‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 36 sur 82 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Départ du Havre de Noël. Navigation le long de la côte, afin de découvrir sa position et son étendue. Description de plusieurs Promontoires et Baïes , et d’une Péninsule, auxquels j'ai donné des noms. Dangers des bas fonds. Un autre Havre et un Canal. Observations de M, Anderson, sur les productions naturelles, les animaux, le sol, etc., de la Terre de Kerguelen.

Di; que les. vaisseaux furent hors du, havre de Noél, nous mimes le Cap au Sud-Est un demi-rumb Sud le long de la côte, avec ung jolie brise du. Nord-Nord-Onest, et un ciel.serein. Cette dernière circonstance étoit. d'autant plas:heurense, que, depuis quelque temps , nous avions et chaque jour des brumes plus ou moins épaisses : si l’atmosphère eiit toujours été nébuleuse , je n'aurois pu achever la reconnoissance de la terre de Kerguelen, Nous marchâmes la sonde à la main; mais une ligne de cinquante ou soixante brasses trouva rarement fond...

DE: COOK. (1776) 77 A sept ou huit heures, nous étions en travers d’un Cap que j'ai appelé Cap Cumberland; il est situé à une lieue et demie au Sud-Est un demi-rumb Sud de la pointe méridionale du havre de Noël. Il y a dans l'intervalle ÿ une baie, dont les deux bras sembloient offrir un abri aux vaisseaux. On voit, par le travers du Cap Cumberland, une Isle peu étendue, mais assez élevée, au sommet de laquelle git un rocher qui ressemble à une guérite de sentinelle : je lui ai donné ce nom. On aperçoit, deux milles plus loin à l'Est , um grouppe de petites Isles et de rochers dont le terrain est haché ; nous passämes entre ce grouppe et l'Isle de la Guérite de Sentinelle; le canal a un mille de large et plus de quarante brasses de profondeur, caron ne trouve point de fond avec une ligne de cette longueur.

Tandis que nous le traversions, nous découvrimes au côté Sud du Cap Cumberland , une baie qui se prolongeoit à trois lieues dans l'Ouest. Elle est formée au Nord pat ce Cap, et au Sud par un promontoire , que j'appelai Pointe Pringle ,du nom de mon digne ami, le Chevalier Pringle , Président de la Société Royale. Le fond de cette baie fut appelé Baie de Cumberland; un isthme étroit doit la séparer de la mer qui bat la côte Nord-Ouest de ce pays ; du-moins les apparences favorisoient cette conjecture.

Au Sud de la pointe Pring/e, la côte forme une cinquième baie, dont cette pointe est l'extrémité septentrionale; de la jusqu'à l'extrémité Sud, il y a environ quatre milles dans la direction du Sud -Sud-Est- quart-Est. Cette baie, que jainommée Baie Blanche, à causede quelques pointes de terre ou rochers blancs, qu'on apercoit au fond, renferme plusieurs baies ou anses moins étendues, qui paroissoient à l'abri de tous les vents : on voit en travers de la

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pointe méridionale, plusieurs rochers qui élévent leurs têtes au-dessus des flots, et vraisemblablement il y en a beaucoup d'autres qui ne découvrent pas.

Jusqu'ici notre route fut parallèle à la côte, dont nous n’étions pas éloignés de plus de deux milles. Nous fimes ur usage continuel de nos lunettes, et nous vimes aisément, qu'excepté les fonds des baies et des anses qui aboutissent communément à des grèves de sable, les côtes étoient remplies de rochers, et fourmilloient d'oiseaux dans un grand nombre d’endroits ; mais le pays se montroit aussi nu èt aussi stérile qu'aux environs du havre de Noël.

Nous avions tenu à bas-bord la terre que nous avions vue du Cap S£.-Louis (1), se prolonger au Sud 53° Est ; javois cru que c’étoit une Isle, et que nous trouverions un passage entre cette Isle et la grande Terre. Je reconnus alors mon erreur : c’est une péninsule jointe au reste de la côte par un isthme peu élevé. J'ai appelé Baie répulse, la baie que forme cette péninsule ; l’une de ses branches me parut courir assez avant au Sud-Sud-Ouest ; je gouvernai ensuite vers la pointe septentrionale de la péninsule, que j'ai nommée Pointe Howe, en l'honneur de l’Amiral Howe 9

En approchant, nous découvrimes des rochers et des brisans près de la partie Nord-Ouest ; nous aperçûmes aussi, à une lieue et demie à l'Est des brisans, deux Isles , qui nous semblèrent d’abord n’en former qu'une. Je m’avançai entre les brisans et la-pointe Howe (2), et je me

(1) Le Cap François.

(2) Quoique les Vaisseaux de M. de Kerguelen n'aient pas osé, en 1773, reconnoftre cette partie de la côte, ce qu’en dit M. de Pagés est d'accord avec les observations du Capitaine Cook. « Du

DE COOR. (1996) "9 trouvai à midi au milieu du canal. Notre latitude observée étoit alors de 48° 51’ Sud : nousavions fait vingt-six milles de longitude à l'Est du Cap Saint-Louis (*),

Dans cette position, la terre.la plus avancée au Sud nous restoit au Sud-Est; mais depuis la pointe Howe, le prolongement de la côte étoit plus méridional. Nous avions au Nord des Isles qui gissent en travers du havre de Noé/, et au Nord 60° Ouest, à la distance de trois milles, la partie septentrionale de la pointe Howe. La terre de cette pointe ou péninsule est d’une élévation modérée et remplie de collines et de rochers. La côte est basse, et elle a des pointes de rochers qui se projettent en saillie : on aperçoit entre ces pointes de rochers de petites anses, ter minées par des grèves sablonneuses, qui, à cette saison de l'année, étoient presque toujours couvertes d'oiseaux de mer ; nous y vimes aussi quelques veaux marins.

