‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 25 sur 68 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite de la reconnoissance de le côte d'Amérique. Cap Elisabeth. Cap Saint-Hermogènes. La relation du voyage de Behring est très-défectieuse. Pornte : Banks. Cap Douglass. Cap Bede. Mont Säint-Augustin. Espoir de trouver un passage dans une Entrée que nous découvrons. Les vaigseaux remontent cette Entrée. Indices sûrs que c’est une rivière. Elle esi appelée Rivière Cook. Les vaisseaux la redescendent. Nous recevons différentes visites des N::turels. Le lieutenant King débarque et prend possession du Pays. Ce qu’il nous dit à son retour. La Résolution échoue sur un bas-fond. Réflexions sur La Rivière de Cook. Causes des marées considérables qu'on y éprouve.

Le nisanmmmmamaamumas

Lonsque j'eus quitté l'Ensrée d: Prince Guillaume , je gouvernai au Sud-Ouest à l'aide d’une jolie brise du Nord-Nord-Est. Il survint à quatre heures du matin un calme qui fut suivi bientôt après d’une brise du Sud-Ouest : comme le vent fraichit et tourna au Nord-Oncsi, nous continuâmes à nous étendre au Sud-Ouest, et nous dépassâmes un promontoire élevé situé par 59 degrés 10 minutes de latitude et 207 degrés 45 minutes de longitude. 11 fut découvert le jour de l'anniversaire de la naissance de la Princesse Elisabeth, et je hui ai donné le nom de Cap

| Elisabeth. Nous n'apercevions point de terre par-delà,

== ensorle que nous espérämes un moment que c'étoit lextrémité occidentale du Nouveau-Monde ; mais nous netar-

dâmes pas à reconnoître notre méprise, car de nouvelles

côtes s’offrirent à nos regards dans l’Ouest-Sud-Ouest,

ique. Le: vent, qui étoit devenu très-impétueux, nous porta | ll ation assez loin de la côte. 11 diminua dans l'après-midi du 22, | 'ointe * et nous nous rapprochâmes du Cap Elisabeth, qui, le | \ugus lendemain à midi, nous restoit à l'Ouest à dix lieues de | ntrée À distange. Nous découvrimes en même-temps au Sud #7 on. di degrés Ouest, une nouvelle côte qui nous parut joindre LA . le Cap Elisabeth à la terre que nous avions vue à l'Ouest. s Nc= Le vent souffloit toujours de la partie de l'Ouest, et je d pos- marchai au Sud jusqu'à midi du lendemain ; nous étions : retour. alors à trois lieues de la côte que nous avions découverte Jexions de 22 : elle formoit ici une pointe qui nous restoit à l'Ouest onsidé- Nord-Ouest. Nous aperçümes une plus grande étendue de terre qui se prolongeoit au Sud jusqu’au Sud-Sud-Est. Cette partie de la côte se trouvoit à la distance de 12 à 15 lieues. é On y voyoit une chaîne de montagnes couvertes de neige, qui s'étendoient au Nord-Ouest par-delà la première | Ilaume ; terre, que nous prittes pour une Isle parce qu'elle étoit brise du couverte d'une quantité pèu considérable de neige. La aatin un rointe dont je viens-de. parler est par 58 degrés 15 mi- «Ouest : vies de latitude et 207 degrés 42 minutes de longitude, i, nous &t ce que je puis recueillir de la relation du voyage de s dépas- Behr'ng, et de la carte qui l'accompagne dans l'édition às 10 mi- angloise (*), me persuade que ce doit être le Cap Saintpngitude. (*) Le Capitaine Cook veut parler ici de l'ouvrage de Muller, sance de dont on avoit publié une traduction à Londres, ; quelque temps \ de Cap ” avant son départ,

Hermogènes de ce navigateur. Mais les détails relatifs à son voyage sont si ébrégés: et la carte est d’une si grande inexactitude , qu'il est à peire possible, d'après le journal ou d’après la carte, ou d'après la comparaison de l’un et de l'autre, de trouver tous les endroits vus par ce navigateur ou aucun de ceux où il a touché. S'il me falloit donner mon opinion sur la route de Behring, je supposerois qu’il rencontra le Contifent d'Amérique près du mont Beau- Temps ÿ mais je ne suis point du toui sûr que la baie à laquelle ÿ j'ai donné son nom soit celle où il mouilla, et je ne ss vas sûr non plus que la montagne appelée par moi 4. Elie, soit la montagne très-sensible qu'il a appelée dû même nom. Quant à son Cap SAME, j'ignore absolument où l’on doit le placer.

