‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 35 sur 82 · ET · texte numérisé non relu

ET

Cette inscription prouve clairement que d’autres Navigateurs avoient abordé daus ce havre avant nous. Je supposai qu'elle avoit été laissée par M. de Boisguehenneu qui descendit à terre, avec un canot, le 13 Février 1772, le jour même où M. de Kerguelen découvrit cette terre. Cette descente est en effet marquée dans la Carte Françoise de l'Hémisphère austral, publiée l’année suivante (2).

(1) Le D est sans doute une abréviation de Domino : M. de Boynes étoit alors, en France, Secrétaire-d’Etat de la Marine. (2) En lisant cette phrase, il est naturel de demander comment M. de Boisguehenneu put laisser, au commencement de 1772, une Inscription qui rappelle un Voyage de 1773? Le Capitaine Cook fit sûrement cette remarque ; mais il ne pouvoit admettre une autre supposition ; il ne savoit pas que les Francois étoient allés reconnoftre cette Terre une seconde fois ; et obligé de concilier ce qu'il voyoit avec ce qu’on lui avoit dit d’une manière vague et imparfaite, il a confondu un débarquement du premier Voyage avec un débarquement du second.

‘ La Baie où débarqua M, de Boisguehenneu est sur la côte

DE COOK. (1776) 71 Afin de laisser un Monument de notre séjour dans ce havre, j'écrivis, de l’autre côté du parchemin: Navzes ResozuTion zr Discovery pe Rsos Macnee Barrannia,

Decemsrrs 1776.

occidentale de cette Terre, bien loin au Sud du Cap Louis, et à peu de distance d’un autre Promontoire, appelé Cap Bourbon : nos Vaisseaux n’¢toient pas sur cette partie de la côte. La Carte ci-jointe indique sa situation; on y a conservé, d’après celle de M. de Kerguélen, une vue particulière de la Baic du Lion- Marin (car M. de Boisguehenneu lui a donné ce nom ), ainsi que les Sondes.

Le Journal de M. de Kerguelen et le Voyage de M. de Pagès nous apprenrrent par qui la bouteille fut: remise à terre. On y lit Jes détails suivans : Les François arrivérent sur la côte occidentale de cette Terre, le 14 Décembre 1773. En marchant au Nord- Est, ils découvrirent le 16, l'Isle de Réunion, et les autres petites Isles dont M. Cook a parlé. Le 17, ils avoient devant eux la Terre principale; ils étoient sûrs alors qu’elle se trouvoit jointe à celle qu’ils avoient vue le 14. Ils apercevoient en méme-temps une haute pointe qu'ils nommérent le Cap François ; au-delà de ce Cap, la côte prenoit une direction Sud-Est, et ils rencontrérent, derrière la partie qui se prolongeoit au Sud-Est, une Baie qu'ils appelèrent la Baie de l'Oiseau, du nom de leur Frégate. Ils s’efforcérent d'y entrer; mais les vents contraires les jéetérent au large. Enfin , le 6 Janvier, M. de Rosnevet, Capitaine de l'Oiseau, envoya sa chaloupe dans cette Baie: M. de Rochegude, l’un de ses Officiers, qui la commandoit , prit possession de la Baie et de tout le Pays, au nom du Roi de France, avec les formalités nécessaires.

Ainsi, l’on voit que la bouteille retrouvée par M. Cook fut laissée par M. de Rochegude : ce dernier ne débarqua que le 16 Janvier 1774; mais le Vaisseau de M. de Kerguelen étant arrivé

Je le remis dans la bouteille, avec une pièce de deux sous d'argent, frappée en 1772; et après avoir couvert le goulot d'un chapeau de plomb, je la plaçai, le lendemain , au milieu d’un moncéau de pierres que nous élevames pour cet objet, sur une petite colline, qui est au côté septentrional du havre, et. près de l'endroit où clle fut trouvée : elle sera sûrement aperçne de tous les Navigateurs qui aborderont à cette baie, par hasard ou à dessein. J’y arborai le pavillon de la Grande-Bretagne, et je donnai le

sur la adte le 14 Décembre:1773, et ayant découvent, et reconnu. la Baie le 17 du même mois, la date de, 1953 est trésrexagte.

