‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 24 sur 82 · CASH · texte numérisé non relu

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DE COOK. (1776) 25 de celles de Madère : cette différence provient Gu caractère des habitans plutôt que de leur pauvreté. Les Espagnols de Sainte-Croix sont mieux logés et mieux vêtus que les Portugais de Madère, quisemblent disposés à se dépouiller eux-mêmes, afin d’orner leurs Eglises, » On voit sur le port, presque en face du môle , une belle colonne de marbre, élevée depuis peu, et ornée de quelques figures qui ne font point honte à l’Artiste. On y lit une Inscription en espagnol, qui indique l'époque et l'objet de ce monument .

» L'après-midi, quatre d’entre nous louérent des mules » pour aller à la ville de Laguna (*) quia pris son nom . » d’un Lac voisin, éloigné de Sainte-Croix d'environ » quatre milles : nous y arrivames entre cing et six heures » du soir; le chemin avoit été trés-mauvais, nos mules n’é- » toient pas bonnes , et rien ne nous dédommagea de nos » peines. Laguna est assez vaste, mais elle mérite à-peine » le nom de ville; la disposition de ses rues est trés-irré- » gulière; cependant quelques-unes sont d’une largeur » passable, et on y voit des maisons assez propres. En » général, cependant, Sainte-Croix, quoique beaucoup » plus petite, offre un aspect bien supérieur. On nous » apprit que Laguna tombe tous les jours; plusieurs vi- » gnobles où l'on trouvoit autrefois des maisons, n’en ont

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(*) Son nom Espagnol est Saint - Christobal de la Laguna; elle passe pour la Capitale de V’Isle. Les gens de loi, et ceux des habitans qui vivent noblement y résident. Cependant le Gouverneur général des Isles Canaries réside à Sainte-Croix, qui est le centre du commerce avec l’Europe et l'Amérique. Voyez Glas’s Hist. , p. 248.

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» plus à présent. La population de Sainte-Croix augmente » au contraire. 4 » Pour aller de Sainte-Croix à Laguna, on traverse » une colline escarpée, qui est trés-stérile lorsqu’on:la » monte; en la descendant, nous vimes quelques figuiers i » et plusieurs champs de blés. Ces espaces de terrain » mis en culture sont de peu d’étendue , et ils ne sont pas | » découpés en sillons comme on le pratique en Angleterre; » il paroit que les habitans ne récoltent du grain qu'à force de travail, car le sol est si rempli de pierres, qu'ils sont » obligés de les rassembler , et d’en faire de larges mon- » ceaux ou des murailles peu éloignées les unes des autres. » Les grandes collines qui se prolongent au Sud-Ouest, nous semblèrent bien boisées. Excepté des aloës en » fleur que nous trouvâmes près du chemin, nous ne » remarquames rien d'ailleurs durant ce petit voyage qui mérite d'être cité; nos guides avoient beaucoup de » gaieté, et ils nous amusèrent avec leurs chansons » pendant la route. :

» Les mules font la plupart des gros ouvrages; nous » jugeames que les chevaux sont rares, et destinés prin- » cipalement à l'usage des Officiers; ils sont d’une petite » taille, mais d’une belle forme et pleins de feu. Les » habitans emploient les bœufs à trainer des tonneaux » sur un Chariot très-grossier , et ils les mettent au joug » par la tête; nous les attelons par les épaules, et leur » méthode ne semble pas préférable à la nôtre. Dans » més promenades et mes courses, je vis des faucons, » des perroquets, des hirondelles de mer, des goélands, » des perdrix. des bergeronettes , des hirondelles de » terre, des martinets, des merles, et des troupes nom-

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DE COOK. (1776) 27 breuses d'oiseaux des Canaries. On trouve aussi à l'Isle de Ténériffe, deux espèces de lézard, quelques ine » sectes, telles que les sauterelles, et trois ou quatre » espèces de mouches de dragon (1).

» J’eus occasion de causer avec un habitant du pays, » plein d'esprit et d'instruction, dont la véracité ne me » laisse aucun doute. Il m’apprit plusieurs choses, qu’une » relâche de trois jours ne m’auroit pas laissé le loisir » d'observer : il me dit, par exemple, qu'il y a dans » l'Isle un arbrisseau; qui répond exactement à la des- » cription donnée par Tournefort et Linæus, de l’Arbris- » seau à Thé de la Chine et du Japon; qu'il y est très- » commun. L’honnéte Espagnol dont je parle ajouta qu’on » extirpoit cet arbrisseau , et que toutes les années il en » arrachoit pour sa part des milliers dans ses vignes; » que les habitans néanmoins en firent quelquefois une » boisson pareille au thé, et qu'ils lui attribuent toutes » les qualités de celui qu'on achète des Chinois; ils lui » donnent aussi le nom de thé; mais, ce qui est remarquable , ils assurent que les premiers Navigateurs euro- » péens le trouvèrent à Ténériffe. j

» Le sol produit un fruit singulier, que les Insulaires » appellent Limon imprégné (2) : c'est un limon parfait, » bien distinct, enfermé dans un autre ; il diffère seulement

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(1) Hy a dans POriginal, dragon's flies.

(2) L’Auteur de la Description de Téneriffe, dans Sprat’s History, p. 2u7, paile de cette espèce delimon, et il l'appelle pregnada, Il est vraisemblable que les Espagnols le nomment encore aujourd’hui imprennada.

