‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 82 · ENT AE TS · texte numérisé non relu

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n'en trouvai pas le moindre vestige : il est vraisemblable que les Naturels détruisirent ces plantations, afin d'y construire des huttes quand le village fut rebâti ; car les autres jardins plantés par le Capitaine Furneaux, produisoient des choux, des oignons, des poireaux, du pourpier , des radis, de la moutarde, des patates, etc., quoiqu’ils fussent entièrement couverts des herbes sauvages du pays. Les patates venoient du Cap de Bonne-Espérance; le changement dé sol les avoit beaucoup améliorées ; et si les Zélandois les soignoient un peu, elles seroient supérieures à celles qu'on recueille dans la plupart des autres contrées. Les Naturels les aiment beaucoup; et cependant il me fut démontré qu'ils n’ont pas pris la peine d’en planter une seule, et que, sans la difficulté de nettoyer le terrain où * nous les avions semées jadis, il n’en resteroit. aucune aujourd'hui. J'ajouterai qu'ils ont également négligé la culture des autres plantès que nous avions iaissées par eux. .

Le 16, à la pointe du jour, je m’embarquai avec'un détachement qui alloit cueillir de l'herbe pour notre bétail : j'emmenai cinq canots ; le Capitaine Clerke , plusieurs des Officiers, Omai et deux des Naturels m'accompagnérent. Nous-remontâmes le canal l’espace d'environ trois lieues, et nous débarquâmes ensuite sur la bande orientale, à un endroit où j'avois été durant mon second voyage ; nous y trouvâmes de l’herbe en abondance, et on en chargea deux bateaux... ee

En redescendant le canal, nous voulûmes voir l'Anse de l’Herbe, oùlesgens du Capitaine Furneaux avoient été massacrés. J'y rencontrai mon vieil ami Pédro , qui ne m’avoit presque pas quitté iors de ma dernière relâche dans ce ca-

DE COOK. (1777) 139 nal, Mon second Voyage en fait mention(*) : lui et un autre de ses compatriotes se présentérent sur la grève, armés de leurs patoos et de leurs piques, etils nous reçurent avec un air de cérémonie. J'ignore si cette réception leur fut dictée par la politesse ou par la crainte : je crus qu’elle annongoit de la frayeur ; s'ils en éprouvoient réellement, les présens qu'ils reçurent de moi la dissipérent bientôt : mes largesses engagérent deux ou trois personnes de cette Tribu à s'ap= procher de nous ; la plupart des autres se tinrent si éloignées, que nous ne pûmes distinguer leur figure. |

Tandis que nous étions à cet endroit, nous eûmes la curiosité d'apprendre des détails sur la mort tragique de nos dix compatriotes ; et Omai nous servit d’interprète. Pédro et les autres Naturels auxquels nous nous adressâmes , répondirent à toutes nos questions sans montrer aucune réserve , et comme des hommes qui ne craignent pas d’être punis d’un crime dont ils sont innocens. Nous savions déjà qu'aucun d'eux n’avoit eu part au massacre: ils nous dirent que nos gens dinoient, environnés de plusieurs des Naturels; que quelques - uns de ceux-ci volèrent en cachette, ou enlevérent publiquement du pain et du poissonffque notre détachementirrité frappa les voleurs ; que la querelle s'échauffa, et que deux Zélandois furent tués par l'explosion de deux fusils; qu’avant que nos gens pussent en tirer un troisième ou rechargeassent ceux qui venoient de lâcher leur coup, les Zélandois se précipitèrent sur notre petite troupe; qu’ils l’accablérent par leur nombre, et assommérent tous ceux qui la composoient. Pédro et ses compa-

(*) Second Voyage de Cook, fin du troisième Volume de la Traduction francoise.

gnons, après avoir raconté l'histoire du massacre , nous montrèrent le lieu de Is scène ; c’est au coin de l'anse , à main droite. Pour nous indiquer l'heure où elle se passa, ils nous firent voir l'endroit où se trouvoit le Soleil , et ce dut être assez tard dans l'après-diner. Ils nous montrèrent aussi la place où mouilloit le canot; il paroit qu'il étoit à environ deux cents verges de celle où dinoit l'équipage : yn Nègre du Capitaine Furneaux le gardoit.

