‹ Troisième voyage de Cook, ou Voyage à l'océan Pacifique [microforme]Chapitre 6 sur 68 · Tome ZIIT · texte numérisé non relu

Tome ZIIT

nous apportèrent plusieurs fois, vers le temps de notre départ, une petite morue brunûtre, tachetée de blanc; un poisson rouge de la même grandeur, que quelques personnes de l'équipage dirent 1voir vu dans le détroit de Magellan, et un troisième qui diffère peu de la 4ake(*): on y trouve aussi une quantité considérable de ces poissons appelés chimaerae, auxquels quelques auteurs donnent le nom de loups, de la grosseur du pezega/lo ou du poisson éléphant, avec lequel ils ont beaucoup de rapport. Les requins fréquentent aussi l'Entrée; car les Naturels avoient des dents de cette espèce de poisson, et nous vimes des morceaux de rayes qui sembloient avoir fait partie d'un individu assez gros. Les autres animaux de mer dont je dois faire mentionici, sont une petite méduse en forme de croix, le poisson étoilé, qui diffère peu des étoiles ordinaires, deux petites espèces de crabes, deux autres que les Naturels nous apportèrent : la première, d'une substance épaisse, compacte et gélatineuse, et la seconde, une espèce de tube ou de tuyau à membranes, qu’on détache probablement des rochers. Nous achetämes d’ailleurs un jour une très-grosse sèche,

Il y a autour des rochers une multitude de grosses moules , et beaucoup d'oreilles de mer, et nous vimes souvent des coquilles de rhamae uries, assez grandes. Il faut compter parmi les espèces plus petites, des srocki de deux sortes, un murex curieux, des vis striés, et une li-

Mmace, dont chacune, vraisemblablement, est particulière à

(*) C’est aux Naturalistes à consulter les livres anglois, afin de connoître l'espèce des quadrupèdes, des diseaux, des poissons et des plantes dont je n’ai pu découvrir le nom en françois,

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notre cette contrée; du-moins je ne me souviens pas de les avoir IC; un 4 vus par la même latitude dans l’un ou l’autre hémisphère. purs $ On y trouve de plus de petites petoncles unies, des lepas; K k à \ et des Sauvages étrangers qui arrivèrent près de fous, e( ): 4 portoient des colliers d’une petite vo/ute ou panamae POS" MN bleuâtre. Quelqués-ures des moules ont une paln® de lons don- . gueur ; plusieurs offrent d'assez grosses perles ; mais ou du ‘4 les moules et les perles sont d'une vilaine forme et mal pport. \ | colorées. Il paroît qu'il y a du cail rouge dans l'Entrée aturels L. ou quelque part sur la côte, car nous cn vimes des mortrou = ceaux ou des branches d’une assez grande épaisseur dans oir fait . les pirogues des Naturels du pays. ie de î Nous ne remarquâmes dans les bcis, parmi les aniré L. Ue du genre ces’reptiles, que des serpens bruns de vue à ee pieds de longueur, qui ont des rayures blanchätres 3.9! 4 sur‘le dos et sur les côtés, et qui ne font point de mal, mTE, puisque les Sauvages les tenoient souvent à la main; et , ©t la 1 des lézards d’eau, brunâtres : ces lézards ont la queue pranes ; | exactemeui pareille àda queue des anguilles, et ils fréetimes 4 quentoient les petites mares stagnantes qui sont autour des k rochers.

smou La famille des insectes paroït être plus considérable : jouvent £ quoique la saison où ils se montrent ne fit que commencer, Il faut 4 nous aperçümes quatre ou cinq espèces de papillons qui chi de à navoient rien de particulier ; un nombre assez grand de une li 2 grosses abeilles, quelques-unes de nos teignes de groseilles, uliére à | deux ou trois sortes de mouches, quelq:#< escarbots et quelques mousquites qûi étoient peu incommodes, et qui ifnde pendant l'été doivent être plus multipliées et plus fatioissons dj gantes dans un pays si rempli de bois. , ; Quoique nous ayonstrouvé du fer et du cuivre dans cette

