagérer que de porter ce nombre au cinquième environ des affections chirurgicales de nos hôpitaux. Et cette fréquence est le résultat de leur