‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 5 sur 68 · F, :3 KA · texte numérisé non relu

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DE COOK. (1778) 25 le cyprès blanc ( Cypressus Thyoides) , le pin sauvage, et deux ou trois autres espèces de pins non moins communes. Le pin du Carada et le cyprès blanc forment presque les deux tiers des arbres ; on les confond de loin, car ils offrent également des sommets épointés en aiguilles ; mais on les distingue bientôt à leur couleur, lorsqu'on en approche: le second est d’un vert beaucoup plus pâle que le premier : en général, la végétation des arbres est trés-forte, et ils sont tous d’une grande taille.

Nous rémarquâmes d’ailleurs peu de variétés dans les productions végétales ; sans doute plusieurs n’avoient pas encore de bourgeons à cette époque peu avancée du printemps. L'espace que nous examinämes fut tellement circonscrit , que quelques-unes sans doute échappèrent à nos recherches. Nous trouvâmes autour des rochers et au bord des bois, des plants de fraises, des framboisiers et deux espèces de groseilliers, qui promettoient beaucoup de fruits, un petit nombre d’aunes noires , une espèce dg laiteron, l’aparine, une renoncule qui a de très-belles fleurs cramoisies, et deux sortes d’arthericum , la première qui a une large fleur orange, et la seconde une fleur bleue ; des rosiers sauvages qui commençoient à offrir des boutons, une quantité considérable de jeunes poireaux, à feuilles triangulaires, un petit gramen, du cresson qui croit au bord.des ruisseaux, et des andromeda en abondance : l'intérieur des bois nous présenta des mousses, des fougères et deux espèces de sous-arbrisseaux. Il y a sept ou huit différentes sortes de mousses .et seulement trois ou quatre sortes de fougères: les mousses et les fougères sont en général les mêmes que celles de l'Europe et

des parties connues de l'Amérique.

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Si l'époque de notre relâche ne nous permit pas d’acquérir beaucoup de lumières sur les productions végé: tales de ce district de l'Amérique, les travaux auxquels nous fümes condamnés nous mirent dans’ Pimpossibilité de recueillir un grand nombre d'observations sur les animaux du pays .Le besoin d’eau nous ayant obligés de mouiller ici, les accidens imprévus qui nons y retinrent nous Jaissérent peu de loisir pour ces recherches : nous fûmes contraints de nous occupèr tous de la réparation des vaisseaux, qui étoit l'objet capital ; car l'été approchoit, et le succès del’expédition dépendoit de la diligence et de l’ardeur que nous mettrions dans les diverses campagnes qu'exigeoit de nous l’Amiräaté. Nous ne pûmes entreprendre aucune excüfsion sur terfe ou par eau, et comme nous étions à ancre au-dessbus d’une Isle , nous ne vimes dans les bois que deux ou trois ratons, des martres ct des écureuils. Quelques personnes de mon équipage, qui débarquèrent un jour sur le Continent , aperçurent près de la côte les traces d’un ours. Je suis donc réduit à parler des quadrupèdes , d’après les peaux que nous apportèrent les Naturels, et même elles étoient si mutiléés dans les parties qui sérvent à reconnoître les espèces, telles que les pattes, la queue’et la tête, qu'il nous fat impossible d’établir notre opinion d’une manière exacte. Au reste, les Sauvages nous en vendirent quelques-unes de si entières, ou du-moins. de si reconnoissables , qu'elles ne‘nous laissèrent aucun doute.

Îls nous offrirent sur-tout des peaux d'ours, de daims, de renards et de loups. Les premières étoient abundantes; il y en avoit peu d’un grand volume, mais elles étoient, en général, d’un noir: très-lustré, Nous aperçûmes moins

d’ac-

végés quels bilité anijouilnous mes vaiset le l'arnes rennme mes des dés de rler ent les