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. des côtes, qui renferme quelquefois des morceaux d’un de

partie de l'Amérique, il est difficile de croire que ces deux métaux viennent des mines du pays. Nous n’aperçûmes aucune espèce de minerai, si j'en excepte une substance grossière et rouge, de la nature de la terre ou de l'ocre dont les Naturels se servent pour se peindre je corps, et qui vraisemblablement contient un peu de fer. Nous vimes aussi du fard blanc et du fard noir qu’ils emploient au même usage ; mais n'ayant pu nous en procurer des. échantillons, je ne dirai pas pæécisément quelle est leur composition. | Outre la pierre dure ou le rocher des montagnes e

quartz grossier, nous trouvâmes parmi les Naturels des ouvrages d’un granit noir qui n’étoit remarquable ni par sa dureté, ni par la finesse du grain; une pierre à aiguiser grisâtre, la pierre à rasoir ordinaire de nos charpentiers, et des morceaux d’une seconde, noire, et peu inférieure à la pierre fine à aiguiser : ces morceaux étoient plus ou moins grossiers. Les Naturels se servent aussi du mica à feuilles transparentes, ou du verre de Russie, et d'une espèce de substance martiale brune et à feuilies, et ils nous apportèrent quelquefois du cristal de roche assez transparent. Il est vraisemblable qu'on trouve les deux premières substances près de l'Entrée, car ies habitans nous parurent en avoir une quantité assez considérable ; mais le cristal de rochesemble venir de plusloin, où il est très-rare, puisque les Sauvages ne nous en vendirent qu'avec répugnance. Plusieurs des morceaux étoient octangulaires, et nous jugeèmes que la main de-louvrier leur avoit donné cette forme. |

La taille de ces Sauvages est au-dessous de la taille or-

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DE COOK. : (1778) 37 dinaire, mais ils ne sont pas minces en proportion de leur petitesse; ils ont le corps bien arrondi sans être musculeux. Leurs membres potelés ne paroissent jamais acquérir trop d’embonpoint. Les vieill:rds sont un peu maigres : le visage de la plupart est rond et plein; il est large quelquefois, et il offre des joues proéminentes ; il est souvent très-comprimé au-dessus des joues , où il semble s’abaisser brusquement entreles tempes: leur nez applati à la base présente de larges narines et une pointe arrondie : ils ont le front bas, les yeux petits, noirs et plus remplis delangueur que de vivacité ; les lèvres larges, épaisses et arrondies, les dents assez égales et assez bien rangées, quoiqu'elles ne soient pas d’une blancheur remarquable. En général, ils manquoient absolument de barbe , ou ils en avoient une petite touffe peu fournie sur la pointe du menton, ce qui ne provient d'aucune défectuosité naturelle, mais de ce qu'ils Parrachent plus ou moins ; car

quelques-uns d’entre eux, et particulièrement les vieillards, portoient une barbe épaisse sur tout le menton, et même des moustaches sur la lèvre supérieure, lesquelles deseendoient obliquement vers la mandibule inférieu.'e (*). Leurs

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(*) Dans l’énumération des singularités les plus curieuses de YHi.toire naturelle de Pespèce humaine , on a cité les peuplades «+ F Amérique, qui, dit-on, manquent de barbe, tandis qu’elles ont “ac quantité considérable de cheveux. L’ingénieux auteur des kKech::ches philosophiques sur les Américains ; le Docteur Robertson, dons son Histoire d’ Amérique ; et, en general, les écrivains dont Pautorité est la plus imposante, donnent ce fait pour incon< testable. Puisque le Capitaine Cook le contredit, du-moins en ce qui a rapport à la peuplade d'Amérique, avec laquelle il a eu des entrevues à /Vootka, n’est-il pas juste d'engager les auteurs dong je viens de parler, à examiner de nouveau la question ? On peu

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sourcils sont peu fournis et toujours étroits, mais ils ont une quantité considérable de cheveux très-durs, très-forts, et

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d’ailleurs citer d’autres témoins que M. Cook ; le Capitaine Carver a trouvé aussi de la barbe aux Sauvages établis dans l’intérieur du Continent de l'Amérique. « D’après des recherches très-multi- » pliées etun examen bien attentif, dit-il, je puis , malgré le res- » pect que j’ai pour l’autorité de M. de Paw et de M. Robertson, » sur d’autres points, déclarer que leurs assertions sont erronées, » et qu’ils connoissent d’une manière imparfaite les usages des » Indiens. Lorsque ces peuples ont passé l’âge de puberté, leur » corps, dans leur état naturel, est couvert de poils, ainsi que » celui des “+ -onéens. Les hommes, il est vrai, jugeant la barbe » très-incon. » Se donnent beaucoup de peine pour s’en » débarrasser, :i on ne leur en voit jamais que lorsqu’ils de- » viennent vieux, et qu’ils négligent leur figure. — Les Nando- » wesses et les Tribus éloignées l’arrachent avec des morceaux >» d’un bois dur, qui forment des pincettes ; ceux qui commu- » niquent avec les Européens se procurent du fil d’archal, dont »,ils font une vis ou un tire-bourre; ils appliquent cette vis sur » leur barbe, et en pressant les anneaux, et en donnant une » secousse brusque, ils arrachent les poils qu’ils ont saisis ». Voyages de Carver, p. 214 et 225 de l'original. M. Maraden, qui cite aussi Carver, fait une remarque digne d’attention : il fait observer que le masque de l’armure de Montézuma , conservé à Bruxelles, a de très-larges moustaches, et que les Américains n’auroient ; .: imité cet ornement, si la nature ne leur en eût offert le modéle. Les observations faites par M. Cook, sur la côte Ouest de V Æmérique S'eptentrionale , jointes à celles de Carver, dans l’intérieur de ce Continent, et confirmées par le masque mexicain dont on vient de parler, sont plus que suffisantes pour être de l'avis de M. Marsden, qui s’énonce d’une manière si modeste : « Sans les autorités nombreuses et respectables d’après » lesquelles on assure que les Naturels d'Amérique manquent ‘» naturellement de barbe, je penserais qu’on a adopté trop à la » hâte l'opinion commune sur ce sujet, et que si les Américains » manquent de barbe à l’époque de l’âge mûr, c’est parce qu'ils » contractent de bonne -heure l'habitude de l’'arracher , ainsi que