Il suffit de jeter les yeux sur la Garte de M, de Kerguelen et, sur celle de M. Cook, pour voir qre la Baie, de l'Oiseau est le havre où lon trouva l’inscriptidn francuise. Une autre chose le, preuve d'une manière plus, démonstrative encore. Les Navigateurs Fran gois nous ont donné, ainsi que M. Cook, une vue particulière de cette Baie; en comparant le plan ci-joint aver se: ai, qu'offrent les. Voyages de, M, de Kerguelen et de, M. de Pagès , on, apergoit une,ressemblance si parfaite, que les uns et les autres, ont décrit le, m4me lieu avec fidélité, Les sondes sont les mêmes; et placées dans les mêmes endroits : les trois Plans indiquent 45 brasses entre les deux Caps, à l'entrée de la Baie, 16.au paint.où les côtes commencent à se resserrer, et 8 au fond du hayre.

Ce que je viens de dire. éclaircit assez le Journal de M. Cook ; J'ajouterai seulement que le havre où mouillérent la Résolution et la Découverie est éloigné de, quarante lieues de celui où, M. de Boisguebenneu débarqua en 1772, Voici le, passage de, M. de Kerguelen. : « M. de Boisguchenneu desceudit le 13, de. Fé- » vrier 1772, dang ung Baie qu'il nomma Baie du Lipn-Marin,

et.prit possession de cette Terre, au nom du Roi; iln’y, vit au-

cune trace d’habitans, M. de Rochegude, en, 17740 a dessendu

» res ‘cette seconde sulk est à quarante lieues de da première ; iben >a aussi pris iia hay » et il n’y trouva également aucune trace » d’habitans »,

DE COOK. (1976) 73 nom de AMavre de Noël au lieu où moulloient. nos vaisseaux,

C'est la première ou la plus, septentrionale des entrées que nous rencontrames à la bande Sud-Est du Cap Saint: Louis (1), qui forme la côte Nord du Havre et la pointe Nord, de, cette terre. Sa position seule suffit, pour la dis: tinguer de toutes les autres; mais, afin qu ’ella soit plus facile à reconnoître, j'observerai que sa pointe méridios nale offre, un rocher élevé, qui est percé de part en part, et.qui ressemble à l'arche d'un pont (2). Unisenl bloc de pierre, ou rocher d'une.grande étegdue,, qui, git au som met d'une, colline située. au côté méridional du, havre, près du fond, est aussi, une marque distingtixe,: vis-à:vis. de ce rocher. on voit au, cûté, septenfrioal, une autre colline qui lui ressemble beaucoup, mais qu est, plus. petite, Le, foud du havre présente une petite grève, sur laquelle nous débarquâmes ordinairement; par derrière, le terrain commence à s'élever un peu, ct il y a au sommet de ce monticule, un grand lac d’eau douce. La terre est haute sur les

‘(1) Le Cap Bond

(2) .S'il restoit des doutes sur l'identité, de la Baie de l'Oiseau et da Havre de Nvël, Je rocher dont il. e.L içi question les dissi« peroit; car. M, de Pagès a indiqué, avant le Capitaine, Cook, celte

marque; distinctive ; il dit : « Un, vit que la côte de l'Est, voisine dy » Cap, Francois, avoit deux Raies; elles étoient séparées par ung » pointe très-remarquable par. sa forme, qui, représentoit una » porte,coçhère, au travers de laquelle onvoy it, le j jour ». Voyages de M, de Pagès, Vol, 11, p. 67.

Puisque ces, deux Navigateurs ont.ey la, dns idée, et advpté à-peu-prés la même image, c’est une.preuve qu’ils avoient. le méme objet sous les yeux, et qu'ils l'ont décrit dune manière esacte. f

