‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 61 sur 82 · Tome ZI," I · texte numérisé non relu

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couvée un peu plus loin, dans l’intérieur de l'Isle, et ils se perchoient souvent sur le Wharra.

Un de nos gens prit un lézard qui grimpoit sur un arbre , et qui, malgré sa petitesse , paroissoit dangereux : on en vit une multitude d’une seconde espèce. Les buissons, prés de la mer, étoient remplis de jolies teignes “achetées de rouge, de neir et de blanc : il y avoit aussi plusieurs espèces de teignes différentes de celles-ci , ainsi que de jolis papillons et d’autres insectes.

Quoique l'Isle ne fût pas habitée, des indices sûrs nous prouvérent que du-moins elle est fréquentée quelquefois. On y trouve des cabanes. Il y avoit plusieurs grosses pierres érigées en forme de monumens sous des arbres , et plusieurs terrains enclos par d’autres pierres plus pelites; on avoit probablement enterré des morts ici : on rencontra ailleurs une quantité considérable de coquilles de petoncles , d’une espèce particulière , sillonnées d’une manière agréable , et plus grosses que le poing : nous pensâmes avec raison que celte terre avoit été visitée par des hommes qui tiroient des coquillages une partie de leur subsistance. M. Gore laissa , dans une de ses huttes , une hache et des clous, dont la faleur excédoit ce qu'il prit sur la côte.

Dès que les canots furent rentrés , je marchai de nauveau au Nord , avec un léger souffle de vent de l'Est. Je voulois essayer de descendre à l'Isle d’Hervey , que j'a: vois découverte en 1773, durant mon second Voyage (*) : quoiqu’elle ne fat pas éloiguée de plus de quinze lieues, je

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(*) Voyez le second Voyage de Cook. On y lit que cette Isle a environ six lieues de tour.

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DE COOK. (1777) 227 ne Vapercus que le 6, à la pointe du jour, dans l'Ouest- Sud-Ouest , à environ trois lieues. A huit heures nous en étions assez près ; nous vimes plusieurs pirogues qui partoient de la côte et qui venoient aux vaisseaux. Ce spectacle me surprit ; car rien ne m’avoit indiqué des habitans lorsque j’eu fis la découverte. Quand j'y arrivai, en 1773, le vent étoit assez impétueux , et les canots du pays n’osérent vraisemblablement pas se mettre à la mer ; car les vaisseaux passèrent sous le vent : cette fois nous étions au vent.

Sur ces entrefaites nous avançions nous-mêmes vers Vlsle , et six ou sept doubles pirogues nous joignirent bientôt. Chacune portoit. de trois à six hommes. Elles s'arrétérent à environ uve portée de pierre du vaisseau. Omaï eut bien de la peine à les déterminer à venir à la hanche de Z Résolution ; mais ses démonstrations amicales et ses prières ne purent engager un seul des Naturels à monter à bord. Leur maintien farouche et leurs propos bruyans n’anponcoient pas des hommes disposés à se fier à nous ou à nous bien traiter. Nous apprimes ensuite qu'ils avoient essayé d'enlever les rames d’un canot de a Découverte, et frappé un de nos matelots qui s’opposa à leurs desseins. Ils coupèrent de plus, avec une coquille, un filet rempli de viande qui pendoit à l'arrière du vaisseau de M. Clerke ; ils refusèrent opiniätrément de le rendre,

et nous fumes contraints de leur en payer la valeur. Ceux

qui environnoient Za Résolution se conduisirent avec la

même audace ; ayant converti une longue perche en cro-

chet, ils s’efforcérent publiquement de nous voler plu-

sieurs choses; et ils vinrent à bout de prendre l’habit d’un

de nos gens, qui pendoit en-dehors du vaisseau. Ils me 15 *

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prouvérent en méme-temps qu'ils avoient l'habitude de faire des échanges ; ils nous vendirent du poisson, et entre autres des carrelets assez singuliers, tachetés comme du porphyre , et des anguilles de la blancheur du lait , piquetées:de noir : nous les payämes avec de petits clous, qui leur firent un extrême plaisir, et qu'ils appelèrent Goore Au reste, ils saisissoient avec la plus grande avidité des morceaux de papier et tout ce que nous leur donnâmes ; si ce que nous jetions tomboit dans la mer, ils sautoient à l'instant au milieu des flots afin de le ramasser.

Ils ne ressemblent aux Insulaires de Wateeoo ni par la figure, ni par le caractère, quoique les deux Isles soient peu éloignées l'une de l’autre ; leur teint est plus foncé ; plusieurs avoient une physionomie grossière et farouche, et la peau bise comme les Naturels de la Nouvelle. Ze. lande ; mais celle de quelques-uns étbit assez blanche. Leurs cheveux noirs et forts flottoient sur les épaules, ou étoient noués en touffes au sommet de la tête. Quelquesuns néanmoins les portoient courts, et deux ou trois d’entre eux les avoient bruns ‘ou rougeatres. Une natte étroite, qui faisoit plusieurs tours sur la partie inférieure du corps, et qui passoit entre les cuisses, composoit tout leur vêtement. ‘Nous vimes un joli chapeau de plumes rouges dans l'une des pirogues. Ils n’avoient d'autre parure qu'une nacre de perle polie suspendue à leur col. Nous ne trouvâmes sur aucun d’eux cet ornement bizarre si commun dans les Isles de la mer du Sud, je veux dire que leurs corps n’étoient pas piquetés.

