DES DIFFÉRENTS MODES DES ARTHRITES
31 odes des arthrites sous le rapport des causes.
Arthrite de l'enfance. Elle est favorisée par l'organisation des os de l'enfance, qui est généralement bien moins compacte, plus vasculaire, que chez les adultes, €t quelquefois même en apparence spongieuse dans les parois du corps des os longs. Elle est ordinaire-
ment ostéale, raréfiante, buUeuse, cariante, nécrosante, à séquestres vasculaires ou invasculaires, souvent à synovialite, fongueuse, décorticante, suppurante. Plus souvent que chez l'adulte, elle reste locale et se termine par ankylose, après suppuration et expulsion de séquestres. Très-fréquemment encore, elle entraîne la mort par généralisation, fièvre hectique ou diathèse purulente.
En général, traitement de Taribrite (V. plus haut, t. III, p. 497), et de la scrofule (V. t. Il), modifié suivant les circonstances particalières; eaux minérales, hydro-thérapie.
Arthrite rhumatismale aiguë ou rhumatisme articulaire inflammatoire. Préparée par une diathèse rhumatismale, qui s'est parfois déjà révélée, et survenant sous l'influence immédiate du froid, ou plus ou moins longtemps après qu'on s'y est exposé, sous l'influence aussi de l'humidité, lorsqu'on reste plongé dans l'eau, qoe l'on couche sur la terre ou que l'on habite des lieux humides.
Car. anat. Siéye.Viue ou plusieurs articulations, d'oii rhumatisme articulaire local ou diathésaî 5 synoviale, tissu cellulaire extrasynovial, et, je suppose, tissu ligamenteux voisin, parce qu'il m'a quelquefois paru, dans des arthrites sans épanchement appréciable, soufirir plus que la synoviale par la pression, les mouvements, la distension que je lui imprimais. Je n'affirme pas le fait, mais je le signale à l'attention. — Parfois épaisissement de la synoviale, rougeur plus ou moins intense de son (issu, injection et infiltration séreuse du tissu cellulaire, épanchement séro-synovial mal connu dans sa composition , parfois assez considérable pour gêner les mouvements articulaires parla distension de la membrane synoviale; épanchement de pus très-rare dans le véritable rhuma-
tisme articulaire aigu, si même on en a des observations certaines. Voyez les dissidences qui existent à ce sujet entre MM. Bouillaud, Ghomel, Requin, Grisolle, Bonnet, Monneret, etc.
Symptômes. — Locaux^ gonflement extérieur souvent avec fluctuation, parfois avec rougeur de la peau, douleur plus ou moins vive, violente par le moindre mouvement et même sans mouvement, chaleur locale augmentée; — drconvoisins , parfois épanchements dans les synoviales tendineuses voisines; — généraux^ ou sympathiques, fièvre plus OU moins intense avec sueurs quelquefois excessives, qui paraissent causer les sudamina qui se développent souvent alors sur la peau; -trouble de la plupart des fonctions.
Symptômes ou accidents qui paraissent diathésaux ou liés à une diathèse rhumatismale, ce sont : la multiplication simultanée ou successive de l'arthrite; les simples douleurs rhumatismales concomitantes, articulaires ou musculaires; les affections viscérales, péri ou endocardites, pleurite, arachnoïdite, péritonite, méningite, etc.
6^ Obs. — J'ai vu, dans ma jeunesse, mourir de fluxion de poitrine un jeune homme de quinze ans, qui portait un rhumatisme articulaire aigu du genou. Fouquier, qui le traitait, fit appliquer vingt -cinq sangsues sur la partie souffrante, aussitôt résolution de l'arthrite, pleurite et mon en quelques jours.
Marche. Ordinairement début par la fièvre d'invasion, malaise, frisson, courbature, douleurs vagues que la pression n'augmente pas comme elle augmente les douleurs inflammatoires. Au bout de quelques jours, développement des douleurs articulaires que la pression accroît, de la chaleur, des épanchements et de tous les symptômes locaux et circonvoisins;
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puis état stationnaire ou mobile. Souvent alors, en effet, résolution brusque ou lente après des transpirations abondantes de trois semaines à plusieurs mois, et guérison ou réapparition du mal dans les mêmes jointures ou d'autres; parfois suppuration de l'articulation et mort; ou arthrite ostéale chronique ou ankyiose, etc. Apparition d'autres accidents diathésaux du côté de la poitrine, de la tête, qui peuvent laisser survivre le malade ou le tuer, ce qui n'empêche pas ces phénomènes de pouvoir être en même temps métastatiques, comme dans l'exemple que je viens de citer et dans un autre rapporté par M. Grisolle (t. II, p. 8âl, path. int. 1852).
Modificateurs de l'arthrite rhumatismale aiguë, -— ■ Les mouvements, l'activité musculaire, les chocs, les tiraillements, la compression l'irritent et l'aggravent; le repos, la chaleur douce, la calment ou du moins ne l'irritent pas. Le froid momentané porté au point d'exciter la surface de l'articulation malade, sans y causer de douleur, la chaleur prolongée, en amènent parfois la guérison ; les irritants cutanés, superficiels, comme les rubéfiants, les vésicants déterminent aussi parfois la guérison.
Nature. — L'influence spéciale du froid ou du re-^ froidissement, sur la production de l'arthrite rhuma^ tismale aiguë; la rareté de cette affection dans l'enfance; la fréquence de son développement successif ou simultané dans plusieurs ou même dans un grand nombre de jointures; sa marche capricieuse, ses déplacements soudains, la rapidité avec laquelle les symptômes locaux de la douleur, de la chaleur, du gonflement disparaissent pour se remontrer dans une autre jointure, pour revenir un peu plus tard à la première; la fréquence des accidents diathésaux qui compliquent l'arthrite du côté des viscères et surtout
de la plèvre et du cœur; la terminaison si rare ou même si douteuse de celte maladie par suppuration, par gangrène ; la disproportion qui existe entre ses altérations matérielles et l'intensité des symptômes (1), sont autant de faits, autant de caractères qui ne permettent pas de confondre le rhumatisme articulaire aigu avec l'inflammation aiguë et franche d'une arthrite traumatique. Pour moi, je vois à la fois un élément inflammatoire et un élément rhumatismal dans cette forme d'arthrite et dans les accidents secondaires ou diathésaux qui la suivent ou la compliquent.
