‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 74 sur 82 · TROIS'ÈME VOYAGE · texte numérisé non relu

TROIS'ÈME VOYAGE

dit que le Roi lui avoit recommandé de m’avertir, qu'étant mon ami, il comptoit sur mon attachement pour son fils , et qu'il en seroit plus assuré si j'acceptois ce présent. Je l'acceptai de bon cœur ; et, comme il étoit l'heure du diner , je les invitai tous à venir à bord. :

Le jeune Prince, Mareewagee , le vieux Toobou, trois ou quatre Chefs inférieurs, et deux femmes âgées, et d’un rang supérieur, m’accompagnérent. Mareewagee portoit une étoffe neuve, sur les bords de laquelle il y avoit six bouquets assez gros de plumes rouges. Nous jugeâmes qu'il avoit pris ce vêtement pour nous le donner; car, dès qu’il fut à bord, il l'ôta, ct il me Poffrit. Il avoit sans doute . oui dire que les plumes me feroient plaisir. Chacun de mes hôtes recat de moi des présens qui parurent les enchanter. Lorsque le diner fut servi, ils ne voulurent ni s'asseoir à table ni manger. Je leur témoignai ma surprise, et ils me dirent qu'ils étoient Taboo : ce mot a bien des acceptions; mais, en général, il signifie une chose qui est défendue. On ne nous expliqua point pourquoi ils s’imposoient cette réserve. Après diner, on leur montra toutes les parties du vaisseau, et, lorsque leur curiosité fut satisfaite , je les reconduisis à terre.

Dès que mon canot eut atteint le rivage, Feenou et quelques autres en sortirent. Le jeune Futtafaihe voulant les suivre, fut rappelé par Mareewagee, qui rendit à l'héritier présomptif de la Couronne , les hommages que je lui avois vu rendre au Roi. On permit à Futtafaihe de débarquer , après que le vieux Toobou et une des femmes âgées dont je, parlois plus haut, lui eurent donné les mêmes marques de respect. Quand cette cérémonie fut achevée , tous les Naturels quittèrent mon canot, et pas-

tir, qu'étant our son fils , présent. Je

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DE COOR, (1777) 309 sérent dans une pirogue qui devoit les conduire à leur résidence. ,

Je fus bien-aise de les avoir remenés moi-même sur la côte : il me fut démontré clairement que Poulaho et son fils étoient au-dessus de tous les autres Chefs. J’appris d'ailleurs les degrés de parenté ou de puissance de‘plusieurs grands personnages dont j'ai souvent cité les noms. Je sus que Mareewagee et le vieux Toobou étoient frères; ils avoient Pun et l’autre beaucoup de possessions dans. l'Isle, et ils sembloient trés-considérés du peuple : chacun des Naturels donnoit au premier l’épithète honorable de Motoca-Tonga, c’est-à-dire , de père de Tonga; ou de son pays. Son affinité avec le Roi ne fut plus un secret pour nous; nous reconnimes qu'il étoit sou beau-père, Poulaho ayant épousé une de ses filles , dont il avoit un. fils : ainsi Marecwagee étoit le grand-père du jeune Prince. Nous voyions depuis assez long-temps, que nous nous étions mépris en regardant Feenou comme le Souverain de ces Isles ; mais nous ne pouvions définir le rang qu’it occupoit ; il ne nons resta pas non plas de doute sur ce point. Fecnou étoit un des fils de Marcewagee, et Tooboueiota en étoit un autre.

En débarquant, je trouvai le Roi dans la maison voisine de notre tente, avec ceux de nos gens qui résidoient sur la côte. À peine l’eus-je abordé, qu'il me donna un gros cochon, et une quantité assez considérable d’ignames. Æ l'entréc de la nuit, je vis arriver une troupe d'hommes qui s’assirent en rond, et qui chantèrent et s’accompagnèrent sur des tambours de bambou placés au milicu deux, (*).

