‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 27 sur 68 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Découvertes après notre départ de la Rivière de Cook. Isle de Saint-Hermogènes, Cap de la Pentecôte. Cap Greville. Cap Barnabas. Pointe Deux-Tètes. Esle de la Trinité. Isle Nébuleuse de Behring. Description d'un Bel oiseau. Isle Kodiak er Isles Schumagin. Un des Naturels du Pays nous apporte une lettre russe. Conjectures sur cette lettre. Pointe de Rocher. Isle Habibut (ou Isle de la Plie) : Montagne qui renferme un volcan. Nous échappons au naufrage d'une manière presque miraculeuse. Arrivée des vaisseaux à Oonalaschka. Entrevues avec les Naturels du Pays. Nous recevons une seconde lettre russe. Description du Havre de Samganoodha.

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Nous appareillâmes dés que la marée nous fut favorable, et à l’aide d’une brise légère, qui souffloit entre lOuest- Sud-Quest et le Sud-Sud-Ouest, nous redescendimes la

rivière jusqu'au moment où le flot nous obligea de mouiller de nouveau. .Enfin à une heure du matin du jour suivant, il s'éleva une brise fraîche de l'Ouest, avec laquelle nous. mimes à la voile : à huit heures nous dépassâmes les Zs/es stériles et nous marchâmes vers le Cap Saint- Hermogènes, À midi, ce Cap nous restoit au Sud-Sud-Est à huit lieues, et nous avions au Sud le passage qui se trouve entre l'Islc: de ce nom et la grande terre, Je mis le cap sur ce passage que je voulois traverser ; mais le vent nous manqua bientôt après, et nous eûmes de légers souffles de vgnt de l'Est, qui nous contrarièrent beaucoup; en sorte que je renonçai au projet de conduire les vaisseaux entre l'Isle et le Continent.

Nous aperçümes plusieurs colonnes de fumée sur la côte d'Amérique au Nord du passage; .c'étoient vfaisem-

- blablement des signaux qu'employoient les Naturels pour nous attirer dans leur pays. La terre forme ici une baie, ou peut-être un havre : et il y a une Isle de rochers basse en travers de la pointe Nord-Ouest. On voit aussi quelques autres Isles de.la roême apparence, dispersées le long de la côte, entre ce passage et la Pointe Banks.

À huit heures du soir, l'Isle Saint-Hermogènes se prolongeoit du Sud un demi-rumb-Est au Sud-Sud-Est un quart de rumb-Est, et nous avions au Sud-Est, à trois milles , les rochers qui gissent sur la bande Nord. Dans cette position, la sonde rapportoit quarante brasses fond de sable et de coquilles. Bientôt après, nous primes plusieurs plies à l'hamecon et% laligne. .

Nous avions dépassé les rochers à minuit, et nous arrivâmes vent arrière du Sud. À midi, Saint-11ermogènes nous restoit au Nord, à la distance de quatre lieues. La

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DE Cook. ‘ (1778) 155 pointe la plus méridionale de la grande terre, en-dedans ou à l'Ouest de Saint-Hermogènes, se montroit au Nord un demi-rumb-Ouest, à cinq lieues: ce promontoire, qui git par 58 degrés de latitude et 207 degrés 24 minutes de longitude, fut appelé Cap de la Pentecéte. Je donnai le nom de baie de la Pentecdte à une large baie qui se trouve à l'Ouest. La terre au côté oriental de cette baie, dont le Cap de la Pentecôte forme la pointe méridionale , et la pointe Banks la pointe septentrionale, ressemble à tous égards à l'Isle Saint-Hermogènes ; elle paroïit dénuée de bois, et on n’apercevoit point de neige en quelques endroits. Nous la supposâmes couverte d’une subtance de la nature de la mousse, qui lui donnoit une teinte brasâtre. Nous eùmes quelqtes raisons de croire que c’étoit une Isle. Si

. en effet nous ne nous trompâmes pas, la baie quej'ai indi-

quée en dernier lieu est le seul détroit ou passage qui la sépare de la grande terre. :

