IV
Si les voyages de découvertes entrepris par ordre du Roi ont facilité l'entrée des vaisseaux dans l'Océan Pacifique, ils ont aussi beaucoup étendu nos connoissances relativement aux terres qui s’y trouvent, :
Quoique les Européens fréquentent depuis près de deux siècles et demi les immenses (*) parages qu'on appelle de ce nom, la plus grande partie de ces parages, et
(*) Magellan commença son Voyage en 1519.
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sur-tont de ceux qui sont au Sud de l'équateur, demeuroit inconnue.
Magellan, et les Espagnols qui parcoururent les premiers ces mers, n’ayant voulu qu’arriver aux Moluques et aux autres Isles qui produisent des épiceries, chacune des parties de l'Océan Pacifique qui ne se trouvoit pas contigüe à leur route, dont la diteotion étoit au côté septentrional de l'équateur, échappa naturellement à leurs recherches, et si Mendana et Quiros, et avant eux quelques Voyageurs ignorés (*), en s’écartant de cette route, et en se tenant sous le tropique austral, après être partis de Callao, eurent le bonheur de rencontrer différentes Isles; si leur imagination s’échauffa au point de regarder ces Isles comme des indices d’un Continent austral; s'ils se flattèrent que la découverte de ce Continent les rendoit émules de Gama et de Colomb, leurs foibles efforts n'ont point reculé les bornes de la Géographie et de la Navigation. Commeun plan judicieux n’avoit point dirigé leurs voyages; comme leurs découvertes étoient demeurées très-imparfaites , et qu’elles n’avoient été ni examinées de nouveau ni décrites dans des journaux exacts et bien authentiques, on les avoit presque oubliées : on en conservoit des souvenirs si obscurs, qu'il en résultoit des disputes embarrassantes sur la position et l'étendue de ces terres nouvelles, qu’on doutoit même de leur existence.
Il paroit que les éonseils d'Espagne se firent de bonne heure une maxime politique d’interfompre et de décourager les voyages dans cette partie du Globe. Déjà maîtres sur le Continent d'Æmérique, d'unempire trop vaste pour le gouverner aisément, cet Empire d'Æmérique leur offrant plus de métaux précieux qu’ils ne pouvoient en employer à leur usage, ni la cupidité ni l’ambition ne les excitoient à agrandir leurs domaines..Ainsi, quoique les Espagnols fussent établis le long des côtes de l'Océan Pacifique, quoiqu’ils fussent placés trèscommofément pour suivre les découvertes qu’offroient ces mers inconnues, ils se contentèrent d'envoyer des
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(*) Voyez des détails sur ces premières découvertes, dans la collection précicuse des Voyages dans l'Océan Pacifique du Sud, publiée par M. Dalrymple.
vaisseaux d’un de leurs ports à l'autre ; s'ils traversèrent :
le vaste golfe qui sépare de l’4sie cette partie de l’Æmérique, ce fut toujours sur la même ligue, et peut-être avec un seul bâtiment qui partoit d’Æcapulco pour Manille.
La route des Espagnols régla en grande partie celle des autres Navigateurs Européens qui parcoururent l’Océan Pacifique lu Sud; et tous ces voyages furent circonscrits dans les mêmes bornes, si j'en excepte les petites Escadres de Lemaire et Roggewein. Les vaisseaux qui entrèrent dans cette mer par le détroit de Magellan ou en doublant le Cap de Horn, vouloient faire un commerce interlope avec les Espagnols, ou combattre les navires de cette Nation, projets qui laissoient aux Géographes bien peu d’espoir de découvrir de nouvelles terres. Chacun d'eux sentit en effet qu'il devoit borner ses croisières à une distance convenable des établissemers Espagnols, les seuls parages où il pouvoit espérer du commerce on des pirateries. Ils avoient à peine débouqué le détroit de Magellan ou doublé la Lerre de Feu, qu'ils cingloient au Nord vers l'Isle inhabitée de Juan Fernandés, qui, pour l'ordinaire , leur servoit de rendez-vous, et: où ils alloient prendre de. rafraichissemens : après avoir lorz# le Continent d’Æmérique depuis le Chili jusqu’à la Californie, ils repassoient dans l'Océan Aiique: où, s'ils se hasardèrent à étendre leur voyage du côté d'Asie, ils ne pensèrent jamais à faire des découvertes dans les portions de la mer du Sud ‘qui demeuroient inconnues : ils choisirent la route battue ( si je puis m’exprimer ainsi ), route sur laquelle ils comptoient, avec vraisemblance, rencontrer le galion des Phatianinen, mais qui offroit peu d’apparence de rendre la traversée utile a la Géographie.