(*) On exécute le soir de pareils concerts autour de la maisox

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Il y avoit trois longs tambours de bambous et deux plus courts : ils frappoient l'extrémité inférieure contre terre, comme dans la fête dont j'ai parlé plus haut. J’en aperçus deux autres couchés sur le sol, lun à côté de l'autre; Pun étoit fendu:un Insulaire battoit sur ceux-ci à l’aide de deux petits bâtons : les musiciens chautèrent trois airs devant moi : on me dit que le concert avoit continué après mon départ, et qu'il dura jusqu'à dix heures du soir. Is brülérent des feuilles de J¥-Larra pour éclairer la scène ; je ne les ai jamais vu faire usage d'autres flambeanx.

Tandis que je passois la journée avec ces grands personnages, M. Anderson se promena dans l'intéreur du pays, etil fit les remarques suivantes : ep « À l'Ouest de » l'endroit où nous avions établi notre tente, le terrain est » absolument inculte l’espace d'environ deux milles; mais » Ja nature y produit une multitude d’arbres ct d'arbris-

seaux d’une végétation trés-forte. On trouve plus loin

une assez grande plaine, sur laquelle ily a des cocutiers et quelques plantations peu étendues, qui semblent trèsrécentes; elles nous parurent être dans des districts qu’on avoit laissés er friche jusqu'alors. Près de la crique qui se prolunge à l'Ouest de la tente, le sol est plat, et il est couvert d’eau en partie à chaque marée.

Lorsque les flots le laissent découvert , on aperçoit à la

surface un rocher de corail qui offre des trous remplis

d’une vase jaunatre ; vers les bords, où il est un peu plus nine

des Chefs on Tamoles des Isles Curolines. « Le Tamole ne s’en » dort qu’au bruit d’un concert de musique, que forme une tronpe » de jeunes gens qui s’assembient le soir autour de sa maison, et » qui chantent, à leur manière, certaines podsics ». Lettres édifiuntes et curicuses, Tome XV, page 314.

et deux plus contre terre, J'en aperçus l'autre; Pun aide de deux s airs devant é aprés mon soir. Ils brû- | SCÈNE ; je ne grands perl'intér.eur du A l'Ouest de Je terrain est x milles; mais s ct d'arbrisuve plus loin des cocutiers emblent trèsdes districts 'rès de la crie, le sol est aque marée.

aperçoit à la rous remplis st un peu plus

‘amole ne s’enrme une tronpe

sa maison, et ». Lettres édi-

DE COOK. (1777) 311 nu, il y a une multitude de petites ouvertures d’où sort un égal nombre de crabes de deux ou trois espèces. Ces crabes s’y montrent en foule; mais ils disparoissent dès qu'on les approche, et les Naturels , avec toute leur dextérité, ne peuvent en prendre un seul.

» On rencontre ici un ouvrage de l'art, qui annonce une sorte d'industrie et dela persévérance :il commence, d’un côté, sous la forme d’une chaussée étroite qui, s'élargissant peu-a-peu, s'élève doucement à la hauteur de dix pieds; à ce point , sa largeur est de cinq pas et sa longueur entière de soixante-quatorze : elle aboutit à, une espèce de cirque qui a trente pas de diamètre , et

» un ou deux pieds d’élévation au-dessus de la chaussée ,

et qui offre quelques arbres au centre. Le côté opposé

» du cirque touche a une seconde chaussée de la même

nature ; mais celle-ci n’a que quarante pas de long, et elle tombe en ruine. Le cirque et les deux chaussées sont de grosses pierres de corail ; la surface est couverte d’une terre qui a produit une multitude de petits arbres et d’arbrisseaux ; et l’état de décomposition où l’on voit

. d’ailleurs cet ouvrage , annonce qu’il est ancien. S'il a

servi jadis à quelque chose, il paroit qu’on n’en fait aucun usage aujourd’hui; nous n'avons pu rien apprendre des Naturels, si ce n’est qu’il appartient à Poulaho , et qu'on lui donne le nom @Etchee ».