Diagnostic. -— il est facile lorsque le malade a une diathèse rhumatismale plus ou moins ancienne, qu'il s'est exposé au froid quelques jours avant Taccident; que plusieurs jointures sont prises, gonflées, chaudes, douloureuses, fluctuantes; que la fièvre est intense, etc.; que le malade n'est atteint ou convalescent ni d'affection des organes génitaux, suites de couches, urétrite, vaginite, ni de fièvre éruplive ni de morve, ni d'aucune diathèse purulente, car les arthrites suppurantes qui tiennent à ces causes ne doivent pas être confondues, comme on Fa fait mal à propos, sous le nom de rhumatisme, avec l'affection qui nous occupe.
Le pronostic est toujours sérieux, et il peut être fort grave, car si la maladie guérit souvent, souvent aussi elle a des terminaisons fâcheuses et peut tuer directement ou indirectement par l'intermédiaire de quelques complications diathésales se manifestant du côté de la poitrine, du ventre ou des centres nerveux.
Traitement. — Faites le traitement général des douleurs rhumatismales (t. Il), et le traitement général de
(1) Ces faits n'ont peut-être pas été suffisamment observés, c'est ce qu'autorise à penser une observation de M, Bonnet (t. I, p. 329).
l'arthrite (plus haut, p. /i97). Si je ine répète, je veux du moins être court et ne pas détailler une longue litanie de drogues et de moyens médicaux infidèles malgré les promesses des praticiens. Saignées locales et générales, répétées trois ou quatre fois dans les premiers jours et suspendues ensuite à moins d'indications manifestes^ sulfate de quinine, de 1 gramme à 2 grammes, progressivement, au plus; nitrate de potasse, de 15 à 60 grammes par jour, progressivement, en tisane et non en substance, et pendant quatre ou cinq jours-, élévation de la jointure malade quand cette position est supportable-, enveloppement du malade avec un drap mouillé et exprimé seulement par une forte torsion, appliqué ensuite sur tout le corps, la tête et les pieds à découvert, puis enveloppement de tout le corps, la léte exceptée, avec deux ou trois couvertures de laine, où le malade sue bientôt abondamment. Topiques calmants.
Arthrites par géniio-morbies. — Je veux signaler, par cette dénomination, les arthrites et les abcès articulaires qui se développent sous l'influence d'une maladie des organes de la génération, soit, par exemple : 1' de l'état consécutif aux couches laborieuses ou même non laborieuses; 2° d'une irritation locale suppurante ou non, comme on le voit à la suite d'un cathétérisme sans solution de continuité, ni fausse route, ou compliqué de ces accidents; 3° d'une urétrite ou vaginite. Je signale ces arthrites parce qu'il est remarquable de les voir se développer plutôt sous l'influence des affections des organes génitaux que sous Finfluence d'aucune autre; mais je ne dois pas plus en faire l'histoire que celles des arthrites suppurantes consécutives à la rougeole, à la scarlatine. Ces suppurations sont toutes des lésions, des accidents, des éléments morbides et diathésaux de la
même maladie, en un mot, une diathèse suppurante (Voy. 2« Monog.^ t. 2. p, 124 et suiv.).
Arthrite syphilitique. — M. Richet a eu l'occasion d'en observer six exemples. Il les a rencontrés à des époques si rapprochées les unes des autres, qu'i! est permis de croire que les chirurgiens qui s'occupent spécialement de syphilis en verront bientôt d'autres cas. Ces arthrites n'ont différé des autres que par leur impuissance à résister au traitement anti-syphilitique, qui les a guéries promptement, tandis que les autres moyens avaient échoué. Sans regarder ce principe logique de diagnostic comme infaillible, je le crois fondé dans l'espèce.
Il suit de ce que je viens de dire que l'arthrite syphilitique ne se distingue de l'arthrite en général, ni par ses lésions, ni par ses symptômes, mais que sa marche est indéfinie, comme celle des affections syphilitiques consécutives, et qu'elle se guérit par les mêmes moyens, les mercuriaux et les iodures. Cette arthrite plus observée nous en apprendra-t-elle davantage? C'est tellement probable que j'ai à peine besoin de le dire et d'encourager à l'étudier.
Arthrite scrofuleuse, c'est-à-dire causée par la diathèse scrofuleuse et la tuberculie qui l'ont préparée, et souvent par un coup, par une violence extérieure qui l'a déterminée. L'enfance y prédispose par la vascularisation et la raréfaction fréquente, sinon constante, du tissu compacte des os à cet âge de la vie, et surtout par la raréfaction des extrémités articulaires. La raréfaction est parfois, dans la scrofule, portée à un tel point que les parties articulaires sont criblées comme une éponge, renflées comme des bulles de savon, et se brisent entre les mains comme un verre fragile. En un mot, sous le rapport de l'altération des os, l'arthrite scrofuleuse est raréfiante et même huileuse
(p. 5), et cariante {pi. y,fig. 2, 3 et Zi); mais ce n'est pas tout, les os ne sont raréfiés que parce que leurs canalicules et les aréoles de leur tissu, "vraiment spongieux, sont agrandis aux dépens de leurs parois, résorbées dans certains points. Ces cavités sont d'ailleurs remplies par un tissu vasculo-médullaire, augmenté et hypertrophié, jusqu'à former des fongosités luxuriantes, par suite dessécrétionsorganisabies qui s'y sont faites. L'altération des os a donc commencé par leur partie vivante, par le tissu médullaire et ses vaisseaux. Mais ces lésions ne se bornent pas à l'intérieur des os, elles s'étendent aux parties articulaires.
Les fongosités en contact avec les cartilages articulaires, les résorbent aussi, tantôt en les amincissant et les soulevant comme une pelure d'oignon ou une lame de parchemin humide, tantôt en les perforant de la surface adhérente à la surface libre et réciproquement, tantôt de la circonférence au centre. Ces fongosités se développent de même autour des ligaments interarticulaires, dans l'intervalle de leurs faisceaux qu'elles écartent, ramollissent, résorbent et perforent ainsi que les aponévroses; elles se développent aussi autour des synoviales, dans le tissu cellulaire qui enveloppe toutes ces parties./ font saillie dans les articulations, forment des masses fongueuses, élastiques qui soulèvent la peau. La maladie commence tantôt dans les os, tantôt dans les parties intra ou extra-articulaires, et se propage aux autres par continuité de tissu. Formées de matière organisable ou fibrineuse, faisant des progrès incessants, elles finissent par s'enflammer, suppurer, amener des abcès, qui peuvent guérir après expulsion de séquestres de carie molle ou dure, dans les petites articulations, rarement dans les grandes; qui, quelquefois, donnent lieu à une ankylose salutaire, et plus souvent
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à la mort par la fièvre hectique et la suppuration.
