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256 TROISIÈME VOYACE
départ, nous donnoient lieu d'espérer que les habitans du pays seroient charmés de nous revoir, et qu'ils reviendroient en hâte aux vaisseaux.
Nous formions diverses conjectures sur cette révolution, lorsque nos inquiétudes furent enfin dissipées par le +etour d’un canot que nous avions envoyé à terre : nous apprimes que T'erreeoboo étoit absent, et qu’ilavoit mis le Taboo sur la baie, Cette explication parut satisfaisante à la plupart d’entre nous ; mais quelques personnes pensèrent, ou plutôt il ya lieu de croire que ce qui se passa ensuite leur fit i imaginer après coup, que la conduite des Insulaires devoit nous inspirer de la défiance ; qu’en leur interdisant tout commerce avec nous, sous prétexte de l'absence du Roi, les Chefs avoient voulu gagner du temps et délibérer entre eux sur is manière dont il convenoit de nous traiter. Nos n'avons jamais pu savuir si ces soupçons étoient fondés, ou si l'explication donnée par les Naturels étoit vraie. Il n’est pas hors de vraisemblance que notre brusque retour , auquel ils ue voyoient point de cause apparente, et dont nous eùmes ensuite beauéoup de peine à leur faire comprendre la nécessité, leur causa quelque alarme ; mais la confiance de Tévresohoo , qui au moment de son arrivée, vraie ou fausse, Cesti-dire , le lendemain au matin, se rendit tout de suite auprès du Capitaine Cook, et le rétablissement des échanges et des services réciproques entre les Naturels et nous , qui fut la suite de cette démarche, indiquent fortement qu'ils ne jugeoient pas, et qu'ils ne redoutoient point un changement de conduite de notre part.
Je puis citer à l'appui de cette opinion un autre fait, qui eut lieu lors de notre première visite, c'est-à-dire , la
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veille de l'arrivée du Roi. L'un des hommes du pays avoit vendu un cochon à bord de /4 Résolution, et il en avoit reçu le prix convenu : Pareea , qui le rencontra par hagard , lui conseilla de ne pas livrer le cochon, si on ne lui donnoit rien de plus. Nos gens firent à Pareea des reproches très-vifs sur ce conseil malhonnète, et ils le chassèrent : comme le Taoo fut mis sur la baie bientôt après, nous crûmes d'abord que c’étoit en conséquence de l'outragè fait au Chef. Ces deux incidens servent à prouver. combien il est difficile de tirer des inductions certaines des actions d’une peuplade dont on connoît imparfaitement les usages et l’idiôme : ils montreront d’ailleurs les difficultés, peut-être Le sensibles au premier coup-
x qui doivent régler leurs démarches dans une position pareille à la nôtre, où l'erreur la plus légère peut entraîner les suites les plus funestes. Que nos conjectures fussent vraies on fausses, tout se passa paisiblement jusqu’au 13 dans l'après-dinée.
L'Officier qui commandoit le détachement chargé de remplir les futailles de 4 Découverte, vint me dire le soir que plusieurs Chefs s'étoient rassemblés au puits, près de la grève, et qu'ils chassoient les Insulaires que nous avions payés pour aider les matelots à rouler les tonneaux sur le rivage. Il ajouta qu’il croyoit leut conduite trés-suspecte, et qu'il s’attendoit à être inquiété de nouveau par les gens du pays. Je lui donnai, ainsi qu'il le désiroit , un soldat de marine, auquel je permis seulement de prendre sa baïonnette et son épée. L'Officiér ne tarda pas à revenir ; il m’apprit que les Insulaires s’étoient armés de pierres st qu'ils devenoient très-séditicux : je me rendis sur les lieux , suivi d’un autre soldat de marine,
armé de son fusil. Dés que les habitans de l'Isle me virent
approcher, ils abandonnèrent leurs pierres , et quand j'eus s parlé à quelques-uns des Chefs, la populace qui causoit Lu
l'émeute s’éloigna, et ceux des Naturels qui voulurent nous aider à faire de l'eau n’essuyèrent plus d'obstacles de la part de leurs compatriotes. Après avoir rétabli la tranquillité , j'allai trouver le Capitaine Cook qui arrivoit sur la
pinasse ; je lui racontai ce qui venoit de se passer ; il m'ordonna de tirer à balle sur les coupables; s'ils commençoicnt #nous jeter des pierres, ou à se conduire d’ailleurs avec insolence. J’enjoignis donc au Caporal de faire charger à balle au-lieu de petit plomb , les fusils des sentinelles.
