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DE COOR. (1778) 4x
sont en-dehors; ils l'attachent comme un manteau, près de la partie supérieure, et ils la placent quelquefois sur le devant de leur corps et d'autres fois sur le derrière. Lorsque le ciel est pluvieux, ils jettent une natte grossière sur leurs épaules. Ils ont aussi des vêtemens de poils dont néanmoins ils se servent peu. En général, ils laissent flotter leurs cheveux ; mais lorsqu'ils n’ont point de chapeau, plusieurs d’entre eux les nouent en touffe au sommet de la tête. En tout , leur vêtement est commode, et il ne manqueroit pas one s'ils le tenoient propre; mais comme ils barbouillent sans cesse leur corps d’une peinture rouge tirée d’une substance grossière de la nature de l'argile ou de l’ocre mêlée avec de l'huile, leur habit a une odeur rance très-désagréable, et il se graisse extrémement. Il annonce la saleté et la misère; et ce qui dégoûte encore davantage, leur tête. et leurs vêtemens sont pleins de poux, qu’ils prennent et VAR mangent avec beaucoup de tranquillité.
Quoique leurs corps soiegt toujours couverts d’une peiature rouge, ils se barbouillent fréquemment le visage d'une substance noire, rouge et blanche, afin que leur figure produise plus d'effet : quand ils ont cette dernière enluminure, leur mine est pâle et affreuse, et on a de la peine à les regarder. Ils parsèment cette peinture d’un mica brun qui la rend plus éclatante. Le lobe des oreilles de la plupart d'entre eux est percé d’un assez grand trou et de deux autres plus petits; ils y suspendent des mor: ceaux dos, des plumes montées sur bande de cuir, de petits coquillages, des faisceaux de glands de poil ou des mbrceaux de cuivre que nos grains de verre ne purent jamais supplauter. La cloison du nez de plusieurs offre
bo TROISIÈME VOYAGE
un trou dans lequel ils passent une petite corde ; d’autres y placent des morceaux de fer, d'airain ou de cuivre, qui ont presque la forme d’un fer-à-cheval , mais dont l’ouverture est si étroite qu'elle presse doucement la cloison de ses deux pointes : cet orhement tombe ainsi sur la lèvre supérieure. Îls employoient à cet usage les anneaux dé nos boutons de cuivre qu'ils achetoient avec empresse: ment. Leurs poignets sont garnis de bracelets ou de grains blants qu’ils tirent d’une espèce de coquillage, de petites lanières de cuir ornées de glands où d'un large bracelet d’une seule pièce et d’une matière noire et luisante de la nature de la corne. La cheville"de leurs pieds est’souvent couverte d’une multitude de petites bandes de cuir et de üerfs d'animaux qui la grossissent beaucoup.
Tel est leur vêtement et leur parure de tous les jours; mais ils ont des habits et des ornemens qu'ils semblent réserver pour les occasions extraordinaires : ils les mettent lorsqu'ils font des visites de cérémonie, et lorsqu'ils vont à la guerre. Ils ont, par exêmple, des peaux de loup ou d'ours, qui s’attachent sur le corps de la même manière que leur habit accoutumé ; elles sont garnies de bandes de fourrures ou de lambeaux de l’étoffe de poil qu’ils fabriquent eux-mêmes ; la garniture offre divers dessins assez agréables. Ils les portent séparément, ou par-dessus leurs autres habits. Lorsqu'ils les portent séparément, l’ajustement de leur tête le plus commun, est composé d’osier ou d’écorce à demi battue : leur chevelure est ornée enmême-temps de larges plüimes, et en particulier de plumes d’aiglé, ou elle est entièrement couverte de petites plumes blanches. Leur visage est peint de toute sorte de façons; les parties supérieures et les parties inférieures offrent