Le 16 au matin, j’allai examiner les travaux que j'avois

ordonnés sur la côte, et je fis ensuite, avec M. Gore, une promenade dans l'intérieur du pays. Nous eùmes occasion de voir de quelle manière les Naturels fabriquent leurs étoffes ; nous étudiames ainsi la prinoipale manufacture de ces Isles et de la plupart des autres de la Mer du Sud.

gg der ler

J'ai décrit fort en détail, dans mon premier Voyage (*),la méthode que suivent les O-Taitiens ; comme celle des peuplades des Isles des Amis est différente à quelques égards, je crois devoir en parler.

Les femmes chargées de ce travail prennent d'abord les tiges ou les troncs du mirier-papier , qu'on cultive pour cet objet, et qui arrivent rarement à plus de six ou sept pieds d’élévation, et à plus de quatre pouces de grosseur : elles en ôtent l'écorce, dont elles enlèvent ensuite les parties grossières avec une coquille de moule. Afin de détruire la convexité qu’a pris l'écorce autour de la tige, elles Ja roulent en sens contraire, et elles la font macérer dans l'eau (on m’a dit qu'on la laisse tremptr une nuit); on l'étend alors sur un tronc d'arbre formant une espèce d’établi ; on la bat avec un instrument carré, de bois, qui a environ un pied de longueur, et qui est rempli de grosses rainures de tous les côtés , et quelquefois avec un autre instrument qui est uni. L’étoffe est bientôt fabriquée ; mais on la remet souvent sur le métier ; on la déroule , on la replie à diverses reprises, et on la bat de nouveau : il semble que le but de ces opérations subséquentes est d’en resserrer plutôt que d’en amincir le tissu : dès que le premier travail est achevé, on étend l’étoffe afin de la séeher. La longueur des pièces est de quatre à six pieds ; mais il y ena de plus grandes: leur largeur est moindre de moitié. A l’époque dont je parle, on réunit les pièces, et on les enduit pour cela du suc visqueux d’une baie appelée Toco, Quand l’'étoffe ala longueur qu'on veut lui donner ,

nes 2:

(*) Voyez la Traduction françoise du second Voyage de Cook? Tome II, p. 479, dans la Collection de Hawkesworth.

oyage (*),la 2 celle des à quelques

nt d'abord on cultive s de six ou ces de grost ensuite les Afin de déla tige, elles acérer dans nuit ); on espèce d’ébois , qui a i de grosses ec un autre iquée ; mais roule , on la eau : il semtes est d'en que le pree la sécher.

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s, et on les aie appelée ui donner ,

ge de Cook»

DE COOm (1777) 313 on la place sur une large pièce de bois, au-dessus d'une empreinte composée de substances fibreuses tissues d'une manière trés-serrée : l'ouvrière plonge une guenille dans un suc tiré de l'écorce d'un arbre nommé Kokka, et elle frotte l’étoffe, qui prend une couleur brune et qui devient lustrée : l'empreinte sur laquelle porte l’étoffe me parut destinée seulement à coller davantage les divers morceaux. On continue ces opérations du collage et de la teinture jusqu’à ce que l'étoffe ait la longueur et la largeur néces- Saires ; les côtés offrent ordinairement une bordure d’un pied de largeur, qui n’est pas peinte , et il y en a une seconde plus large aux deux extrémités. Si quelques parties sont trop minces ou trouées , Ce qui arrive souvent, on y colle des pièces qui la rendent par-tout de la même épaisseur. Pour avoir une couleur noire , les Naturels mêlent la suie d’une noix huileuse , appelée dooedooe avec le suc du Xokka. La proportion de ce mélange varie selon la teinte qu'ils désirent. Ils disent que l'étoffe noire, communément la plus lustrée, donne un vêtement frais, et que la première est plus chaude. Ils ne manquent pas, pour renforcer l'une et l'autre, d'y ajouter de petites pièces posées longitudinalement , et on ne peut y faire des déchirures que dans une direction.

