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Le 22, le vent souffloit de la partie du Sud : en général, le ciel fut brumeux , avec quelques éclaircies par intervalles. Il survint, à huit heures du soir, un calme qui dura jusqu'à minuit; à cette époque, nous entendimes le chot des vagues contre la grande plaine de glaces, et nous vimes. autour de nous plusieurs glaces flottantes. Il s'éleva une brise légère du Nord-Est, et l'atmosphère étant redevenue brumeuse, je gouvernai au Sud, afin de me dégager des glaces. La brume se dissipa le jour suivant, à huit heures du matin, et je mis le cap à l'Ouest : les glaces m'empéchant de porter au Nord, près de la côte, je résolus d'essayer si je ne pourrois suivre cette route, en me tenant à une certaine distance de l'Amériqre : le vent paroissoit fixé-dans la partie du Nord, et je crus cette occasion favorable à mon projet.
À mesure que nous avançâmes au Nord, la profondeur de l’eau augmenta peu-à-peu, jusqu’à vingt-huit brasses : nous n'eùmes pas de sonde plus considérable. L'air par ce vent du Nord étoit âpre , dur et froid, et il y eut touràä-tour des brumes , des éclaircies, des bouffées de neige et de pluie neigeuse ; nous renconträmes de nouveau la glace, le 26, à dix heures du matin : à midi, elle se prolongeoit du Nord- Ouest à à l'Est-quart-Nord- Est, etelle paroissoit épaisse et compacte : notre latitude observée étoit de 69° 36/ et notre longitude de 184°; je vis que s’il étoit possible de nous élever ici aa Nord, il falloit pour cela nous rapprocher de la côte.
Je continuai à gouverner à l'Ouest jusqu'a cinq heures du soir :, à cette époque , nous fûmes, en quelque sorte, enfermés par les glaces, qui paroissoient hautes et trésserrées, dans le Nord-Ouest et le Nord-Est ; il y avoit
beaucoup de masses flottantes sur les bords de la grande plaine. Les vents étoient très-foibles'; ‘mais ils se fixèrent bientôt au Sud, et’ ils devinrent frais et accompagnés d’ondées de pluie, Nous revirâmes de bord, et nous nous étendimes à l'Est, s@&l côté où la mer fût libre.
Nous revirâmes vent-devant le 27 à quatre heures du matin, et nous mimes le cap à l'Ouest. À sept heures du soir nous étions aux bords de la glace, qui se prolongeoit à l'Est-Nord-Est et à l'Ouest-Sud-Ouest , aussi loin que pouvoit s'étendre la vue. Le vent étant foible, je voulus examiner la glace de près. Je la trouvai composée de pièces flottantès de diverses grandeurs, et. tellement réunies, que je pouvais à peine percer la bordure extérieure avec un canot; elle présentoit aux vaisseaux une barrière aussi impénétrable que des rochers. Je remarquai qu’elle étoit par-tout pure et tratisparente, excepté dans la partie supérieure, qui'se trouvoit an peu poreuse. Je jugeai que:c'étoit de la ueige glavée, et'il me parut qu’elle s’étoit toute formée:à la mer : car outre qu'il est invraisemblable, ou plutôt impossible que des masses si énormes -flottent dans des rivières oùily a à peine assez d'eau pour un canot’, nous n'y aperçümes aucune-des-choses que produit la terre ; et on auroit dû y en voir; si elle s’étoit formée dans des rivières grandes ou petites. Les morceaux ‘qui compospient la‘bordure extérieure de la plaine , avoient de quarante ou cinquante verges d'étendue, à quatre ou cinq, et il me sembla que les plus considérables plongeoient dans l’eau d’au-moins trente pieds. Il est aussi peu probable qrie cette glace ‘eût'été produite en entier
dans une seule saison : je croirois plutôt que c'est le résultat d’un-grand ndmbre d’hivers. Je pensai également
que le reste de l'été ne suffiroit pas pour en fondre là dixième partie ; car le Soleil avoit déjà déployé sur elle la plus vive influence de ses. rayons. Je suis persuadé d’ailleurs que le Soleil contribue peu à la diminution de ces glaces monstrueuses : si cet astre est long-temps sur l'horizon, il ne se montre guères que quelques heures àla-fois; et souvent on ne le voit pas de plusieurs jours. C’est le vent, ou plutôt ce sont les flots excités par le vent * qui réduisent la taille de ces masses énormes, à force de les jeter les unes contre les autres, et de winer ou d’entrainer les parties qui se trouvent exposées aux chocs des vagues. Nous en eümes une preuve certaine ; car nous observâmes que la surface supérieure de beaucoup de morceaux avoit été emportée, tandis que la base ou la partie inférieure demeuroit ferme dans un espace de plusieurs brasses, autour de celle qu’on voyoit encore au-dessus de l'eau, et ressembloit exactement à un basfond qui environne un rocher élevé. Nous mesurâmes la profondeur de la mer sur un de ces morceaux, et elle fut de quinze pieds; en sorte que les vaisseaux auroient pu y passer. Si je ne l’avois pas mesuré, je n’aurois jamais imaginé qu’il y eût au-dessus du niveau des flots un poids de glace assez fort, pour tenir la partie inférieure si avant sous les vagues. Ainsi, il peut arriver qu’une saison orageuse détruise plus de glac:s que v’en forment plusieurs hivers, ce qui les empêche de trop s’accroître ; mais tous les Navigateurs qui.ont été sur les lieux, conclüront qu'il y en reste toujours un fonds en réserve, et cette vérité ne peut être contestée que par des Physicièns is arrangent des systèmes dans leur cabinet. … .
