‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 28 sur 68 · Tome LIL · texte numérisé non relu

Tome LIL

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min. À huit heures du soir , la côte se prolongeoit da Sud-Ouest au Nord-Nord-Est : la partie la moins éloignée se montroit à environ huit lieues.

Le 17, le vent souffla entre l'Ouest et le Nord-Ouest en jolie. brise, et de temps à autre , nous nous trouvâmes presque en calme. Le ciel étoit clair et l'air piquant et sec. À midi, le Continent s’étendoit du Sud-Ouest au Nord-

quart-Nord-Est; et la partie la plus voisine de nous se

montroit à sept lieues. Un large groupe d’Isles situées àpeu-près à la même distance de la grande terre, se proongeoit du Sud 26 degrés Ouest au Sud 52 degrés Ouest.

Nous fûmes en calme une grande partie de la journée du 18, et le cielfut clair et agréable. Nous en profitimes pour faire des observations sur la longitude et la déclinaison de l’aimant : l'aiguille aimantée déclinoit de 21 degrés 27 minutes Est. Je puis assurer qu'il y a entre l’Zs/ de la Trinité et le Cap Brumeux , une prolongation du Continent , que l'épaisseur de l'atmosphère nous empêcha de voir. Au Sud-Ouest de ce Cap, la terre relativement aux collines elles-mêmes, et à la côte qui paroissoit remplie de criques ou de petites entrées, dont aucune ne sembloit avoir une grande profondeur , est plus rompue ou plus escarpée qu'aucune des parties de l'Amérique que nous avions vues jusqu'alors. Peut-être trouverg-t-on, en

‘les examinant de plus près, que quelques-unes des pointes

en saillie qui sont entre ces petites «entrées, forment des Isles. Tous les cantons annonçoient la stérilité : on voyoit de la neige depuis le sommet des collines les plus hautes jusqu’à peu de distance de la côte de la mer. Ayant eu occasion d'envoyer un canot à bord de Za Découverte , Vun des Matelots tua un très-bel oiseau de

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DE COOK. (1778) 163 Vespèce du penguin, un peu moins gros que le canard et de couleur noire, excepté sur le devant de Ja tête qui est blanc : du Mare et du derrière de chacun des’ yeux, il s'élève une jolie crête d’un blanc jaunâtre, qui se replie en arrière comme la corne d'un bélier; le bec et les pieds sont rouges : c'est peut-être l’a/ca monochroa dit parle Steller dans l'Æistoire du Kamstchatka (+). Je crois que nous reucontränes un peu au Sud du Cap Saint-Hermggènes le premier de ces oiseaux : depuis cette époque ; nous en aperçûmes ordinairement quelques-uns tous les jours ; et de temps à autre nous-en découvrions des volées considérables. Nous vimes aussi tous les jours la plupart des oiseaux de mer qu'on trouve communément dans les mers du Nord, tels que les goëlands , les nigauds , les puffins, les coupeurs d'eau, et quelquefois des canards, des oies et des cygues. 1l se-passoit rarement vingt-quatre heures sans que des.veaux marins, desbaleines, et d’autres tétacées ne frappassent nos regards.

Il survint l’après-dinée une brise légère du Sud,qui nous permit de mettre le cap au Sud vers le canfl qui se montroit entre Jes Isles et le Continent , et le lendemain à la pointe du jour nous n’en étions pas fort éloignés. Nous trouvâmes plusieurs Îsles de hauteurs et de circonférences inégales en-dedans de celles que nous avions déjà vues; mais entre ces dernières Isles et celles que nous avions aperçues auparavant, il sembloit y avoir un canal libre sur lequel je, gouvernai; car je craignois de ranger, de trop près la bordure du Continent; j'avois peur de prendre une de ses pointes pour une Îsle , de m’engager dans une

(*)-Page 453 dela Traduction angloise.

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Entrée, et de perdre ainsi l'avantage d’un vent favorable que nous avions alors. “