Par une suite naturelle de ces combinaisons, les diverses expéditions dont je in ici durent fournir peu de matériaux aux Géographes qui desiroient une connoissance exacte et détaillée de l'Océan Pacifique du Sud. Les industrieux Hollandois, qui avuieni alors.ioute leur énergie, firent cependant quelques tentatives sur ce point : nous leur devons trois voyages entrepris avec l'unique projet de découvrir de nouvelles terres ; et leurs recherches dans les latitudes australes de cet Océan sont
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GENERALE. ‘13 connues d’une manière beaucoup plus sûre que celles des premiers Navigateurs Espagnols.
Lemaire et Schouten en 1616, et Roggewein en 1722, jugerent sagement qu’il n'y avoit aucune connoissance nouvelle à acquérir en suivant le passage ordinaire au Nord de la ligne, et ils traversèrent cet Océan depuis le Cap de Horn jusqu'aux Indes Orientales, en se tenant sous le tropique Sud, parages qu'on avoit visités si rarement et d'une manière si peu efficace, quoique la croyance vulgaire, fortifiée par les spéculations de quelques Philosophes, y promit un grand nombre de découvertes,
En 1642, Tasman, qui fit depuis Batavia une longue traversée sur l'Océan Austral de l’Zzde, entra dans la Mer Pacifique du Sud , au point où cette mer est le plus éloignée de la côte d'Amérique, et il visita des parages
u'on n’avoit pas encore examinés. Après être parti d'une latitude Sud assez élevée, il cingla au Nord jusqu'à la Nigritie, et jusqu'aux Isles situées à l'Est de cette terre, près de l'équateur, et ses découvertes ont rendu son voyage célèbre dans les annales de la Navigation.
Les succès de ces trois expéditions ne servirent néanmoins qu’à indiquer un vaste champ, que les N avigateurs doués de plus de persévérance pourroient examiner avec plus de succès. Leurs résultats, il est vrai, présentoient aux Géographes un moyen de varier la stérile uniformité des premiéres cartes, en y plaçant quelques Isles nouvelles; mais le nombre et l'étendue de ces nouvelles terres étoient si peu considérables, qu’on peut leur appliquer ce vers connu :
. Rari nantes in gurgite vasto.
Et si les découvertes étoient en très-petit nombre, elles étoient d’ailleurs très-imparfaites. On s’étoit approse de goes côtes, mais on n'y avoit pas dé-
arqué : on les avoit quittées sans reconnoître leur éten-
due et sans voir si elles étoient réunies à d’autres côtes voisines. Les débarquemens qu’on avoit faits avoient été en général très-rapides , et il éloit à peine possible d’é= tablir sur une base si foible des informations propres à satisfaire même la curiosité oisive ; et ce qu'on en disoit ne pouvoit ni contenter les Philosophes ni contribuer
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14 INTRODUCTION beaucoup à la sûreté ou au succès des Navigateurs qui viendroient ensuite.
Il faut toutelois rendre justice à ces commencemens de découvertes. Les Hollandois ont le mérite d’avoir été nos précurseurs ; mais nous avons été bien plus loin
u’eux dans la route qu’ils ont ouverte aux Navigateurs Européens. On va voir avec quel succès nos vaisseaux ont pénétré, dans leurs vovaaee successifs, les réduits les plus cachés de l'Océan Pacifique du Sud, et déchiré le voile qui couvroit une si grande partie du Globe.
1.° Nos Navigateurs ont recherché avec soin les différentes terres en disoit avoir été vues par les Espagnols ou les Hollandois; ils ont retrouvé et visité la
lupart de ces terres ( du-moins celles qui sembloient
être de quelque importance); ils ne les ont pas visitées :
en courant; ils, ont employé tous les moyens possibles pour rectifier les erreurs et suppléer aux premieres im erfections; ils ont fait des recherches exactes dans Fintérieur du pays; ils ont fait le tour des cétes et ils en ont pris le relèvement. Qui n’a pas entendu parler de la célébre terre australe du Saint-Esprit, découverte par uiros? On assuroit qu’elle formoit une partie du Continent Austral; cette prétention n'a pu tenir contre l'examen du Capitaine Cook, qui en a achevé le tour, et qui luia assigné sa véritable position et ses étroites bornes dans l’Archipel des Nouvelles-Hébrides (*). 2.° Outre que nos derniers Navigateurs ont achevé la reconnoissance des terres aperçues avant eux, ils ont enrichi la Géographie d’une longue liste de terres nouvelles. Ils onttraversé, à diverses reprises, sous letropique Sud et dans toutes les directions, l'Océan Pacifique Austral, et ils ont trouvé une multitude d'Isles presque infinie. Ces Isles sont disposées dans un espace de près de 8o degrés de longitude; elles sont situées à des distances plus ou moins grandes; elles forment des groupes trèsnombreux; et l'approche de nos vaisseaux semble leur avoir donné une existence publique. Les descriptions
(*) M. de Bougainville observa, seulement en 1768, que cette terre étoit composée de plusieurs Isles. M. Cook a reconnu tout le groupe en 1774. payes le second Voyage de Cook, tome IE, page 196 de l'original.