DE COOK. (1778) 27 de peaux de daims : celles-ci sembloient être le FaZ/ow Déer des Historiens de la Caroline, que M. Pennant croit d’une espèce différente de la nôtre, et qu’il distingue par le nom de daims de la Virginie (*). Les renards sont en grande abondance, et ils offrent bien des variétés ; plusieurs des peaux étoient absolument jaunes, et elles avoient la queue noire; d’autres étoient d’un jaune foncé ou rougeâtre, et entre-mélées de noir : nous en ‘remarquâmes quelques-unes d’un gris blanchâtre ou couleur d®& cendre, entre-mêlées aussi de noir; nos gens leur donnoient indifféremment le nom de renard ou de loup, lorsque les peaux se trouvoient si mutilées qu'on ne pouvoit pas reconnoître l'espèce d’ane manière sûre; nous nouë iprocurâmes à la fin une peau de loup qui avoit sa tête, et elle étoit grise. Jadépendamment de la martre ordinaire, cette partie de l'Amérique offre la martre de pin et une troisième qui a la robe d'un‘brun plus clair et les poils plus grossiers que les deux premières; mais elle n’est pas aussi commune, et ce n’est peut-être qu'une variété , effet de l’âge ou dune cause accidentelle quelconque. On y rencontre des hermines; mais elles sont rares et petites; la finesse de leur poil n'a rien de remarquable ; elles sont d’une blancheur parfaite, si j'en excepté un où deux pouces de l'extrémité de la queue. Les ratons et les écureuils sont de l'espèce commune; mais les derniers, un pe#plus petits que les nôtres, ont le long du dos une teinte de rouille plus foncée. | . |

Il ne nous reste aucun doute sur l'espèce des quadru-

(*) Voyez VWirginian Deer. Pennanv's Hist. Quad. Vol, Ler, N.0 46, et Arctic. Zool. N° G.

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pèdes que je viens de décrire; mais il y en a deux dont noùs ne pouvons parler avec la même certitude ; nous ne vimes que les peaux du premier, encore étoient-elles apprêtées ou tannées: elles servent d’habits aux Naturels en quelques occasions; et d’après leur grandeur et leur épaisseur, nous jugeâmes tous que c’étoient des peaux d'élans ou du mouse deer(*) ; quelques-unes cependant avoient peut-être appartenu à des buffles. Nous conjecturämes que Pautre animal ,dequel n’est point du tout rare, est une espèce de Chat sauvage ou de /yx : la longueur de la peau, non comprise la tête qui manquoit toujours, est d'environ deux pieds deux pouces ; elle est couverte d’un très-beau poil follet, ou d’une très-belle fourrure d’un brun clair ou d’un jaune blanchâtre, entre-mêélée de longs poils noirâtres sur le dos, où ils se trouvent plus courts, et d’un blanc d’argent sur les côtés, où ils ont plus de longueur; ils sont de la couleur du poil follet sur le ventre, où ils sont les plus longs; mais les poils blanchâtres ou argent dominent si souvent, que la robe entière en prend la teinte ; la queue a trois pouces et une pointe noire. Les Naturels donnent à la peau entière le nom de #anshee ; vraisemblablement ils appellent ainsi l'animal lui-même. La race des cochons, des chiens et des chèvres, ne s’est pas encore établie sur cette partie de l'Amérique; les habitans ne paroissent avoir aucune comnoissance de nos rats bruns, et lorsqu'ils en virent à bord de nos vaisseaux, ils leur donnèrent le

nom qu'ils donnent aux écureuils ; ils appeloient nos chè- |

vres Eincetla ; mais il est probable que c'eêt la dénomina-

(*) Le daim couleur de souris.

it noùs vimes rêtées elques , Nous TIOuSe re apautre ce de 1, non | deux | poil ir ou râtres blanc sont it les ent si ue a ent à ment 1OnS, > sur sent qu’ils nt le chè.

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DE COOK. (1778) 29 tion dont ils se servent pour désigner un jeune daim ou un faon.