Au côté Nord-Est du Cap Saërt-Hermogènes, la côte tournoit vers le Nord-Ouest, et paroissoit entièrement détachée de la terre que nous avions vue la veille. La carte citée ci-dessus, présente un espace où l’on suppose. que Behring n’aperçut point de terre. Cette lacune est favorable aux observations plus récentes publiées par M. Staehlin, qui prend pour un-groupe d'Isles le Cap Saint-2..rmogènes, et toutes les côtESs que Behring découvrit au Sud, et qui place Saint-Hermogènes parmi celles qui sont dénuées de bois. Ce que nous vimes sembloit confirmer cette opinion, et tout nous donna l'espoir de trouver ici un passage au Nord , sans être obligés de nous porter plus loin au Sud- Ouest.

De légers souffles de veft et des calmes nous retinrent par le travers du Cap jusqu’à deux Meures du matin du jour suivant ; il s'éleva alors une brise du Nord-Est : noùs gou-

vernûmes au Nord-Nord-Ouest le long de la côte, et nous

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DE COOK. (1778) 133 recounümes bientôt que la terre du Cap Saine Hermogènes est une Isle d'environ six lieues de circonférence, séparée de la côte adjacente par un canal d’une lieue de largeur. Où rencontre à une lieue et demie au Nord de cette Isle, des rochers qui sont au-dessus de l'eau sur la bande Nord- Est, desquels la sonde rapportuit de trente à vingt brasses.

À midi, l'Isle Safnt-Hermogènes nous restoit au Sud ua demi-rumb-Esi, à huit lieues, et la terre qui git au Nord-Ouest se prolongeoit du Sud un demi-rumb-Ouest presque jusqu'à l'Ouest. Elle étoit terminée dans cette dernière direction par une pointe basse éloignée alors de cinq lieues , que j'appelai Pointe Banks. La Résolution se @wouvoit par 58e 41° de latitude et 207° 444 de longitude. Nous apercevions dans le Nord-Ouest un demirumb-Nord la terre que nous supposions réunir le Cap: Elisabeth avec cette côte Sud-Ouest. Je gouvernai directement sur elle, et à mesure que nous en approchâmes, je reconnus que c’étoit up groupe de hauts Isles et derochers complètement séparés de toute autre terre. Comme elles offroient une surface très-nue, je les ai appelées Zsles stériles ; elles gissent par 59° de latitude et à-peu-près sur la même ligne de longitude que le Cap Elisabeth et la Pointe Banks; elles sont distantes de trois lieues du Cap Elisabeth et de cinq de la Pointe Banks.

Je me nroposois de traverser lun des “canaux qui les séparent ; mais ayant rencontré un Courant fort, qui nous étoit défavorable, j'arrivai vent arrière , et je passai sous le vent de toutes ces terres. Le ciel, qui avoit été brumeux toute la journée, s’éclaircit sur le soif ,,et nous aperçûmes un promontoire trè-$levé, dont le sommet , qui formoit

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deux montagnes extrêmement hautes, se montroit audessus des nuages. J'ai appelé ce promontoire Cap Douglass, en honneur de mon digne ami le Docteur Douglass, Chanoine de Windsor. Il est situé par 58° 56/ de latitude et 2060 10” de longitude, à dix lieues dans l'Ouest des Zsles stériles , et au Nord-Ouest-quart-Ouest un demi-rumb-Ouest de la Pointe Bank.

Entre cette pointe et le Cap Douglass, la côte sembloit former une baie large et profonde , à laquelle j'ai donné le nom de Baie de la fumée , à cause de la fumée que nous vimes sur la Poënte Banks. |

Le 26, au point du jour, nous nous trouvâmes au Nord des Zsles stériles, et nous découvrimes de nouvelles côtes qui se prolongeoient du Cap Douglass au Nord ; elles formoient une chaîne de montagnes d’une grande hauteur; j'ai appelé Mont Sairt-Augustin l'une de ces montagnes,

