‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 29 sur 68 · .—. PANNE · texte numérisé non relu

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fûmes obligés de mouiller par 34 brasses. La terre nous environnoit alors de tous côtés : la portion qui se montroit au Sud se prolongeoit au Sud-Ouest, et offroit une chaîne de montagnes; mais nous ne pouvions découvrir si elle formoit une ou plusieurs Isles. Nous reconnümes ensuite qu’elle n’en forme qu’une, et qu’elle est connue sous lenom d’Oonolasha, Entre cette Isle et la terre au Nord, qui ressembloit à un groupe d'Isles, il sembloit y avoir un canal dans la direction du Nord-Ouest-quart-Nord. Nous distinguâmes plusieurs Naturels ainsi que leurs habitations, sur une pointequi est située à l'Ouest et à trois quarts de mille du vaisseau. Les sauvages remorquoient deux baleines ; nous supposämes qu’ils venoient de les tuer. Un petit nombre d’entr'eux se rendirent à bord de temps à autre, et ils échangèrent avec nous quelques bagatelles ; mais jamais ils n’y demeurèrent plus d’un quart d'heure à-la-fois. Ils paroissoient très-craintifs ettrès-réservés : nous jugeâmes cependant qu'ils avoient déjà vu des bâtimens pareils aux nôtres, et ils montrèrent un degré de pie quene connoissent pas les peuples sauvages.

À une heure de l'après-midi , nous eûmes une s brise légère du Nord-Est , et la marée nous étoit favorable; nous appareillâmes donc, et nous gouvernâmes vers le canal que j'ai indiqué plus haut. J’espérois, après l'avoir traversé, trouver la terre se prolongeant au Nord, ou dumoins rencontrer à l'Ouest un passage qui nous remettroït dans la haute mer; car nous nous croyons parmi des Îsles, et non pas dans une Entrée de la côte d'Amérique dit la suite justifia notre conjecture. Nous étions sous voile depuis peu de temps, lorsque le vent passa au Nord, ce qui nous obligea d'aller au plus près. Les sondes rapportèrent

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DE COOK. (1778) 155 de 40 à 27 brasses fond de sable et de vase. Le soir le jusant nous étant contraire ,nous jetämes l'ancre à environ trois lieues de notre dernier mouillage, le passage nous restant au Nord-Ouest.

Nous mîmes à la voile le lendemain à la pointe du jour,

à l’aide d'une brise légère du Sud qui nous porta dans le

passage; mais elle fut suivie de légers souffles de vent, qui

venoient de tous les points du compas. Coinme nous avions

pour nous un flot rapide, Z& Résolution atteignit le milieu du canal avant le retour du jusant. La Découverte ne fut pas aussi heureuse; rejetée en arrière elle tomba dans le ras de marée, et elle eut un peu de peine à s'en dégager. Dès que nous fûmes en-dedans du canal, nous reconnûmes que la terre, d’un de ses côtés, s’étendoit à l'Ouest et au Sud-Ouest, et que celle de l’autre côté se prolongeoit au Nord. Nous eümes par-la beaucoup de raisons de croire que le Continent avoit pris une nouvelle direction qui nous étoit très-favorable. Nous manquions d’eau ; je sentois que nous étions en danger de dériver dans une marée rapide, sans avoir assez de vent pour gouverner le vais: seau , et je mis le cap sur un havre qui-gît au côté Sud du passage. Mais nous fümes bientôt entraînés par-delà son travers : afin de n'être pas rejetés à l'entrée du passage, je mouillai par 28 brasses, assez près de la côte méridionale, et hors de l'atteinte de la grosse marée ; nous reconnûmes cependant que sa vitesse étoit ici de cinq mens et demi par heure.