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bien détaillées et bien complètes qu'on a faites deces Isles et de leurs habitans, ont servi aux progrès de toutes les sciences, et pour me servir des termes du Capitaine Cook, qui a eu une si grande part a ces découvertes, elles laissent peu de chose à faire duns cette partie(t).
3. Byron, Wallis et Carteret ont beaucoup ajouté aux connoissances que nous avions des Isles situées dans l'Océan Pacifique, sous le tropique Sud; mais les Géographes ignoroient absolument jusqu'où cet Océan se pro onge a l'Oûest, quelles terres le hornent de ce côté, et quelle est la liaison de ces terres avec les contrées découvertes par les anciens Navigateurs. Le premier Voyage de M. Cook (2) a résolu ces importantes ques-
tions de la manière la plus complète. Ce grand homme
déploya alors une persévérance extraordinaire et un talent consommé ; il brava les obstacles et les dangers sans nombre que lui offroit une pareille entreprise; il releva près de deux mille milles de la côte qui borne la Mer du Sud à l'Ouest de l’Equateur, depuis le trentehuitième degré de latitude australe, jusqu’à dix degrés et demi de la ligne équinoxiale, où il a reconnu qu'elle
‘est réunie à la terre déjà visitée par les Hollandois, qui
y avoient fait plusieurs Voyages de leurs établissemens d'Asie, et à laquelle ils avoient donné le nom de Nouvelle-Hollande. La nation dont je viens de parler avoit suivi les bandes Nord et Ouest; mais les opérations étendues de M. Cook sur la bande Orientale en ont presque achevé la reconnoissance dans tous,les points : entre le Cap Hicks, situé par trente-huit degrés de latitude, où il a commencé l'examen de cette côte , et la partie de laterre Van-Diemen, d'où Tasman prit son point de départ, on ne compte pas plus de cinquantecing lieues ; il est donc très-probable que ces deux portions sont réunies , quoique M. Cook ait poussé la circonspection jusqu’à dire qu’il n’a pu déterminer si la Nouvelle - Galles méridionale, c'est-à-dire, la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, est jointe à la
PALIN le second Voyage de Cook, tome II, page 239 de
(2) Voyez la collection de Hawkesworth, vol, I de l'original.
terre Van-Diemen (1). Au reste, son second Voyage ne tardera pas à éclaircir cette question Le Capitaine Furneaux , qui montoit /’ Aventure , et qui se sépara de la Résolution en 1773 ( heureuse séparation , puisu’elle produisit un si bon effet!), a reconnu la terre an-Diemen depuis sa pointe orientale le long de la côte d’Est, bien au-delà de la station de Tasman, et jusqu’à trente-huit degrés de latitude, où M. Cook avoit commencé sa reconnoissance en 1770 (2). :
On connoit donc aujourd'hui la circonférence entière de cette vaste terre, qu'on peut appeler une cinquième partie du Globe : nos Navigateurs l'ont en effet trouvée si grande que, pour employer ici les expressions de M. Cook, elle est beaucoup plus étendue qu'aucune autre partie du Monde qui ne porte pas la dénomination de Continent 4 Tasman ayant pénétré dans l'Océan Pacifique, après avoir quite la terre 7’an-Diemen, rencontra une côte à laquelle il donna le nom de Nouvelle-Zélande. Comme il ne déterinina en aucune manière l'étendue de cette côte, ni sa position, excepté une partie de la bande occidentale qu'il longea en marchant au Nord , les Géographes croyoient assez généralement que la Nouvelle- Fy clande faisoit partie d’un Continent austral, prolongé au Nord et au Sud depuis le trente troisième degré jusqu’au soixante-quatrième degré de latitude Sud; que sa cole septentrionale s’étendoit à travers la Mer, Pacifique du Syd, à une distance fort grande, et que Juan Fernandez avoit vu son extrémité Est un demi-siècle avant ‘Tasman. Le premier Voyage de M. Cook a totalement détruit cette supposition. Si Tasman a aperçu le premier la Nouvelle-Zélande , la gloire de l'avoir reconnue appartient à M. Cook seul. Il passa près de six mois sur ses côles, en 1769 et 1770 (4); il en fit le tour, il marqua son étendue, et il trouva qu’elle est partagée
(1) Voyez la collection de Hawkesworth, tome III, page 483 de l'original.
