‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 37 sur 82 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

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Capitaine Clerke de faire sonder le canal qui est au côté Sud des petites Isles, entre ces petites Isles et une autre assez étendue, située près de la pointe méridionale du havre. Après ces arrangemens, je montai le second canot, accompagné de M. Gore, mon premier Lieutenant, et de M. Bayly, et je débarquai sur la pointe septentrionale, afin de voir s’il étoit possible de découvrir quelque chose. Du sommet de la plus haute colline, je découvris assez bien la côte de la mer jusqu’à la pointe Howe; elle est très-dentelée; plusieurs pointes de rochers paroissent s’avancer en saillie, et offrir des anses et des entrées d’une étendue inégale. L’une des entrées, dont je ne pouvois apercevoir le fond , étoit séparée de celle où mouilloient les vaisseaux , par la pointe sur laquelle je me trouvois. Je vis épars le long de la côte, au Sud aussi bien qu’au Nord, un grand nombre de petites Isles, de rochers et de brisans, et je n’apercus point de meilleur canal pour sortir da havre, que celui par lequel nous y étions arrivés. Tandis queje continuois mes obsegvations avec M. Bayly, M. Gore fit le tour de la colline, et il nous joignit par un chemin différent, à l'endroit où j’avois ordonné au canot de nous attendre. Excepté les précipices qu'cifroient les cavernes des rochers, rien n’embarrassa notre marche; car le pays étoit au-moins aussi nu et aussi stérile qu'aux environs du JZavre de Noël. Si quelques districts de cette terre avoient unesorte de fertilité, nous aurions dûle remarquer dans ce canton, qui est complettement à l'abri des vents froids du Sud et de l'Ouest. Je vis à regret que des quadrupèdes d’ancune espèce ne pourroient y trouver de la nourrit .:e ou un abri, et qu'ils périroient infailliblement si je voulois y en laisser. La grève de l’anse où le canot

DE CUOK. (1776) 83 nous attendoit, étoitremplie de manchoss, et je lui ai donné le nom d'Anse des Penguins; on ytrouve un joli ruisseau d’eau douce, où ilest facile d'arriver. Il y avoit d’ailleurs de gros veaux de mer, des nigauds, et un petit nombre de canards : un très- petit oiseau de terre fut vu un moment par M. Bayly; mais il s'enfuit au milieu des rochers, etnous ne pimes l’examiner. Nous fûmes de retour à bord surles cinq heures.

M. Bligh revint bientôt après; il me dit qu’il avoit remonté le havre l’espace de quatre milles (il croyoit avoir été peu loin du fond), que sa direction est Ouest-Sud-Ouest, et que sa largeur, un peu au-dessus de l'endroit où mouilloient les vaisseaux, n'excède pas un mille, mais qu'il se rétrécit vers le fond; que les sondes sont très-irrégulières, et qu’elles varient de trente-sept à dix brasses ; qu’excepté sous les couches de plantes marines, qui, en plusieurs endroits, se prolongent de la côte à environ un demi- mille sur le canal , le fond est de beau sable. Il débarqua sur les deux bandes qu'il trouva nues et remplies de rochers, sans aucune espèce d'arbres ou d’arbrisseaux ; il y vit à peine quelques points de verdure : des veaux marius, des penguins, et d’autres oiseaux de mer occupoient le rivage, mais en moindre quantité qu'au havre de Noël.

Rien ne m’encourageoit à continuer mes recherches: le vent et l'aspect du ciel étant favorables , au point du jour du lendemain, nous levâmes l'ancre et nous remimes ea mer. J’ai donné à ce havre le nom de Port Palliser, en l'honneur de mon digne ami, l'Amiral Sir Hugh Palliser. Il git par 49° 3’ de latitude Sud et 650 37’ de longitrde orientale, à cing lieues de la pointe de Howe, dans la direction du Sud 25° Est : on trouve en-dedans et en-dehors

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de l'entrée, plusieurs Isles, rochers et brisans : la carte cijointe et le plan du havre indiquent leur position. A notre entrée et nôtre sortie, nous passâmes dans l'intervalle qui les sépare de la pointe Nord; mais je suis persuadé qu'il y a d’autres canaux.

