‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme] (volume 2)Chapitre 76 sur 82 · —— CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

—— CHAPITRE VIII

Les Naturels dépouillent quelques-uns de nos Officiers. Description d’une péche des habitans du pays. Visite à Poulaho. Description d’un Fiatooka. Observations sur la vie privée de Poulaho. Cérémonie funebre, De la plante appelée Kava, et de la liqueur qu’en tirent les Insulaires. Description de la petite Isle d’Onevy. L’un des Habitans est blessé par une Sentinelle. MM. King et Anderson vont voir le frère du Roi. Accueil qu’ils reçoivent. Autre cérémonie funèbre. Remarques sur les districts qu’ils traversérent- Nous nous préparons à remettre à la voile, Eclipse de Soleil observée d’une manière imparfaite, Remarques de M. Anderson sur l'Isle et sur ses productions.

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Come il n’y avoit plus de fête à espérer de notre côté ou de celui des Chefs , et que la populace avoit satisfait sa curiosité , elle nous quitta en grande partie le lendemain du Haiva de Poulaho : cependant des voleurs rodoient en-

core autour de nous, et, encouragés par la négligence

de nos gens, ils nous déroboient sans cesse quelque chose. ; ,

Des Officiers des deux vaisseaux, qui avoient fait une course dans l'intérieur de l'Isle, sans ma permission, et même sans que je le susse, revinrent le soir après une absence de deux jours; ils étoient partis avec leurs fusils ,

avec des cartouches et avec des marchandises du goût du pays ; et les Naturels eurent l'adresse de les dépouiller complétement durant cette expédition : il manqua d’en résulter des suites fâcheuses ; car, dès que nos voyageurs furent de retour, ils se plaignirent au Roi, par l’entremise d'Omaï, du traitement qu’ils avoient reçu. Poulaho ignorant mes intentions , et d’après ce qui étoit arrivé, craignant que je ne l'arrétasse de nouveau, s’éloigna le lendemain de trés-bonne heure; Feenou suivit cet exemple’, et il ne resta pas dans notre voisinage un Chef revêtu de quelque autorité. J'en fus trés-faché, et je témoignai à Omai mon mécontentement de ce qu'il s’étoit mêlé d’une pareille affaire. Ma réprimande lui inspira le désir de ramener Feenou; il eut soin de l’assurer que je n’emploierois pas la force pour obliger les Insulaires à rendre ce qu'ils avoient pris à nos Messieurs, et sa négociation eut du succès. Feenou, comptant sur cette parole, reparut le soir; nous Je recûmes bien , et Poulaho revint aussi le jour suivant. Ces deux Chefs me firent observer, avec raison, qu’il fal- Joit les avertir lorsque les équipages voudroient aller dans l'intérieur du pays; ils ajoutèrent qu’en pareil cas ils nous donneroient des guides et une escorte , et qu'ils se trouveroient responsables de notre süreté. Je crois qu'avec cette précaution, un voyageur et ses richesses sont aussi en sûreté à Tongutaboo que dans les pays du monde les mieux policés. Je ne me donnai aucun soin pour obtenir la restitution des choses qu’on avoit prises à nos Officiers; cependant Feenou fit tout rendre, excepté un fusil et un petit nombre d'articles d'une moindre valeur. Nous avions recouvré à cette époque, les coqs d’Inde et la plupart des instrumens qu'on avoit dérobés à nos ouvriers.

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DE CNOR. (1777) 335

Le 25, deux canots, que ; avois envoyés à la découverte du canal le plus propre à regagner la haute mer, revinrent. Les Masters quiles commandoient, me dirent que le canal au Nord, par lequel nous étions venus, étoit extrêmement dangereux, qu’il se trouvoit rempli de rochers de corail d’un bord à l’autre ; mais qu'il y ef avoit un très-bon à l'Est, resserré eependant par de petites Isles dans un de ses points, et que nous aurions besoin d’un vent très-favorable , c’est-à-dire , d’un vent d'Ouest, qui ne souffloit pas souvent sur ce parage. Les deux bâtimens étoient approvisionnés de bois et d’eau; nos voiles se trouvoient réparées et nous ne devions plus guères espérer de vivres des habitans; mais comme il devoit y avoir une éclipse le 5 du mois suivant, je résolus de l’observer , s’il étoit possible, et de différer l'appareillage jusqu’aprés cette époque.