D'autres nous dirent que ce Nègre fut la cause de la querelle, et qu’elle arriva de la manière suivante. L’un des Naturels ayant volé quelque chose dans le canot , le Negre lui donna un vigoureux coup de baton : le Zélandois poussa des cris qui furent entendus de ses compatriotes; ceux-ci, imaginant qu’il étoit tué, fondirent à l'instant.sur les étrangers, qui, n'ayant pu gagner la mer ni s’armer assez tôt pour échapper au danger qui les menacoit , périrent de la main de leurs sauvagés ennemis.

La première de ces versions fut.attestée par le plus grand nombre ‘des Naturels avec lesquels nous conversames à diverses reprises, et qui, je crois, n’avoient aucun intérét de nouggromper. La seconde est celle du jeune Zélandois qui abandonna son pays pour s’embarquer avec nous , et qui , par, conséquent, n’avoit point de motif de nous taire la vérité. Ils avouérent tous que le massacre eut lieu au moment où l'équipage du canot étoit assis sur l'herbe ct dinoit; et il est très-probable que les deux récits sont exacts, car ils sont parfaitement d'accord. Il est aisé de concevoir que tandis que quelques + uns des Naturels voloivat le Nègre chargé de la garde du canot, d’atres insulaires envahissoient de leur côté la propriété de ceux de nos gens qui se trouvoient à terre.

| DE COOK. (2777) 144 | fai | Quoi qu'il en soit, les Zélandois convinrent unanimement je, à à que des vols commis par leurs compatriotes produisirent a Ja querelle ; ils convinrent aussi que le massacre ne fut pas | À obese 4 prémédité, et que si l’équipage eût été moins vif à punir le ly at voleur , il n’y auroit point eu de sang répandu. Les enne- { LS mis les plus ardens de Kahoora, ceux qui m’excjtoient avec } : sie: le plus de zèle à V'asyussiner,, avoué:ent.en même - temps 4 4 qu'il n’avoit pas intenticn d'élever une dispute , bien moins H lt de la encore de donner la mort à personne, et qu’il ne forma ce iar nites projet qu'après avoir vu nos gens porter les premiers coups. LE (Sate Il paroit aussi que les maiheureux , victimes de la férocité i nés zélandoise, furent bien loin de prévoir ce qui leur arriva; } i 1x-ci, | s'ils avoient eu la moindre inquiétude , ils n'auroient pas eu datée la témérité de s’asseoir pour diner, a une distance si con- iN men sidérable de leur canot, et au milieu d’une troupe de guer- ; \ {| de la riers qui, le moment d’après , devoient être leurs bour- {4 ‘ reaux. Je n’ai jamais pu savoir ce qu’étoit devenu le canot; i sand les uns me racontèrent qu’on l’avoit mis en pièces et brilé; 1 ; oh di- à d'autres, qu'une Tribu étrangère lavoit emmené, mais aie aide ' qu’ils ne pouvoient dire en quel endrott. am is qui Nous demeurames dans l'Anse de PHerbe jusqu'au | | quis soir, et après avoir chargé de foin, de céleri et de co- ee il chléaria, etc. , le reste de nos canots , nous nous rembar- pit D dr quâmes afin de retourner à bord. Nous aviôns déterminé UE et il à Pédro à lancer sa pirogue à la mer et à nous accompa- À il guer ; mais à peine eûmes-nous quitté le rivage, que le vent RDA qu " souffla avec beaucoup d’impétuosité du Nord - Ouest, ce FA se | lapre qui Pobligea de regagner la terre : nous continuâmes notre i || ahis- route , et ce fut avec beaucoup de peine que nous attei- iy at lane gnimes les vaisseaux. Quelques-uns des canots. n’arri- he

vérent qu’à une heure du matin; heureusement qu'ils furent

rentrés à cette époque ; car nous essuyames bientôt une véritable tempête, entremélée d’une forte pluie ; de sorte que nos travaux se trouvèrent suspendus durant la journée du 17 : l'ouragan cessa le soir, et le vent qui passa à J'Est amena le beau temps.