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DE COOK. (1778) 43 différentes couleurs, qu'on prendroit pour autant de balafres récentes, ou bien il est barbouillé d’une espèce de suif mélé avec de la peinture, appliquée sur la peau de manière qu’elle forme un grand nombre de figures régulières, et qu'elle ressemble à un ouvrage de sculpture. Qtifnélols encore leur chevelure est divisée en petits paquets attachés avec un fil, et séparés aux extrémités par des intervalles d'environ deux pouces : plusieurs la lient parderrière, selon notre usage , et ils y placent des rameaux du Cypressus thyoides. Dans cet attirail, 1ls ont une mine vraiment sauvage et vraiment grotesque : elle devient plus bizarre encore et plus terrible, lorsqu'ils prennent ce que l'on peut appeler leur équipage monstrueux. Cet équipage monstrueux est composé d’une multitude infinie de masques de bois sculpté, qui se posent sur le visage, ou sur la partie supérieure de la tête ou du front ; les uns représentent une tête d'homme, et on y remarque des cheveux, de la barbe et des sourcils ; d’autres représentent des têtes d'oiseaux, et en particulier des aigles et des quebrantahuessos ; et un grand nombre des animaux terrestres ou marins, tels que des loups, des aigles, des marsouins, etc. En général, ces figure excèdent la grandeur naturel” : elles sont pein:es, et souvent parsemées de morceaux de mica foliacé, qui leur donnent de l'éclat, et qui en augmentent la difformité. Ce n’est pas tout, ils attachent sur la même partie de la tête de gros morceaux de sculpture qni ressemblent à la proue d’une pirogue, qui sont peints de la même manière , et qui se projettent en saillie à une distance considérable. Ils sont si passionnés pou: ces déguisemens , que l'un des Sauvages qui n’avoit point de masque mit sa tête dans un chaudron d'étain qu'il venoit de rece-
voir de nous. J'ignore si la religion entre pour quelque chose dans cette mascarade extravagante; s'ils l'emploient dans leurs fêtes , ou pour intimider les ennemis par leur aspect effrayant, lorsqu'ils marchent au combat ; ou enfin si c'est un moyen d'attirer les animaux , quand ils vont à là chasse : mais on peut conclure quesi des voyageurs , ‘dans un siècle ignorant et crédule où l'on supposoit l'existence d’une foule de choses peu naturelles ou merveilleuses; avoient rencontré un certain nombre de Sauvages ainsi équipés, et s'ils ne les avoient pas examinés d'assez près, ils n’auroient pas manqué de croire, et dans leurs relations
ils n’auroient pas manqué de faire croire aux autres, qu'il . À
existoit une race d'êtres tenant de la nature de la bête et de celle 4. l'homme, ils se seroient trompés d'autant plus aisémsat, qu'ontre des têtes d'animaux sur des épaules d'hommes, ils auroient vu les corps/entiers de ces espèces de monstres couverts de peaux de quadrupèdes (*).
Le seul habit spécialemert destiné à la guerre, que nous ayons observé parini les Naturels de Nootka, est un manteau de cuir double et très-épais, qui nous parut être une peau d’élan ou de buffle tannée. Ils l’attachent dé la manière ordinaire; et il est d’une telle forme qu'il peut couvrir la poitrine jusqu’ au col, et descendre en même-temps jusqu'aux talons : il est dobnetss chargé de peintures qui offrentdivers compartimens assez agréables; non-seulement il est assez fort pour résister aux traits, mais selon ce que les Sauvages nous dirent par signes , les piques elles-mêmes.
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(*) La réflexion de M. Cook offre une excellente apologie aux admirateurs d’Hérodote en particalier, sur ses contes merveilleux de cette espèce. (Vote de l'Editeur. ) {
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DE COOK- (1778) 45 ne peuvent le percer : aissi on doit le regarder comme leur cotte de maîle, ou comme une armure défensive très= complette. Quand ils vont se battre, ils portent quelquefois une espèce de manteau de cuir, revêtu de sabots de daims, disposés horizontalement, et suspendus à des lanières de cuir couvertes de plumes; et dès qu'ils se remuent, ils produisent un bruit fort, presque égal à celui d’une multitude de petites cloches. Je ne sais si cette partie de leur ajustement a pour objet d'inspirer la terreur à leurs ennemis, ou si c’est un de ces bizarres ornemens qu'ils ont inventés pour les jours d'appareil; car nous assist mes à un de leurs concerts, dirigé par un homme qui étoit revêtu de ce manteau, et qui portoit uh masque sur le visage.