Les baleines, les marsouins et les veaux marins furent les animaux de mer que nous aperçûmes en travers de la côte. Les derniers paroïissoient être de l'espèce commune, à en juger par les peaux que nous achetâmes; car leur couleur est argentée, jaunâtre, unie ou tachetée de noir. Le marsouin dont je parle ici est le phocena ; j'ai cru devoir rapporter la loutre de mer à cette classe, car elle vit presque toujours dans l’eau; si l’une de celles que nous vimesn’offroit pas quelque différence;il suffiroit de dire qu’elle ést très-abondante, puisqu'elle est fort bien décrite par plusieurs auteurs qui ont consulté les journaux des ex péditions faites par les Russes à l'Est du Kamstchatka. Nous doutâmes d’abord que les peaux apportées'à notre marché par les Naturels fussent de cet animal , car rien ne l'indiquoit que la grandeur, la Couleur et la finesse de la fourrure ; mais peu de temps avant notre départ, nous achetâmes un de ces animaux bien entier, qui venoit d’être tué, et M. Webber le dessina : il étoit très- “jeune, et il ne pesoit que vingt-cinq livres : il offroit un noir éclatant ou lustré ; mais la plupart des poils étant blancs à la pointe, | offrait; au premier coup-d’œil, une teinte grisâtre : la face, le col et la poitrine étoient d’un blanc jaunâtre, ou d’un brun très-clair, qui, dans la plupart des peaux, se prolongeoit sur toute la longueur du ventre : chacune de

ses mâchoires avoit six dents incisives ; deux de celles de Ja mâchoire inférieure étoient très-petites et placées endehors et à la base des deux dents du milieu. Jl paroît différer sous ces rapports des loutres de mer qu'ont rencontrées des Russes; il en différoit de plus, en ce qu'il n'avoit pas les

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orteils des pieds de derrière bordés d’une membrane. Nous crûmes remarquer plus de variétés dans la couleur des peaux que ne le disent les Écrivains qui ont décrit la loutre de mer d’après les journaux des Russes : il est sûr que ces clfangemens de couleur ont lieu aux différentes époques de la vie. Les très-jeunes avoient le poil brun et la robe peu fournie au-dessous ; mais on voyoit une quantité considérable de poils sur les individus de la taille de celui que nous achetèmes et que je viens de décrire. Lorsque les loutres ont acquis toute leur croissance, leur robe n'est plus noire; elles prennent une couleur d'un brun foncé ou de suie; mais elles ont alors une fourrure bien mieux fournie, où l'on aperçoit à peine quelques longs.poils. D'autres, que nous supposâmes plus vieilles encore, étoient couleur de châtaigne, et nous remarquâmes très-peu de peaux dont la couleur fût parfaitement jaune, La fourrure de ces animaux, ainsi que l’observent les relations des Russes , est sûrement plus douce et plus fine que celle d'aucun autre quadrupède, et la découverte de cette partie de |’ Amérique Septentrionale où Y'on rencontre un article de commerce si précieux ,.ne peut-être une chose indifférente (*).

En général, les oiseaux sont rares ,, non-seulement quant aux diverses espèces, mais quant au nombre des judividus; ceux qu'on aperçoit sont si farouches que,

(*) M. Coxe dit, d'après M. Pallas, que les Russes vendent aux Chinois, à Æ.achta, de 80 à 100 roubles , ou de 16 à 20 livres sterlings chacune, lés peaux des vicilles loutres et de celles d’un

moyen âge, Voyez les nouvelles Découvertes des Russes, pat M. Coxe,

brane.

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DE COOR. (1778) 31

selon toute apparence, les babitans du pays les a “ha sans cesse, peut-être pour les manger , et à Lu G jun s’emparer de leurs plumes, dont ils ont soin de " pi 3 J'ai remarqué, parmi les espèces qui sad has es : #, des corueilles et des corbeaux qui ressem ent en Lo

à la corncille et au corbeau d'Angleterre ; un geai ou une pie bleue; les roitêlets ordinaires, les seuls que nous ayons entendus chanter ; la grive du Canada op de pages Le une quantité d’aigles bruns, qui ont la tête et , que blanches ; quoiqu'ils paroissent sur-{ont FOR ac à , le mauvais temps les amèue dans l'Entrée, fi ils se pee chent quelquefois sur les arbres. Les gens du pays ay montrérent des portions de peaux ou des peaux entié séchées de quelques autres oiseaux, et nous y ous une petite espèce de faucon, un héron et . cyon, #0 Je martin-pécheur d'Amérique , à large crête; ÿ ju a qu f ques-uns qui, je crois, ont été oubliés dans Ke sims sur cette partie de l'Histoire Naturelle, ou du- vos qui différent beaucoup des descriptions qu #4 a pal iées. J'indiquerai d'abord deux espèces de pics; l'un, in Prège en grandeur à la grive, est noir. dans la partie PAF AUrES ila des taches blanches sur les ailes, la tête, e co et e poitrine cramoisis, et le ventre couleur d'olive et Ah d'après ce dernier caractère, on doit pie Frparies le pic à ventre jaune : l'autre, plus gros # a p à ul gant, est brun dans la partie supérieure ; 9! MA pe noires'andoyantes, excepté autour de la tête; il a ev ù : d'une teinte rougeâtre avec des taches rondes pirate i présente sur la poitrine une seule tache noire “us ÿ1 : le dessous des ailes et le dessous de + queue FN tre dessus nojrâtre, et une raig cramolsie se prolonge de