. beaucoup plus sensible que les autres. L'aspect de ces

côtes ne nous découragea pas; car nous supposâmes qu'elles r’étoient pis jointes à la terre du Cap ÆZisabetk : en effet, dans la direction du Nord-Nord-Est, l'horizon seul bornoit notre vue. Nous crûmes aussi qu’il y avoit un passage au Nord-Ouest , entre le Cap Douglass et le Mont Saënt-Augustin ; en un mot, nous nous imaginâmes que la terre que nous avions à bas-bord étoit composée d’un groupe d'Isles séparées par autant de canaux, chacun desquels nous pourrions trayerser , selon la direction du vent. D’après ce flatteur espoir, nous suivimes le vent qui souffloit bon frais du Nord-Nord-Est , et nous marchâmes au Nord-Ouest jusqu'à huit heures. À cette époque , nous reconnümes clairement que les terres que nous avions piises pour des Jsles, étoient des sommets de montagnes

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réunies dans tous les points par des terrains plus bas, que l'épaisseur de l'horizon nous avoit empêchés de voir lorsque nous en étions à une plus grande distance. Nous y apercevions de la neige depuis le sommet des hauteuts jusqu’au rivage , et tout annonçoit d’ailleurs qu’elles faisoient partie du Continent d'Amérique. Je fus alors pleinement convaincu que cette Entrée ne m'offriroit point de passage , et si j'y continuai mes recherches, ce fut plutôt pour satisfaire mes Officiers que pour éclaircir mes dontes.

Le Mont Saint-Augustin se montroit dans le Nord-40° Ouest , à trois ou quatre lieues. Cette montagne est de forme conique et d'une hauteur considérable; mais il reste à savoir si c'est uné Isle, ou si elle fait partie du Continent, Voyant que je ne gagnois rien à marcher à l'Ouest, je revirai vent devant , et je gouvernai sur le Cap Ælisa- Beth , que nous atteignimes à cinq heures et demie, du soir. Au côté septentrional du Cap Elisabeth , entre ce Cap et un promontoire élevé , que j'ai nommé le Cap Bede (*), on trouve une baie, au fond de laquelle il sembloit y avoir deux havres bien fermés. Nous y pénétrâmes aisément, et nous aurions pu y mouiller par vingttrois brasses ; mais comme je n’avois pas le projet de jeter l'ancre, nous revirâmes de bord, et nous mar-

chämes à l'Ouest, à l'aide d'un vent du Nord qui souffloit

avec force, et qui étoit accompagné de pluie et d’un ciel très-brumeux. | | $

Le vent diminua ke lendemain au matin; mais la pluie et la brume continuërent jusqu'à trois heures du soir que

(*) C’est de notre Calendrier que le Capitaine Cook a tiré ce nom et celui de Cap Saint- Augustin,

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le temps s'éclaircit : le Cap Douglass nous restoit au Sud- Ouest-quart-Ouest; nous avions à l'Ouest un deini-rumb- Sud le Mont Saint-Angustin , et au Sud 15° Est, à cinq lieues , le Cap Bede. Dans cette position, la sonde rapportoit quarante brasses, fond de roche. Du Cap Bede,

‘la côte couroit NordEst-quart- -Est ; elle offroit, dans l'in-

térieur des terres , une chaîne de montagnes qui se prolongeoit vers le même point. Elle étoit boisée, et elle sembloit ne pas manqüer de havres ; mais ce qui ne favorisoit pas béaucoup nos espérances , noys aperçümes au milieu de l'Enérée , une terre basse qui se prolongeoit du Nord-Nord-Est au NordEst-quart-Est un demi-rumb- Est toutefois, comme nous supposâmes qu’elle formoit une Isle, cette découverte ne nous affligea point. 11 survint une brise légère du Sud, et je gouvernai à l'Ouest de cette basbe terre, où rien ne paroissoit devoir nous arrêter. La sonde rapporta durant la nuit, de trente à vingt-cinq brasses.