Nous reprimes nos travaux le lendemain ; les Naturels conduisirent leurs pirogues au large et se mirent à pêcher. Pédro vint s'établir près de nous avec toute sa famille. Matahouah est le véritable nor de ce chef ; celui de Pédro lui avoit été donné par quelques-uns de nos gens, durant mon second voyage , et je l’avôis ignoré jusqu’alors. Il étoit connu de ses compatriotes sous lune et l’autre de ces dénominations. .

Nous essuyâmes le 20, dans la matinée, un second ouragan du Nord-Ouest : il ne fut pas aussi long que le premier ; mais les coups de vent qui venoient des collines étant beaucoup plus forts, nous fames*obligés d’abattre les vergues et les mâts de hune ; et, malgré cette précaution, nous eûmes bien de la:peine à affronter l'orage. Ces ouragans sont ici trés-cOmmuns , et quelquefois très-violens et trés-incommodes. Les montagnes voisines , toujours surchargées de vapeurs alors, augmentent l'impétuosité du vent , et changent sa direction de telle manière, que deux rafalles ne viennent jamais de suite du même point de compas , et que plus on est près de la côte, plus on en ressent les effets. HS

Le 21, nous regimes la visite d'une Tribu ou Famille, composée d’environ trente personnes, qui venoient du haut du canal. Je ne les avois jamais vues. Le Chef s’appeloit Tomatongeauooranne ; il étoit âgé d'environ quarante-cing ans , et sa physionomie annonçoit la franchise et la joie.

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DE COOK. (1777) 143 En général, les hommes , les femmes et les enfans avoient

de beaux traits, et jen’ai pas rencontré une aussi belle race à la Nouvelle-Zélande.

A cette époque, plus des’ deux tiers des-habitans du ca-

nal s’étoient établis autour de nous. Une foule d’entre eux,

se rendoit chaque jour aux vaisseaux ou dans notre camp. Ils venoient sur-tout aux tentes , lorsque les Matelots fondoient la graisse de nos veaux marins. Ils sembloient aimer l'huile plus passionnément encore que les Groënlandois; ils mettoient du prix même à l’écume qu’on ôtoit de la chaudière ; même à la lie déposée.au fond des tonneaux. Quelques gouttes d'huile puante étoient pour eux une friandise agréable ; ils la demandoient avee une ardeur extrême, et je jugeai qu’ils n’en boivent pas souvent.

Le 23, nous avions embarqué la quantité d’herbages et de foin que nous crimes nécessaire à notre bétail jasqu’a notre arrivée à O- Taizi ; et les deux vaisseaux avoient assez d’eau et de bois : on abattit les tentes et on reconduisit à bord tout ce que nous avions porté sur la côte. Le lendemain, nous appareillames et nous sortimes de l'anse. Le vent n’étoit pas bon; je m’apercus que le jussant finiroit avant que nous eussions débouqué le canal, ei nous mouillames de nouveau, un peu en-dehors de l'Isle Moruara, alin d'attendre une occasion plus favorable de passer le detroit.