6^ Observation, Arthrite fongueuse suppurée du coude^ guérie sans amputation, après amputation de la jambe pour une maladie analogue. — Un jeune garçon marchand de vin était couché, dans mon service à l'hôpital de la Charité, vers 18/i3. Je fus obligé de lui amputer la jambe pour une arthrite scrofuleuse cariée qui menaçait de l'entraîner au tombeau par une suppuration épuisante. Il guérit de son opération, mais il en était à peine sauvé que l'articulation d'un des coudes devint douloureuse, se gonfla sans chaleur locale vive et présenta des tuméfactions élastiques fongueuses dans le tissu cellulaire extra-synovial. Les cataplasmes émoUients, la compression, quelques sangsues que j'employai ne me réussissant pas et la maladie marchant avec rapidité, je laissai entrevoir au malade, très -inquiet, l'obligation où je pourrais être de lui proposer une seconde amputation. 11 s'en effraya et demanda sa sortie, sous le préteste de retourner dans son pays. Mais, moins de deux mois après, il me fit appeler aux Batignolles, où il s'était retiré. Il avait un énorme abcès au coude, que j'ouvris; il en résulta une hémorragie du tissu fongueux, que j'arrêtai avec peine. Je l'engageai alors à aller à la campagne. îl partit. Je le supposais mort, lorsqu'il revint me voir parfaitement guéri, mais avec une fausse ankylose du coude.
On reconnaît les arthrites scrofuleuses, dans leur principe, aux caractères de la diathèse scrofuleuse, aux tuméfactions fongueuses, molles et élastiques du tissu cellulaire et de la synoviale; plus tard, au ramollissement des ligaments, à leur laxité et à la douceur des glissements articulaires, surtout quand les cartilages sont entièrement résorbés et remplacés
par des fongositês. On les reconnaît encore parfois au boursouffleraent bulleux des os, aux abcès et aux séquestres. On peut soupçonner d'autres lésions de détail; mais il ne faut pas affirmer ce que l'on ne peut que soupçonner. L'errenr appartient à ia présomption comme à l'ignorance.
Le traitement de cette arthrite est d'abord celui de la scrofule : les moyens hygiéniques, une habitation sèche, chaude, exposée au soleil, des exercices en plein air, au soleil, aussi actifs que le malade les peut supporter, une nourriture abondante et fortifiaitte, du vin, de la bière pour tisane, de l'huile de foie de morue comme remède et comme moyen nourrissant, qui engraisse souvent les malades et en modifie la constitution 5 l'hydrothérapie, les douches et l'irrigation froides, la compression, la caustication et la cautérisation des tumeurs fongueuses, prudemment faite avec le caustique de Vienne, le chlorure de zinc, la cautérisation avec le fer rouge porté sur les tumeurs fongueuses pour les détruire; dans les cas d'abcès froids articulaires ou extra-articulaires (Bonnet, t. 2, p. 86), les injections iodées; enfin l'amputation, même parfois dans le cas de complication de maladie analogue à une autre jointure et de tubercules pulmonaires, comme le prouve l'observation rapportée ci-devant.
Arthrite traumatique par entorse, plaie ou fracture. — L'arthrite par entorse est, comme l'indique son nom, causée par une distension brusque et violente des parties articulaires, et quelquefois accompagnée de diverses solutions de continuité (^Anat. pathologique').
Siège. — Tonte une jointure ou plus particulièrement un des côtés de la jointure. Au plus faible degré, il y a distension sans lésion matérielle appréciable d'abord, mais quelques jours après, ecchymose
et gonflement. A un degré plus fort : déchirure du tissu cellulaire sous-cutané et plus profond, avec infiltrations ou épanchements sanguins, plus ou moins sensibles à l'œil par les ecchymoses qui les accompagnent, au toucher et au sens musculaire par les résistances qu'ils opposent à la pression, ou par les frottements qu'ils causent; k un troisième degré, rupture plus ou moins complète de ligaments, de fibres charnues, plutôt vers leurs insertions ligamenteuses que dans le milieu de leur longueur, ainsi qu'on le sait depuis longtemps, ruptures ou fractures d'os et particulièrement des apophyses et des saillies osseuses circumarticulaires, quelquefois écrasements osseux interarticulaires; déchirures synoviales ; quelquefois même enfin, lorsque des mouvements complexes se sont accomplis dans plusieurs jointures à la fois, comme celles des os du tarse, plaies et fractures interarticulaires dans plusieurs jointures voisines, en sorte que l'entorse peut être plus ou moins compliquée.
Symptômes. — Douleurs articulaires senties dans les parties fibreuses, puis dans toutes les parties lésées, avec gonflement rapide quand i! y a épanchement de sang considérable à l'extérieur ou à l'intérieur de la jointure, moins rapide et chaud quand l'entorse date d'un ou plusieurs jours, et qu'une arthrite se développe. Alors congestion sanguine de la synoviale sans ou avec épanchement séreux, séro-sanguinolent, en partie concrescible et organisable, qui distend plus ou moins la synoviale, mouvements pénibles, trèsdifficiles ou impossibles, par suite d'épanchement ou de rétractions, en un mot, tous les symptômes et les accidents de l'arthriie aiguë ou chronique, se terminant par la guérison, par ankylose, par suppuration, par carie et même par la mort.
52â MALADIES ARTICULAIRES.
Le diagnostic est fondé sur la connaissance de la distension, de la torsion brusque et violente de l'articulation, surtout lorsqu'il y a quelques-unes des lésions ou des symptômes visibles de la maladie, et une douleur plus ou moins vive. Le diagnostic spécial de chaque lésion est d'ailleurs possible ou impossible. Ainsi, une grande déchirure du tissu cellulaire se reconnaît à un v^^ste épanchement sanguin, la rupture des ligaments à une grande déviation et une grande mobilité de jointure, les fractures à la mobilité, à la difformité et à la crépitation, etc. On conçoit que le pronostic d'une maladie qui a tant de formes et de degrés, est très-variable et n'a rien de général, sinon que sa gravité augmente avec la grandeur des articulations, et avec le nombre et l'importance des complications.
Traitement. — Immersion immédiate de la jointure iorcée dans de l'eau aussi froide que possible, et renouvelée fréquemment pendant plusieurs heures, même un jour, et plusieurs heures après que la douleur, d'abord augmentée^ s'est entièrement éteinte. C'est là ce qui convient, à moins de contre-indications particulières, comme la menstruation ou une susceptibilité extrême de la poitrine à l'action du froid, par exemple. Ce traitement, anciennement recommandé, mais moins énergiquement, par Boyer et d'autres, est surtout employé par M. Poulain {Journ. de méd. de Lyon, 1842) et par M. Bonnet, qui l'a expérimenté d'après M. Poulain (Malad. des artic, t. I, p. 22/i); néanmoins il ne peut être mis en usage que pour les deux tiers inférieurs des membres. Les irrigations froides, surtout en été, doivent être aussi avantageuses. Topiques froids, pulpeux, en cataplasmes et fréquemment renouvelés j lotions évaporantes d'eau-de-vie camphrée, d'éther, etc., recommandées par A. Gooper.