Nous avions très- -peu de vent le 28 au matin. Je naperçus que 4 Résolution dérivoit au Sud , et afin d’arréter la dérive, je laissäi tomber une petite düére de toue, garnie d’une hansière de huit pouces ; tandis qu'on serroit

Je cable, l'hansière rompit, et nous la perdimes ainsi que

Fancre. Je fis jeter tout de suite une des ancres de poste, et nous employâmes vainement la plus grande partie de la journée à relever l’hansière et la petite ancre de toue. Not latitude observée fut de 57° 51’; laterre basse dont j'ai parlé plus haut se prolongeoit du Nord-Est au Sud 75e Est ; et la partie la plus voisine de nous en étoit éloignée de deux lieues. La terre de la côte Ouest se montroit à environ sept lieues, et elle çouroit du Sud 35° Ouest

DE COOK. (1778) 137 au Nord 5° Est, en sorte que l'étendue de l’Entrée étoit alors réduite à trois aires et demi de vent, c’est-à-dire, depuis le Nord un demi-rumb-Est jusqu'au Nord - Est : on n’apercevyoit pas de terre entre ces deux points. Nous

‘éprouvâmes ici une marée très-forte qui portoit au Sud

en-dehors de l'Entrée ; c'étoit le moment du reflux; il faisoit de trois à quatre nœuds par heure, et la mer fut basse à dix heures. La marée entraina hors de l'Entrée une quantité considérable d'algues marines et de bois flottant. L'eau étoit devenue épaisse comme celle desrivières ; mais ce qui nous excita à continuer notre route, nous la trouvâmes, à la mer basse, aüssi salée que l'Océan. La vitesse du flot fut de trois nœuds, et le courant remonta jusqu'à quatre heures du soir,

Comme nous fûmes en calme toute la journée, je ne quittai le rouillage qu’à huit heures du soir. À cette époque, nous appargillämes à l'aide d’une brise légère de l'Est, et nous marchâmes au Nord en remontant l’Eztrée. Nous étions sous voile depuis peu de temps, lorsque le vent passa aù Nord ; il devint impétueux, et il souffla en rafales accompagnées de pluie. Sa violence toutefois ne nous empêcba pas décontinuer notre route aussi long-

temps que dura le flot, c’est-à-dire , jusqu’à près cinq

heures du matin du jour suivant. La sonde rapportoit de trente-cinq à vingt-quatre brasses. Nous jetâmes l’ancre sur cette dernière profondeur , à environ deux lieues de la côte orientale , par 60° 8’ de latitude; une terre basse, située au-dessous de la côte occidentale, et que nous . primes pour une Jsle , se prolongeoit du Nord un demirumb-Ouest au Nord-Ouest-quart-Nord , à la distance de trois ou quatre lieues.

Le temps nous étoit devenu beau et le ciel assez clair ; en sorte que nous pouvions apercevoir toutes les terres qui se trouvoient sur l’horizon : nous ne découvrimes, au Nord-Nord-Est , ni terres ni obstacles qui pussent arrêter notre progrès ; mais il y avoit, de tous côtés, une chaîne de montagnes qui s'élevoient l'une derrière l’autre, sans la moindre séparation. Je jugeai que la mer est basse près de la côte , à environ dix heures; mais que l'Ebbe dure jusqu'à près de midi: sa vitesseétoit de quatre nœuds et demi. Tandis que nous fûmes à l'ancre , il retomba de dix pieds trois pouces, et il y a lieu de croire que sa chüte est quelquefois plus considérable. Nous apercümes deux colonnes de fumée sur la côte orientale, indice sûr qu’elle étoit habitée.

Nous mîmes à la voile à une heure de l'après-midi, et nous cratinuames à marcher sous les basses voiles et les huniers auxquels on avoit pris deux ris ; nous avions un vent très-fort du Nord-Nord-Est , qui venoit presque directement du haut de l'Ensrée. Nous nous étendimes vers la côte occidentale ; ét nous arrivâmes à deux lieues de l'extrémité méridionale de la basse terre ou de l'Isle que j'ai indiquée plus haut : je songeoïs à me réfugier au-dessous, jusqu'à ce que le vent se Calmât; mais la sonde, qui avoit d'abord rapporté plus de 4o brasses , étant tombée brusquement à 12, et un banc de sable paroissant sortir de la basse terre et s'offrir sur notre route, je virai vent devant, je repassai à l'Est, et je moüillai sur la: côte orientale, par 19 brasses, fond de petits cailloux.

Nous appareillâmes de nouveau entra une, et deux heures du matin du 30, au commencement du flot ; le vent s'étoit calmé, mais il étoit toujours contraire , en sorte que nous allämes au plus près, jusqu'à environ 7 heures.

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deux le vent sorte deures.