leu de temps après notre mftour aux tentes, un feu continuel de mousqueterie , que nous enteudimés à bord de Za Découverte nous alarma ; nous remarquâmnes qu’or tiroit sur une pirogue qui ramoit en hâte vers la côte, et qui étoit poursuivie par un de nos petits canots. Nous en conclümes sur-le-champ qu’un vol avoit occasionné ces coups de fusil, et le Capitaine Cook m’ordonna de le suivre avec un canot armé, afin d'arrêter , si nous le pouvions, l'équipage de la pirogue, qui essayoit de gagner le rivage- Nous courümes vers l'endroit où nous jugeâmes qu'elle débarquoit ; mais nous arrivämes trop tard ; les Naturels avoient quitté leur embarcation, et ils s'étoient sauvés dans l'intérieur du pays. ù
Nous ne savions pas que les choses volées avoient déjà été rendues ; d'après le grand nombre de coups de fusil que nous avions entendus, nous jugeâmes qu'elles pouvoient être importantes, et nous ne voulions pas renoncer à l'espoir de les recouvrer. Nous demandâmes à quelques
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et nous suivimes ses traces jusqu'à l'entrée de la nuit:
nous voyant alors à environ trois milles de nos tentes, et soupçonnant que les Naturels qui nous excitoient souvent à continuer notre poursuite, nous trompoient par de fausses informations , nous crûmes qu’il seroit inutile de nous porter plus loin, et nous retournâmes à la grève.
Il étoit arrivé , durant notre absence , une querelle plus sérieuse et plus désagréable. L'Officier détaché sur le petit canct, retournant à bord avec les choses qu’on avoit volées au Capitaine Clerke , s’aperçut que nous poursuivions les coupables, le Capitaine Cook et moi, et il pensa qu’il étoit de son devoir de saisir la pirogue échouée sur le rivage. Par malheus elle appartenoit à Pareea, qui arriva au même instant de /4 Découverte, et qui réclama sa propriété avec des protestations sans nombre de sca innocence. L’Officier refusa de la lui livrer, et lorsque l'équipage de la pinasse, qui attendoit notre Commandant, l’eut joint, il en résulta une dispute trés-vive , durant laquelle Parcea fut renversé d’un violent coup de rame qu'on lui donna sur la tête. Les Insulaires qui se rassembloient aux environs, et qui avoient été jusqu'ici spectateurs paisibles , firent tout de suite pleuvoir une grêle de pierres sur nos‘ gens, qu'ils contraignirent à se retirer avec précipitation , et à gagner à la nage un rocher situé à quelque distance de Ja côte. Les Naturels s’emparèrent de la pinasse; ils la pillèrent, et ils l’auroient détruite sans l'intervention de Pareea, qui, revenu à lui-même, eut la générosité d'oublier la violence qu’on venoit d'exercer à son égard. Aprés avoir
écarté la foule, il fit signe à nos gens qu'ils pouvoient revenir et reprendre la pinasse, et qu'il s'efforceroit de
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rapporter les choses que ses compatriotes y avoient volées. Nos gens se rendirent en effet à son invitation, et ils ramenérent la pinasse : Pareea ne tarda pas à les suivre, et à rapporter le chapeau d'un Midskipman , et quelques autres bagatelles : il parut affligé de ce qui s’étoit passé , et il demanda d’un air inquiet, si Orono le tueroit, et si on lui permettroit de venir aux vaisseaux le lendemain ? on lassura qu'il y seroit bien reçu : alors, pour donner une preuve de réconciliation et d'amitié, il toucha de son nez celui des Officiers, selon l'usage de l'Isle, et il regagna le village de Kowrowa. , s
Quand le Capitaine Cook fut informé de ces détails, il montra beaucoup de chagrin; et tandis que nous retournions à bord, il me dit : Je crains bien que les Insulaires ne me forcent à des mesures violentes; car, ajouta:t-il, il ne faut pas leur laisser croire qu'ils ont eu de l’avantage sur nous. Mais, comme il étoit trop tard pour entreprendre quelque chose le même soir, il se contenta de donner des ordres pour qu’on chassât tout de suite du vaisseau les hommes et les femmes qui s’y trouvoient. Je retournai à terre lorsque ces ordres furent exécutés ; et les événemens de la journée ayant beaucoup diminué notre confiance dans les Naturels , je mis une double garde au Âlorai, et j'enjoignis à mon détachement de m'appeler, s'il apercevoit du‘moude caché aux environs de la grève. Sur les onze heures, on découvrit cinq Insulaires qui se traînoient sans bruit autour du Morai; ils sembloient s'approcher avec une extrême circonspection, et ils se retirèrent quand ils se virent surpris. À minuit, l’un d’eux ayant osé venir tout près de l'observatoire, la sentinelle lui tira un coup de fusil ; l'explosion effraya ses cama-
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rades , qui prirent la fuite, et nous passâmes le reste de la nuit saus trouble.