i deux bandes de l'entrée, et elle se prolonge à l'Ouest et Hl | à POuest-Nord-Ouest, l'espace d’environ deux milles. La | largeur du havre est d'un mille et un quart, dans plus de Ja moitié de sa longueur ; ensuite elle n’est que d’un demimille. La profondeur de l’eau, qui est de quarante-cing brasses lorsqu'on y arrive, varie à mesure qu’on avance de trente à cinq et quatre brasses, ainsi que je l'indique sur la Carte. Les côtes sont escarpées, et le fond est par-tout d'un joli sable noir, excepté en quelques endroits près du ] rivage, où il y a des lits de l'espèce de Goësmon, qui croît toujours sur des roches, Le fond du havre n’est exposé qu’à deux points du compas; et même ces deux points sont couverts par des Isles, de manière que la mer ne peut jamais y endommager un vaisseau. L'examen du rivage me | confirma dans cette opinion ; nous y trouvames de l'herbe, près de la ligne ou s’arréte la marée baute ; et c’est un sûr indice d’une Baie tranquille (*). On y a la haute marée, à

(*) On a vu, dans la dernière Note , que M. de Pagés et le Ca-. pitaine Cook décrivent précisément de la même manière l'aspect de la pointe méridionale du havre. Je vais transcrire un autre passage du premier, qui offre la même conformité :

« Le 6, on mit à terre dans la première Baie, à l'Est du Cap » François, et on prit possession de ces eontrées. Le mouillage » consiste en une petite Rade, qui a environ quatre encablures, » ou 400 toises de profondeur, sur un tiers en sus de largeur, » En-dedans de cette Rade est un petit Port, dont l'entrée , dé » quatre encablures de largeur, présente au Sud-Est. La sonde » de la petite Rade est depuis 45 jusqu’à 30 brasses; et celle du » Port, depuis 16 jusqu’à 8. Le fond des deux est de sable noir » et vaseux. La côte des deux bords est haute, et par une pente » trés-rude; elle est couverte de verdure, et il y a une quantité » prodigieuse d’outardes. Le fond du Port est occupé par un > monticnle, qui laisse entre lui et la Mer une plage de sable,

DE COOK. (1776) 75 environ dix heures, dans les pleines et les nouvelles Lunes; et les flots s'élèvent et retombent d'environ quatre pieds.

Après avoir déposé la bouteille qui renferme l’inscription, je fis, avec un canot, le tour du havre, et je descendis en plusieurs endroits, afin d'examiner les productions de la côte, et sur-tout afin de chercher du bois flottant. Quoique le sol n’offrit aucun arbre aux environs du port, fi pouvoit y en avoir en d’autres cantons de l'Isle, et si effectivement il s’ÿ en trouvoit, je présumai que les torrens auroient entrainé des arbres, ou du-moins des branches dans la mer qui les rejette sur le rivage Cela arrive sur toutes les Isles où il y a du bois, et même sur quelquesunes qui en sont absolument dénuées; mais dans toute l'étendue du havre, je n’en découvris pas un seul morceau. |

L’aprés-midi, je montai sur le Cap Saint-Louis (*), accompagné de M. King, mon second Lieutenant; je comptoisavoir de cette hatiteur, une vue de lacôte de la mer,et des petites Isles qui gissent au large; mais lorsque je fus au sommet, une brume épaisse me cacha tous les objets éloignés, placés au-dessous de moi; ceux qui se trouvoient sur le même niveau, ou plus élevés, étoiert assez visibles, et

» Une petite Rivière de trés-homne eau éoule à la Mer dans cet » endroit, et elle est fournie par un Lac, qui est un peu au loin » au-dessus du monticule. Il y avoit sur la plage beaucoup de » penguins et de lions marins, Ces deux espèces d'animaux ne » fuyoient pas, et You augura que le pays n'étoit point habité ; » la terre rapportoit de l'herbe large, noire et bien nourrie, » qui n’avoit cependant que cinq pouces de hauteur. On ne vit » aucun arbre ni signe d'habitation ». Voyage de M. de Pagès, Tome II, p. 69.

(*) Le Capit. Cook ke confond toujours avec le Cap Francois,

ils me, parurent d'une stérilité affreuse; j'en excepte néan: moins des collines au Sud, qui se montrérent couvertes de neige.

Eorsque j'arrivai à bord, on avoit remonté les canots et les chaloupes, les. vaisseaux venoient de démarrer, et ils étoient prêts à remettre en mer ; mais:nous: n'appareil- James que le jour suivant à cing heures dü-matin.

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