‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 10 sur 68 · EE PATTES · texte numérisé non relu

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DE COOK. (1778) 67 de douze à quinze pieds de long ;la ligne ou la corde est attachée à une extrémité, le harpon est fixé à l’autre de manière à se détacher du bâton qui flotte sur l’eau comme une bouée lorsque l'animal s’enfflit avec le harpon.

Nous ne pouyons rien dire sur la méthode qu'ils emploient pour attraper ou tuer les animaux de terre, à moins que nous ne supposions qu’ils attaquent les espèces plus petites avec leurs traits, et les ours , les loups et les renards avec leürs piques. Ils ont ,ilest vrai, plusieurs filets qui paroissent destinés à cette chasse (*); car, lorsqu'ils les apportérent à notre marché, ils tes placèrent souvent sur leurs têtes afin de nous en neiques l'usage. Ils attirent quelquefois des animaux dans le piège, en se couvrant de peaux de bêtes et en marchant à quatre pieds : ils marchent ainsi d'une manière très-agile, et ils font en même-temps du bruit et une espèce de hennissement : ils prirent plusieurs fois cette allure devant nous. Ils mettent dans ces occasicas des masques ou des têtes sculptées qui représentent les divers animaux du pays, et même de véritables têtes d'animaux desséchés.

Quant aux matériaux qui composent leurs divers ouvrages , il faut observer que toutes leurs cordes sont des lanières de peau et de nerfs, ou cette écorce d'arbre avec laquelle ils fabriquent leurs manteaux. Nous vimes souvent des nerfs d’une si grande longueur, qu'ils sembloient ne pouvoir venir.que de la baleine. Les os dont ils font quelques-unes de leurs armes , les instrumens dont ils se

(*) Les Kamë$tchadales se servent de filets pour prendre la loutre de mer lorsque cet animal est sur la côte Voyez les nouvelles Découvertes des Russes, par M. Coxe, p.13 de l'original.

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servent pour battre l'écorce, les pointes de leurs piques et les barbes de leurs ete, doivent être aussi des os de baleines.

Il faut peut-être attribdét à leurs outils de fer la dextérité avec laquelle ils travaillent le bois : ils ne paroissent pas en employer d’autres, du-moins nous n'avons vu parmi eux qu’un ciseau d'os. Il'est assez vraisemblable qu’ils ont imaginé la plupart de leurs méthodes expéditives depuis qu’ils ont acquis la connoissance de ce métal, dont ils se servent aujourd’hui, toutes les fois qu'ils veulent façonner du bois. Nous ne nous sommes pas aperçus qu'ils donnent à ce fer d'autre forme que celle du ciseau et du couteau. Leur ciseau est un long morceau de fer ph, adapté à ua manche de bois. Une pierre leur tient lieu de maillet , et une peau de poisson de polissoir. J’ai vu quelques-uns de ces ciseaux de huit ou dix pouces de longueur, et de trois ou quatre de large; mais en général, ils étoient plus, petits. La longueur de leurs couteaux varie; il y en a de très-grands, qui ont des tranchans recourbés, et qui ressemblent un peu à nos serpes, mais le taillant est sur la partie convexe. La plupart de ceux que nous rencontrâmes étoient à-peu-près de la largeur et de l'épaisseur du cercle de fer qui environne les barriques ; et la singularité de leur forme annonce qu'ils ne sont pas de fabrique européenne. Il est vraisemblable qu’on les a faits sur le modèle des premiers instrumens de pierre ou d'os dont ils se servoient jadis. Ils aiguisent ces outils de fer sur une ardoise grossière , et ils ont soin de les tenir toujours fort luisans. ;

Le fer, qu'ils appellent seekemaile (nom qu'ils donnent aussi à l'étain et à tous les métaux blancs ), étant très-com-

mun , nous ne manquâmes pas de rechercher comment ils ont pu se procurer une chose aussi utile. Ils nous prouvérent , dès les premiers momens de notre arrivée , qu'ils étoient habitués à une sorte de trafic et qu'ils aimoient à faire des échanges : nous nous aperçûmes bientôt qu’ils ne devoient pas cette connoissance à une entrevue passagère avec des étrangers; que c’étoit parmi eux un usage constant; que cet usage leur plaisoit beaucoup; et qu'ils savoient fort bien tirer parti de ce qu'ils vouloient nous vendre; mais je n'ai pu savoir précisément avec qui ils font ce petit commerce. Quoique nous ayons trouvé parmi eux des choses qui étoient sûrement de fabrique eurnpéenne , ou du-moins qui venoient d’un peuple civilisé, du fer et du cuivre , par exemple; il paroît qu'ils ne les ont pas reçus immédiatement des Européens ou des nations civilisées établies en d’autres parties de l'Amérique; car ils ne nous donnérent lieu de croire en aucune manière qu'ils eussent vu des bâtimens pareils aux nôtres, ou qu'ils eussent commercé avec des équipages aussi nombreux et aussi bien approvisionnés. Une multitude de raisons semblent même démontrer le contraire : dès qu’ils nous virent parmi eux, ils s'empressérent de nous demander par signe si nous voulions nous établir dans leur pays et si nous avions des intentions amicales : ils nous avertirent en même-temps qu'ils nous fourniroient généreusement de l’eau et du bois, d’où il résulte qu'ils regardoient cette partie de l'Amérique comme leur propriété et qu'ils ne nous redoutoient point. Ces questions ne seroient pas naturelles si des vaisseaux eussent abordé avant nous ici, et si après avoir fait des échanges avec les Sauvages et avoir embarqué un supplément de bois et d’eau, ils étoient par«