Une brume épaisse qui survint, tandis que j'étois occupé
DE COOK. (1778) C EX 4 de la reconnoissance des glaces, me fit revenir à bord beaucoup plus tôt que je ne l’aurois voulu. J'y ramenai deux chevaux marins ; nons en avions tué un plus grand nombre , mais nous n’eùmes pas le temps de les embarquer, Nous apercûmes sur toutes les glaces une multitude incroyable de ces animaux. Nous passâmes la nuit à louvoyer au milieu des glaces flottantes, et le lendemain, à neuf heures du matin, la brume s'étant dissipée en partie , les canots de /« Résolution et de /a Découverte allèrent à la chasse des chevaux de mer ; car les équipages commençoient à les trouver de leur goût et il ne nous en restoit plus. À midi, notre latitude étoit de 69° 17/ et notre longitade de 183 : l'aimant, d'après des azimuths pris le matin, déclinoit de 25° 56’ Est, et la sonde rapportoit vingt-cinq brasses. À deux heures, nous avions pris à bord la ‘quantité de chevaux marins que j'avois jugé nécessaire, et le vent fraïchissant au Sud, on remonta les canots, et nous nous étendimes au Sud-Ouest : mais ne pouvant doubler ou traverser les glaces en portant ainsi les armures, noëSs courûmes une bordée à l'Est, jusqu’à huit heures; nous reprimes ensuite notre route au Sud- Ouest ; et avant minuit la glace nous obligea de revirer de nouveau, Le vent passa au Nord-Ouest bientôt après ; il
devint très-ferme , et nous allâmes au Sud-Ouest au plu#
près.
. Le 29 au matin, la grande plaine de glace se montroit au Nord, et peu de temps après la terre nous restoit au
Sud - Ouest - quart - Ouest. Une étendue plus considérable
de terrain s’offrit bientôt à nos regards dans l'Ouest. Nous y distinguâmes deux collines qui ressembloient à des Isles ; mais ensuite toute la çôte parut réunie. À mesure que nous
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épprochämes de là terre, la profondeur de l’eau diminua très-promptement; à midi la sonde ne rapportoit que huit brasses, ét nous reviräines vent-devant : nous étions à trois milles dela côte, qui se prolongeoit du Sud 30° Est au Nord 60° Ouest, Une pointe renflée, qui est uné des collines dont je parlois toût-a-lheure, terminoit cette dernière extrémité.
Le ciel étoit très-brumeux et accompagné de pluie; mais il s'éclaircit bientôt après, sur-tout daus le. Sud, l'Ouest et le Nord. Nous prünes une vue assez exacté de la côte, qui ressemble, à tous égards, à la côte d'Amerique, sitüée en face; c’est-à-dire, que le terrain est bas près de la mer, et plus élevé dans l'iritérieur du pays, Elé se trouvoit entièrement dénuéé Jebois:ét même de neige, Mais couverte probablement d’une substance de la nature de la mousse, qui lui donnoit une teinte brunâtre. Il y a dans les terrains bas, situés entre les terrains élevés et la mer, un lac qui s'étendoit au Sud-Est, au-delà de la portée de la vue. Comme nous primes le large, la plus occidentale des deux collines que j’ai indiquéefse découvrit en travers de la pointe renflée, dans la direction du Nord- Ouest : elle paroissoit former une Isle; mais elle est neutêtre jointe à l’autre par des terrains bas que nous n’aper- «çûmes point. Si cela est, il y a une pointe divisée en déux, avec une baie dans l'intervalle. J’ai donné le nom de Cap Nord à cette pointe, qui est escarpée et remplie de rochers : elle gi à-peu-près par 680 56/ de latitude et 1800 51° de longitude. La côte qui se trouve derrière doit preüre une direction trés-occidentale ; car nous n’apercevions. point de terre au Nord, quoique l'horizon füt assez clair. Voulant voir une plus grande étendue. de la
côte à l'Ouest, nous revirâämes de nouveau , à deux heures de l'après-midi ; je pensai d'abord que nous pouvions doubler le Cap Nord: je reconnus bientôt que cela étoit impossible, et comme le vent fraîchit, qu’il survintune brume épaisse et beaucoup de neige, et que je craignis de voir les glaces dériver sur nous, j'abandonnaï le dessein que j'avois formé de marcher au plus près à l'Ouest, et je repris le large de nouveau.
La saison étoit si avancée , et l'époque où commencent les gelées s'approchoit tellement, que je ne jugeai pas prudent de faire de nouvelles tentatives pour découvrir ceite année un passage dans la Mer Atlantique. Je songeois à trouver un endroit où nous pussions faire du bois et de l’eau ; et la seule chose dont je m'occupois ke plus étoit l'emploi de mon hiver de manière à le rendre utile à la géographie et à la navigation, .et à me mettre en état de retourner au Nord l'été suivant, pour ÿ faire pes nouVeau la recherche d’un passgge.