Je rencontrai Feenou à mon retour, et je ’emmenai diner à bord, ainsi qu'un second Chef qui étoit jeune. Lorsque le diner fut servi, ils ne voulurent point manger; ils me dirent qu'ils étoient Taboo Avy : s'étant informés ensuite de quelle manière on avoit appreté nos alimens, ils s’assirent à table, et ils mangérent de bon cœur du cochon et des ignames qu’on avoit fait cuire sans avy , c’est-à-dire, sans eau, Je les assurai qu'il n’y avoit pas non plus d’eau

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dans le vin,,et ils en burent volontiers. Nous conjecturames que des principes de superstition leur inter disoient alors l'usage de l'eau : il est vraisemblable tontefois , que Peau dont nous nov: servions leur inspiroit du dégoût , parce qu’on la puisoit à l’un des endroits où ils se baignent.

Mareewagee avoit fait préparer, pour le 17, une grande Fête (Haiva), à laquelle nous fûmes tous invités; on disposoit devant la maison qu’occupoit alors ce Chef, et près de notre poste, un terrain qui devoit servir de théâtre. Les Insulaires arrivèrent en foule, le matin, de l’intérieur du pays; chacun d'eux portoit sur son épaule une perche de six pieds de longueur, avec une igname suspendue à chacune des extrémités. Ces ignames et ces perches furent déposées dans le cirque; ils en formèrent deux pyramides ornées de différentes sortes de petits poissons, et arrangées de manière à produire le coup-d’æil le plus favorable. Mareewagee destinoit ce présent au Capitaine Clerke et à moi. Les Naturels placèrent le poisson d’une manière pittoresque, et nous fûmes bien-aise de le voir ; mais il nous fut inutile, car il sentoit mauvais : on l’avoit gardé deux ou trois jours , afin de nous le présenter en cette occasion.

Ils commencèrent sur les onze heures à exécuter diverses danses, qu’ils appellent Maz. <> « Les musiciens (*) » qui devoient former le chœur, étoient assis et au ombre » de soixante-dix. [ous apercumes au milieu d’enx trois » instrumensauxguels nou; donnimes le nom de tambours, nn ec cc SS

(*) M. Anderson ayant décrit cette fête d’une manière plus dé-

taillée que le Capitaine Cook , nous avons cru devoir imprimer ici cette partie de son Journal.

$ conjectuter disoient efois , que lu dégoût , e baignent.

une grande tés; on disef, et près le théâtre.

l'intérieur ine perche ispendue à ches furent pyramides , et arranfavorable.

Clerke et à anière pitais il nous sardé deux ette occa-

uter diverisiciens (*) au nombre denx trois > tambours,

icre plus déimprimer ici

DE COOR. (1777) 315

quoiqu'ils ne ressemblassent pas aux nôtres : c’étoient de gros morceaux de bois cylindriques , ou des troncs d'arbres de trois à quatre pieds de long, et deux fois plus gros que le corps d’un homme d'une taille ordinaire ; nous en vimes de plus petits : ils se trouvoient les uns et les autres creux dans l'intérieur, mais fermés aux deux bouts, et ouverts seulement au côté par une fente d'environ trois pouces de large,qui se prolongeoit à-peuprés sur toute la longueur : ils creusent l’intérieur par cette ouverture, quoique cette opération soit trés-difficile. Les Naturels appellent ces tambours zaffa ; ils les tiennent devant eux , l'ouverture tournée vers leur visage , ct ils frappent dessus avec deux morceaux cylindriques d’un bois dur , d’un pied ce long et de l’épaisseur du poignet, et ils en tirent ur son rude, mais éclatant et fort; ils adoucissent ou ils ralentissent les ‘coups en quelques endroits de la danse, et, pour changer de ‘ton, ils frappent au milieu ou à l'extrémité del’instrument. » La première danse fut composée de quatre groupes, chacun de vingt-quatre hommes, qui tenoient à la main ui petit instrument de bois mince et léger, d'environ deux pieds de long, dont la forme ressembloit à celle d’une courte pagaie oblongue, et auxquels les Naturels du pays donnent le nom de pagge. ils les agitérent de toutes sorter de manières; ils les pointoieyt à droite et à gauche vers la terre, en inclinant leur corps du même côté ; ils les tournoient ensuite du côté opposé ; ils les passoient brusquemeni d’ane main à l'autre, et ils les faisoient tourner avec beaucoup d'adresse. Ils varièrent à l'infini les positions des pagges , ct : chaque nouvelle position, ils prirent de nouvelles aititudes : leurs mou-