Je longeai la chaîne la plus méridionale des Isles; à midi, nous étions par 55 degrés 18 minutes de latitude, et dangla partie la plus étroite du canal formé par elles, et LS elles qui gissent le long du Continent : ce canal a ici une lieue et demie ou deux lieues de largeur. L'Isle la glus considérable du groupe se montroit sur notre gauche à et selon les informations que nous reçhmes ensuite ; elle porte le nom de:Kodiak (1). Je lui ai laissé ce nom, mais je n’en ai point donné aux autres; je pense que ce sont celles que Behring a appelées Zs/es Schumagin (2), ou que les Zsles Schumagin de Bebring font partie de celles-ci ; car ce petit Archipel est assez étendu. Des Isles frappèrent nos regards dans le Sud , aussi loin qu’on peut voir une Isle : elles commencent au 200°. degré 15 minutes de longitude Est , et elles se prolongert un degré et demi ou deux degrés à l'Ouest. On ne doit pas attendre de moi de plus grands détails ; car du point où nous étions, il nous étoit imbossible de les distinguer toutes. La plupart sont ‘asséz élevées , très-escarpées et très-stériles. Elles sont remplies de rochers, de’proéminences inégales, et elles offres d’autres sites pittoresques. On y trouve plusieurs baies.et anses bien fermées ; des ruisseaux d’eau douce descendent des parties élevées : il ÿ a des bois à qui flottent autour des rivages; mais on n’aperçoit pas un'arbre ouun arbrisseau sur leur surfâce. Le plus grand nombre NE RERO MATE STONE TLC SSP LEE AS

(1) Voyez une description de Æodiak, dans le nouvel Archipel du Nord de Sthaelin, p. 30—39. TRANS

(2) Voyezles Découvertes des Russes, par Muller, p. 262297.

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DE COOK. (1778) 165 d'entre elles présentoient encore une quantité de neige assez considérable , et les parties du Continent qui se

montroient entre les Isles les plus voisines de la côte , en

étoient revètues par- -tout. :

A quatre heures du soir nous avions dépassé toutes les Isles qui paroissoient au Sud des vaisseaux. La plus méridionale nous restoit alors au Sud 3 degrés Est, et nous avions au Sud 82 degrés Ouest , la pointe de terre la plus occidentale qui fût en vue. Nous gouvernâmes sur” celte pointe, et nous traversâmes l’espace qui la sépare de deux ou trois rochers élevés ; situés à environ une lieue à l'Est, “

Peu de temps après que nous eùmes traversé ce canal où la sonde rapporta 4o brasses, 4 Découverte, éloignée de deux milles, tira trois coups de canon; elle mit en panne, et elle avoit par un signal, qu'on vouloit me parler. Je fus très-alarmé, et le passage du canal ne m'ayant fait remarquer aucun danger apparent, je craignis qu’il ne füt arrivé quelque. accident à ma Conserve , qu’elle n'eût fait une voie d'eau, par exemple. Un canot que je lui envoyai, revint bientôt avec le Capitaine Clerke. Je sus que quelques Naturels, montant érois ou quatre pirogues, étoient enfin venus à l'arrière de son vaisseau après l'avoir suivi assez long-temps. L'un d’eux ôta son chapeau, fit la révérence et plusieurs autres’signes à la manière des Européens. On lui jeta une corde à laquelle il attacha une

petite boîte, et quand il vit que l'équipage de 4 Découverte tenoit la boîte, il prononça quelques mots , qu'il accompagna de différens gestes, et il emmena les pirog ues, Les gens du Capitaine Clerke n'ayant pas imaginé que la boîte contint quelque chose, ils ne l’ouvrirent qu'après le

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départ des Naturels du pays, et encore ce fut par hasard : ils y trouvèrent nn morceau de papier , plié soigneusement, sur lequel il y avoit de l'écriture; on supposa qué cette écriture étoit en langue russe. Nous remarquames en tête une date de 1778 , et le corps du billet indiquoit Yannée 1776. Il n’y avoit à bord personne d’assez habile

. pour déchiffrer l'alphabet de l'écrivain; les chiffres arabes : qu’offroit la lettre annoncoient assez que nous avions été “précédés, dans cette partie du monde, par des hommes

qui conhoissoient les arts de l'Europe , et l'espoir de rencontrer bientôt des Négocians Russes, ne pouvoit manquer de nous faire un grand plaisir; car nous étions réduits, depuis longtemps, à la société des Sauvages de la Mer Pacifique et de l'Amérique Septentrionale.