Le lendemain , à la pointe du jour, j'allai sur Z Résolution , pour examiner le garde-temps : je fus hélé sur ma route par 4 Découverte, et j'appris que , durant la nuit , les Insulaires avoient volé la chaloupe de ce vaisseau, en coupant la bouée à laquelle elle se trouvoit amarrée.
Au moment où j'arrivai à bord, les soldats de marine s'armoient , et le Capitaine Cook chargeoit son fusil à deux coups. Tandis que je lui racontois ce qui nous étoit arrivé pendant la nuit , il m'interrompit d’un air animé ; il me dit qu’on avoit volé la chaloupe de /4 Découverte, et il m'instruisit de ses préparatifs pour la recouvrer. Ilétoit dans l'usage , lorsque nous avions perdu des choses importantes sur quelques-unes des Isles de cette mer, d'amener à bord le Roi, ou plusieurs des principaux Earees, et de les détenir comme ôtages, jusqu’à ce qu’on nous eût rendu ce qu’on nous avoit pris. Il songeoit à employer cet expédient qui lui avoit toujours réussi ; il venoit de donner des ordres d'arrêter toutes les pirogues qui essayeroient de sortir de la baie, et il avoit le projet de les détruire, si des moyens plus paisibles ne suffisoient pas pour recouvrer la chaloupe. Il plaça en effet, en travers de la baie, les petites embarcations de Za Résolution et de la Deécouverte , bien équipées et bien armées ; et avant que je reprisse le chemin de la côte, on avoit tiré quelqnes coups de canon sur deux grandes pirogues qui tâchoient de se sauver.
Nous quittâmes le vaisseau, M. Cook et moi, entre sept et huit heures ; M. Cook montoit la pinasse , et il avoit
avec lui M. Philips et neuf soldats de marine , et je m'embarquai sur le petit canot. Les derniers ordres que je reçus de lui, furent de calmer l'esprit des Naturels, en les assurant qu'on ne leur feroit point de mal, de ne pas diviser ma petite troupe, et de me tenir sur mes gardes. Nous nous séparâmes ensuite; M. Cook marcha vers le village de Kowrowa , résidence du Roi, et moi du côté de l’observatoire. Mon premier soin en ärrivant à terre, fut d’enjoindre aux soldats de marine, de la manière la plus rigoureuse , de ne pas sortir de la tente, de charger leurs fusils à balle, et de ne pas les quitter. J’allai me promener vers les cabanes du vieux Kaoo et des Prêtres, et je leur expliquai, le mieux qu'il me fut possible , Pobjet de nos préparatifs d’hostilité, qui leur causoient une vive alarme. Je vis qu'ils avoient déjà oui parler du vol de la chaloupe de /a Découverte , et je leur protestai que nous étions décidés à recouvrer cette embarcation, et à punir les coupables; mais que la communauté des Prêtres, et les habitans du village du côté de la baie où nous étions , ne devoient pas avoir la plus légère crainte. Je les priai d'expliquer ma réponse au peuple, de le rassurer, et de l’exhorter à demeurer tranquille. Kaoo me demanda avec beaucoup d'inquiétude, si on feroit du mal à Terreeoboo : je lassurai que non, et il parut, ainsi que ses confrères , enchanté de ma promesse. |
Le Ghitéine Cook appela sur ces entrefaites la chaloupe de {a Résolution | qui étoit en station à la pointe septentrionale de la baie ; ayant prise avec lui , il continua sa route vers Kowrowa, et il débarqua, ainsi que le Lieutenant et les neuf soldats de marine. Il marcha tout de suite au village, où il reçut les marques de respect qu'on
