Tome I
‘Comme je ne m’attendois pas à trouver deux Chefs, je n'avois apporté qu'un présent. Il fallut le diviser; mais chacune des portions fut encore assez considérable , et Toobou et Mareewagee parurent trés-satisfaits. Nous les amusâmes ensuite , l’espace d’une heure, avec deux cors de chasse et un tambour; le Capitaine Clerke tira un coup de pistolet, ce qui leur causa un extréme plaisir. Au moment où je pris congé, on roula la grande pièce d’étoffe étendue devant Mareewagee, et on me la donna, ainsi que des noix de coco.
Le 14, le vieux Toobou vint me voir à bord de /a Résolution ; il alla voir aussi le capitaine Clerke, et nous eûmes soin, l'un et l’autre, de lui faire des présens. Sur ces entrefaites, Mareewagee rendit une visite à notre détachement qui se trouvoit à terre ; et M. King lui‘montra tout ce que nous avions débarqué. Il admira beaucoup notre bétail, et notre scie croisée fixa son attention pendant quelque temps.
Poulaho revint à midi du village où nous l'avions laissé deux jours auparavant , et il nous amena son fils, jeune homme d'environ douze ans ; il dina avec moi , mais il ne permit pas à son fils de s'asseoir à table. Je me trouvois plus à mon aise quand je l’avois pour convive ; car alors les autres Naturels n’osoient approcher,et un petit nombre d’entre eux se tenoient dans ma chambre. Lorsque lui ou Feenou n’étoit pas à bord ce qui, ä-la-vérité, n’arriva guères durant notre relâche, les Chefs inférieurs s’asseioient à ma table sans façon, ou ils entroient dans ma ‘chambre, à l'heure du repas, et ils m’importunoient-beaucoup. Nous nous trouvions si génés par la foule , qu'il n’y avoit pas moyen de diner d’une manière tranquu.e. Le Roi
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aima bientôt notre cuisine; je fus persuadé néanmoins qu’il dinoit si souvent avec nous, afin d’avoir le plaisir de boire plutôt que celui de manger ; il prit en effet du goût pour le vin, et il vidoit sa bouteille aussi bien et aussi gaiement que nous. I} établit sa demeure dans une maison située près de notre tente; le soir, il donna à nos gens le spectacle d’une danse; et, ce qui ctonna toutle monde, malgré son embonpoint monstrueux , il dansa lui-même.
Le 15, dans la matinée, je reçus un messager du vieux Toobou, qui me prioit de descendre à terre. J’allai le voir, accompagné d’Omai :nous le trouvâmes assis comme les anciens Patriarches, au pied d'un arbre, et environné d'un cercle de Naturels, d’une physionomie respectable : une grande pièce d’ctoffe étoit étendue de toute sa longueur devant lui; il nous invita à nous asseoir près de lui; il montra à Omai ‘la pièce d’étoffe, une touffe de plumes rouges, etune douzaine de noix de coco, en disant qu'il me les destinoit. Je le remerciai; et, comme je n’avois rien à lui donner, je Pengageai à venir à bord.
Omai, que Poulaho envoya chercher , nous quitta alors; et Feenou, qui arriva bientôt après, m'informa que le jeune Futtafaihe , fils de Poulaho, désiroit me voir. Je me rendis à cette invitation, et je trouvai le Prince et Omaï assis sous un large dais d’une trés-belle étoffe ; une autre pièce, d’une étoffe plus, grossiére , longue de soixante-seize verges, et large de sept et demie, étoit étendue au-dessous deux et devant eux. Ils avoient un gros cochon à leur droite, et à leur gauche un monceau de noix de goco. Des Insulaires étoient assis en cercle autour de l’étoffe ; je reconnus Mareewagee et d’autres personnages du premier rang. On m’engagea à m’asseoir près du Prince. Omai me