Cette méthode a besoin encore d'être expérimentée pour être bien appréciée. Tant de méthodes ont reçu plus d'éloges, sans les mériter, que la défiance doit être la constante vertu du thérapeutiste.
L'immobilité des articulations, depuis si longtemps recommandée, est menacée d'être détrônée par M. Bonnet. Il ne veut pas même que le repos au lit soit du repos pour les jointures. J'avoue que ceci me paraît un sophisme si évident, ou du moins une si grande exagération, que j'ai à peine le courage de faire remarquer qu'une position que le malade change instinctivement, quand elle finit par le fatiguer un peu, ne saurait être raisonnablement condamnée. — • Une contention et une compression modérée far un bandage quelconque, qui soulage le malade, me paraît aussi très-convenable tant qu'elle soulage.
M. Bonnet, qui a peu de confiance dans le repos, beaucoup dans le mouvement, et le mouvement des jointures en particulier, est, jusqu'à un certain point, conséquent dans l'enthousiasme qu'il manifeste pour le massage et les manœuvres aveugles des rebouteurs. Mais le nombre des observations positives et constatées qu'il invoque, me paraît beaucoup trop petit, trop peu concluant, et les manœuvres des ignorants ont été trop souvent suivies de résultats malheureux, pour que je puisse partager ses illusions. Néanmoins, comme il y a quelques observations authentiques de succès, je suis d'avis qu'on observe, qu'on essaie le massage, mais sans enthousiasme. Je crois aussi qu'il ne faut pas rejeter les cataplasmes émoUients et chauds, narcotiques, les antiphlogistiques, lorsqu'il y a inflammation et fièvre. Ces principes généraux sont fondés sur des masses de succès dans les arthrites et toutes les inflammations supérieures. Ces derniers succès sont, par conséquent, bien supérieurs à ceux invoqués en
faveur du massage, et surtout ils sont bien plus rationnels. Il est vrai qu'on guérit souvent des douleurs par la douleur physique, mais ce sont surtout les douleurs nerveuses.
Arthrite par plaie on plaie articulaire. Sous ce titre, je ne veux parler que des plaies pénétrantes ou compliquées de synovialite. Les autres ne méritent pas un article spécial. Partni les premières même, les piqiires étroites, qui ne donnent pas issue à la synovie, sont ordinairement si simples, qu'il suffit de les tenir fermées avec un morceau de sparadrap, légèrement comprimées et au repos, pour qu'elles se ferment immédiatement. Ce traitement n'empêchera pas le malade de changer doucement de position, s'il souffre de garder toujours la même : si cependant la lésion se compliquait d'arthrite on agirait comme dans l'arthrite.
Les coupures, les plaies déchirées et les plaies confuses qui communiquent plus ou moins largement avec la cavité articulaire méritent plus de détails. On voit cependant quelques coupures étroites, surtout dans les petites articulations, qui donnent lieu à un écoulement peu abondant de synovie, et guérissent d'ellesmêmes en très-peu de temps par le traitement des piqûres. Lorsque ces plaies sont plus larges et beaucoup plus graves, mais que les individus sont d'une bonne constitution, on peut encore être assez heureux pour les guérir, même sans trop de difficulté. C'est ce qui m'est arrivé la même année, à Saint- Louis, pour trois plaies articulaires du coudepied, chez des hommes de vingt-cinq à quarante ans.
7' observation. Elle présentait une plaie faite en dedans de la jointure, pour extraire une tumeur osseuse grosse comme un œuf de poule. Le malade en avait exigé l'ablation, parce qu'elle l'empêchait de mar-
cher et de travailler pour vivre. L'opération avait entraîné une déchirure de la synoviale. Je le traitai par l'irrigation; il guérit, mais il fallut du temps.
8* observation. Le deuxième malade avait une déchirure du côté interne de la jointure, avec luxation de l'astragale. M. le docteur Corsain, médecin à la Viilette, réduisit la luxation et m'adressa le malade. 11 guérit sans accident.
9^ observation. Le troisième blessé avait une plaie articulaire du côté interne, avec issue de l'astragale et du tibia auquel tenait i'astragale. La réduction de cet os et du tibia étant impossible, on proposa l'amputalion au malade. Effrayé de ia proposition, il m'envoya chercher à Saint-Louis, accepta l'ablation de l'astragale, qui me permit alors de remettre le tibia à sa place. Pour assurer la conlention, j'appliquai le bandage à fractures de Scultet. Le soir, la fièvre m'obligea de faire une saignée, le lendemain une autre, après quoi le malade guérit sans accident.
11 s'en faut que les choses se passent ordinairement d'une manière si heureuse. 11 arrive, au contraire, que la synoviale s'enllamme, avec douleurs vives, tuméfaction considérable, fièvre ardente, soif intense, pouls dur et fréquent, sueur abondante, parfois délire et convulsions. La synovie, qui était d'abord claire ou sanguinoleiste, devient séreuse, puis purulente. Le gonflement s'étend de la jointure aux parties voisines, la suppuration s'y développe, ia gangrène peut s'y joindre, la fièvre s'aggrave encore, et le malade meurt dans le délire et le marasme; quelquefois même, il succombe plutôt encore, par la diathèse purulente simultanée, parle tétanos. Dans des cas moins graves, oîi les douleurs sont moins violentes, la suppuration moins abondante, la fièvre moins intense, la suppuration diminue, les cartilages
détruits permettent aux os de s'unir par ankylose et au malade d'échapper à la mort.
La cause du mal, la lésion qui frappe les yeux, les symptômes qui éclatent avec violence ou quelquefois d'abord sourdement, ne permettent pas de méconnaître le mal. Dans les plaies étroites, dont la pénétration est douteuse et qu'on ne doit pas sonder, l'écoulement d'un liquide onctueux et filant , clair, lorsqu'il n'est pas coloré par le sang, peu abondant quand il vient d'une synoviale sous-tendineuse ou apoûévrotique, abondant, au contraire, dans le cas où il prend sa source dans la synoviale articulaire, rend le diagnostic encore possible et parfois très-facile.