(a) Second Voyage de Cook, tome I.eï, page 114 de l'original,
(3) Collection de Hawkesworth, tome IT, page 622 de l'original
(4) Depuis le 6 Octobre 1769 jusqu’au 31 Mars 1 770.
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» page 483 de
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en deux Isles (1). Il y est retourné depuis à diverses freprises ; il a perfectionné cette importante découverte ; et la Nouvelle-Zélande ne sera plus indiquée comme
WI une partie d'un Continent austral, mais elle figurera
: désormais sur les Mappemondes comme les deux plus Ÿ grandes Isles de cette partie de l'hémisphère austral.
| 5.° 1l restoit beaucoup de doutes et Pipcestiwdés sur
la jonction ou la séparation de la Nouvelle-Hollande
avec la Nouvelle-Guinée; le Capitaine Cook, en tra-
versant le détroit qu’il a appelé de l'Endeavour, a dé-
cidé la question : nous n’hésiterons pas à dire que c'est
4 É- une découverte importante pour la Géographie ; et quoi-
4 que la sagacité et I’érudition de M. Dalrymple aient trouvé des indices qui semblent annoncer qu'on soupçonnoit ce passage (2), ces indices éloient si obscurs et si peu connus, qu'en général on ne les avoit pas suivis dans la rédaction des cartes : le Président de Brosses (3), * qui a écrit en 1756, et qui avoit beaucoup de connois- M sances géographiques, ne les avoit pas trouvés satis- + faisans ; et M. de Bougainville, qui, en 1768, rencontra la côte orientale de la Nouvelle-Guinee, près de 90 … lieues à l'Ouest de sa pointe Sud-Est, aima mieux faire, #{ contre un vent de bout, ces go lieues, dans un temps où son équipage manquant de provisions, étoit réduit à manger les peaux de veaux marins qui couvroient ses vergues et ses agrêls , qué decontinyer sa roule à l'Ouest, pour chercher un passage qu’il jugeoit extrêmement problématique (4). M. Cook, en ouvrant entre la Mer
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(1) Son extrémité méridionale gît à-peu-près par 47 degrés de latitude, et son extrémité Nord par 35 degrés et demi. Voyez la carte du Capitaine Cook, dans la collection de Hawkesworth, vol. 11, page 281 de l'original.
% (2) Voyez la route de Torrééur un des vaisseaux de Quiros, en
4 1606, entrela MVouvelle-Hollande et la Nouvelle-Guinée, dans la
| carte des découvertes dans l'Océan Pacifique du Sud, avant 1764, publiée par M. Dalrymple.
(3) M. de Brosses dit de la Nouvelle-Guinée : « C’est une longue Isle ou presqu’Isle, si elle touche à la Nouvelle-Hollande ». Navi-e gations aux l'erres Australes, tome L.e', page 434.
(4) « Letriste état où nous étions réduits ne nous permettoit » pas de chercher, en faisant route à l'Ouest, un passage, au » Sud de la Mouvelle-Guinée, qui nous frayat, pene Golfe de
Pacifique et l'Océan de I’ Inde, une communication qui, si elle n’est pas nouvelle, étoit du-moins abandonnée et oubliée, a dissipé tous les doutes sur un fait si utile à la Navigation.
6.* On doit au Capitaine Carteret ure autre découverte d'une utilité presque égale à. celle que je viens de citer. Dampierre, en longeant une côte qu'on supposoit faire
artie de la Nouvelle- Guinée, remarqua que cetle côte
orme une Isle séparée , à laquelle il a donné le nom de Nouvelle- Bretagne; mais le Capitaine Carteret a reconnu que la Nouvelle-Bretagne est divisée en deux grandes Isles , et en beaucoup d'autres plus petites : si quelques-uns des premiers Navigateurs de l'Océan Pacifique du Sud s’en étoient aperçus, leurs observations n'étoient point arrivées jusqu'à nous ; et l’on peut compter cette découverte parmi celles qui honorent notre Nation. Le Canal Saint- George, qui sépare la Nouvelle-Bretagne de la Nouvelle-Irlande, que suivit M. Carteret
our passer de la Mer Pacifique dans l'Océan de "Inde, « offre un passage beaucoup meilleur et beau- » coup plus court, en venant de l’Est ou de l'Ouest, que » le tour des Isles situées au Nord (*) ».