On ne peut voir sans une sorte d'horreur ces Sauvages chargés du fol attirail que je viens de décrire; mais lorsqu'ils ne sont pas équipés de cette manière, lorsqu'ils por-
tent leurs habits ordinaires et qu'ils gardent leur allure
naturelle, leur physionomie n’offre pas la moindre apparence de férocité; ils paroissent au contraire d’un caractère paisible, flegmatique et indolent. Ils semblent dénués de cette vivacité si agréable dans lé commerce de la vie. S'ils manquent de réserve , ils sont loin d’être babillards; leur gravité est peut-être un effet de leur disposition habituelle plutôt que d’un sentiment de convenance, ou la suite de leur éducation; car, dans les momens où ils ont le plus de fureur, ils paroissent incapables de s'exprimer. complètement par leur langage ou par leurs gestes.
Les discours qu'ils prononcent lorsqu'ils ont entre eux des altercations et des disputes, ou lorsqu'ils veulent expo-
ser leurs sentimens d'une manière publique en d’autres occasions, ne sont guères composés que de phrases très-
courtes , ou plutôt de mots détachés, répétés avec énergie, .
toujours sur le même ton et avec leymême degré de force. Chacune de ces phrases et chacun de ces mots est accompagné d’uu seul geste , qui consiste à jeter le corps entier un peu en avant, taudis-que les genoux se plient, et que les bras pendént sur les côtés.
. Puisqu'’ils apportèrent à notre marché des crânes et des ossemens humains, on n’a que trop de raison de croire qu'ils traitent leurs ennemis avec une cruauté féroce : mais ce fait indique plutôt un rapport général avec le caractère, de presque toutes les Tribus non civilisées, dans chaque siècle et dans chaque partie du globe, qu'une inhumanité particulière dont on doive leur faire des reproches. Nous n'eûmes pas lieu de juger défayvurablement de leurs dispositions à cet égard ; ils paroissent avoir d Ja docilité, de la politesse naturelle et de la bonté. Quoique d'un tempérament flegmatique, les injures les mettent en fureur , et comme la plupart des gens emportés, ils oublient aussi promptement le mal qu'on leur a fait. Je ne me suis jamais aperçu que ces accès de colère portassent sur d’autres que sur les parties intéressées. Quand ils avoient des querelles entre eux, ou avec quelques-uns d’entre nous, les spectateurs qui ne se méloient point de la dipute, conservoient autant d’indifférence que s'ils n’avoient pas su de quoi il s’agissoit. Si l’un d'eux poussoit des cris de rage ou de gronderie, ce que j'ai vu souvent sans pouvoir découvrir la cause et l’objet de son déplaisir, aucun de ses compatriotes ne faisoit attention à lui. Ils ne laissent échapper dans ces occasions aucun signe de frayeur; mais
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DE COOK. . (1778) 47 ils paroissent déterminés à punir l'insulte, quoi qu'il puisse en arriver: lors même que la querelle nous regardoit, notre supériorité ne leur inspiroit point du tout de crainte; et ils montroient contre nous la même ardeur de vengeance que contre leurs compatriotes.
Leurs autres passions, et en particulier la curiosité, semblent engourdies à bien des égards: car peu qu eux témoignèrent le désir de voir et d'examiner des choses qu'ils ne connoissoient en aucune manière, et qui auroient excité leur surprise et leur étonnement, s'ils ressentoient l'envie de s’instruire : ils ne cherchèrent jamais qu'à se procurer les articles qu'ils connoissoient et dont ils avoient besoin; ils regardoient toutes les autres choses avec une indifférence parfaite. Notre figure , notre accoutrement et nos manières si peu semblables aux leurs, la forme et la grandeur eggraordinaire de nos vaisseaux, ne parurent ni exciter leug admiration, ni fixer leur attention.