» de celui qui lui sert d’enveloppe, en ce qu'il est plus » rond, Les feuilles de l'arbre qui donne cette espèce de » limon, sont beaucoup plus longues que celles du limo- » nier ordinaire ; mais, d'après ce qu'on m'a dit, elles sont » tortues et elles n'ont pas la même beauté.

» J'ai su de la même manière qu'une espèce des raisins » de Ténériffe est réputée un excellent remède dans les » phtysies .L’air et leclimat en général sont d’ailleurs d'une » salubrité remarquable, et très- propres à ce genre de » maladies. Mon Espagnol m'en expliqua la raison ; il me » dit qu’on peut toujours choisir le degré de température » convenable, en fixant sa demeure sur les diverses col- » lines qui sont plus ou moins élevées, et il me témoigna » sa surprise, de ce que les Médecins Anglois n’ont jamais » songé à envoyer leurs consomptionaires à Ténériffe, au- » lieu de les envoyer à Nice ou à Lisbonne. En allant de » Sainte-Croix à Laguna, je reconnus moi-même combien » la température de l'air varie : lorsqu'on monte les col- » lines, on ressent peu-à peu le froid qui finit par être in- » supportable. On m’assura que passé le mois d’Aoit, per- » sonne ne peut habiter à un mille du Pic, sans éprouver » un froid très-rigoureux (*).

» Quoique les environs du sommet du Pic jettent tou- » jours de la fumée, il n’y a point eu de tremblement de » terre, ou d'éruption de volcan depuis 1304 ; le port de

(*) Cette observation s'accorde avec la remarque du Docteur Heberden, qui dit que le pain de sucre de la Montagne ou la Pericosa , dont la hauteur est d’un huitième de lieue (ou de 1,980 pieds), est couverte de neige la plus grande partie de l'année. Voyez les Transactions philosophiques, volume cité plus haut.

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» Garrachica, où l'on faisoit autrefois une grande partie » du commerce, fut détruit à cette époque (1).

» Le commerce de Ténériffe est assez considérable, » Car on y fait quarante mille pipes de vin, qui se con- » somment dans l'Isle, ou qu'on convertit eneaux-de-vie, et » qu'on envoie aux Isles espagnoles du Nouveau-Monde (2): » l'Amérique septentrionaleen tiroit chaque année six mille » pipes; lorsque ses liaisons avec cette partie du monde » n’étoient pas interrompues ; exportation se trouve au- » jourd’bui diminuée de moitié. En général, le blé de » l'Isle ne suffit pas à la subsistance des Insulaires : nos Co- » lonies du Nouveau-Monde y portoient des grains il y a » quelques années. :

» Ténériffe produit un peu de soie ; mais à moins de » compter les pierres à filtrer qu’elle tire de la grande » Canarie, et qu'elle exporte au-dehors, le vin forme le » seul article de son commerce étranger.

(1) Ce Port fut comblé par des torrens de laves brûlantes qui sortirent d’än volcan. On trouve aujourd’hui des maisons dans les endroits où mouilloient autrefois les vaisseaux. Glas’s Hist., pe 244. |

(2) Glas, p. 342, dit que les habitans de Zénériffe exportent annuellement quinze mille pipes de vin et d’eau-de-vie. Il ajoute dans un autre endroit, p. 252, qu’au dernier dénombrement qui précéda son voyage, il n’y avoit pas moins de 96,000 habitans. il s’est écoulé trente ans depuis, et on peut raisonnablement supposer que la population a beaucoup augmenté. La quantité de vin consommée par une population d’au-moins 10,000 personnes , doit monter à plusieurs mille pipes. Les fabriques d’eaude-vie doivent en employer une autre quantité bien considérable, car il faut cing ou six pipes de vin pour en faire une d’eau-de-vie. Ainsi, le calcul de M. Anderson, qui évalue à 40,000 pipes de via le produit annuel des vignobles, n’est pas exagéré.

3o TROISIÈME VOYAGE

» La race trouvée dans l'Isle par les Espagnols, lors de » la découverte des Canaries, ne forme plus une peuplade » séparée (*); les mariages ont coufondu les naturels et » les colons, mais on reconnoit les descendans des pre- » miers; ils sont d’une graude taille, leur stature est forte, » et ils ont des os d’une grosseur remarquable : le teint des » hommesen général est basané ; le visage des femmes offre » de la pâleur, et on n'y voit point cette teinte vermeille qui » distingue nos beautés des pays du nord. Elles portent » des habits noirs comme en Espagne; les hommes pa- » roissent moins asservis à cet usage, et ils ont des vête- » mens de toute sorte de couleur, à l'exemple des Fran- » çois, dont ils imitent d’ailleurs les modes. Ce point » excepté, nous avons trouvé les insulaires de Ténériffe » trés-décens ; ils conservent cette gravité qui est propre » aux Espagnols. Quoique nos mœurs et nos manières » ressemblent peu à celles des peuples de l'Espagne, j’ob- » serverai qu'Umaï n’y apercevojt pas une grande diffé- » rence : il dit seulement que les habitans de Ténériffe se » livroient moins que les Anglois à l'amitié, et que leur » figure approchoit de celle de ses compatriotes ».

(*) Lorsque Glas parcourut l'Isle de Ténérife , il y avoit encore quelques familles de Guanches, dont le sang ne s’étoit pas mêlé avec celui des Espagnols.

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