J'eus ainsi quelques jours de loisir, et le 26, dès le grand matin , je m'embarquai sur un canot avec Poulaho et quelques personnes de mes vaisseaux, pour Mooa , village ou le Roi ct d'autres Chefs font leur résidence orditiaire. Nous rencontraines sur notre route quatorze pirogues qui péche. t ensemble dans le golfe; le fils de Poulaho étoit sur une de ces embarcations, dont Chacune portoit une espèce “de verveux ou filet triangulaire, qui étoit étendu entre deux bâtons, et qui offroit à l'extrémité inféricure un sac pour recevoir et arrêter le poisson. Elles avoient déjà pris de trés-beaux mallets, et elles nous en donnèrent environ une douzaine. Je fus curieux de voir quelle est la manière de pêcher des Naturels , et on me le montra tout de suite. Ils

environnent d’un long filet , pareil a notre seine, un basfond où ils croient que la pêche sera heureuse; les pêcheurs se mettent alors dans l'eau, et ils plongent, daus la seine,

les verveux dont je parlois tout-à-lheure, ou bien ils y prennent les poissons au moment où ils s’échappent : le bas-fond qu'ils enveloppérent de leur seine ne contenant point de poisson, afin de nous mieux instruire des détails de l'opération (qui paroit sûre), ils y jetérent une partie de ceux qu'ils avoient deja pris.

Nous quittames le fils de Poulaho et les pêcheurs, et quand nous fûmes au fond de la baie, nous débarquâmes à l'endroit où nous étions descendus lorsque nous fimes une course inutile pour voir Mareewagee. Dès que nous fumes à terre , le Roi chargea Omai de me dire que je ne devois pas avoir d'inquiétude sur le canot.ou sur les choses qui s’y trouvoient ; que les Naturels ne toucheroient à rien, Nous reconnûmes ensuite qu'il avoit eu raison de nous donner cette assurance. On nous conduisit au même instant à l’une des maispns de Poulaho, qui n’étoit pas éloignée, et près de l'édifice public ou du Madaee, dans lequel nous étions entrés quand nous allames à Mooa pour la première fois. Quoiqu’elle fut assez grande, elle sembloit destinée à l'usage particulier du Roi, et elle se trouvoit au milieu d’une plantation. Poulaho s’assit à l’une des extrémités, et les Naturels qui vinrent lut faire leur cour, s’assirent en demi-cercle à l’autre extrémité au moment où ils entrè-s rent , le Prince ordonna de préparer yn bowl de kava, et de faire cuire des ignames pour nous. Tandis qu'on exécutoit ses ordres , jallai voir, près de la maison, un fiatooka ou cimetière, qui, par son étendue et sa forme, paroissoit surpasser ceux que nous avions examinés sur les autres Isles : quelques personnes de la suite du Roi m’accompagnérent, et Omai me servoit d'interprète. On me ditque le cimetière appartenoit au Roi : il étoit

bien ils y ppent : le contenant des détails ane partie

cheurs, et arquâmes ous fimes que nous que je ne les choses ent à riens de nous me jnstant éloignée , quel nous premiere estinée à

"on exéun fiarme, pasur les du Roi erprète.

il étoit

DE COOK. (1777) 337 composé de trois maisons assez grandes, situées au sommet ou plutôt au bord d’une espèce de colline. Il y avoit à quelque distance un quatrième édifice rangé sur la même ligne que les trois premiers; le second étoit le plus considérable; il se trouvoit sur une esplanade d’environ trois pieds de hauteur , longue de vingt-quatre pas et large de vingt-huit. Les autres étoient placés sur de petits mondrains artificiels, élevés également de trois pieds; les planchers de ces édifices , ainsi que des sommets des mondrains qui les environnoient, étoient couverts de jolis cailloux mobiles ; de larges pierres plates (*) , d’un rocher de corail dur, taillées proprement , et posées de champ, dont l'une avoit douze pieds de longueur et plus de douze pouces d’épaisseur, enfermoient le tout. Ce que nous n'avions jamais vu jusqu'alors, l’un de ces édifices étoit ouvert à l'un des côtés, et il y avoit en-dedans deux bustes de bois grossièrement façonnés ; l’un près de l'entrée, et l’autre un peu plus avant dans l’intérieur. Les Naturels nous suivirent jusqu'à la porte, mais ils n’osérent pas en passer le seuil : nous leur demandames ce que signifioient ces bustes; on nous répondit qu'ils ne représentoient aucune divinité ,æt qu'ils ser-

voient à rappeler le souvenir des Chefs enterrés dans le fiatooka. Nous jugeâmes qu’ils ne construisent pas souvent des monumens pareils; car ceux-ci avoient, selon toute apparence, plusieurs générations. On nous apprit qu'on avoit enterré des morts dans chacun de ces édilices, mais rien ne l'annongoit. Nous y vimes Véperon sculpté d'une

(*) Les cimetières des Chefs des Isles Carolines sont enfermés de la même manière, Voyez les Lettres édifiantes et curieuses, Tome XV, p. 309.

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