Eutre une et deux heures de l'iprés-midi, le vent qui avoit soufflé du Nord-Est sauta tout-à-coup au Sud. Il fut variable jusqu'a six heures qu'il se fixa au Sud, c’est-àdire dans la direction de notre route : nous fûmes obligés

d’aller à la bouline ; le ciel étoit nébuleux et l'air sec, mais

froid, Nous marchâmes au Sud jusqu'à minuit : # cette époque, nous revirèmes vent de devant, et nous portèmes sur la terre. À sept ou huit heures du matin du 8, nous en étions éloignés de quatre milles, et nous nous trouvions seulement à un+‘lemi-lieue de quelques rochers submergés qui .nous restoient à POuest-Sud-Ouest. Nous revirâmes dans cette position par 35 brasses, l'Isle Saint-Hermogènes nous restant au Nord 20. degrés À st, et la terte la jlus méridionale qui füt en vue, au Sud,

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En portant vers cette éôte , nous traversâmes l'embouchure de la Baïe de la Pentecôte, et nous vimes la terre dans toutes les parties du fond, en sorte que les côtes sont réunies , ou les pointes tombant sur la même ligne se cachent l’une et l’autre. J'adopte la première supposition, et je crois que la terre à J'Est de la baie fait partie du Continent. Îl y 2 qüelques petites Isles à l'Ouest de la baie. Le rivage ai: Sud est bas; il offre des pointes de rochers en saillie, entre lesquelles on remarque de petites baies ou des entrées. On n’apercevoit point de bois , «i il y avoit très-peu de neige sur la côte ; mais les montagnes situées à quelque distance dans l’intérieur des terres étoient entiérement couvertes de neige. Nous nous trouvions alors par 57 degrés 52 minutes et demie; le Cap Saint“ Hermogènes nous restoit au Nord 30 degrés Ouest, à huit lieues, et nou: avions au Sud-Ouest à dix lieues, la pointe la plus méridionale de la côte qui fût en vue, la même que nous avions aperçue auparavant. La terre forme ici une pointe que j'ainommée Cap Greville : il git par 57 degrés 33 minutes de latitude et 207 degrés 15 minutes de longitude ; il est éloigné du Cap Saint-Hermogènes de 15 lieues dans la direction du Sud 17 degrés Ouest. |

Les trois jours suivans le ciel fut presque constamment nébuleux ;. il tomba d’ailleurs une pluie fine, et nous pümes rarement apercevoir la côte. Le vent souffloit du Sud-Est-quart-Sud et du Sud-Sad-Est en jolie brise, et l'air étoit âpre et froid. Nous continuâmes à ranger la côte, en faisant des bordées de six ou huit lieues. La sonde rapportoit de 36 à 55 brasses, fond de gros sable noir.

Les brouillards se dissipèrent, et le vent passa au Sud-

! ble

DE COOK. (1778) 157 Ouest; le 12 au soir, nous vines la terre qui uous restoit dans l'Ouest à douze lieues. Nous portâmes wessus le lendemain dès le grand matin. À midi, nous n’en étions pas à plus de trois lieues; une gointe élevée qui gît par 57 degrés 13 minutes de latitude, et que j'ai nommée le Cap Barnabas, nous restoit au Nord-Nord-Est un demi-rumb- Est, à dix milles, et la côte se prolongeoit du Nord 42 degrés Est à l’Ouest-Sud-Ouest. L'extrémité Nord-Est étoit cachée par la brume ; mais nous apercevions une pointe au Sud-Ouest, dont le sommet élevé se terminoit en deux: collines rondes: je: l'ai appelée pour cela Pointe Deux-Tétes, Cette partie de la côte, qui offre plusieurs petites baies, est composée de hautes collines. et de-vallées profondes; et dans quelques endroits nous découvrions les Sommeis des autres collines placées sur les derrières. Celles-ci étoient peu chargées, de. neige mais elles:paroissoient très-stériles ; on n’y voyoit ni arbre ni arbrisseau, eten général, elles présentoient une teinte brunäâtre , vraisemblablement ‘par l'effet de la mousse dont elles sont couvertes. :

Je continuai à serrer le vent au Sud-Ouest-quart-Ouest, selon la direction de la côte, et à six-heures du soir nous nous trouvâmes à mi-chemin, entre le Cap Barnabas et la Pointe Deux-Tétes, à deux lieues dela côte : la sonde rapportoit 62 brasses. Dans cette position, une pointe basse se montra au Sud 69 degrés Ouest par-delà la Pointe Deux-Tétes ; et en-dehors de cette pointe, un autre terrain qui paroissoit être une Isle, nous restait an Sud 59 degrés Ouest.