enna RN SET

vemens furent d'abord peu vifs, mais ils s’animérent selon celui des tambours. Ils récitoient en outre des phrases de chant que répétoit le chœur, et bientôt après, les musiciens et les acteurs chantèrent tous ensemble, et ils terminérent ce premier jeu par des acclamations. » Aprés un entr’acte de deux ou trois minutes, ils recommencèrent les manœuvres du pagge, qu'ils continuérent plus d’un quart-d'heure. La dernière ligne des acteurs se divisa; elle tourna d'un pas lent les angles de la colonne , et se rencontrant au centre du front, elle forina la première. Les acteurs, sur ces entrefaites, récitérent des phrases de chant, comme dans le premier acte ; les autres lignes se déplacèrent successivement et de la même manière, jusqu’à ce que celle qui étoit d’abord au front se trouvat la dernière , et l’évolutic x cc: tinua jusqu’à ce que la dernière ligne eût repris sa première place. Ils exécutèrent une danse qui commença d’abord d’une manière assez froide , mais qui s’anima bientôt; et après avoir chanté environ dix minutes, tous les acteurs se divisérent en deux groupes; ils s’éloignèrent un peu; ils se rapprochèrent ensuite, et ils dessinèrent une figure circulaire qui termina le ballet : on emporta les tambours, et les musiciens quittèrent la scène.

» La seconde danse n’avoit que deux tambours , et le chœur n’étoit composé que de quarante musiciens. Les danseurs , ou plutôt les acteurs, formoient deux rangs: je comptai dix-sept personnes dans le plus,avancé , et cing dans l’autre. Feenou étoit à leur têtc , c'est-à-dire, qu'il occupoit le milieu de la première ligne, place d'honneur en ces occasions, Ils dansérent ct ils récitéreut des

animérent outre des ntôt après, ensemble, amations.

es, ils revils conti- > ligne des s angles de ront, elle faites, réle premier ivement et i étoit d'a ution Con ris sa precommenga qui s’anima nutes, tous t ils s’eloiet ils desballet : on hittcrent la

urs, et le ciens. Les eux rangs:

vance , et st-a-dire , ace d’honitérent des

phrases de chant l’espace d’environ une demi-heure,

quelques fois sur un mouvement vif, et d’autres fois sur

un mouvement plus tranquille , mais toujours avec une

précision extrême : on eût dit que l’âme d’un seul homme

animoit tous ces corps, et novs fimes frappés de la

justesse des pas et des voix. Vers la fin du ballet, la se-

conde ligne se partagea, et eile vint prendre la place de

la première, qui, après quelques évolutions, se retrouva

dans la position où elle étoit en arrivant sur la scène.

Lorsque ce ballet fut terminé , les musiciens et les tambours disparurent comme à la fin de l’autre danse.

» Nous vimes arriver trois tambours portés chacun par deux ou trois hommes, et soixante-dix musiciens s’assirent sur la scène pour former le chœur d’une troisième danse. Celle-ci nous présenta deux lignes de seize personnes , c'est-à-dire, trente-deux acteurs en tout: le jeune Toobou, qui avoit un vêtement couvert de plumes rouges, et qui se trouvoit richement paré aux yeux des spectateprs, étoit à leur tête. Ils dansèrent et chantèrent; ils agitèrent le pagge comme les premiers; mais leur jeu, en général , fut beaucoup plus animé , et l’assemblée fut si contente, qu’elle ne cessa de les applaudir ; elle parut sur-tout enchantée, lorsqu'ils laissoient pendre le pagge devant eux, et qu’ils détournoient la tête, ainsi qu'on la détourne quand on éprouve un sentiment de honte. La ligne du derrière se divisa, et vint occuper la place de l’autre , comme dans les deux premières dansesg mais ils reprirent bientôt leur ancienne place: ils formèrent trois lignes ; ils se retirèreht aux deux coins de la scène, et ils laissérent vide la plus grande partie du théâtre, Deux hommes entrèrent alors brusquement,