DE COOK (1778) 139 La marée finissant à cette époque, nous mouillâmes par 19 brasses au-dessous de la même côte que la dernière fois. La partie Nord-Ouest de cette côte, qui formoit une pointe renflée, nous restoit au Nord 20° Est à deux lieues; nous avions au Nord 36° Ouest, une pointe de la côte opposée, qui paroissoit à-peu-près de la même hauteur , et notre latitude observée étoit de 60° 37’,

Vers midi, il nous arriva deux pirogues qui portoient chacune un homme; elles venoient des environs du détroit où nous avions vu de la fumée la veille ; elles farent obligées de ramer avec vigueur pour surmonter la force de la maréc;et les Sauvages hésitèrent un peu avant de s’approcher de la hanche de mon vaisseau ; mais ils se rendirent enfiu à nos invitations. L'un d’eux parla beaucoup : il perdit son éloquence; car nous ne comprimés pas un mot de son discours. Il montroit la côte tandis qu'il nous harangua , et nous jugeâmes qu'il nous engageoit@ y descendre. Ils acceptèrent quelques bagatelles que je leur jetai du haut des écoutilles. Ils ressembloient, à tous égards, à la peuplade que nous avions trouvée à l'Envrée du Prince Guillaume ; 11s étoient vêtus de la même manière, et les pirogues étoient aussi de la même construction. L'un d'eux avoit le visage peint en noir , et il sembloit manquer de barbe ; mais le second , plus âgé, n’avoit point de peinture sur le.corps4 il portoit une barbe très-fournie, et les traits de son visage ressembloient à ceux du bas-peuple de l'Entrée du Prince Guillaume. Nous aperçûmes, dans le cours de la journée , de la fumée sur les terrains bas de la côte occidentale ; d'où l’on peut inférer que ces

terrains bas et les Isles sont les seules parties habitées.

Nous remimes à la voile au retour du flot, et les pi-

rogues nous quittérent, Je marchai vers la côte occidentale, à l'aide d'un vent frais du Nord-Nord-Est, et nous atteignimes le dessous de la pointe dont j'ai parlé. Cette pointe , et l’autre qui se trouve sur la pointe opposée, réduisoient à quatre lieues la largeur dû canal. La marée avoit une vitesse et une force prodigieuse; elle étoit effrayante pour nous qui ne savions pas si l'agitation de l'eau étoit occasionnée par le courant ou par le choc des vagues contre les bancs de sable ou les rochers. Comme la sonde indiquoït une profondeur assez grande, nous l’attribuâmes à la première dé ces causes; mais nous fûmes détrompés à la fin. Je longeai la côte occidentale qui me parut la plus sûre. La sonde rapportoit 13 brasses près de la côte, et elle rapporta 40 brasses et plus à deux ou trois milles au large, A huit lieures du soir, nous mouillâmes par 17 brasses, au-dessous d'une pointe qui nous r@toit au Nord-Est, à la distance de trois lieues. Nous de meurâmes à l'ancre pendant le reflux , dont la vitesse ét de près de cinqnæuds par, heure. , | Jusqu'ici nous avions trouvé le même degré de salure à la mer basse et àla mer haute ; et à ces deux époques, les vagues avoient été aussi salées que l'eau de l'Océan ; nous eùmes bientôt des indices que nous. remontions une rivière. L'eau que nous puisâmes à la fin du reflux étoit beaucoup plus douce que celle qye nous avions goûtée auparavant ; je fus convaincu que nous étions dans une grande rivière , et non pas dans un détroit qui communiquât avec les mers du Nord; mais puisque nous nous étions avancés si loin , je voulois en avoir des preuves plus décisives encore. Nous appareillâmes donc avec le flot le 31 au matin, et nous manœuvrâmes, ou plutôt