Byron, Wallis et Carteret eurent principalement pour objet de découvrir de nouvelles terres dans la Mer Atlantique du Sud; et quoiqu’ils aient ajouté quelque chose à nos connoigsances géographiques sur la Mer Pacifique du Sud, leurs Voyages ont fourni peu de matériaux nécessaires pour donner au public une description complète de ces immenses parages , qu'ils traver-
>» Carpentarie, une ronte nouvelle et courte aux Isles Moluques. » Rien n'étoit a-la-verité plus problématique que l'existence de » cepassage ». Voyage antour du Monde, page 259.
(*) Voyez la Collection de Hawkesworth, vol. III, page 563 de l'original.
La position des Isles Salomon, célèbre découverte de Mendana, ne sera plus un sujet de dispute parmi les Géographes : M. Dalrymple a prouvé, de la manière la plus satisfaisante, qu'elles for-
. ment A Archipel, où l’on trouve les terres qu’on a appelées
depuis ÂVouvelle-Bretagne, Nouvelle-Irlande ; et les lumières que le Capitaine Cartaret a répandues sur ce groupe, ajoutent un nouveau degré de force aux preuves de M. Dalrymple. Voyez la Collection des Voyages par Dalrymple, vol. 1.¢°, page 16 de l'original.
cation qui»
ndonnée et i utile à la
découverte ns de citer.
osoit faire e cette côte le nom de rteret a reée en deux petites : si ‘Océan Pabservations eut compter tre Nation.
uvelle-Bre- M. Carteret l'Océan de ur et beau- ‘Ouest, que
icipalement Jans la Mer té quelque sur la Mer peu de maune descrip- ‘ils traver-
es Moluques.
l'existence de
, page 563 de 2 de Mendana,
hes : M. Dal , qu'elles for- ’on a appelées les lumières , ajoutent un ymple. Voycs » page 16 de
sèrent seulement sur une ligne directe en revenant en Europe par les Indes Orientales. M. Cook, chargé de | l'expédition qui suivit lés leurs, eut ordre de reconnoilre lus exactement la Mer Pacifique du Sud; mais ses instructions lui recommandant tout-à-la-fois ce qui avoit | rappori aux progrès de |’Astronomie et à ceux de la + Géographie; l'inquiétude de ne pas arriver assez tôt à + O-Taiti, pour observer le passage de Vénus au-dessus * du disque du Soleil, ne lui permit pas de s'éloigner du chemin le plus court, et de chercher les terres incon- \ nues qui pouvoient se trouver au Sud-Est de cette Isle. Comme il fut d'une fidélité scrupuleuse à ses devoirs, ‘une partie considérable de la Mer Pacifique du Sud, “celle où l'on espéroit le plus de découvertes, ne fut ni reconnue ni examinée lors de son premier Voyage. Pour suppléer à cette omission, et éclaircir un point adinis “par plusieurs savans, qui fondoient leur système sur de simples spéculations, et par des hommes peu éclairés, qu l'adoptoient d'après des autorités qu'ils croyoient igues de foi, mais encore très-problématique, et inéme denué de fondement aux yeux de quelques autres qui se livroient moins à leur imagination, ou qui étoicut “plus incrédules, Sa Majesté, empressée de favoriser Aout ce qui peut ajouter à nos richesses dans chacune “des parties des Sciences, ordonna une nouvelle expé- ‘dition. Les services signalés rendus par M. Cook, durant Æson premier Voyage, le désignoient comme l’homme Mile plus propre à terminer des recherches qu'il avoit si “Hhabilement commencées. Il partit donc en 1772, com- Æimandant les deux vaisseaux /a Résolution etl’ Aventure, Mavec le Wes vaste plan de découvertes qu'on connoisse dans les annales de la Navigation : on le cliargea non- ‘seulement de faire le tour du Monde, mais de parcourir ‘Mout le Globe dans les hautes latitudes méridionales, en “formant de temps à autre, dans chacun des parages de l'Océan Pacifique qu'on n’avoit pas encore examiné, Jes croisières qui pourroient enfin résoudre la question - si débattue sur l'existence d’un Continent austral ; on lui recommanda de le chercher sur tous les points de l’hé- |, misphére Sud; et supposé bas y en eût un, de déterminer s'il éloit accessible a la Navigation. J’ai déjà