On doit peut-être attribuer cette insouciance à leur paresse, qui semble fort grande. D’un autre côté, ils paroissent susceptibles, à certains égards, des passions tendres; car ils aiment extrêmement la musique : celle qu'ils font est grave et sérieuse, mais touchante. Ils gardent la mesure la plus exacte dans leurs chants, auxquels une multitude d'hommes prend part, ainsi que je l'ai déjà dit en parlant de ceux qu'ils exécutèrent dans leurs pirogues afin de nous amuser. Leurs airs ont ordinairement /’e la lenteur et de la gravité; mais Jeur musique n’est pas resserrée dans des
bornes aussi étroites que celle de la plupart des Nations sauvages ; les variations en sont très-nombreuses et trèsexpressives, et elles offrent des cadences et une mélodie d'un effet agréable. Outre leurs concerts en règle, un seul
homme chante souvent des airs détachés qui sont aussi sur un ton grave; et pour marquer la mesure, il frappe sa main contre sa cuisse. Leur musique a quelquefois un autre caractère; car nous ent"ndîmes , à diverses reprises, des stances qui étoient d’un ton plus gai et plus animé, et même qui avoient quelque chose de comique.
We grelot etun petit sifflet d'environ un pouce de longueur, et avec lequel on ne peut faire ducune variation, puisqu'il n’a qu'un ton, sont les seuls instrumens de musique que j'ai observés parini eux. Ils se servent du grelot lorsqu'ils chantent ; mais je ne sais pas dans quelles occasions ils emploient leur sifflet, à moins que ce ne soit quand is prennent unaccoutrement qui leur donne la figure de quelques animaux particuliers, ei qu'ils s’efforcent d’en imiter les hurlemens et les cris. Je vis un jour un des Sauvages revêtu d'une peau de loup, dont la tête étoit @u-dessus de la sienne, et qui, pour imiter cet animal, poussoit des sons avec un sifflet qu'il avoit dans sa bouche. La plupart des grelots ont la forme d’un oiseau; le ventre renferme un petit nombre de cailloux, et la queue tient lieu de manche ; ils en ont néanmoins qui ven Met davantage aux grelots de nos enfants. «
Quelques-uns de ceux qui vinrent à notre marché laissèrent voir de lg disposition pour la friponnerie; ‘ls vouloient emporter nos marr'andises sans rien donner en retour; mais, en général, cela n’arrivoit guères, et nous
eûmes bien des raisons de dire qu'ils mettent de la loyauté
dans le commerce. Toutefois ils désioient si vivement d'obtenir du fer et du cuivre, ou tout autre métal; que peu d’entre eux eurent la force de résister à l'envie de vole: cet article précieux, quand ils en trouvèrent l’occa-
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DE COOK. (1778) 49 sion, Les babitans des Isles de la Mer du Sud, aïnsi qu'on le voit par un grand nombre de traits rapportés dans ce Journal, nous voloient tout ce qui leur tomboit sous la main, sans jamais examiner si leur proie leur seroit inutile
- ou de quelque usage. La nouveauté des objets suffisoit seule
pour les déterminer à mettre en œuvre toute sorte de moyens indirects afin d'effectuer leur vol; d'où il résulte qu'ils étoient excités par une curiosité énfantine plutéè que par une disposition malhounête. On ne peut justifier de la même manière les Naturels de PEntrée de Nootka qui envahirent nos propriétés: ils étoient voleurs dans toute la force du terme, car ils ne nous dérobèrent que les choses dont ils pouvoient tirer parti et qui avoient à leurs yeux une valeur réelle. Heureusement pour nous, ils n'estimoient que nos métaux. Ils ne touchérent j jamais ni à notre linge, ni à d’autres choses de cette espèce, que
. nous pouvions laisser la nuit à terre, sans nons donner
la peine deles garder. La cause qui les excitoit à nous piller doit produire habituellement le même effet; aussi avons-nous bien des raisons de croire que le. vol est trèscommun parmi eux, et qu'il donné sur-tout lieu à leurs querelles, dont nous vimes plus d’un exemple.