Dès que nous fümes hors des rochers et des Isles dont je viens de parler, je donnai ordre de gouverner au Sud- Est-quart-Sud le long de la côte; mais avant qu'on pit suivre cette route, nous aperçûmes de vastes lits d'algues de rochers sur l’espace entier de mer que noys avions devant nous. Je savois que ces plantes marines tenoient au fond, et qu'elles croissoient sur des bancs de rochers ;

» 17 au 23, on ne prit d’autte connoissance que celle de la figure » de la côte, qui, courant d'abord au Sud-Est, et revenant en- » suite au Nord-Est, formoit un grand golfe. Il étoit occupé par » des oiseaux et des rochers ; ilavoit aussi une Isle basse, et assez » étendue, et l’on usa d'une bien soigneuse précaution pour ne » pas s’affaler dans le golfe ». Voyage de M. de Pages, Tome ll, p. 67.

(*) faut toujours lice Cap François.

javois trouvé souvent une profondeur d'eau considérable sur de pareits bancs, et j'avois rencontré presque anssi souvent des rèchers à ta surface des flots. Il est toujours dangereux de passér dessus one les avoir bien examinés, et principalement lérsq'il n'y a point de lathes qui puissent faire découvrir l'écueil. Nous nous trouvions dans ce cas ; la mer étoit aussi unie que l’étang d’un oulin. Je pris des précautions sans nombre afin de les éviter; je marchai au milieu des canaux tortüeux qui les séparent, et nous eûmes constamment la sonde à là main; mais jamais on ne toucha le fond avec une ligne de soixante brasses. Cette circonstance accrut le danger ; car il nous étoit impossible de mouiller quoi qu'il arrivat. Après avoir navigué plas dune heure de cette manière, nous découvrimes ü» rocher caché immédiatement au-dessous de la surface de la mer. Il nous restoit au Nord-Est-quart-Est, à la distance de trois ou quatre milles, et il gissoit au milieu d’une de cès vastes couches de plantes marines: ce fut pour nous un nouvel avertissement de ne pas y conduire les vaisseaux.

Nous étions alors par le travers d'une large baie située environ huit milles au Sud de la pointe Howe. Il ¥ a plusieurs Isles basses, des rochers, et des bancs de plantes marines, au- devant de l'entrée de cette baie et dans son intérieur; mais il nous parut que l'intervalle de ces écueils offroit des canaux tortueux; Après avoir continué notre route une demi-heure de plus, les bancs dont je faisois la desctiption tout-à-l'héure, fous embarrassérent tellement, que je résolus de gagner le lange du côté de l'Est ; je jugeai que t'étoit le meilleur moyen d'échapper au danger qui nous menaçoit : mais cette manœuvre, loin de répondre à mesespérances, augmentalé péril. Il devint d’aütant plus

nécessaire de mener, s’il étoit possible, le vaisseau dans un lieu sûr avant la nuit, que l’atmosphère s’obscurcissoit et que nous craignions une brume. J’apercus des entrées au Sud-Ouest de nous, et /a Découvertetirant moins d’eau que /a Résolution, je chargeai le Capitaine Clerke de marcher le premier et d'attaquer la côte. Il exécuta mon ‘ordre.

Pour regagner la côte, nous fumes obligés de raser les bords de quelques-uns des bancs de rochers, sur lesquels nous trouvâmes de dix à vingt brasses d’eau; l'instant qui suivoit, une ligne de cinquante brasses ne donnoit point de fond. Après avoir fait un petit nombre de bordées, pour doubler la longue pointe d'une Isle que nous avions sous le vent, les signaux du Capitaine Clerke m’avertirent qu'il avoit découvert un havre : nous y mouillimes sur les cinq heures par quinze brasses, fond de joli sable noir, et à environ trois quarts de mille de la côte. La pointe septentrionale du havre nous restoit au Nord-quart-Nord-Est un demi-rumb Est à un mille; les petites Isles qui gissent à l'entrée, et en -dedans desquelles nous jetames l'ancre, se prolongeoient de l'Est au Sud-Est.

Les vaisseaux furent à peine au mouillage, que le vent souffla avec beaucoup d’impétuosité ; nous crâmes devoir amener les vergues de perroquet: l'atmosphère cependant ne s’obscurcissoit pas; au contraire, le vent dispersoit le brouillard qui s’étoit établi sur les collines, et le ciel se trouvoit clair. Dès que Jes ancres eurent pris fond , j'ordonnai de mettre deux canots à la mer. M. Bligh, Master de /a Résolucion, qui en prit un, alla examiner la partie supérieure du havre, et chercher du bois; car on n’apercevoit pas ua seul arbrisseau. Je recommandai aussi au

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