Tandis que nous étions à d’ancre, plusieurs Naturels, dont chacun montoit une pirogüe , arrivèrent près de novs , et ils échangèrent contre du tabac un petit nombre d'instrumens de pêche. L'un d'eux, qui étoit très-jeune,

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renversa son Canot au moment où il se trouvoit à la hanche de l’un des nôtres. Nos gens le saisirent dans la mer; mais son embarcation. entraînée au gré des flots, fut recueillie par un autre Insulaire qui la ramena à la côte. Cet accident obligea le jeune homme de venir sur mon bord ; il descendit dans ma chambre dès l'instant où nous l’engageâmes à y descendre ; et il ne montra ni répugnance, ni mal-aise. 1] portoit une première robe de la forme d’une chemise, composée de larges boyaux d’un animal marin, vraisemblablement d’une baleine; et par-dessous un vêtement de la même forme, de peaux d'oiseaux, garnies de leurs plumes et cousues proprement. Le côté à plume posoit sur la chair. 11 l’avoit raccommodé ou rapetassé avec des morceaux d'étoffe de soie; et son chapeau étoit orné de deux ou trois espèces de grains de verre. Ses habits étant mouillés, je.lui en donnai d’autres dont il se revêtit avec autant d’aisance que j'aurois pu le faire. Son maintien, et celui de quelques autres de ses compatriotes , nous firent croire qu’ils connoissoient les Européens et plusieurs de nos usages. Au reste, nos vaisseaux excitoient beaucoup leur curiosité ; car ceux qui ne purent s’y rendre en pirogues, s’assemblèrent sur les collines voisines pour regarder des bâtimens aussi extraordinaires. | |

Nous appareillämes à la'mer basse , et on remorqua Zz Résolution dans le havre où nous mouillâmes , par neuf brasses, fond de sable et de vase. La Découverte y arriva bientôt après. La pinasse alla faire de l'eau , et un canot. fut envoyé à la pêche; mais nous ne primes que quatre truites et quelques autres petits poissons. Nous fümes à peine mouillés, qu’un habitant de l'Isle

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DE COOK. (1778) 177 m’apporta une seconde lettre pareille à celle qu'avoit reçue le Capitaine Clerke. Il me la phésenta, mais elle se trouva écrite en ru$se, langue qu'aucun de nous n’entendoit, Comme je l'ai déjà fait von ver. Si elle m’étoit inutile, elle pouvoit servir à d’autres , et je la rendis au porteur , que je renvoyai avec des présens ; il me fit plusieurs révérences profondes.

Me promenant le lendemain le long de la côte, je rencontrai un groupe d'Insulaires des deux sexes assis sur l'herbe ; ils faisoient un repas composé de poissons crus, qu'ils sembloient manger avec autant de plaisir que nous mangeons un turbot servi dans la sauce la plus délicate. Le soir, nous avions achevé de remplir nos futailles et terminé les observations que comportèrent le temps et la briéveté de notre mouillage: J’ai déjà parlé de la rapidité de la marée en-déhors du havre; mais elle étoit peu considérable en-dedans. La mer fut basse à midi et haute à six heures et demie du soir; les flots s’élevèrent de trois pieds quatre pouces ; mais nous eûmes .des preuves qu’ils montent quelquefois un pied de plus.

Des brumes épaisses etun vent contraire nous retinrent ici jusqu'au 2 juillet, ce qui me fouruit l'occasion de w’instruire un peu de l'état du pays, et des mœurs de ses ha bitans, On trouvera mesobservatiofis plus bas; je me contenterai de décrire ici lé‘ havre.

Il est appelé Samganoodha par les Naturels, et il git au côté septentrional d'Oonalaskka, par 53 degrés 55 minutes de latitude et 193 degrés 30 minutes de longitude, dans le détroit ou passage qui sépare cette Isle des Isles situées au Nord, par lesquelles il est à l'abri des vents de cette partie du compes. Il se prolonge au Sud-Ouest

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l'espace de près de quatre milles ; il a environ un mille de large à l'entrée ; il se rétrécit vers le fond où sa largeug n’est pas de plus d'un quart de mille , et où les vaisseaux sont bien enfermés, sur 7, 6 et 4 brasses. Il est aisé d'y

faire de l’eau ; mais on n’y rencontré pas un seul morceau de bois.

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