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nous fümes entraînés , car nous avions très-peu de vent. A huit heures, nous reçümes la visite de plusieurs Naturels du pays, qui montoient une grande pirogue et d'autres plus petites. Les petites embarcations ne portoient qu une seule personne, et quelques-unes avoient une pagaie à deux pelles commecelles des Esquimaux. La grande piroguetoit montée par des hommes, des femmes et des enfans. Avant d'atteindre mon vaisseau, les Sauvages arborèrent une robe de fourrure sur une longue perche, et nous jugeâmes qu'ils vouloient nous annoncer leurs dispositions pacifiques. Ils nous donnèrent cette robe en retour des bagatelles qu’ils reçurent de moi. Leur figure, leur vêtement, leur parure et leurs canots ressembloient en tout à la figure, au vêtement, à la parure et aux canots des Naturels del’Entrée du Prince Guillaume; seulementleurs petites pirogues avôient moins d'étendue et elles ne contenoient qu'un homme. Nous achetämes des habits composés de fourrures de loutres de mer, de martes, de lièvres et d’autres animaux ; un petit nombre de leurs dards etun peu de saumon et de plie. Nous les payâmes avec de vieux habits , des grains de verre et des morceaux de fer. Nous reconnûmes qu’ils possédoient des couteaux de fer et des grains de verre bleu de ciel pareils à ceux que nous avions trouvés parmi les habitans de l'Éntrée du Prince Guil- Jaune. Ils paroissoient mettre beaucoup de prix à leurs grains de verre, et ils furenttrès-s2.isfaits de ceux que nou$ leur donnâmes ; mais ils nous demandèrent sur-tout de gros morceaux de fer, métal qu'ils sembloient appeler da nom de goone ; au reste, le même mot paroît avoir beau coup d’acceptions dans leur langue, comme chez leurs voisins de l'Entrée du Prince Guillaume. Il est évident

142 TROISIÈME VOYACE

que l’idiôme est le même dans les deux Entrées; car cette

nouvelle peuplade employoit fréquemment les termes de

Keeta, de naëma , de oonaka, et un petit nombre d'au-

tres que nous avions entendus fréquemment à à l'Entrée du

Prince Guillaume. Après avoir passé environ deux

heures entre /a Résolution et la Découverte , ils se retirèrent sur la côte occidentale.

Nous mouillämes à neuf heures par 16brasses, à environ deux lieues de la côte Ouest, et nous nous aperçûmes que le jusant avoit dejà commencé : sa vitesse, au moment de sa plus grande force , n’étoit que de trois nœuds par heure, et tandis que nous étions à l'ancre, la marée tomba de 26 pieds. Un brouillard, accompagné tour-à-tour d’une pluie très-fine et d’éclaircies, obscurcissoit l'atmosphère; durant les éclaircies, nous vimes entre les montagnes sur la côte Est, une ouverture qui nous restoit à LEst et des terrains bas que nous primes pour des Isles situées entre l’endroît que nous occupions et le Continent. Nous découvrions aussi au Nord des terrains bas, lesquels sembloient se prolonger du pied des montagnes qui gissent d’un côté, à celles des montagnes qui se trouvent de l’autre; et àla mer basse, nous dinentaée de larges bancs de sable qui s’étendoient depuis ce terrain bas, et dont quelques-uns n’étoient pas fort éloignés de nous. D'après ces observations, nous ne pimes deviner si l'Zntrée prenoi une direction orientale à trawgrs l'ouverture dont j'ai parlé, ou si cette ouverture étoit seulement un bras de l’Entrée, et si le grand canal continuoit sa direction au Nord, au milieu des terrains bas que nous apercevions alors. La suite et la direction dela chaîne de montagnes qui se présentoient de chaque côté, reudoicut très-vraisemblable la dernière supposition.

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Vaulant déterminer ce point , et examiner les bancs de sable, je détachai deux canots sous le commandement du Master, et dès que le flot eut cessé, je suivis avec les vaisseaux ; mais comme nous avions un Calme plat et une marée forte, je mouillai après avoir dérivé d'environ dix milles dans la partie de PEst. Dans les derniers momens du reflux, nous avions trouvé l’eau parfaitement douce à la surface des vagues, et jusqu’à environ un pied de profondeur. Nous avions eu d’ailleurs beaucoup d’autres preuves trop évidentes que nous étions dans une grande rivière , telles que l’abaissement des côtes, une eau trèsépaisse et très-vaseuse, de grands arbres, des saletés et des ordures de toute espèce qui montoient et qui redescendoient avec la marée. L’après-midi, les Naturels revinrent sur plusieurs pirogues, et ils trafiquérent avec nos geus, sans nous donner lieu de les accuser de friponnerie. Le JMaster fut de retour à deux heures du matin du jour suivant ; il me dit qu’il avoit trouvé l'Entrée ou plutôt la rivière réduite à une lieue de largeur, par des terrains bas qui l’environnoient de chaque côté, et à travers lesquels elle couloit au Nord; qu'il l’avoit remontée l’espace de rois lieues dans cette partie resserrée, et qu’elle étoit navigable pour les plus gros vaisseaux, puisque la sonde y rapportoit de 20 à 17 brasses; que la moindre sonde prise à une distonce convenaule de la côte et des bancs de sable avoit été de 10 brasses ; qu'il avoit eu cette sonde avant d'atteindre la partie reMirée ; que durant le reflux, ou tant que le courant avoit redescendu, l’eau avoit été parfaitement douce, mais qu’au retour du flot elle étoit devenue saumâtre, et qu’elle l’avoit été extrêmement à l’époque de la mer haute, même au dernier point où il