Le 13, à midi, par 56 degrés 4g minutes de latitude, le Cap Barnabas nous restoit au Nord 52 degrés Est, et

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158 TROISIÈME VOYAGh

la Pointe Deux-Tétes au Nord 14 degrés Ouest à sept où huit milles ; la côte d'Amérique se prolongeoit jusqu’au Sud 72 degrés et demi Ouest , et la terre que nous avions vue le :soir de la veille-et”’q@ noùs avions prise pour une Isle, sembloit alorsen former deux. De quelque côté qu'on regardâtla Pointe Deur-Tétes, elle ressembloit à unelsle; c'est peut-être une péninsule, ou la côte forme une baie sur ses deux bandes. Le vent souffloit tonjours de la partie de l’Ouest en jolie brise ; le ciel étoit sombré et nébuleux, et l'air piquant et sec.

Nous atteignimes la terre la plus méridionale le lendemain au matin , et nous reconnümes que c’étoit une Isle : je luïai donné le nom d’Zs/e de la Trinité. Sa plus grande étendue est de six lieues dans ‘lu direction de l'Est et de

V'Ouest :’chacune dé ses extrémités est élevée et nue; elle

offre des terres bassés au milieu; en sorte qu’à une certaine distance il y a des points d’où elle ressemble à detix Îsles. Elle gît par 56 degrés 36 minutes de latitude et 205 de longitude, à deux’ou‘trois lieues du Continent. Cet espace intermédiaire est semé de petites Isles et dé rochers; mais il paroît ÿ avoir un passage assez bon et un mouillage sûr. Nous fûmes d'abord portés à croire que t'étoit l'Zs/e Nebuleuse de Bering (*}; mais comme elle se trouve si près dé la grande terre , sa position ne s'accorde pas avec la carte de ce Navigateur.

À hüit heures du soir , nous portâmes sur là térre, jusqu’au moment où nous es à une lieue des petites Islés dont je viens de parler. La partie là plus octidentale qu

(*) Tumannoi-ostroÿy ou V'Isle Nébuleuse. Müller, P 261.

DE COOK. (1778) 159 Continent qui füt alors en vue offroit une pointe basse en face de l’Zsle de la Trinité, à laquelle j'ai donné le nom de Cap de la Trinité : elle nous restoit à l'Ouest-Nord- Ouest. Après avoir reviré vent devant , par 54 brasses fond de sable noir:, nous mîmes le cap sur cette Isle, dans l'intention de traverser. l'intervalle qui la sépare de la grande terre. La terre à l'Ouest de la Pointe Deux. Tétès n’est pas aussi montueuse qu’au Nord-Est ; et on n’y voyoit pas autant de neige. Ilya cependant un assez grand nombre de collines d'une hauteur considérable ; mais elles se trouvent séparées par de vastes terrains plats, qui: paroissoïient entièrement dénués de bois et trés-stérilés.

Tandis que nous marchions vers l'Isle, nous rencontrâmes une petite pirogue montée par deux hommes qui ramoient du côté de la grande terre. Loin de: s'approcher de nous, ils:semblèrent nous fuir: Le vent commençoit alors à tourner au Sud, ét nous avions liéu de croire qu'il souffleroit bientôt du'Snd-Est; L'expérience nous ayant appris qu'un vent du Sud-Est est communément, et peutêtre toujours ; accompagné d’une brume épaisse, je n’osois me placer entre l'Isle et le Continent:, de peur que la traversée ne füt pas finieà l'entrée de’ la nuit ;:où quand le ciel s’épaissiroit , v'est:à-dire , à l'époque où nous serions obligés de mouiller ; et-de perdre aihsi l'avantage d’an vent favorable. Ces raisons me déterminèrent à m'étendre au large , etnous dépassâmes deux ou trois Iskets de rochers qui gissent près: de l'extrémité orientale de l’Zsle de la: Trinité. À quatre heures du soir, nous avions düublé l'Isle ; nous revirâmes et nous gouvernâmés à l'Ouest en inclinant up peu versle Sud, avec un vent frais du Sud-. Sud-Est ;.qui avant minuit passa au Sud-Est, et qui fut

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160 TROISIÈME VOYAGE accompagné comme à l'ordinaire d'un ciel nébuleux et pluvieux.