Tandis que nous démarrions pour remettre à la voile, Tomatongeauooranne, Matahouah , et beaucoup d’autres Zélandois, vinrent nous dire adieu, ou plutôt chercher à obtenir de nous de nouveaux présens. Ces deux Chefs me demandeérent des chèvres et des cochons. Je donnai à Matahouah deux chèvres, un mâle et une femelle avec leur chevreau ; et à Tomatongeauooranne , deux cochons, un

un verrat et ur* truie. Ils me promirent de ne pas les tuer, mais j'avoue que je ne comptai pas beaucoup sur leur parole. J’appris , à cette occasion, que les animaux envoyés aterre par le Capitaine Furneaux , étoient tombés, bientôt après , entre les mains des-Naturels, et qu'il n’en restoit aucun ; mais je ne pus rien savoir sur ceux que j'avois laissés, à mon second voyage, dans la baie de l’Oues¢ et dans l'anse des Cannibales. Tous les Insulaires avec qui je causai, convinrent cependant que les bois situés derrière Yanse du vaisseau renfermoient des volailles qui y vivoient dans l’état sauvage; et les deux Zélandois qui s'embarquèrent sur mon bord, m’informèrent ensuite que Tiratou, Chef du pays , très-aimé de ses Compatriote#, avoit beaucoup de coqs et de poules , et une des truies.

Quand j'arrivai à la Nouvelle- Zélande, j'avois résolu d'y laisser non-seulement des chèvres et des cochons, mais des-moutons et un jeune taureau avec deux génisses , si je trouvois un Chef assez puissant pour les garder etles défendre, ou un endroit solitaire. qui me dounat lieu de croire que les Naturels ne les découvriroient pas. Mais je ne rencontrai ni l'un ni l’autre , et Tringoboohee que je vis dans mon second voyage(*), et qui à cette époque me parut un personnage dessi grande importance, ne vivoit plus. Il avoit été tué cinq mois auparavant avec soixante et dix personnes de sa Tribu, et rien n'indiquoit, autour de nous, une Tribu assez nombreuse pour avoir une supério: rité de forces sur les autres Tribus du pays. J’aurois manqué mon but, en donnant ces animaux à une famille dénuée

(*) Voyez le second Voyage de Cook, Tome III de la Traduction francoise , p. 362.

uc-

DE COOK. (1777) 145 de la force nécessaire; car dans une contrée comme celle-ci, où la propriété est si incertaine, ils seroient bientôt devenus la proie d’une peuplade victorieuse ; on auroit séparé les mâles des femelles, ou bien on les auroit tués ; et vraisemblablement ces deux choses auroient eu lieu. Les observations faites depuis notre arrivée étoient si décisives sur ce point , que jé n'y aurois déposé aucun de nos ques drupédes , si Matahouah et Tomatongeauooranne ne m'avoient demande des chévres et des cochons. J’en avois assez pour l'usage que j'en voulois faire; et quoique je n’ignorasse pas que , selon toute spparence, ils les tueroient, je leur donnai des cochons ét des chèvres. J'ai laissé à la Nouvelle - Zélande dix ou douse cochons à différentes époques , outre ceux qu y déposa le Capitaine Furneaux ; età moins qu'il n'arrive un concours d'évènemens bien facheux , les Navigateurs y trouveront un jour ces quadrupèdes dans l'état sauvage ou dans l'état de domesticité.

Nous fûmes à peine mouillés près de Moévara, que trois ou quatre pirogues, remplies de Naturels, arrivèrent de la bande Sud-Est du Canal; nous achoriines une quantité considérable des productions et des ouvrages du pays. Cahoora , le Chef des Guerriers qui massacrérent les dix hommes du Capitaine Furneaux, montoit une des pirogues. C’est la troisième fois qu'il venoit nous voir, sans montrer la plus légère frayeur. J’étois sur la côte , lorsqu'il se rendit auprès de / Résolution, et je fus de retour à bord au moment où il partoit. Omai, qui m’avoit accoms pagné à terre , l'aperçut ; il le dénonça tout de suite, et il: me conjura de le faire tuer à coups de fusil. Ce n’est pas tout : itadressa la parole à Kahoora , et il le menaga de le

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