» et se livrérent un combat simulé avec les massues qu'ils » emploient dans les batailles : ils les balancèrent d’abord » de différentes maniéres; ils firent ensuite le moulinet » avec beaucoup de force et de rapidité, et ils déployérent » tant dadresse , que quoiqu’ils fussent trés-prés, ils nese » touchérent jamais. Ils ne montrérent pas moins de dex- » térité en transportant leurs massues d’une main à l’autre : » les deux champions, après avoir continué quelque temps » ces exercices, s'agenouillérent et prirent de nouvelles » attitudes : ils jetérent, par exemple, leurs massues en » l'air, et ils les ressaisirent au moment où elles tomboient. » Ils s’en allérent aussi brusquement qu'ils étoient venus. » Ils avoient la tête couverte d’une étoffe blanche, qui

essemb oit à un bonnet de nuit, et qui étoit serrée sur

: front par une guirlande de feuillage : afin d’être plus » au frais et moins embarrassés, ils se tronvoient nus » d’ailleurs, sil’on excepte un pagne léger qui ‘environnoit » leur ceinture. Un homme qui portoit une pique, et qui » étoit vêtu comme ces deux derniers, entra sur la scène » d’une manière aussi brusque ; il regarda autour de lui » d’un air effaré, comme s’il eùt cherché son ennemi à » Tun des coins de ‘a scène, et il prit une attitude mena- » çante : on eût dit qu'il vouloit transpercer l’un des spec- » tateurs; ses genoux un peu pliés trembloient sous lui, + et il paroissoit écumant de rage. Après avoir gardé cette » position quelques secondes , il passa à l'autre coin du » théâtre ; il s’y tint dans la même attitude le même espace » de temps, et sa sortie fut aussi brusque que gon entrée. » Durant cet intervalle, les danseurs qui s’étoient divisés » en deux groupes, récitérent avec lenteur des phrases » de chant; ils s'avancérent; ils se réunirent, et ils termi-

ssues qu'ils ent d’abord e moulinet léployérent 3s, ils nese ins de dexin à l’autre :

que temps e nouvelles massues en tomboient.

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lanche , qui t serrée sur d’être plus voient nus environnoit ique, et qui sur la scène tour de lui ennemi à tude menan des spect sous lui, gardé cette re coin du eme espace gon entrée.

lent divisés es phrases t ils termi-

es >

nérent le ballet au milieu des acclamations publiques. Si l'on juge de cette danse par le rang des acteurs, ce fut le plus pompeux de tous leurs spectacles ; Futtafaihe , frère de Poulaho, frappoit sur l’un des tambours; Feenou frappoit sur un autre, et Mareewagee frappoit , à l'entrée de sa hutte, sur un troisième qui ne faisoit point partie de lorchestre.

» Nous n’étions pas à la fin des danses : on en prépara bjentôt une nouvelle, dont quarante musiciens et deux tambours devoient former l'orchestre : celle-ci fut composée de soixante hommes, qui n’avoient point encore paru, et qui se rangèrent sur trois lignes, la première ayant vingt-quatre acteurs. Avant de commencer, ils jouèrent un prologue assez long, dans lequel toute la troupe répondoit de temps-ensemps à l'un des Naturels qui discouroit : ils récitérent alternativement avec:le chœur des phrases de chant (peut-être des vers); ils agitérent rapidement le pagge d’un grand nombre de manières , et l'assemblée cria de toutes parts: Mareeai, Fyfogge ! mots d’éloges qui expriment des nuances diverses. Ils se divisèrent en deux groupes qui se tournoient le dos; ils se retournérert ensuite, et Jes deux groupes ,changérent de place et reprirent bientôt leur première position, comme dans les autres danses. Ils se divisérent et se retirèrent sur les coins de ta scène pour laisser le champ libre à deux athlètes qui exécutérent un combat simuléde massues: ces deux champions furent bientôt remplacés par deux autres; sur ces entrefaites, les danseurs récitèrent des phrases de chant lentemente alternativement aveclechœur; ils revinrent ensuite sur le devant dela scène, et ilsterminérent le ballet.

