‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 26 sur 68 · Tome III · texte numérisé non relu

Tome III

force plus grande encore. La mer tomba de 20 pieds tardis. que nous étions à l'ancre. Ges observations me convainquirent que je ne devois pas plus compter sur un passage par cette rivière que par le grand bras. Mais durant le reflux, l’eau, quoique bien plus douce, ayant toujours un degré considérable de salure, il y a lieu de supposer que ces deux bras sont navigables pour des vais- Seaux beaucoup plus loin que nous ne les avions remontés, et que la rivière et ses divers bras offrent les moyens d’une communication très-étendue dans l'intérieur des terres. Nous l'avons reconnue jusqu'à 610 30’ de latitude et à 210° de longitude, c'est-jdire, i jusqu'à plus de 30 lieues de son. atrée, sans rien Voir qui indiquâf sa source, Si la découverte de cette grande rivière(*), qui semble devoir le disputer à ceux des fleuves qui procurent la na: vigation la plus étendue dans l'intérieur des terres, devient utile au siècle présent ou aux âges futurs, il faudra moins regretter le temps qu’elle nous a coûté. Lune nous; qui avions en vue de plus grands objets, le délai qu’elle occasionna fut une perte essentielle; l'été s’avançoit à grands pas; nous.ne savions pas combien nous aurions de chemin à faire an Sud pour suivre la direction de la côte, et nous étions alors convaincus que le Continent de l'Amérique Septentrionale se prolonge à l'Ouest beaucoup plus loin que re sembloient l'indiquer les cartes modernes les plus estimées, L'out cela diminuoit la probabilité de l'existence d'un passage dans la baie de Ba/ffn ou dans.la baie

(*} Le Capitaïñe Cook ayant laïssé en blanc , ‘dans son manuscrit, le rom de cette rivière, Mylord Sandwich a sert avec raison de l'appéler la Rivièré de Cook.

DE COOK. (1778) 147 de Æudson , ou prouvoit du-moins qu'il étoit d'une plus grande étendue. J’eus cependant du plaisir à songer que si je n'avois pas examiné en détail cette Enrrée considée rable , les Écrivains- qui font de:la Gévgraphie dans leur cabinet, auroient établi comme une :vérité qu'elle com: munique au Septentrion-ayec la Mer du Nord, ou à l'Est avec la baie de Baffn ou celle de Æudson, et qu'on l’auroit peut-être un jour marquée'sur les cartes avec plus de précision et des indices plus sèrs, que les détroits de Fucæ etde Fonte, qui sont invisibles, parce qu'il sont imaginaires.

L'aprèfimidi, je renvoyai M. King avec deux canots armés ; je lui-ordonnai de débarquer à/la pointe scptentriouale-des terrains bas qui se trouvent au côté Sud-Est de la rivière d'y arborer notre pavillon, d'y prendre possession de la rivière et du pays ah nom du Roi, d'y enterrer unebouteille'conténant quelques pièces de monnoie d’A4gleterre frappées en 1772, et d'un! papier où seroient écrits les nonis de nos vaisseaux et l'époque de notre découverte. Sur ces entrefaites, Za Résolution\et la Découverte mirent à la voile pour” redescendre la rivière. Le vent souffloit toujours grand frais de la partie de l'Est; mais il survint un calme peu de temps après que nous * eûmes appareillé, etile flot nous ayant surpris en travers

de la pointe où M.King débarqua, et que j'ai appelée Pointe! Possession, nous fûmes obligés dé mbuiflér par six brasses , la‘ pointe dont je viens. de parket ioùs restant au Sud à deux milles. wide

M. King me:dit à son retour, qu'au sin AL ap-

procha dela côte, vingt Naturels du pays se montrèrent

en étendant les és: vraisemblablement afin d'annoncer

leurs dispositions ptéifiqhes, etde prouver qu'ilsétoient sans 10 *

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‘armes. Îls parurent très-alarmés de voir des fusils entre

les mäins de ses gens, et ils l'engagèrent par les signes les plus énergiques à quitter cette armz. M. King y ayant consenti, on lui permit ainsi qu'à ses camarades de marcher vers les Sauvages , qui étoient d’un caractère gai et sociable, Ils avoient quelques pièces de saumon frais et plusieurs chiens. M. Law, chirurgien de /a Découverte, qui acheta un de cesanimaux, le mena au rivage, et il le tua d'un coup de fusil à la vue des Naturels. Cet effet semblales surprendre beaucoup, et comme s'ils ne s'étoient pas crus en sûreté avec des hommes si redoutables, ils s'en allèrent ; mais on découvrit bientôt leurs piques et d’autres armes cachées près d’eux dans les buissons. M: King m'infofma d'ailleurs que le terrain étoit marécageux et le sol maigre, léger et noir ; qu'il produisoit un petit nombre d'arbres et d'arbrisseaux, tels que des pins, des aunes, des “bouleaux et des saules, des rosiers et des groseïlliers , ‘et une herbe très-petite; mais il n’aperçut pas une seule -plante en fleur. ;