s'arrêta. 11 débarqua sur une Isle qui git entre ce bras et le bras oriental, et il y aperçut des groseilliers dont le fruit étoit déjà formé, et d'autres arbres ou arbrisseaux chargés de baies, qui lui étoient fnconnus. Le sol lui parut être de l'argile mélée de sable. Il remarqua qu'enviren trois lieues au-delà du point où il s’arrêta,ou au Nord de ce point, il y avoit une autre séparation dans la chaîne orientale des montagnes à travers lesquelles il supposoit que la rivière prend une direction Nord-Est; mais je jugeai plus vraisemblable que c’étoit seulement un autre bras, et que le grand canal gardoit sa direction Nord entre les deux rangées ou chaines de montagnes dont j'ai fait mention. Il reconnut que ces deux chaînes se rapprochoient davantage à mesure qu'elles s’étendoient au Nord, mais qu’elles ne paroissoient jamais se réunir. On ne découvroit pas entre elles de terrains élevés, et l’on ne voyoit que des côtes basses, en partie boisées et en partie nues. | Il ne me resta plus d'espoir de trouver un passage ici : mais comme le jusant alloit finir et que nous ne pouvions descendre contre le flot, je crus devoir profiter du retour de la marée pour examiner de plus près le bras oriental, et par-là déterminer d’une manière décisive si le terrain bas qu'on voyoit au côté Est de la rivière étoit une Isle, comme nous l’avions supposé, ou s’il faisoit partie du Continent. Nous appareillâmes dans ce dessein au premier moment du flot : nags avions une brise légère du Nord-Est, et je marchai vers la côte orientale, précédé des canots qui sondoient devant nous. La profondeur de l'eau se trouva de 12 à 5 brasses ; le fond étoit de gravier dur, quoique les vagues fussent très-vaseuses. À huit heures il s’éleva une brise fraîche de l'Est qui souffla dans une

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direction opposée à celle de notre route, en sorte que je désespérai d'atteindre avant la nier haute l'entrée de la rivière vers laquelle nous manœuvrions. Réfléchissantensuite que si les vaisseaux ne pouvoient s'y rendre, les canots pourroient y'arriver, je chargeai le Lieutenant King d'en emmenet deux, d'examiner les marées, et de faire toutes les autres observations qui pourroient nous donner des éclaircissemens sur cette rivière.

Je m’aperçus à dix heures que le jasant avoit commencé, et je mouillai par neuf brasses, fond de gravier. Voyant la marée trop forte pour que les canots pussent la

‘surmonter, je leur fis sigpal de revenit à bord; ils n’a-

voient pas encore parcouru la moitié du chemin qu'ils devoient parcourir pour gagner l'etitrée de la rivière où je

‘les envovois : cette entrée nous restoit au Sud 800 Est ,

à la distance de trois lieues. La principale information que nous procurale Lieutenant King, fut quetout le terrain bas que nous avions pris pour une Isle ou pour un groupe d’Isles, est une suite du Continent, qui se prolonge des bords de la grande rivière jusqu’au pied des montagnes auxquelles i'est joint, et qu'il se termine à l'entrée méridionale de ce bras oriental, que je distinguerai par le nom de rivière Turnagain (du retour ). Le terrain'bas recommence au côté Nord de cette rivière, et il se.prolonge du pied des montagnes au bord de la grande rivière; en sorte que devant la rivière du Retour il forme uné large baie au côté méridional de laquelle” nous étions alors mouillés et où la sonde avoit rapporté de 12 à 5 brasses, depuis Le milieu du flot jusqu’au temps de la mer haute.

Lorsque nous eùmes atteint la baie, le: flot portoit.avec force dans la rivière du Retour, et le jusant eut une

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