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DE COOK. (1778) 39 sansaucune exceptionnoirs, lisses et flottans surles épaules. Leur col est court.La forme de leurs bras et de leur corps n'a rien d'agréable ou d'élégant; elle est même un peu grossière. Leurs membres, en général petits’ en proportion des autres parties, sont courbés et mal-faits ; ils ont de grands pieds d'une vilaine forme, et les chevilles du pied trop saillantes; ce défaut semble provenir de ce qu'ils s'asseient beaucoup sur leurs j jacrels dans leurs pirogues et dans leurs maisons.

Nous n’avons pu deviner précisément la couleur de leur teint, parce que leur corps est incrusté de peintures et de saletés, toutefois nous engageämes quelques individus à se bien nettoyer, et la blancheur de la peau de ceux-ci i égaloit presque la blancheur de la peau des Européens; maiselle offroit la nuance pâle des peuples du midi de l'Europe. Leurs enfans dont la peau n’avoit jamaisété couverte de peintures, égaloient les nôtres en blancheur. Quelques-uns des jeunes gens comparés au gros du peuple ont Ja physionomie assez agréable ; mais il paroït que c’est uniqueméfit l'effet de cette teinte vermeille naturelle à la jeunesse, et lorsqu'ils sont arrivés à un certain âge, leur visage n'offre plus rien de particulier. En tout, l’uniformité de la physionomie des individus de la nation entière , est très-remarquable; elle manque tonjours d'expression , etlle annonce des.esprits lourds et flegmatiques.

Les femmes ont à-peu-près la même taille, le même

» les Insulaires de Sumatra. J'avoue qu’il me resteroit moins » de doutes sur la justesse de cette opinion, si l’on prouvoit qu'ils » ne sont pas dans l'usage de s’arracher la barbe , comme je le » suppose ». ÂListory of Sumatra , p. 39—40. *

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Âo TROISIÈME VOYAGE

teint ct les mêmes proportions que les hommes ; il n’est pas aisé de les reconnoître, car on ne leur trouve pas cette délicatesse de traits qui distingue le sexe dans la plupart des contrées , et à peine en vimes-nous une seule parini les j jeunes, qui püût avoir la moindre prétention à la beauté. ;

Leur vêtement ordinaire est un habit ou un manteau de lin, garni à l'extrémité supérieure d’une bande étroite de fourrure, et à l'extrémité inférieure de franges ou de glands. Il passe sous le bras gauche et il est attaché sur le devant de l'épaule droite avec un cordon ; un autre Cordon l’assujétit par derrière ; ainsi les deux bras sont en liberté ; il couvre le côté gauche, et si j'en excepte les partes flottantes des bordures, il laisse le côté droit ouvert, à moins qu’une ceinture { d'un natte grossière ou de poil) ne le serre autour des reins, ce qui arrive souvent. Pardessus ce premier manteau qui dépasse le genou, ils portent un autre petit manteau, de la même substance, également garni de frähges à la partie inférieure. Celui-ci ressemble à un plat rond couvert; il offre dans le milieu uo trou de la grandeur nécessaire pour recevoir la têts , et reposant sur ‘les épaules, il cache les bras jusqu'aux coudes et'le corps jusqu’à la chüte des reins. Leur tête est couverte d'un chapeau d de la forme d’un cône tronqué, ou de celle d’un pot de fleur; ce chapeau est d’une belle natte: uuehouppe arrondie et quelquefois en pointe ou une touffe de glauds de cuir le décore fréquemment au sommet, et on Vattache sous le menton; afin que le vent ne Femporte pas.

Outre le vêtement que je viens de décrire, et qui est commun aux deux sexes, les hommes portent souvent une pe d'ours, de loup ou de loutre de mer, dont les poils

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