Nous .levâmes l’ancre dès que la mer fut haute, et à aide d’une brise légère du Sud, je passai à la côte occidentale, où le retour du flot nous obligea de mouiller le lendemain dés le grand matin. Bientôt après, plusieurs grandes pirogues et quelques petites arrivèrent : les hommes qui Jes-montoient nous vendirent d'abord des fourrures ; ils nous vendirent ensuite leurs habits, et ils se dépouillèrent de manièrequela plupart furent complétement nus. Ils nous apportérententre autres choses, un assez grand nombre de peaux de lapins blancs, de très-belles. peaux de renards rougeâtres, et seulement deuxoutrois. de loutres. Ils nous fournirent aussi du. saumou et de Ja plie, Ils donnèrent au fer la

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DT :00R. (1778) 149 préférence sur tout ce que nous leur offrimes d’üilleurs. Les ornemens deslèvres nenous parurent passi communs parmi eux qu’à l'Entrée du Prince Guillaume ; maisla cloison de leur nez étoit plus chargée de parures, et en général, ces parures du nez étoient beaucoup plus longues. Ils avoient encore une plus grande quantité de broderies blanches et rouges sur quelques parties de leurs vêtemens et sur quelques-un de leurs ouvrages, tels que leurs carquois et les étuis de leurs couteaux.

Nous appareillimes à dix beures et demie, au premier moment du reflux, et nous redescendimes la rivière à l’aide d’une jolie brise du Sud. La Résolution, trompée par l'inattegtion et la négligence de celui qui tenoit lasonide, toucha et elle s’engrava sur än banc de sable qui se trouve à-peu-près au milieu de la rivière, environ deux milles audessous-des deux pointes renflées et en saillie dont j'ai parlé plus haut. Ce banc de sable étoit sans douie la cause du clapotage très-fort ou de l'agitation du courant, que nous.. "ns observé en montant la rivière. Il n’y avoit pas moins de douze pieds d’eau autcur du bâtiment, lorsque le reflux fut à son période le plus'bas : mais les autres parties du banc étoient à sec. Dès que nous eûmes échoué, je fis signal à Za Découverte de jeter l'ancre; mais, ainsi que je l'appris ensuite, elle avoit manqué elle-même de toucher sur la partie occidentale du banc. La Résolution remit à flot à cinq heures du soir. sans avoir reçu de dommage, et sans nous donner Ja moindre peine. Nous passâmes à la côte occidentale, et dès que nous eûmes atteint une profondeur d’eau assez considérable , nous mouillèmes

pour attendre le reflux, parce que le vent étoit toujours contraire.

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Nous appareillämes à dix ‘heures du soir avec le jusant, et entre quatre et cinq heures du matin, lorsque Île reflux eut cessé, nous jetâmes l'ancre denotiveau, par 19 brasses, environ deux milles au-dessous de la pointe renflée qui est sur la côte occidentale, Un assez grand nombre de Natuxels du paÿs arrivérerit près de nous, tandis que nous occupions ce mouillage ; et-ils se tinrent à la hanche des vaisseaux toute la matinée: Léur compagnie ne nous s déplat pas; car ils nous apportèrent une quantité considérable d’un très-beau saümon, qu'ils échangèrent contre les bagatelles que nous. pouvions leur donner : ils se disposoient sans doute à le sécher, car il étoit presque tout dépecé : lesrdeux bâtimensen achetèrent plusieurs quingux.

L’après-midi les montagües furent sans nuages pour la première fois|depuis notreentrée dans la rivière, et:nous découvrines un volçan sur une de celles qui se trouvent au côté Ouest, Celle-ci gît par 60 degrés 25 minutes de latitude, et c’est la première moritagne élevée qu'on voit au Nord du mont Saint-Hngustin; Le volcan se montre sur le flanc qui estile plus près de la rivière; etil n’est pas loin du sommet. Il n’avoit rien alors de Pie. pobanf; il vomissoit seulement une fumée blanche ; mais on n’y remarquoit point de feu.