1 parlé des nombreusesIsles situées sous le Tropique, dans E FE à
l'Océan Pacifique, dont nous devons la découverte à ce Voyage, qui dura de trois à quatre ans, et qui fut exécuté avec une intrépidité et une constance si extraordinaires : mais J'ai réservé pour ce paragraphe l'objet prine cipal de l'expédition , ou le tableau des diverses campagnes que fit M. Cook sur l'hémisphère Sud. La route de /a Résolution et de l’ Aventure au milieu de l'Océan Atlantique du Sud, de l'Océan Indien méridional, et de la Mer Pacifique du Sud , qui environnent le Globe, combinée avec la route de /’Ændeavour, offre une démonstration oculaire, que, par ses infatigables recherches, M. Cook a reconnu tous les parages où l'on supposoit un Continent vu des premiers Navigateurs; que ce Continent a disparu à l'approche de ses vaisseaux, et que, semblable aux fantômes de l'imagination, il s'est évanoui sans laisser de traces (*). On a soutenu qu'un Continent Austral est nécessaire pour maintenir l'équilibre entre les deux hémisphères ; mais quelque plausible que paroisse cette théorie au premier coupd'œil, l'expérience a assez démontré combien elle est fausse. D'après le second Voyage de Cook, dont je parle ici, nous connoissons parfaitement l'hémisphère Sud , et nous pouvons prononcer avec cerlitude que l'équilibre du Globe est très-bien conservé, quoique les mers parcourues par M. Cook ne laissent pas assez d’espace, pour
(*) 11 faut observer cependant que M. le Monnier soutient, dans les Mémoires de l'Académie des Sciences de Paris, année 1776, l'existence du Cap de la Circoncision, vu par M. Bouvet en 1738, malgré l'opinion de M. Cook, qui l’a cherché en vain, et qui sup-
ose qu’une Isle de glace a donné lieu à cette méprise Navigateur Francois. M. Wales a répondu aux objections de M8 Monnier, dans un Mémoire lu à la Société Royale; M. fe Monnier a répliqué, et M. Wales a fait une apologie plus détaillée de cette partie du Journal de M. Cook; ila eu }a bonté de ine la communiquer , et je Vinsere ici. à
Note du Traducteur. M. le Monnier m’a communiqué, de son côté, une dernière réponse à M. Wales. Ces deux morceaux m'ont
aru trop étendus pour les insérer ici en note, et on les trouvera à a suite de cette Introduction.
J'observerai d'avance que l’Auteur de l’Introduction a tort de parler du Cap de la Circoncision à propos du Continent Austral; car M. le Monnier ne croit point à Pexistence du Continent Austral ; il dit lui-même que la terre du Cap de {a Circoncision est une isle, et même une petite Isle.
| GÉNÉRALE . aI couverte à ce : Ja masse correspondante de terre que plusieurs écrivains
t qui fut exé-
4 ont jugée nécessaire à l'équilibre du Globe (1). si extraordi- 5
Si les premiers Navigateurs ont ajouté à nos cartes
e l'objet prin: * une plus grande étendue de terres que M. Cook silala
iverses cam- gloire d'avoir reconnu plus de mers qu'aucun de ses
Sud. La route . prédécesseurs. La récapitulation qu'il a faite lui-même
eu de l'Océan ~ de son second Voyage, terminera mes remarques sur ce
éridional.. et point. « J'ai fait, dit-il le tour de l'hémisphère austral
ent le Globe, » » dans une haute latitude, et je l’aitraversé de manière à
offre une dé- + » prouver, sans réplique, qu’il n’y a point de Continent,
ables recher- » » à moins qu’il ne soit près du Pôle, et hors de la portée 9
3 of l'ont sup- * sde la Navigation. En parcourant deux fois la Mer du
gateurs ; que # Tropique, j'ai déterminé la position de quelques terres
es vaisseaux , » anciennement apercues, et jen al découvert un grand |
agination , il + noribre de nouvelles; je crois que je laisse peu de
Jn a soutenu '» chose à faire en ce genre dans cette partie du Globe;
ur maintenir je me flatte aussi que l’objet de l'expédition a été à
mais quelque » tous égards parfaitement rempli » et quapres celle )
remier coup= » relation, on ne parlera plus du Continent Austra! qui