Le Capitaine Clerke crut d’abo: | que dés Russes avoient fait nagfrage ici, et que ces malheureux, voyant passer nos vaisseaux, avoient imaginé de nous écrire pour nous instruire de leur situation. Brülant du désir de les soulager, il m'avoit averti par un signal de l'attendre, etil venoit conférér avec moi surles moyéns d'exécuter l’œuvre de bienfaisance qu'il méditoit. Je ne pensai pas, comme lai, qu'il fût question de naüfrage dans la lettre. Il me parut clair que dans ce cas, les hoinmes abandonnés sur cette Isle auroient commencé par.envoyer aux vaisseaux quelques- uns de leurs compagnons d'infortune, afin de se procurer plus sûrement des secours auxquels dé devoient méttre un si grand prix. Je jugeai que la lettre avoit été écrite par un des Négocians Russes qui avoient abordé depuis peu sur cette terre , et qu'elle renfermoit plutôt des informations pour ceux de $es compatriotes qui y viendroient ensuite ; que les Naturels du pays nous ayant

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DE COOK. (1778) 167 aperçus, et nous supposant des Russes , s’étoient décidés à l'apporter,dans l'espérance que nous nous arrêterions. Intimement convaincu que je ne me trompois pas , je ne m'arrétai point pour éclaircir ce fait ; mais je fis de la voile, et je cinglai à l'Ouest le long de la côte : je devrois peutêtre dire le long des Isles ; car j'ignore encore si la terre la plus voisine. de nous à droite, forme des Isles ou une partie du Continent. Si elle n’est pas découpée en Isles, la côte offre des baies assez étendues et assez profondes.

Nous marchämes toute la nuit, à l'aide d’une jolie brise du Nord-Est , et à deux‘heures Hé matin du j jour suivant, nous aperçümes quelques brisans en-dedans de nous, et à la distance de deux milles. Deux heures après, nous en découvrimes d’autres en avant; et il s'en offrit à nos yeux une quantité innombrable à stribord, entre nous et la terre. Afin de nous en dégager, il fallut gouverner directement au Sud. Ces brisans étoient produits par des rochers, dont quelques-uns se montroient au-dessus de l’eau. Is se prolongent à sept lieues de la terre, et ils sont trèsdangereux , sur-tout lorsque le ciel est brumeux , ce qui paroît arriver souvent sur cette côte. Nous ne fümes hors des brisans qu’à midi : notre latitude observée sé trouva alors de 54 degrés 44 minutes, et notre longitude de 198 degrés. La terre la plus voisine de nous , qui est une haute pointe rengée , à laquelle j'ai donné le nom de Pointe des Rochers , nous restoit au Nord à sept ou huit lieues ; nous avions au Nord 8o degrés Ouest, la pointe la plus occidentale de la grande terre , ou de ce que nous prenions pour la grande terre, et en-dehors une colline ronde , qui forme une Isle, et que j'ai appelée Poënte

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Halibut (de la Plie) , se montroit dans le Sud 65 degrés Ouest, à treize lieues.

Le 21 à midi, nous avions fait peu de progrès, car nous avions été retardés par les vents foibles et les calmes : la pointe de la Plie, qui git par 54 degrés 27 minutes de latitude et 197 degrés de longitude , nous restoit au Nord. 24 degrés Ouest, et l'Isle dont elle fait partie ,et que j'ai appelée Zs/e de la Plie, se prolongeoit du Nord-quart- Nord-Est au Nord-Ouest-quart-Ouest, à deux lieues. Cette Isle a sept ou huit lieues de circonférence, et excepté la pointe, le terrain est bas et fort stérile. Elle se trouve près de plusieurs autres Isles qui ont toutes la même apparence ; mais l'intervalle qui les sépare de la grande terre sembloit offrir un passage de deux ou trois lieues de largeur.

Les rochers et les brisans que j'ai ixdimmés raus forcèrent à nous tenir si loin du Continent, que nous apercevions foiblement la côte située entre la Pointe des Rochers etl'Zsle de la Plie, Nous voyions par-dessus cette Isle et celles qui lui sont adjacentes , la grande terre couverte de neige; quelques collines en particulier, dont les sommets s'élançoient au-dessus des nuages à une hauteur prodigieuse , en étoient revêtues. Nous remarquâmes que celle de ces collines qui gît le plus au Sud-Ouest, renferme un volcan d’où il sortoit sans cesse de vastes colonnes de fumée noire. Elle gît à peu de distancege la côte, par 54 degrés 48 minutes de latitude!et 195 degrés 45 minutes de longitude : elle est remarquable par sa figure, qui présente un cône parfait : le volcan est à la cime. Elle ne s’offrit . guères sans nuages à nos yeux non plus que le reste de ces montagnes, La base et le sommet se montroient nettement.

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DE COOK. (1778) 169 detemps àautre; alors un nuage étroit, et quelquefois deux ou trois placés l’un au-dessus de l'autre, enveloppoient le milieu d'une cejjure qui , jointe à la colonne de fumée élancée perp lairement de la cime et déployée par le vent en forme de queue d’une grande longueur, produisoit un coup-d'œil très-pittoresque. Il faut observer qu’à la hauteur où parvenoit la fumée de ce volcan, le vent prenoit quelquefois une direction contraire à celle qu’il avoit à la mer, même dans les temps où il touffloit pour nous avec force.