m'eme reçus
les asdiviser s. Nous village de l’obit d’enlus rir leurs omener , et je bjet de e vive 1 de la ue nous unir les es habins , ne s priai "er , et 2manda à Terque ses
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avoit coutume de lui rendre; les habitans se prosternèrent devar lui , et ils lui offrivent de petits cochons selon leur usage. S'apercevant qu’on ne soupçonnoit en aucune manière ses desseins , il demanda où étoient Terreeoboo et les deux fils de ce Prince, qui avoient si loug-temps mangé à notre table sur Z4 Résolution. Les deux jeunes Princes ne tardèrent-pas à arriver avec les Insulaires qu'on avoit envoyés après eux, et sur-le-champ ils conduisirent le Capitaine Cook à la maison où leur père étoit couché. Ils trouvèrent le vieux Roi à moitié endormi, et M. Cook ayant dit quelques mots sur le vol de la chaloupe , dont il ne le supposoit point du tout complice , il l'invite à venir aux vaisseaux et à passer la journée à bord de /4 Résolution. Le Roi accepta la proposition sans balancer , et il se leva à l'instant même afin d'accompagner M. Cook. Nos affaires prenoient cette heureuse tournure, les deux fils du Roi étoient déjà dans la pinasse ; et le reste de la petite troupe se trouvoit au bord de l’eau, lorsqu'une vieille femme appela à haute voix Kanee Kabareea,la mère des deux Princes , et l’une des épouses favorites de Terreeoboo; elle s’'approcha du Roi ; elle employa les larmes et les prières les plus ardentes pour l'empêcher de venir aux vaisseaux. En même-temps, deux Chefs qui étoient arrivés avec elle, retinrent le Roi, en l’avertissant de nouveau qu’il ne devoit pas aller plus loin, et ils le contraignirent à s'asseoir. Les Insulaires qui se rassembloient le long du rivage, où ils formoient des groupes sans nombre, e4 qui vraisemblablement étoient effrayés du bruit des canons et des préparatifs d’hostilité qu'ils apercevoient dans la baie, commencèrent à se précipiter en foule autour du Capitaine Cook et de leur Roi. Le Lieutenant des sol-
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dats de marine, qui vit ses gens très-pressés par la mulütude, et hors d'état de se servir de leurs armes s’lPalloit y avoir recours , proposa à M. Cook de les mettre en bataille le long des rochers près du bord de la mer, et la populace leur ayant ouvert sans difficulté un chemin, ils se postèrent à environ 30 verges de l’endroit où T'erreeoboo étoit assis.
Durant tout cet intervalle, le vieux Roi fut assis par terre ; la frayeur et l'abattement étoient peints sur son visage. M. Cook ne voulant pas renoncer à son projet, continuoit à le presser vivement de s’embarquer, et lorsque le Prince sembla disposé à le suivre , les Chefs qui l’environnoient len détournèrent d’abord par des prières et des supplications ; ils eurent ensuite recours à la force et à la violeuce ,etils insistèrent pour qu'il demeurât où il étoit. M. Cook voyant que l'alarme étoit devenue trop générale, et qu'il n’étoit plus possible d'emmener le Roi sans verser du sang, abandonna sa première résolution ; il observa à M. Philips, que s'il s’opiniâtroit à vouloir conduire le Prince à bord , il couroit risque de tuer un grand nombre d’Insulaires.