Le pronostic ressort si clairement des faits exposés, que je n'en dirai que quelques mots. La gravité des plaies articulaires, par l'arthrite qui les complique, diminue considérablement avec leur étendue, en sorte que les plaies des petites jointures sont infiniment moins sérieuses que celles des grandes ; secondement, les plaies contuses sont plus graves que les coupures, surtout quand elles sont produites par des coups de feu et compliquées de fractures articulaires. Jusqu'à présent, on a expliqué cette gravité par l'actiou de l'air qui y pénètre. Cela me paraît juste; mais cela tient aussi aux propriétés des synoviales articulaires.
Traitement, — Dans les plaies assez simples pour qu'on puisse avoir la moindre espérance de réunion immédiate, essayez-la, comme nous l'avons dit. par un simple appareil aggiutinatif et contentif. Lorsque l'arthrite se développe, sangsues et irrigation froide ou chaude, suivant le goût du malade, c'est-à-dire suivant le bien qu'il en retire, mais sans changement brusque dans la température. L'irrigation doit être continuée jusqu'à ce que sa suspension momentanée
ne cause aucune douleur ni d'autre accident. S'il se manifeste la moindre douleur, il faut y revenir. C'est ce qui m'est arrivé chez !e malade de la 7" observation citée plus haut, et ce qui a prolongé le traitement et l'irrigation pendant pins de six semaines. Quoique l'irrigation paraisse si favorable dans ces plaies, je n'en ai pas moins guéri, sans irrigation et par la seule contention , les deux autres malades des 8^ et 9° observations. Mais peut -on se bercer d'espérances lorsque la plaie est large, ou lorsqu'elle est contuse, et qu'une arthrite terrible et suppurante menace le malade? C'est possible; car s'il y a des cas désespérants qui guérissent, il y en a où tout présage une guérison qui ne s'accomplit pas : alors il faut étudier la constitution du malade pour savoir jusqu'à quel point chez lui les plaies suppurent ou guérissent sans suppurer; jusqu'à quel point les lésions physiques, brûlures, contusions, fractures, entorses, etc., guérissent chez lui plus ou moins facilement; jusqu'à quel point il est doué de courage, de fermeté, etc., car si ces auxiliaires nécessaires de tout traitement ne viennent à son secours, le cas sera bien plus grave. Et, en définitive, si l'on désespère de guérir la plaie, il faut amputer avant le développement de l'arthrite. Une fois l'inflammation développée, l'amputation n'est proposable que lorsque la suppuration devient épuisante par sa prolongation, malgré les injections détersives les plus répétées, et même malgré les injections iodées. Dois-je dire ce qu'il y aà faire dans le cas de corps étrangers, etc.? Mais j'en ai parlé aux plaies en général.
Artkrile par fracture articulaire. — Une fracture articulaire est tantôt incomplète, comme une fêlure, tantôt complète, variée et plus ou moins mobile, ordinairement compliquée d'épanchement de sang et
bientôt d'une synovialite qui se développe plus ou moins rapidement, et s'étend même aux parties molles et dures de !a joinîure. Alors le malade, si l'inflara^ mation est modérée, peut guérir entièrement ou par ankylose. Il peut, au contraire, succombera la vivacité de la phlogose, à la suppuration, à ses suites, ou même à d'autres accidents, comme le tétanos.
Quand la fracture est complète, que les fragments sont mobiles, crépitants, le diagnostic est généralement facile: dans le cas contraire, il peut être difficile jusqu'à l'impossibilité. Le ca<5 est toujours grave et très-grave quand l'arthrite est violente, suppurante, et même quand elle guérit par ankylose.
Les indications thérapeutiques sont : 1° de réduire aussi doucement que possible, et de contenir la fracture par une constriction modérée ; 2° de prévenir l'inflammation par les antiphlogistiques locaux, sangsues, irrigations froides ou tièdes, suivant la saison, par la saignée générale, la diète; 3" de pratiquer l'amputation si la fracture est comminutive, et l'articulation considérable comme celle du genou.
Modes sous le rapport analomique.
" Arthrites simples. — Arthrite synoviale ou synovialite. — La synovialite simple, ou peu compliquée, car il est difficile que les parties voisines n'y prennent aucune part, se développe comme les entorses, sous l'influence des violences extérieures et du froid. Elle a les caractères matériels des inflammations ordinaires ou traumatiques. La synoviale est gonflée de synovie claire ou trouble, jaune ou rougeâtre^ elle est ellemême rouge, injectée, doublée de tissu cellulaire infiltré de sérosité, comme dans l'arthrite rhumatismale {voy. plus haut p. 512), mais elle peut suppurer, tandis que le fait est fort rare ou même douteux dans la
synovialite rhumatismale. Elle s'accompagne souvent de rétraction de la jointure, de douleur qui empêche tout mouvement local, de chaleur et de gonflement inflammatoire. 11 peut en résulter une fièvre sympathique. Mais elle ne cause pas ordinairement de symptômes diathésaux dans les autres jointures, ni du côté du cœur ou des viscères de la léte et de la poitrine. Enfin elle peut se terminer par résolution, par chronicité, par un état stationnaire, par ankylose incomplète ou complète et osseuse; quelquefois son inflammation se propage aux parties voisines et à des viscères, et peut conduire le malade au tombeau.
Traitement. — Repos et immobilité de la jointure; antiphlogistiques locaux proportionnés à l'intensité de l'inflammation ; d'autres fois, mouvements doux et communiqués à la jointure quand le malade s'en trouve bien, compression locale modérée.
Arthrite du tissu celiidaire. Celle-ci a pour caractères analomique, un gonflement arrondi du tissu cellulaire sous-cutané, mollasse ou un peu ferme et induré, non élastique, mêlé de filaments et de lames de tissu ligamenteux qui lui donnent sa consistance, et gênent ou diminuent l'étendue des mouvements articulaires comme le font les tissus rétractés. Quant aux symptômes, les douleurs sont nulles ou légères, la chaleur locale est peu considérable, La tumeur formée par l'articulation est pâle, d'où le nom de tumeur blanche dans ce cas. Enfin la marche de la maladie est chronique, subaiguë, reste souvent stationnaire, et ne s'aggrave guère qu'en devenant plus aiguë, par une cause quelconque, une chute, un coup, une entorse 5 alors peut survenir la plupart des terminaisons de l'arthrite.
m" MONOGii. S4
530 MALADIES ARTICILAIRRS.
On la distingue de la précédente en ce qu'elle offre peu ou pas d'épatichement, de fluctuation, de lièvre, etc.