D'après la route que nous fimes toute la nuit, j'espérois rallier le Continent le matin ; et sans doute que nous l'aurions aperçu si le ciel eût été un peu clair; mais la brume nous empêcha de le voir. À midi, ne découvrant point de terre, et le vent augmentant , ainsi que la brume et la pluie, je mis le cap à l'Ouest-Nord-Ouest, avec toutes les voiles qui pouvoient nous conserver le vent : je sentois tout le danger de courir vent-arrière dans le voisinage d'une côte inconnue , par un vent fort et une brume épaisse ; mais il falloit absolument courir quelque danger lorsque le vent nous étoit favorable ; car nous avions remarqué qu’un ciel clair étoit ordinairement accompagné de vents de l'Ouest. À

Entre deux et trois heures du soir, nous découvrimes la terre dans le Nord-Ouest, malgré la brume : nous n’en étions plus éloignés que de trois ou quatre milles. Nous gouvernâmes tout de suite au Sud, en serrant le vent. Bientôt après, les deux basses voiles furént mises en pièces;, il fallut en enverguer de nouvelles, et d’autres parties de: notre voilure, furent très-endommagées. À neuf heures le vent diminua, le ciel s’éclaircit ét nous revimes la côte qui se prolongeoit de l'Ouest-quart-Sud-Ouest au Nord- Ouest. à la distance de quatre:ou cinq lieues. La sonde MAppOTIs 100 brasses fond de vase. La brume ne tarda pas à revenir, et durant toute là nuit nous. ne découvrimes pluslaterre. : 5: 2 Ç

La brume étant dsiqés à quatre heures du matin,nous!

reconnûmes que la terre nous environnoit presque de tous

côtés. Le Continent, ou ce que: nous primes pour le Con-

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DE COOR. (1778) 161 \inent , se prolongeoit de l'Ouest-Sud-Ouest au Nord-Estquart-Nord. Nous avions au Sud-Est un demi-rumb-Sud, à huit ou neuf lieues, une terre élevée. L’extrémité Nord- Est de la grande terre formoit la pointe que nous avions rencontrée durant la brume , et je la nommai Cap Brumeux : il gît par 560 31’ de latitude. Nous avions eu peu de vent durant toute la nuit, et il s’éleva alors une brise du Nord-Ouest. Nous en profitâmes pour marcher au Sud et reconnoître plus exactement la terre " frappoit nos

regards dans cette direction,

Nous reconnûmes à neuf heures que. c’étoit une dsle d'environ neuf lieues de tour: elle git par 56° 10’ de latitude et 202° 45’ de longitude : elle est appelée Zs/e Nébuleuse dans ma carte. J'ai lieu de croire en effet, d’après sa position, que c’est celle de Behring. En mêmetemps, trois ou quatre Îsles qui se trouvent devant une baie formée par la côte de la grande terre, nous restoient au Nord-quart-Nord-Ouest : nous avious au Nord- Ouest-quart-Ouest une pointe surmontée de trois ou quatre rochers en forme de tour, et que j'ai appelée Pointe Pinnacle ( Pointe des Tours ), et au Sud-Sud-Est, un groupe de petits Islets ou de rochers, qui gissent à environ neuf lieues de la côte.

À midi, notre latitude étoit de 560 9’, notre longitude de 201° 45’; ces rochers nous restoient au Sud 58° Est, à dix milles; Z Pointe des Tours au Nord-Nord-Ouest à sept lieues ; la partie de la grande terre la plus voisine de nous, au Nord-Ouest-quart-Ouest , à six lieues, et la terre la plus avancée au Sud-Ouest, laquelle avoit l’apparence d’une Isle à l'Ouest un peu vers le Sud. L’aprèsmidi le vent fut nul ou foible , et nous fimes peu de che-

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