Quoique l’entreprise qui avoit amené M. Cook à terre eût manqué, et qu'il ne songeât plus à la suivre , il paroît que sa personne ne courut de danger qu'après un accident qui donna à cette dispute la tournure la plus fatale. Nos’ canots placés en travers de la baie, ayant tiré sur des pirogues qui essayoient de s'échapper , tuèrent par malheur un Chef de premier rang. Les nouvelles de sa mort arrivèrent au villagé où se trouvoit M. Cook au moment où il venoit de quitter le Roi, et où il marchoit tranquillement vers le rivage : la rumeur et la fermentation qu’elle
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DE COOK. (1779). 365 excita furent très-sensibles : les hommes renvoyérent tout de suite les femmes et les enfants; ils se revêtirent dé leurs nattes de combat , et ils s’armérent de piques et de pierres. L’un d’eux, qui tenoit une pierre et un long poi« gnard de fer , appelé pahkooa, nom d’une dague de bois qui fait partie de leur attirail de guerre , s’approcha de notre Commandant; il se mit à le défier en brandissant son arme , et il le menaça de lui jeter sa pierre. M. Cook lui conseilla de cesser ses menaces ; mais l’insolence de son ennemi ayant augmenté , il fut irrité et il lui tira un coup de petit plomb. L’Insulaire étoif revêtu d’une natte que le plomb ne put pénétrer, et lorsqu'il vit qu'il n’étoit point blessé , il n’en fut que plus audacieux. On jeta plusieurs pierres aux soldats de marine, et l’un des Ærees essaya de poignarder M. Philips; mais il n’en vint pas à bout, et il reçut un coup de crosse de fusil. M. Cook tira alors le second coup de son fusil double chargé à balle , et iltua celui des Naturels qui étoit le plus avancé. Immédiatement après ce meurtre , les gens du pays formèrent une attaque générale à coups de pierres, et les soldats de marine et ceux de nos matelots qui occupoient les canots, leur répondirent par une décharge de mousqueterie. Ce qui surprit tout le monde , les Insulaires soutinrent le feu avec beaucoup de fermeté , et ils se précipitèrent sur notre détachement, en poussant des cris et des hurlemens terribles, avant que les soldats de marine eussent le temps de recharger. On vit alors une scène d'horreur et de con-
fusion.
Quatre soldats de marine furent arrêtés sur les rochers au moment où ils se retiroient, et immolés à la fureur de l'ennemi ; trois autres furent blessés d’une manière dan-
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gereuse :le Lieutenant, blessé aussi entre les deux épaules d'un coup de pahooa, avoit par bonheur réservé son feu, et il tua l'homme qui venoit de le blesser, lorsque celui-ci se disposoit à lui porter un second coup. Notre malheureux Commandant se trouvoit au bord de la mer la dernière fois qu'on l’aperçut d’une mauière distincte ; il crioit aux canots de cesser le feu et d'approcher du rivage afin d’embarquer notre pelite troupe. S’il est vrai que les Soldats de marine et les équipages des canots avoient tiré sans son ordre, et qu'il vouloit prévenir une nouvelle effusion de sang, comme quelques-uns de ceux qui furent de l'action l'ont cru, il est probable qu'il fut la victime de son humanité : on observa en effet que tandis qu'il regardoit les Naturels en face, aucun d'eux ne se permit de violences contre lui; mais que s'étant retourné.pour donner des ordres aux canots, il fut poignardé par-derrière, et tomba le visage dans la mer. Les Insulaires poussèrent des cris de joie lorsqu'ils le virent tomber ; ils traînèrent tout de suite son corps sur le rivage, et s’enlevant le poignard les uns aux autres, ils s’'acharnèrent tous avec une ardeûr féroce à lui porter des coups, lors même qu’il ne respiroit plus.
Ainsi termina sa carrière le grand homme qui commandoit notre expédition ! Après une vie illustrée par des entreprises si étonnantes et si heureuses, on ne peut dire que sa mort fut prématurée : il avoit assez vécu pour ext. cuter les nobles projets auxquels la Nature sembloit l'avoir destiné : et il fut enlevé aux jouissances et au repos qui devoient être la suite de ses immenses travaux plutôt qu'à la gloire. Il n'est pas nécessaire et il m'est impossible de dire combien à ‘it regretté et pleuré de ceux qui avoient
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si long-temps fondé leur sécurité personnelle sur ses lumières et sur son courage , et qui au milieu de leurs maux avoient trouvé des consolations de toute espèce dans la tendresse de son cœur et la bonté de son âme. Je n’essayerai pas non plus de peindre l'horreur dont nous fûmes saisis, ni l'abattement et la consternation universelle qui suivirent un malheur si affreux et si imprévu. Les lecteurs ne seront pas fachés sans doute de détourner les yeux d’une scène si triste, pour contempler le caractère et les vertus de M. Cook; et afin de rendre mes derniers hommages à la mémoire d’un ami cher et révéré, je vais tracer une esquisse de sa vie et de ses services.