Il y eut trois heures de calme l'après-midi, et 20: gens prirent environ cent plies, dont quelques-unes pesoient plus de cent livres; les moindres en pesoient vingt. Ces rafraichissemens nous arrivoient fort à propos. L'eau avoit trente-cinq brasses de profondeur dans l’espace où nous péchâmes, c'est-à-dire, à trois ou quatre milles de la côte : une petite pirogue conduite par un homme arriva de la grande Isle près de nous. Lorsqu'il approcha de la Résolution, il ôta son chapeau et il fit une révérence de la même manière que ceux qui étoient allés à la hanche de la Découverte la veille. D’après la lettre dont j'ai parlé plus haut et d’après la politesse de ces Insulaires , il étoit évident que les Russes entretenoient des communications et un commerce avec eux ; mais nous en eûmes une nouvelle preuve : celui qui vint nous trouver ici portoit des culottes de drap vert, et, au-dessous de la souquenille ou robe de boyaux dont se revêtent les Naturels du pays, une jaquette de laine noire. Il n’avoit rien à vendre qu’une peau de renard gris, et des meubles’ou des harpons de pêche : les pointes de ces hafpons étoient d’os et proprement travaillées dans la longueur de plus d’un pied; elles étoient

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170 6 TROISIÈME VOYACE

de l'épaisseur d'une canne ordinaire et sculptées. Nons aperçümes dans son canot une vessie remplie de quelque chose que nous primes pour de l'huile ; ag il l'ouvrit, et aprés avoir rempli sa bouche de ce qu'dlontencit, il la referma.

Sa pirogue étoit de la même construction que celles que nous avions vues auparavant, mais plus petite. Il se servoit de la pagaie à double pale; les Naturels qui étoient allés à la hartche de Za Découverte s'en servoient aussi. Il ressembloit exactement par la taille et par les traits aux Sauvages que nous avions trouvés dans l’Entrée du Prince Guillaume et de la Rivière de Cook; mais son corps n'offroit aucune peinture ; sa lèvre étoit trouée dans uue direction oblique et sans ornement. Nous lui dimes quelquesuns des mots que répétèrent souvent les Américains que nous avions quittés en dernier lieu, il ne parut pas les comprendre. On doit peut-être attribuer ceci à notre mauvaise prononciation plutôt qu'à son ignorance du dialecte.

L’atmosphère fut sombre et brumeuse avec des éclaircies par intervalles jusqu’au 22. L’après-midi de ce jour le vent tourna Sud-Est, et il rendit comme à l'ordinaire le ciel épais et pluvieux. Avant que la brume survint, on n'apercevoit aucune partie du Continent, si j'en excepte le volcan et une autre montagne qui se trouve aux environs, Je continuai à gouverner à l'Ouest jusqu’à sept heures du soir : à cette époque, craignant de nous affaler sur la terre par un ciel obscur , nous serrèmes le vent au Sud jusqu’à deux heures du matin du jôur suivant , et alors nous arrivâmes de nouveau vent-arrière à l'Ouest ; le vent étoit variable et foible , et nous fimes peu de progrès jusqu’à ce

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DE GOOK. (1778) 171 qu’enfin il se fixa dans la partie de l'Ouest. Le soleil parut un moment à Cinq heures: du soir, et nous découvrimes une côte au Nord 59 degrés Ouest; elle se monttoit en petites collines qui ressembloient à des Isles.

Nous aperçümes le Continent le 24 à six heures du matin; à neuf heures, il se prolongeoit du Nord-Estquart Est au Sud-Ouest-quart-Ouest un demi-rumb- Ouest. La partie la plus voisine de nous étoit éloignée d'environ quatre lienes. Nous reconnûmes que la terre au Sud-Ouest, qui avoit frappé nos regards h veille au scir, formoit des Isles ; mais l’autre étoit une suite du Continent, et il n’ÿ avoit point d’Isles qui nous empêchassent de le voir. Le vent se trouva foible ou nul le soir, et nous fines usage de nos hameçons et de nos lignes, à environ quatre lieues de la côte, par 42 brasses; mais nous ne primes que deux ou trois petites morues.