. Le vent souffloit toujours de la parie du Sud , et nous cntinuâmes à redescendré ka rivière à la févque des marées.. Nous'atteignimes le-5 ‘au matiu l’endroit où nous avions perdu notre petite ancre de toue : nous essayâmes de la relever, mais ce fut envain. Tandis que nous étions ici, six pirogues arrivèrent de la côte orientale : quelquesunes portoient un seul homme, et d’autres ‘en portoient deux. Les Sauvages se tinrent à peu de distance des vais- -

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DE COOK. (1778) 151 seaux ; ils les regardèrent au-moins une demi-heure avec un étonuement silencieux, sans nous dire un mot, et sans s'adresser une parole; ils prirent courage à la fin, et ils vinrent se rauger à la hanche de Z Résolution et de /a Découverte : ils commencèrent des échanges, et lorsqu'ils nous quittérent, ils s’étoient défait de tout ce qu’ils avoient apporté, c'est-à-dire, d'un petit nombre de fourrures et de quelques saumons. Il faut observer que tous les Naturels que nous rencontrâmes dans cette rivière, nous sem-. blèrent être de la même Nation que ceux qui habitent l'Entrée du Prince Guillaume ; que les rapports étoient on ne peut pas plus frappans ; mais quer'élativementàl'idiôme et à la figure, ils différoient essentiellement de ceux de Vootka ou de l'Entrée du Roi George : si leur langue est plus gutturale, ainsi qu’à l'Ensrée du Prince Guillaume, leurs articulations sont fortes et distinctes, et les petites phrases qu'ils emploient. paroissent être des sentences.

J'ai déjà remarqué qu’ils possèdent du fer, c’est-à-dire, qu’ils ont des couteaux de ce métal, et que les pointes de leurs piques sont aussi de la même substance. Leurs piques ressemblent à nos hallebardes; les pointes sont quelquefois de cuivre; la longueur de leurs couteaux , qu'ils placent dans des gaines, estconsidérable. Ces couteaux et un petit nombre de graius de verre, étoient les seules choses de fabrique étrangère. J'ai déjà exposé mes conjectures sur le lieu d’où ils tirent ces articles; mais s'il paroït probable qu’ils les reçoivent de ceux de leurs voisins avec lesquels les Russes peuvent avoir établi un commerce, je ne craindrai pas de dire que les Russes'n'ont jamais été parmi eux; car, s'ils étoiént connus des Russes, il y a lieu de croire que nous ne les aurions pas trouvés vêtus de

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fourrures aussi précieuses que celles de la loutre de mer.

1lest sûr qu'on peut. établir un commerce de fourrures très- avantägeux avec les habitans de cette vaste côte; ais, à moins qu'on ne trouve un passage au Nord, elle paroit trop éloignée pour que la Grende- Bretagne en tire quelque parti. Il faut cependant observer que les loutres de mer sont les fourrures les plus précieuses, ou plutôt les seules précieuses que j'aie vues sur les côtes occidentales de, l'Amérique; toutes les autres, et en particulier celles de renards et de martes, sembloient être d’une qualité inférieure. 11 faut observer aussi que la plupart des peaux que nous achetâmes étoient coupées en habits. Au reste, quelques-unes de celles-ci se trouvoient en bon état ; mais le reste étoit vieux et assez déguenillé, et dans toutes il y aveit des poux. Ces pauvres Sauvages m'employant leurs peaux qu’en habits, on ne peut supposer qu'ils se donnent la peine d’en apprêter une quantité plus considérable que celle dont ils ont besoin. Le désir de se procurer des vêtemens est peut-être la raison principale qui les détermine à tuer des quadrupèdes ; car la mer et les rivières semblent les nourrir. Il est vraisemblable que tout, ceci changeroit s'ils étoient une fois habitués à un commerce suivi. Cette com sunication augmenteroit leurs besoins.en leur faisant connoître de nouveaux objets de luxe; afin d’avoir les moyens de les acheter, ils seroient plus assidus à se procurer des fourrures dont ils s’apercevroient bientôt que le débit est assuré, et je suis persuadé qu'ils en auroient toujours une provision abondante.

On jngera, d’après ce que j'ai eu occasion de dire des marées, qu’elles sont considérables dans cette r ivière, et qu'elles contribuent beaucoup à en faciliter la navigation.

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DE COOK. (1778) 153 La mer est haute dans le courant entre deuxettroisbeures, les jours de la pleine et de la nouvelle Lune, et elle l’a de trois à quatre brasses. Il est aisé d'expliquer pourquoi le flot y est plus fort que sur les autres parties de la côte. L'’embouchure de la rivière se trouvant dans‘un coin, le flot qui vient de l'Océan est resserré par les deux côtés, et il enfle beaucoup les vagues. Pour s'en convaincre, il suffit de jeter les yeux sur la carte.

La déclinaison de l’aimant étoit de 25 degrés 40 minutes Est.

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