Le Capitaine Jacques Cook étoit né en Octobre 1728, près de Whytby dans le comté d'York : on le mit trèsjeune en apprentissage chez un marchand d’un village voisin. On n’avoit point consulté ses goûts en cette occasion ,et il ne tarda pas à quitter le comptoir auquel il étoit attaché : il s’engagea lui-même pour neuf ans sur un navire qui faisoit le commerce du charbon. Au commencement de la guerre de 1755, il entra au service du Roi, à bord de l'Aigle, commandé alors par le Capitaine Hammer, et ensuite par Sir Hugh Palliser, qui découvrit bientôt son mérite, et qui le plaça surle gaillard d’arrière. pe
En 1958, il étoit Master du Northumberland, vaisseau du Lord Colville, qui commandoit alors l’escadre en station sur la côte d’Amérique. C'est là, comme je le lui ai oui dire souvent, qu'au milieu d'un hiver rigoureux, il lut Euclide pour la première fois ,etqu’il s’adonna à l'étude des Mathématiques et de l'Astronomie, sans autre secours que celui de quelques livres et de son intelligence. Tandis qu’il cultivoit et perfectionnoit son esprit de cette manière,
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tandis qu’il suppléoit aux défauts de sa première éducation, il avoit part aux scènes les plus actives et les plus laborieuses de la guerre d'Amérique : Sir Charles Saunders le chargea , au siège de Quebec , de divers services de la première importance dans le département naval ; c’est lui qui pilota les bateaux à l'attaque de Montmorency ; il conduisit l’'embarquement qui se fit aux hauteurs d'Ækañam ÿ il examina le passage et il posa des balises pour la sûreté des gros vaisseaux qui devoient remonter la rivière. Le courage et l'adresse avec lesquels il remplit ces difiérentes commissions lui méritèrent l’amitié de Sir Charles Saunders et du Lord Colville, qui continuétent à le protéger jusqu’à leur mort, et qui lui donnèrent toujours des marques extrêmes de bienveillance et d'affection. A la fin de la guerre , on l’envoya, d’après les sollicitations du Lord Colville et de Sir Hugh Palliser, reconnoiître le Go/fe Saint-Laurent et les côtes de Terre-Neuve. Ce travail loccupa jusqu’en 1767. À cette époque , Sir Edouard Hawke le nomma Commandant d’une expédition dans les mers du Sud, où l'on vouloit observer le passage de Vénus au-dessus du disque du Soleil, et découvrir ensuite de nouvelles terres.
Ses services, depuis cette époque, sont trop connÿs pour les rappeler ici, et sa célébrité et sa gloire sont devenues trop éclatantes pour que mes éloges puissent y rien ajouter. Il sembloit né pour ces espèces d’expéditions : les premières habitudes de sa vie, l'expérience acquise par ses longs voyages, l'application constante de son esprit, tout concouroit à lui donner un degré de connoissance qui ne peut être le partage que d’un petit nombre d'Officiers.
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Il étoit d’une'constitution robuste, endurci au travail, et capable de supporter les plus grandes fatigues. Son estomac digéroit sans peine les alimens les plus grossiers et les plus désagréables, Il se soumettoit aux privations de toute espèce avec une indifférence si parfaite, que la tempérance ne paroissoit pas être une vertu pour lui. Son esprit avoit la trempe vigoureuse de son corps. Ses idées annonçoient la pénétration et la force. Son jugement, en tout ce qui avoit rapport au service dont il étoit chargé, étoit prompt et sûr. Ses plans avoient de la hardiesse et de l'énergie; et leur conception et leur exécution indiquoient un génie très-original. Un sang-froid admirable dans les dangers accompagnoit toujours son courage intrépide et calme. Ses mœurs et ses manières .offroient de la simplicité et de la franchise. Son caractère, disposé
à l'emportement et à la colère, auroit peut-être mérité des .
reproches, si un’ fonds extrême d'humanité et de bienfaisance n’eût tempéré l’ardeur de ses premiers mouvemens de vivacité.
Mais la persévérance continue et infatigable avec laquelle il suivoit ses idées et ses plans, formoit le. trait le plus saillant de son caractère ; les dangers ni les fatigues ne pouvoient l'arrêter ; et il n’avoit pas besoin de ces momens de distraction et de repos nécessaires à tout le monde. Durant ces longs et ennuyeux voyages, son ardeur et son activité ne se ralentirent jamais un instant : jamais les plaisirs ou la dissipation qui se présentoient à Jui ne Poccupèrent : si ces intervalles de récréation auxquels il est impossible de se soustraire, et que nous attendons avec un empressement bien excusable sans doute
aux yeux du tous ceux qui ont éprouvé la fatigue du ser- Tome ZIZ.