nbien elle est » a OCCUPÉ Vattention de quelques-unes des Puissances
, dont je parle # maritimes dans un intervalle de près de deux siècles , | *
phère Sud , et Me ee les spéculations des Géographes de tous les 1 1 ore À € $ Se À
ae ae Tels furent, jusqu'au second Voyage de M. Cook in-
d'espace, pour | clusivement, les succès de nos expéditions, qui avoient
pour objet d'ouvrir de nouvelles routes à la Navigation et de rectifier les anciennes erreurs répandues daus la
Géographie. La récapitulation sommaire que je viens |
r soutient, dans is, année 1776, Jouvet en 1738, ain, et qui supse eel erigateur M.# Monnier, fonnier a réplie de cette partie ommuniquer , et
(1) L'opinion de l’ingénieux Auteur’des Recherches Philosnphiques sur les Américains, mérite d’être rapportée ici: « Quon » calcule comme on voudra, on ser toujours contraint d’avouer + » qu'il y a une plus grande portion de Continent située dans la lati- , + » tude septentrionale que dans la latitude australe. » Cest fort mal-à-propos qu'on a soutenu que cette répartition » inégale ne saurait exister, sous prétexte que le Globe tr |
nuniqué , de son = » son équilibre, faute d’un contre-poids suffisant an Pole méri- \ SA AVEELUSTRIGnT » dional, Hest vrai qu’un pied cube d'eau salée ne pèse pas autant om les trouvera à » qu'un pied cube de terre; mais on auroit dû réflechir qu'il pent, | ; » v avoir sous l'Océan des hits et des couches de matières, dont ja hi vations dontcde » pesanteur spécifique varie à Pinfini, ou que le peu de profondeur il ntinent Austral; - » dune mer versée sur une grande surface, contre -balance les À
» endroits où il y a moins de mer, mais où elle est plus profonde, Lil Tome 11, page 355 » | Lil (a) Second Voyage de Cook, Tome IF, p. 239 de l'original. ‘bh
Continent Ausconcision est une
fos ens ose ie we
de donner mettra tous les lecteurs en état de juger de ce qui restoit encore à faire pour achever l'exécution du vasie plan de découvertes qu’on avoit formé. L’hémisphère austral avoit été parcouru à diverses reprises, et
on l’avoit reconnu dans tous les points accessibles aux vaisseaux ; mais il demeuroit encore beaucoup d’incertitudes, et par conséquent une grande variété d'opinions
sur la possibilité ou l'impossibilité de naviguer aux exirémités de notre hémisphère, et en particulier sur l'existence, ou du-moins sur l'impraticabilité d’un passage au Nord, entre l'Océan Atlantique ou la Mer Pacifique, en venant de l'Est et suivant les côtes de l'Asie,
ou en venant de l'Ouest et suivant cellés de l'Amérique , Septentrionale.
On sentoit que si ce passage étéit praticable on abrégeroit beaucoup les voyages au Japon, ala Chineet aux Indes Orientales en général ; qu'ils deviendroient par conséquent plus utiles que par le long et ennuyeux détour du Cap de Bonne-Espérance. La Nation Angloise s’en occupoit depuis plus de deux siècles; et sans parler Vs de la premiére tentative de Cabot, en 1497, qui nous procura la découverte de Z'erre-Neuve et de la côte de bu Labrador, depuis le premier Voyage de Frobisher, ; qui, en 1576, alla chercher le passage à l'Ouest , jusqu’à celui de James et de Fox, en 1631, nos audacieux Navigateurs firent des tentatives multipliées; mais si ces expéditions nous firent connoitre dé nouvelles portions de l'Amérique Septentrionale, par la découverte de la baie de Hudson et de celle de Baffin, la question sur le passage par ce côté dans la Mer paainque demeuroit indécise. Nos compatriotes et les Hollandois ne réussirent pas plus, dans leurs diverses entreprises , à trouver ce passage du côté de l'Est. Le peu de succès de Wood, en 1676, semble avoir terminé la longue liste des expéditions infructueuses entreprises au Nord, durant le siecle dernier ; et si l’on ne desespéra pas de cette découverte, à laquelle on avoit en vain travaille si souveit, on cessa du-moins assez long-temps d'y songer.