Traitement. Anliphlogistique local modéré, compression, mouvements également modérés de la jointure, douches et bains thermaui, sulfureux, salins; lotions froides hydrolhérapiques, de courte durée, emplâtre deVigoen bandelettes de sparadrap, a la manière de M. Lavacherie de Liège.
Arthrites compliquées. Arthrite Jongueuse, caractérisée par des tumeurs fongueuses, d'un blanc rosé, développées dans le tissu cellulaire, à la surface extérieure et intérieure des synoviales, dans l'intervalle des faisceaux ligamenteux et dans les os, caractérisée encore par les symptômes qui accompagnent les tumeurs fongueuses. Comme ces tumeurs s'observent surtout dans l'arthrite scrofuleuse, nous les avons décrites à cet article (p. 517)5 nous devons donc y renvoyer le lecteur. Ajoutons que cette affection est difficile à rencontrer à l'état simple 5 qu'elle est presque constamment compliquée de synovialite, de lésions des cartilages, des ligaments et des os.
Arthrite ostéale. Il en est de même de celle-ci. Elle présente souvent des complications analogues, et ce sont ces arthrites compliquées qui forment la plupart des affections connues sous le nom de tumeurs blanches. Comme elles m'ont servi de modèle pour ma description générale de l'arthrite, j'y renverrai encore le lecteur.
Piemarque. Si Ton possédait sur l'arthrite sèche, de M. Deville, des notions plus positives, j'essaierais raainteiiant d'en tracer l'histoire; mais je n'ose l'entreprendre, surtout à cause des incertitudes où je suis sur l'influence du ramollissement de l'os et l'influence des ossifications morbides sur les déforma-
ARTHKITR, 531
tions des os dans celle affection. (Voyez compte-rendu des Travaux de la Société anatomique pour 1850 , par BroCA, p. 40, et ici pL VUI, fig. 6, 7).
Modes de Carihrltc sous le rapport de la marche.
Il y a sous ce point de vue trois modes très-distincts, et que, par cela même, nous avons été forcé de mentionner iiien des fois avant d'en parler d'une manière spéciale, ce sont les arthrites aiguës, sub-aigu'és et chroniques. Cette circonstance nous permettra même d'être beaucoup plus court dans ce que nous en dirons.
L'arthrite aiguë lient ordinairement à des causes intenses et puissantes par leur action.
Nous l'avons déjà décrite en partie dans l'arthrite rhumatismale aiguë (p. 512).
Les altérations matérielles, légères à leur principe, deviennent dans celte espèce rapidement considérables-, leurs symptômes, la douleur, la chaleur locale, îe gonflement, la gêne des mouvements de l'articulation, sont prononcés; il y a beaucoup de symptômes de voisinage et de ia fièvre. L'affection est sur^ tout caractérisée par l'intensité de ses symptômes et par la rapidité de sa marche. Ses terminaisons sont toutes celles que nous avons indiquées à l'occasion de l'arthrite en général et de la rhumatismale aiguë; mais elle diffère de celle-ci par sa flxité et parce qu'elle suppure souvent.
Le diagnostic du genre arthrite et du mode aigu est ici très-facile. Le traitement est bien fixé. En général, repos, immobilité, antiphlogistiques locaux, sang^ sues, ventouses scarifiées, proportionnées à l'intenisite des symptômes, aux forces du malade, cataplasmes émollients, bains tièdes, diète.
L'arthrite subaiguë provient ordinairement de causes
peu actives. Elle offre peu d'altérations articul.iires, est indolente j les symptômes locaux y sont peu intenses, la marche est peu rapide, et cela depuis le début. Aussi son diagnostic est facile, son pronostic moins grave que celui de la précédente, et son traitement analogue à celui de la suivante.
L'arthrite chronique diffère de la sub-aiguë, parce qu'on ne peut appeler chronique celle qui ne date que de quelques jours, parce qu'elle peut offrir d'ailleurs toutes les lésions matérielles décrites en général, mais sans les injections vasculaires rutilantes de l'arthrite aiguë. Par suite du peu d'intensité de ses symptômes, de sa marche lente, le traitement est peu antiphlogistique. Cependant on peut employer 10, 15 sangsues tous les dix ou douze jours, suivant les forces du malade, ou des ventouses, des émollients, des bains de tripes. On peut aussi employer les bains alcalins, sulfureux, l'hydrothérapie, et surtout les cautères multipliés ou le moxa. La compression doit même être essayée, ainsi que dans la sub-aiguë, dont le traitement est le même, comme je l'ai dit. Par conséquent, compression modérée, peu d'antiphlogistiques ou seulement des antiphlogistiques répétés de huit en dix, quinze jours, toujours modérément; cataplasmes émollients et bains chauds salins, sulfureux, alcalins, excitants; topiques analogues comme douches chaudes ou froides, mais de peu de durée dans le dernier cas; vésicatoires ou cautères et moxas.
Remarques historiques. — = Les Grecs, en général si avancés dans la connaissance des fractures et luxations, le sont très-peu dans celle des arthrites. Celte science est néanmoins plus limitée encore dans Celse, et ne grandit ni dansGalien, ni chez les derniers Grecs, tels que Paul d'Égyne, ni chez les Arabes de l'Orient
et de l'Occident. Le judicieux et savant compilateur de l'École deMontjjelIier, Guy, ne nous apprend rien déplus. Il faut venir jusqu'au XVIIP siècle, en 1734, k l'époque de l'apparition de la chirurgie de Wiseman, pour Yoir grouper, sous le nom de tumeurs blanches, les diverses lésions matérielles des articulations. B. Bell continua la tentative de son compatriote, et contribua à conserver l'unité à une maladie trèscomplexe et très-commune. 11 entrevit même le fait des rétractions. (Traité des ulc, 1788, p. 330.) Ceux qui, aujourd'hui, distinguent les divers éléments morbides comme autant de maladies dilïerentes, sous prétexte de faire de l'analyse, tombent dans une étrange erreur, et font d'un bloc remarquable un amas de poussière et de fragments informes. Cependant, quoique ce tort puisse être en partie reproché à Brodie, quoique son livre soit un peu maigre pour la grandeur du sujet et très-incomplet,, quoiqu'il donne peu de renseignements sur les causes, sur les lésions pathologiques, quoiqu'il n'ait jamais songé à étudier la cause des rétractions articulaires, ni les lésions des os, son Traité des maladies des articulations est un travail original et important, un travail pratique, oîi l'on trouve une bonne méthode d'étude et des observations neuves et instructives sur les lésions de la synoviale et des cartilages, sur les arthrites par génito-morbie.