Le lendemain au matin, nous eùmes uné brise de l'Est, et, ce qui n'étoit pas commun, elle fut accompagnée d’un ciel clair. Il en résulta pour nous une vue plus parfaite, non-seulement du volcan, mais encore des autres montagnes qui sont à l'Est et à l'Ouest, et de toute la côte de Ja grande terre qui se trouve au-dessous. La côte de la grande terre se prolongeoit du Nord-Est-quart-Nord au Nord: Ouest un demi-rumb-Ouest, où elle sembloit se terminer. Entre cette pointe ct les Isles qui gissent en-dehors, il paroissoit ÿ avoir gne large ouverture vers laquelle je gonvernai, jusqu'au moment où nous aperçûmes des terrains par-derrière. Quoique nous ne vissions pas la réunion de cette terre et du Continent, le passage dans l'ouverture devenoit très-douteux. Il étoit également douteux si la côte qui s'offroit à nos regards dans le Sud-

Ouest formoit une Isle, ou si elle faisoit partie du Continent : si elle faisoit partie du Continert, l'ouverture dévoit être une baie profonde ou une entrée de laquelle nous aurions beaucoup de peine à sortir, si nous y entrions une fois avec un vent de l'Est; et n’osant pas trop se fier aux apparences, je gouvernai au Sud. Lorsque nous fümes en-dehors de toutes les terres qui étoient en vue, je mis le cap à l'Ouest, direction dans laquelle se trouvent les Isles; car nous reconnümes que cette terre forme des Isles.

À huit heures nous en avions dépassé trois, dont chacune est d’une hauteur assez considérable : nous‘ en apercevions alors un plus grand nombre à l'Ouest, et la partie la plus méridionale de celles-ci nous restoit à lOuest-Nord-Ouest. Le ciel devint sombre l'après-midi, et enfin il se chargca de brume. Le vent étoit frais de la partie de l'Est, et je marchai au plus près vers le Sud jusqu'à la pointe du jour : à cette époque, nous reprimes notre route à l'Ouest.

Le retour du soleil nous servit peu; car le ciel étoit si épais que nous ne pouvions voir à cent verges devant nous; mais comme le vent étoit modéré, je me hasardai à continuer ma route. À quatre heures et demie, le son des brisans, qu’on entendoit à stribord, nous alarma. La sonde rapporta 28 brasses au premier jet et 25 au second. Je mis tout de suite ep panne, l'avant du vaisseau au Nord : je mouillai par cette dernière profondeur , sur un fond de sable grossier, et je fis dire à Za Découverte, qui étoit près de nous, de mouiller aussi.

La brume s'étant un peuéclaircie quelques heures après, il parut que nous avions échappé à un danger éminent,

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DE COOK. (1758) 173 Nous nous trouvâmes à trois quarts de mille de la bande Nord-Est d'une Isle qui se prolongeoit du Sud-quart-Sud- Ouest un demi-rumb-Ouest au Nord-quart-Nord-Est un demi-rumb-Est : les deux extrémités de cette Isle étoient éloignées d’une lieue. Deux rochers élevés, le premier restant au Sud.quart-Sud-Est et le second à lEst-quart- Sud-Est, se trouvoient chacun à environ une demihiene de nous, et à-peu-près à la même distance l’un de l'étre. Plusieurs brisans les environnoient. Ce fut presque un miracle d’avoir passé dans l'obscurité entre ces rochers , où je n’aurois pas o5é pénétrer par un ciel clair , et d'être arrivé ainsi à ur mouillage tel que je n'aurois pu en Choisir un meilleur.

Me voyant si près de la terre, je détachai un canot afin d'en connoître les productions. Il revint Paprès-dinée, et l'officier. qui le commandoit me dit que le sol produisoit une herbe d’une assez. belle qualité et plusieurs autres petites plantes, dont l’une, assez semblable au pourpier , étoit bonne dans la soupe ou en salade. Il n’y vit ni arbres,

arbrisseaux ; mais il trouva sur la grève un petit nombre de morceaux de bois apportés par les flots. Il jugea que la mer y est basse entre dix et onze heures, et nous nous aperçümes qu’à l'endroit où nous mouillons, le‘flot venoit de l'Est ou du Sud-Est.

Durant la nuit, le vent fut frais du Sud; mais il devint plus modéré à l'approche du matin , et la bruine se dissipa en partie. Après avoir appareillé à sept heures, nous gouygrnâmes au Nord entre l'Isle au-dessous de laquelle nous avions jeté l'ancre et une autre petite qui en est voisine. Le canal n’a pas plus d’un mille de largeur ; le vent nous manqua avant que nous l'eussions traversé, et nous

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