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tis ; dans ce cas, les Naturels devoient compter que nous ferions la même chose.Ilest vraiqu’ilsne montrèrent aucune surprise à l'aspect de nos vaisseaux; mais ainsi que je l'ai faitobserver, on peut attribuer cette indifférence à leur paresse naturelle et à leur défant de curiosité. L'explosion d’un fusil ne leur causoit pas même de tressaillement. Un jour cependant qu'ils essayoient de nous faire comprendre que leurs traits et leurs piques ne percoient pas les vètemens de peaux dont ils se couvrent quelquefois, un de nos Messieurs . ayant percé avec une balle une de ces cuirasses qui contenoit six doubles, un si grand prodige leur causaune extrême émotion, et ils nous prouvérent clairement qu'ilsne connoissoient pas l'effet des armes à feu. Cette vérité nous fut confirmée souvent par la suité, lorsque nous les habituâmnes dansleur village et en d’autres endroits à se servir du fusil pour tuer des oiseaux ; notre méthode les confondoit, et à la manière dont ils nous écoutèrent quand nous leur expliquâmes l'usage de la poudre et du plomb, il nous fut démontré qu’ils n’avoient jamais rien vu de pareil.

Au moment où j'étois parti d'Angleterre, on avoit reçu à Londres quelques détails d'un voyage fait par les Esganols sur cette côte de l'Amérique en 1774 ou 1775 ; mais ce que j’ai dit plus haut prouve assez qu’ils n’abordérent pas à Nootka (*) ; d’ailleurs le fer y étoit trop com-

(*) Nous savons aujourd’hui que la conjecture du Capitaine Cook étoit bien fondée. 11 paroît, par le Journal du Voyage des Espagnols, qu'ils ne communiquérent avec les Naturels de cette partie de la côte d'Amérique, qu’en trois endroits, à 41 degrés 7 minutes , à 47 degrés 21 minutes, et à 57 degrés 18 minutes de latitude. Ainsi, ils n’abordérent pas à moins de 2 degrés de Nootka, et il est très-vaisemblable que les habitans de cette

Entrée n’avoient jamais entendu parler des vaisseaux espagnols.

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mun ; un trop grand nombre de Sauvages en possédoient

des morceaux; les gens du pays savoient trop bien l'em-

ployer pour croire qu’ils avoient acquis cette richesse et

ces connoissances à une époque si récente, ou même pour

imaginer qu'il leur étoit venu plus anciennement d'un seul

vaisseau. Comme ils en font un usage universel , on peut supposer sans doute qu'ils le tirent d’une source constante et habituelle par la voie des échanges, et que ce com-

merce est établi dès long-temps parmi eux ; car ils se ser vent de leurs outils et de leurs instrumens avec toute la dextérité que peut donner une longue habitude. S'il faut dire quel est le plus vraisemblable des moyens qui peuvent leur procurer du fer, je pense que c’est en formant des échanges avec d’autres Tribus d'Amérique qui ont une communication immédiate avec les établissemens européens du Nouveau-Monde, ou qui les reçoivent par le canal de plusieurs Nations intermédiaires. Cette observation est applicable aussi à l’airain et au cuivre que nous avons trouvés parmi eux.

Il n’est peut-être pas aisé de savoir si ce métal vient de la baie de Hudson et du Canada, et si les Naturels de Noo- #ka le reçoivent des Sauvages d'Amérique qui commercent avec nos Négocians, et quile versent ensuite parmi les diverses Tribus répandues sur le Continent dn Nouveau-Monde, ou s’il arrive de la même manière des parties Nord-Ouest du Mexique; au reste, il semble qu’on y apporte non-seulement cette matière brute, mais encore travaillée. Les ornemens d’airain en particulier dont ils décorent leur nez, sont si proprement faits, qu'ils ne semblent pas en état de les fabriquer. La matière qui les compose a sûrement été élabo-

rée par des Européens; car on n’a rencontré aucune Tribu

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Amérique qui sût préparer l’airain ; néanmoins on arencontréassez communément du cuivre parmi elles,et ce métal est si malléable, qu'elles lui donnoient toute sorte de formes et qu’elles n'ignoroient point l’art de le polir. Si nos Négocians à la baie d'Audson et au Canada n'emploient was ces articles dans leur commerce avec les Naturels du pays, les Sauvages de Nootka doivent les avoir tirés du Mexique, d'où venoient sans doute les deux cuillers d’atgent que nous trouvâmes. Il est probable toutefois que l'Espagne ne s'occupe pas du commerce avec assez d’activité et qu'elle n’a pas formé des liaisons assez étendues avec les peuplades établies au nord du Mexique pour leur fournir une quantité de fer telle, qu'outre leur consommation habituelle ; elles puissent en envoyer une por-

tion si considérable aux habitans de Noorka (*),. Onimagine bien que nous n’avons | à acquérir beaucoup de lumières sur les institutions politiques. et religieuses des Sauvages de Noozka. Nous avons remarqué des espèces de Chefs distingués par le nom ou le titre de Acweek , auxquels les autres babitans du pays sont su-

(*) Ilest très-probable que les deux cuillers d'argent trouvées par M. Cook à ÆVootka , venoient des Espagnols établis au Sud de cette partie de la côte d’Amérique ; mais il paroît qu’on est bien fondé à croire que les habitans de l’Entrée dont il est ici question tirent leurs provisions de fer d’une autre partie du Nouveau- Monde. On observera qu’en 1775, les Espagnols trouvèrent au Puerto de la Trinidad, par 41 degrés 7 minutes de latitude, des traits garnis d’une pointe de cuivre ou de fer, qu'ils jugérent être venus du Nord. M. Daines Barrington dit, dans une note sur cette partie du Journal espagnol, p. 20: « J’imagincrois que le cuivre

» et le fer dont on parle ici venoient originairement de nos forts » de la baie d'Hudson »,

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