Depuis 1818 qu'a paru l'ouvrage de Brodie, le même sujet a été repris et traité avec plus ou moins d'étendue, dans l'ordre chronologique, d'abord par nous, dans nos recherches sur les os malades, en 1836 (Archiv. de méd., t. X, p. 127)-, puis dans un rapport académique (Bull, de fAcad. impér, de méd., 1840) ; dans nos leçons cliniques (Voy. Archiv., septembre 18ZiO, t. tX); dans la discussion de TAcadé-
534 MALADIES AîVnCtLAiaES.
i»iê de médecine sur les rétractions, où nous avons fait connaître, pour la première fois, cette doctrine {BnUet. de 18â2, p. lU, 129, 15/i, 173, 188 5 18Aà, p. 766, et séance du 28 avril 18ii8, etc.) — M. Richet publia ensuite ses Recherches sur tes tumeurs blanches [Annal, de la chirw'., 18/iA)-, M. Bonnet, son Traité des maladies désarticulations, 18/i5. Je n'en dis rien de plus, parce que j'ai en occasion d'en parler plusieurs fois.
SoiiS'Synovîalite.
{Injl animation des bourses dites miujumses).
Je désigne par Celte dénomination une affection inflammatoire qui n'est pas très-rare et n'a pas une grande importance. Aussi je ne veux, pour ainsi dire, que la signaler à mon tour, quoiqu'elle ait déjà été décrite par MM. Velpeau, Rognetta, Marchai, etc.
Les causes G,ï{ sont mnl connues; cependant je l'ai vu survenir plusieurs fois : 1" à la suite d'efforts pénibles et fatigants prolongés pendant des heures, une journée entière-, 2» sous l'influence du froid, de coups, de violences physiques.
Celte petite maladie se montre dans les synoviales qui font hernie à travers les ligaments et qu'on nomme ganglions; dans les synoviales de glissement des tendons des muscles ; dans les kystes naturels ou accidentels qu'on nomme bourses muqueuses, et que je désigne ici sous le nom de sous-synoviales, pour rappeler les analogies qui rapprochent tous ces organes comme ils se rapprochent par leur inflammation. Cette maladie forme une tumeur plus ou moins considérable, ovoïde, quelquefois étranglée en bissac, où l'on distingue une tension plus ou moins considérable, avec vibration par les frottements, flnctualion ondulente plus on moins claire, li y a d'ailleurs gêne
liYDAllTHtlOSK. 535
OU douleur et chaleur locales, mouvemenls pénibles. Ces symptômes augmentent par les causes de la maladie, et elle peut se terminer, soit par résorption et gnérison, soit par suppuration spontanée ou consécutive à un coup, à une violence quelconque. On reconnaît cette affection à son siège dans une soussynoviale et aux caractères indiqués. Le repos, les cataplasmes émollients et chauds , les antiphîogistiques, un vésicatoire suffisent parfois pour guérir l'affection, — Lorsqu'il arrive que quelque sous-synoviale, comme celle des tendons fléchisseurs du poignet, se prend d'une infianimalion violente et grave, qu'on est obligé de l'ouvrir, il est convenable d'essayer d'abord les anliphiogistiques très-actifs et l'élévation autant que possible. Si ces moyens sont insufGsants, tentez d'évacuer le liquide dans le tissa cellulaire sous-cutané, par une ponction sous-culance, de continuer les émollients locaux-, plus tard, quand l'innammation a tout à fait cédé, si répanchement de la sous-synoviale ne tarissait pas, il serait rationnel d'essayer les injections alcooliques on iodées, employées à des degrés plus ou moins forts, suivant les résultats qu'on en obtiendrait.
Hydarthrose, hydropisie articulaire.
Accumulation plus ou moins considérable de sytijovie, sans inflammation actuelle sensible, comme l'admettent les auteurs. Comment, en effet, admettre sans inconséquence une hydarthrose inflammatoire? Si la maladie est inilammaloire, c'est une arthrite comme l'inflammation du péritoine avec épanehement symptomatique est une péritonite; si elle ne l'est pas, sons aucun prétexte vous ne pouvez la confondre avec l'arthrite et lui supposer le caractère inflammatoire. C'est nnc collection de synovie ou de
sérosité, comme l'hydropisie du péritoine sans phleginasie. Voilà le principe généralement admis, avec raison, et je ne veux pas m'en écarter.
Causes, Elles sont mal connues. Le froid, l'humidité paraissent y contribuer. On cite comme telles encore les violences mécaniques ; mais celles-là sont des causes d'épanchements inflammatoires confondues par erreur avec l'hydarthrose. Cependant un épancliement synovial consécutif à une arthrite serait une hydarthrose véritable, s'il n'y avait plus de trace d'inflammation actuelle.
La cause prochaine en est très-probablement la diminution ou la suspension de l'absorption, comme dans tous les épanchements; car, lorsqu'il n'y a qu'augmentation de fluide dans une cavité membraneuse, même par une injection, il est prompteraent absorbé, ainsi qu'on le voit à la suite de l'opération de l'hydrocèle.
Caractères anatomîques. Unique OU multiple, l'hydarthrose s'observe surtout dans les grandes synoviales, celle du genou particulièrement, puis dans celles de Ja hanche, de l'épaule, du coudepied, du coude, du poignet, etc. La synoviale est ordinairement distendue, ainsi que les capsules et les ligaments qui sont parfois amincis. La synovie n'est, en général, que très-peu altérée, et elle est surtout séreuse dans la vraie hydarthrose. La synovie rouge porte avec elle un caractère inflammatoire qui doit la faire attribuer à l'inflammation. En général, l'anatomie pathologique de l'hydarthrose, tracée par les auteurs, est l'anatomie morbide de l'arthrite, et non de l'hydarthrose.
Symptômes de C hydarthrose : locaux, tuméfaction variable de la synoviale, reconnaissable à ses formes particulières, étudiées sur le cadavre par des injections articulaires, sur le vivant par l'observation
HyDARTHHOSi:. 537
comparative de l'état sain et de l'état morbide : ce sera exposé aux articles des Maladies des Jointures en particulier, dans le volume suivant. Coloration de la peau de la jointure nulle; fermeté régulière ou relâchement, et laxité de l'articulation, que les muscles ne tiennent pas raide et demi-fléchie comme dans l'arthrite, par la crainte de la douleur, qui n'existe pas plus alors que la rétraction des tissus blancs; pas de chaleur locale quand la jointure est relâchée, mouvements plus libres, parfois, qu'à l'état normal et faiblesse de l'articulation; rarement tension forte de la synoviale distendue par de la synovie*, et, dans ce cas, fluctuation élastique, vibrante à la percussion des doigts; fluctuation ondulante, au contraire, quand la distension est lâche et la tumeur un peu considérable. Quelquefois déplacement sensible, plus ou moins étendu, de l'un des os de la jointure, luxée symptomatiquement; l'épanchement peut aller jusqu'à écarter considérablement les os articulés et piroduire tuie luxation par écartement, qui se fléchit en tout sens et ofTreun abandon complet des surfaces articulaires. M. Richet a va un cas de ce genre sur le genou.