» Ces danses, si toutefois on peut les appeler de ce nom, durérent depuis onze jusqu’a prés de trois heures. Les Chefs de l'Isle vouloient surement nous donner une fête, ou nous montrer leur dextérité dans les exercices du corps. Une multitude d’Insulaires assistérent à ces jeux, et l'inégalité du terrain rendit trés-difficile Pévaluation du nombre des spectateurs ; cependant nous comptämes le premier cercle, et remarquant qu'ils étoient rangés , en quelques endroits, sur vingt ou trente de hauteur ; nous supposämes qu’il y avoit près de quatre mille personnes. La foule qui environnoit notre marché , ou qui rodoit autour de notre tente, étoit au-moins aussi nombreuse, et nous calculâmes qu'il se trouvoit alors dix ou douze mille Insulaires dans notre voisinage, c'est à-dire , dans l’espace d’un mille de tour. La plupart y étoient venus par curiosité.

» Nous regrettâmes beaucoup de ne pas entendre les paroles de leurs ballets ; nous aurions surement recueilli des observations précieuses sur l'esprit et les coutumes de ces peuplades. L'assemblée ne manquoit point d’applaudir à la pantomime des acteurs et des danseurs, lorsqu'elle étoit juste et précise ; mais il faut remarquer qu’elle paroissoit surtout extrêmement sensible aux paroles. Au reste, la variété des mouvemens, leur justesse et leur étendue,rendirent la pantomime seule, ou le jeu des acteurs , bien digne de notre attention. Les dessins qu'a fait M. Webber des jeux de ÆZapace, sont applicables à ceux que nous vimes ici, et ils acheveront d’indiquer l’ordre et la position des danseurs et des acteurs ; toutefvis le crayon du dessinateur, ou la plume de I’écrivain, n’exprimeront jamais complétement des gestes

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» ou des attitudes sans nombre, aussi remarquables par

l'aisance et la grâce que par leur variété.

» Le soir, on nous donna le spectacle d'un Bomai, c’est-à-dire, qu’on exécuta les danses de nuit devant la maison occupée alors par Feenou. Elles durèrent environ trois heures; durant cet intervalle, nous vimes douze danses , qui ressemblérent beaucoup à celles de Hapaee. Il y en eut deux d’exécutées par des femmes’; et, au milieu de celles-ci, nous vimes arriver une troupe d'hommes, qui formérent un cercle en-dedans de celui des danseuses. Vingt-quatre hommes, qui en exécutérent une troisième, firent, avec leurs maius, une multitude de mouvemens très-applaudis, que nous n'avions pas encore vus. L’orchestre se renouvela une fois. Feenou parut sur la scène, à la tête de cinquante Insulaires qui avoient joué à Hapaee : il étoit magnifiquement habillé ; de la toile et une longue pièce de gaze composoient son vêtement, et il portoit de petites figures suspendues à son cou. A la fin des jeux , nous nous aperçûmes que nous avions exposéles Insulaires, ou plutôt qu’ils s’étoient exposés eux-mêmes à de grands embarras; car, se trouvant rassemblés en foule sur cette partie de l'Isle, ils furent obligés de passer la nuit sous des buissons, ou au pied d’un arbre. Plusieurs couchèrent en plein air , ce dont ils ne se soucient point du tout, ou ils se promenérent jusqu’à la pointe du jour ».

La fête se passa avec plus d'ordre que ne le promet-

toit une si grande assemblée. Il devoit y avoir des hommes mal intentionnés dans une-foule si nombreuse; et, en effet, nous en rencontrames bientôt. Notre vigilance et nos soins ne les empéchèrent pas de nous piller detoutes parts,

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