Tandis que nous‘sortions du Port Pa//iser, nous découvrimes au Sud 72° Est, à environ neuf lieues, une colline ronde, de la forme d’un pain de sucre. Elle paroissoit une Isle située à quelque distance de la côte; mais nous reconnames ensuite qu’elle fait partie de la grande Terre. Pour regagner le large, nous pouvions suivre les canaux tortueux qu’on trouve au milieu des bancs de rochers; mais

. nous eûmes la hardiesse de passer sur quelques-uns de ces :

bancs : la sonde n’y rapporta jamais moins de dix-huit brasses, et souvent une ligne de vingt-quatre brasses ne donna point de fond; en sorte que nous ne les aurions pas découverts, sans les plantes marines dont ils se trouvoient parsemés. :

Quand nous fumes à trois ou quatre lieues de la côte, uous trouvâmes une mer nette, et nous portames le Cap à l'Est jusqu’à neuf heures; à cette époque, la colline en pain de sucre dont je parlois tout-à-l'heure, et que j'ai appelée le Mont Campbell, nous restoit au Sud-Est, et nousavions dans le Sud-Sud-Est , à quatre lieues,une petite Isle qui git au Nord de la colline: je fis alors route plus au Sud, afin de regagner la terre. À midi, la latitude observée par différentes hauteurs étoit de 49° 8/ Sud, et nous avions parcouru environ quatre-vingts-milles de longitude orientale depuis le Cap Saint-Louis (*). Le Mont

(*) Cap Francois.

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DE COOK. (1776) 85 Campbell nous restoit au Sud 470 Ouest à quatre lieues; nous avions au Sud-Sud-Est à environ vingt milles, une pointe basse au-delà de laquelle on n’apercevoit point de terre, et nous étions à - peu -près à deux lieues de la côte.

La terre est ici peu élevée et unie (*). Les montagnes finissant à environ cinq lieues de la pointe basse, il reste un grand espace qui n’a pas beaucoup de hauteur; c’est la qu’on trouvele mont Campbell, à environ quatre milles du pied des montagnes, et à un de la côte de la mer. Ces montagnes sont d’une élévation considérable, ainsi que la plupart des autres, situées plus avant dans le pays. Elle me parurent formées de roches nues, dont les sommets étoient couverts de neige; l’aspect des vallées n’étoit pas plus agréable : nous dirigions en vain nos lunettes de divers côtés; on n’apercevoit que des cantons stériles.

Au moment où nous venions d'achever , à midi, deprendre les relèvemens, nous vimes le terrain bas se prolonger, cz la pointe peu élevée dont je viens de faire mention, au Sud-Sud-Est, l'espace d'environ huit milles. Je reconnus que cette nouvelle pointe forme l'extrémité orientale de la terre de Kerguelen, et je la nommai le Cap Digby : il git par 49° 23/ de latitude Sud, et 70° 34” de longitude

Est.

Entre la pointe Howe et le Cap Dighy, la côte offrit

(*) Il parott que les Francois virent, le 5 Janvier 1774, cetta partie de la côte. Voici ce qu’en dit M. de Pagès : « Nous re- » conndmes une nouvelle côte, étendue de toute vue dans l'Est » et dans l'Ouest. Les terres de cette côte étoient moins élevées » que celles que nous avions vues jusqu'ici ; elles étoient aussi » d’un aspect moins rude », Voyage de Pages, Tome IL, p. 68.

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86 TROISILME VOYAGE

(outre plusieurs baies et havres d’une moindre étendue ) une grande baie qui se prolongeoit plusieurs lieues au Sud- Ouest, où elle sembloit se perdre en plusieurs bras, qui couroietit entre les montagnes. Elle étoit remplie d’une quantité prodigieuse d'algues marines, qui me parurent de l'espèce nommée par M. Banks Fucus giganteus (*). Quelques-unes de ces algues se trouvent d’une longueur énorme; quoique leur tige ne soit pas plus grosse que le pouce. J'ai dit que sur les bases où elles croissent, la sonde ne donna point de fond avec une ligne de vingt- quatre brasses; la profondeur de l’eau y est donc plus grande. Comme ces plantes ne poussent pas dans unedirection perpendiculaire, comme elles font un angle trés-aigu avec le fond, et que la partie étendue sur la surface cz la mer est extrêmement longue, je puis dire que leur longueur est quelquefois de plus de soixante brasses.

A une heure nous avions fait deux lieues au Sud - Est un demi-rumb Est depuis midi; la sonde indiquoit dixhuit brasses, fond de beau sable. Apercevant un pli dans Ja côte à la bande septentrionale du Cap Digby, je portai dessus. Je voulois y mouiller, si je trouvois un ancrage sûr, et descendre sur le Cap, pour voir ce que produisoit le bas des montagnes : aprés une lieue de chemin, on jeta de nouveau la sonde, qui rapporta treize brasses; presque au méme moment nous découvrimes un bas-fond qui sembloit aller jusqu'à la côte, dont nous étions éloignés d’envivon deux milles, Cet écueil nous obligea de courir une lieue au farge dans la direction de VEst-quart-Sud-Est, où la

mm ne seen (*) Premier Voyage de Cook, dans la Collection de Hawkes~ worth, Tome II, p. 4a de l'original.

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