M. Dobbs, zélé partisan de la probabilité d'un passage au Nord-Ouest, par la baie” Hudson, fixa de nos jours l'attention de l'Angleterre sur ceite entreprise ;
de juger de exécution du mé. L’hémisreprises , et cessibles aux oup d’incerété d'opinions guer aux exrticulier sur ité d’un pastla Mer Paes de l’.4sie, > l'Amérique
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é d'un pason, fixa de entreprise ;
GÉNÉRALE. 23 et par son zèle actif et ses sollicitations constantes , il ranima l'esprit de découverte. On suivit ses projets, mais sans succès ; car le Capitaine Middleton , envoye par le Gouvernement, en 1741, et les Capitaines Smith et Moore, envoyés, en 1746, par une Société particulière, quoiqu’encouragés par un acte du Parlement , accordant vingt mille livres sterlings de récompense à ceux qui trouveroient le passage , revinrent de la baie de Hudson avec leurs Journaux, qui laissèrent la question dans le même état d'incertitude. |
Lorsque les recherches de cette espèce ne furent plus abandonnées aux sollicitations d’un individu ou aux souscriptions des particuliers; lorsqu'elles commencèrent à être protégées par le Roi, et vivement favorisées
ar le Minisire chargé du Département de la Marine, il devint impossible que parmi des tentatives si multiliées et si bien conduites, pour reconnoitre les coins fes plus éloignés de l'hémisphère austral, on n’entreprit as de nouveau le passage au Nord. En effet, tandis que e Capitaine Cook faisoit son Voyage au Pôle austral, commencé en 1773, M. Phipps, aujourd’hui Lord Mulgrave, partit avec deux vaisseaux afin de déterminer Jusqu'où la Navigation étoit praticable du côté di Pôle boréal; et quoique des barrières insurmontables eussent arrêlé ses progrès, ainsi qu’elles avoient arrêté les premiers Navigateurs (*), on ne renonça pas à l'espoir d'ouvrir une communication entre l'Océan Atlantique et la Mer Pacifique, par le Nord; et notre Amirauté ordonna un voyage qui eût cet objet.
Les opérations projetées étoient si nouvelles, si variées et si étendues, qu’on crut avoir besoin des talens et de l'expérience du Wapunive Cook pour les conduire. Il auroit pu, sans qu'on Vaccusét de manquer de zèle pour le service public, passer le resie de ses jours dans la place qu’én lui avoit donnée à l'Hôpital de Greenwich ; il auroit pu y jouir de la gloire qu'il avoit
(*) Le Journal du Capitaine Phipps donne l'Histoire des premiéres tentatives qu'on avoit faites pour arriver au Pôle boréal, M. Barrington a recueilli des détails sur plusieurs vaisseaux qui se sont élevés à de très-hautes latitudes. Voyezses Aiscellanies , paces 134
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achetée si chèrement par deux Voyages autour du Monde : mais il quitta de bon cœur un poste honorable ; et heureux de ce que le Comte de Sands wich n’avoit pas jeté les yeux sur un autre Commandant, il se chargea de l’expédition dont on publie ici l’histoire, expédition qui devoit l’exposer aux fatigues et aux dangers d’une troisième circonnavigation du Globe, par une route qu'on n’avoit pas encore essayée. Tous les Navigateurs qui avoient fait jusqu'alors le tour du Monde, etoient revenus en Europe par le Cap de Bonne-Espérance ; on assignoit à M. ook la tâche pénible de revenir en Angleterre par les hautes latitudes septentrionales, entre l’Æsie et l'Amérique. Ainsi la route ordinaire fut changée, et au-lieu d’entrer dans la Mer du Sud par YPOcéan Atlantique, on voulut essayer de pénétrer dans l'Océan Atlantique par la-Mer Pacifique; car on avoit prévu sagement que quelles que fussent les ouvertures et les entrées qu'on pourroit trouver sur la côte orientale de l’Æmérique , et dans une direction qui donneroit l'espoir d’un passage, l’entreprise finiroit par échouer , s’il n’y avoit pas une mer libre entre la côte occidentale de ce Continent et les extrémités de l’.#sie. On enjpignit donc à M. Cook de se rendre à l'Océan Pacifique, en traversant les nouvelles Isles découvertes par lui sous le Tropique du Sud, et, après avoir coupé l'Equateur, de cingler au Nord, et de choisir la route qui lui sembleroit la plus propre à fixer des points géographiques importans, et à produire des découvertes intermédiaires sur les parages qui devoient le conduire à la principale scène de ses opérations.
Mais les instructions qu'on lui donna feront mieux connoitre le plan du Voyage et les divers objets qu’il embrassoit, et je les insère ici, afin que les lecteurs sachent, d’une manière précise, jusqu'à quel point it les a exécutées.