Malgré cette différence, il nous fut démontré qu'ils descendent de la même raçe que les autres Insulaires de

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abitude de poisson , et etés comme du lait , pietits clous, appelèrent grande avie nous leur ans la mer, afin de le

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cet Océan. Leur idiôme approchoit encore davantage de la langue d’O-Taïti , que celui de F/ateeoo ou de Mangeea. Ainsi que les habitans de ces deux Isles, ils demandèrent d'où venoient nos vaisseaux et où ils alloient; comment s’appeloit le Commandant et combien nous avions d'hommes à bord : ils imaginérent même que mon bâtiment avoit un nom particulier, et ils voulurent le savoir. De leur côté » ils répondirent sur-le-champ aux questions que nous leur fimes. Ils nous dirent qu'ils avoient déjà vu deux grands vaisseaux pareils aux nôtres; mais qu’ils n’avoient point eu d’entrevue avec les équipages, qui passèrent sans s'arréter. Il paroit hors de doute qu'il s’agissoit de /a Résolution et de Aventure. Nous apprimes que leur Isle se nomme Terouggemon Atooa, et qu'ils sont sujets de Teerevaoseah, Roi de Wuteeoo (*). D'après les instructions awils nous donnèrent , leur Isle ne produit ni bananes ni fruit à pain; on n’y trouve ni cochons, ni chiens, et les habitans se nourrissent de noix de coco, de poissons et de tortues. Il y eut un moment où trente de leurs pirogues s’offrirent à nos regards : elles étoient assez grans des et bien bâties : l'arrière ressemble un peu à celles de Watceoo, et l'avant se projette en saillie, à-peu-près de la même manière ; mais l'extrémité se replie vers le haut, au-lien de se replier vers le bas.

Le vent étoit trés-foible , et nous n’atteignimes qu’a une heure la bande Nord-Ouest de l'Isle, la seule portion de la côte où il parut vraisemblable que nous trouverions un mouillage et un lieu propre au débarquement. J’ordonnai

(*) Le Lecteur observera que ce noma peu d’affinité avec le nom des trois Chefs de Wateeoo, que rapport: M. Anderson.

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au Lieutenant King de prendre deux canots armés , et d’aller sonder et reconnoitre la côte, tandis que les vaisseaux courroient des bordées. Dès que les canots furent à la mer, les pirogues qui s'étoient tenues jusqu'alors près de nous, et qui avoient fait des échanges, suspeudirent Jeur trafic; elles regagnèrent l'Isle a force de rames , et elles ne reviurent plus.

Les canots furent de retour à trois heures, et M. King m’informa « qu'il n’y avoit poiut de mouillage pour les » vaisseaux, et que les canots pouvoient seulement débar- » quer au bord extérieur du récif, situé à environ un quart » de mille du rivage. Il me dit que les Iusulaires étoient » arrivés sur le récif, armés de longues piques et de mas- » sues, comme s'ils avoient voulu s'opposer à sa descente ; » qu'il sapprocha néanmoins , et qu'alors les Niturels Ini » jetérent des noix de coco, et l'engagèrent à descendre ; » que, sur ces entrefaites, il vit les femmes qui appor- » toient en hâte des piques et des dards, mais que n’ayant » point dessein de débarquer il ne leur fournit pas l’occa- » sion de s’en servir ».

D'après ces détails , je considérai que les vaisseaux ne pouvant mouiller, je perdrois du temps si j'essayois de me procurer du fourrage, et que cette opération seroit un peu dangereuse. D'ailleurs nous avions aussi besoin d'eau; et, quoique les babitans eussent dit qu'on en trouvoit sur l'Isle, j'ignorois ep quelle quantité et à quelle distance. Enfin. quand nous n’aurions pas rencontré d'autres obstacles, j'étois sûr que la traversée du récif seroit difficile et périlleuse à bien des égards

Ainsi, nos espérances furent ‘rompées sur toutes les Isles que nous avions rencontrées depuis notre départ de

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DE COOK. (1777) 231 la Nouvelle-Zélande; les vents contraires, et d’autres événemens imprévus, auxquels nous ne pûmes nous soustraire, nous avoient tellement retardés, que je me vis hors d'état de rien faire cette année, dans les hautes latitudes de l'hémisphère septentrional. Elles se trouvoient fort loin de nous, quoique la saison nécessaire à nos opérations eût déjà commencé. Il fallut donc prendreles mesures les plus propres à conserver le bétail que nous avions sur nos vaisseaux ; et, Ce qui étoit encore plus important , ménager nos vivres et nos munitions, afin d'avoir plus de moyens de reconnoitre la côte occidentale de l'Amérique, et d’essayer le passage au Nord, que javois cru entreprendre une année plus tôt.

Si j'avois eu le bonheur de me procurer de l’eau et du fourrage sur l'une des dernières Isles, je me serois replié au Sud , jusqu’à ce que j’eusse rencontré un vent d'Ouest. Il étoit impossibie alors de revenir sur nos pas du côté du Sud; tous nos quadrupèdes seroient morts avant d'arriver à O-Taiti, et je n’aurois tiré aucun profit-de ce mouvement rétrograde, par rapport al grand objet de notre Voyage.

Je résolus donc de gagner les Isles des Amis, où j'étois sir de trouver en abondance toutes les choses dont j’avois besoin ; et comme il falloit marcher la nuit ainsi que le jour, jordonnai au Capitaine Clerke de se tenir une lieve en avant de /a Résolution; nous pouvions rencontrer des terres durant la traversée, et je pris cette pfécaution, parce que son vaisseau étoit plus propre que le mien à l'attaque d’une côte.

Lorsque je découvris l'Isle d’Hervey pour la première fois, sa longitude, déduite de celle d'O-Taïti, à l'aide du

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