l'angle de la bouche assez avant de chaque côté du cot. J'en ai remarqué un troisième de l'espèce du pinson; celui-ci est de la grosseur d’une linotte, couleur de suie foncée et blanchâtre au-dessous; il a la tête et le cou noirs, et le bec blanc. Je ne dois pas oublier une guignette de la grosseur d'un petit pigeon, d'un brun foncé dans. la partie supérieure , et blanc au- dessous, si j'en excepte le ‘cou et la poitrine ; une large rayure blanche traverse ses aîles. 11 y a aussi des colibris qui semblent différer des nombreuses espèces déjà connues de ce joli petit animal, à moins qu'ils ne soient une variété du Trochilus colubris de Linnæus : peut-être que ceux-ci sont établis au Sud, et qu'ils se répandent au Nord à mesure que Îa saison avance; Car nous n'en aperçümes point au commencement de notre relâche, et vers le temps de notre départ les Naturels nous en RbPArtSreNe une quantité considérable. |

Les oiseaux de mer qui fréquentent les côtes, et les oiseaux de terre qui aiment à vivre sur les eaux, ne sont pas en plus grand nombre. Nous vimes des quebrantahuessos, des goëlands et dès nigauds en travers de la côte; les deux derniers fréquentent aussi l’Exrrée : ils sont de l'espèce commune, et les uigauds ne différent pas de notre Cormoran et de notre Corneille d’eau. Nous rencontrâmes deux espèces de canards sauvages; l’un noir à tête blanche, formoit des volées nombreuses; l’autre blanc, a le bec rouge, et il est plus gros que le premier. Nous remarquâmes aussi le gros /zmme ou plongeon de nos mers du Nord. Nous vimes en outre une fois ou deux des cygnes qui traversoient lprrée a au Nord; mais nous ne connoissons pas les lieux où ils se tiennent. Indépendammént de

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DE COOK. (1778) 33 la première guignette que j'ai décrite, nous en trouvâmes sur les côtes une seconde, qui est de la grandeur d’une alouétte, et qui a beaucoup d’aflinité avéc la burre (1), et un plavier qui diffère peu de notre alouette de mer commune. j

Il y a plus de poissons que d'oiseaux ; mais les espèces n'en sont pas trés-variées : diverses circonstances néanmoins donnent lieu de croire qu’elles le sont davantage à certaines saisons. Voici celles que nous trouvâmes en plus grand nombre : le hareng ordinaire, dont la longueur excède à peine sept pouces; une espèce moindre , qui est la même que l'anchois et la sardine,ymais un peu plus grosse; une brême blanche ou couleur d'argent, et une seconde d’un brun doré, qui a une multitude de rayures étroites, bleues et longitudinales. Les harengs et les sardines arrivent sans doute en vastes radeaux , et seulement à des é époques fixes, selon leur habitude reconnue. Les deux espèces de brême dont je viens de parler sont ensuite les plus abondantes, et celles qui ont pris toute leur croissance pêsent au-moins une livre. Parmi les poissons qui sont rares, jindiquerai d’abord de petits scu/pins bruns, tels que celui qu’on trouve sur la côte de Norwège; un autre d’une teinte rouge brunâtre; le poisson de gelée(2),un quatrième qui ressemble un peu au 24/7 head(3) qui a la peau dure , et qui est dénué d’écailles. Les Naturels

(1) "Je n’ai pu découvrir le nom que porte cet oiseau dans l’Or= nithologie francoise , et j’ai conservé le mot anglois.

(2) I y a dans l'original frost fish.

(3) Le mot anglois signifie téte de taureau ; mais je ne sache pas qu'il y ait un poisson de ce nom dans l’Yctyologie françoise.

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