Marche. Tant que cette maladie est simple, qu'aucune violence, aucun accident ne vient la transformer en arthrite, elle ne présente pas d'autres symptômes; mais, dans le cas contraire, on voit survenir de la douleur, de la chaleur, de la raideur de la jointure, en un mot, les symptômes inflammatoires de l'arthrite.
Le diagnostic de l'hydarthrose est variable, suivant l'articulation malade, sa profondeur, la quantité du liquide rassemblé dans une synoviale, et peut être, par conséquent, impossible. Mais il sera facile, quand le fluide sera considérable, l'articulation superficielle,
538 MALAUJKS AUTICULAIKES.
et qu'on y pourra reconnaître facilement les fluctuations élastiques ou ondulantes, et les altérations de formes particulières à quelques jointures. Il sera plus facile encore lorsqu'il y aura déplacement des os, lusalion par écartemen!, avec dilatation considérable de la synoviale, relâchement des ligaments et luxation vague. On ne confondra pas Thydarthrose avec un épanchement articulaire, immédiatement consécutif, à des violences mécaniques, à une entorse ou à une arthrite; alors l'épanchement est toujours le résultat de l'arthrite, toujours symptomatique et toujours accompagné de chaleur. On s'en assure en appréciant à pleine main la température relative de l'articulation malade et de l'articulation opposée, qui est saine et toujours moins chaude, ou même fraîche. On ne confondra pas non plus l'hydarthrose articulaire avec les hydarthroses des bourses synoviales, celluleuses, lendineuses, sous-aponévrotiques , qui n'ont ni la même étendue, ni la même forme, ni le même siège.
Pronostic. L'hydarthrose vraie ne compromet pas la vie; mais, comme elle est très-difficile à guérir, son pronostic a, sous ce rapport, de la gravité. L'incurabilité en est d'ailleurs d'autant plus à craindre que la maladie est plus volumineuse et filus aocienne.
Le traiiement de l'hydarthrose varie. Quand la maladie paraît tenir au froid, à l'humidité, habitation sèche et chaude, bracelet arlicnlaire de laine, reconvert même de toile gommée; compression articulaire parle même moyen. Lorsque le mal paraît lié à un mauvais régime, à une faiblesse maladive générale, à réliolement, moyens hygiéniques excitants, fortifiants, nourrissants, avec bains thermaux, sulfureux, salins, bains de mer, bains froid?, au plus de quelques» mi-
HIDAUTHUOSE. 539
mites, suivant le bien qu'en retire le malade-, ferrugiiienx> iodure de potassium à l'intérieur ou huile de foie de morue, et puis, aussitôt que les forces le permettent, exercices actifs en plein air, au soleil.
Médication Gimelle. Potion de 20 centigrammes par jour, de tartre stibié, qu'on augmente progressivement jusqu'à un gramme au plus; on la prend par cuillerée toutes les heures ou toutes les deux heures. Celte potion offre des résultats variés de guérison et de non-guérison, comme toutes les drogues. Les irritants, comme les vésicaloires, les exutoires, les cautères, la caustication ne sont pas beaucoup plus heureux.
Après avoir échoué par tous ces moyens, lorsque l'hydarthrose est considérable, il est venu à tout le monde l'idée de l'évacuer par une ponction au bistouri ou au trois-quarts, comme l'hydrocèle, l'ascite, comme une hydropisie de bourse muqueuse ou un abcès; qui a donc pu retenir la main du chirurgien? Le souvenir trop vif d'anciens malheurs, qui avait l'inconvénient d'arrêter les progrès de l'art. Mais comme les vices mêmes de l'humanité peuvent parfois être utiles, la témérité a surpassé la prudence et nous a montré qu'on pouvait , impunément et même heureusement, dans l'arthrite chronique et dans l'hydarthrose, ouvrir la synoviale, y injecter des fluides très-irritants. J'ai combattu, dans le temps, ces opérations, parce que la prudence me semblait défendre d'y recourir avant d'en avoir essayé graduellement Tactivité sur les animaux et sur l'homnie. Quoi qu'il en soif, on sait maintenant qu'elles sont praticables.
On pratique cette opération par une simple ponction sous-culanée, au trois quarts, à travers la peau qu'on a fait glisser sur les tissus sous-jacents, et
540 MALADIES AUTlGULAmKS.
qu'on abandooae à elle-même après avoir évacué le liquide et pratique l'injection. De cette manière, la peau recouvre la piqûre profonde et sous-cutanée, et l'air n'y pénètre pas. M. Goyrand pratique la ponction sous-cutanée et chasse ensuite le liquide de Thydarthrose pour y être absorbé, sous la peau, dans les tissus environnants. Un homme, deux fois ponctionné par M. Guérin, loin de guérir, devint tellement malade, qu'il fallut l'amputer (Rîchet, T/?èse). Comme la simple évacuation d'une hydarthrose amène difficilement la guérison et n'est pas sans danger, Gay, chirurgien de l'hôpital du Cap, MM. Jobert, en 1830, Bonnet et Velpeau pensèrent à traiter Thydarthrose comme l'hydrocèle. Cependant, on croyait alors que l'hydrocèle ne guérissait que par l'adhésion de ses parois, et même à condition que ses parois étaient souples et non dures et rigides comme les os d'une jointure. L'idée, par conséquent , ne paraissait pas logique 5 elle me paraissait, à moi-même, devoir être rejetée ou de peur d'accidents ou de peur d'adhérences entre les surfaces articulaires. L'expérience a montré que ces craintes, en apparence si légitimes, n'étaient pas fondées. Cependant, on ne sait pas encore ce que vaut au juste cette opération. Le temps nous l'apprendra sans doute.
Âîikylose.
État matériel des jointures, qui entraîne mécaniquement une diminution notable ou la perte absolue de leurs mouvements.
Causes îndividiidles. Parfois immobilité prolongée, résorption des cartilages, exsudation plastique entre les surfaces osseuses qu'elle peut agglutiner et même souder ensuite par ossifîcaSion, diathèse ankylosanie, plus souvent maladies inflfimraatoires qui produisent