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J A1 déjà dit que quatre des soldats de marine qui accompagnoient M. Cook demeurèrent sur le champ de bataille. Les autres se jetèrent dans l’eau, ainsi que M. Philips, leudilLieutenant ; et couverts par un feu très-vif qui partoit des canots, ils échappèrent à la mort. Cet Officier montra en celte occasion un courage intrépide et de l'attachement pour sa petite troupe : au moment où il atteignit une de nos embarcations , il vit un de ses soldats qui étoit mauvais nageur , et qui se débattant dans les flots, couroit risque d’être pris par l'ennemi ; quoiqu'il fût très-blessé,
mort t des achehabi- Pvions raine notre 6 des rêtres raorns Le algré rapde la
come taille.
lips , | parficier > l'atignit étoit uroit essé ,
il se précipita tout de suite au milieu des vagues pour voler à son secours ; et après avoir reçu à ‘la tête un coup de pièrre qui manqua de le plonger au fond de la mer» il saisit le soldat par les cheveux , et il le ramena sain et
‘sauf (*).
Cherchant à faciliter l'évasion de leurs malheureux camarades, si quelques-uns d’eux étoient encore en vie, ceux de nas gens qui se trouvoient dans les cänots placés à environ vingt verges de la grève, tirérent sans cesse durant le combat. Leurs efforts, seécondés par quelques coups de canon qui partirent en même-temps de / Résolution , ayant enfin cbligé les Naturels à se retirer, une de nos petites émbarcations rama vers la côte : cinq de nos Midshipmen, qu'elle portoit, virent les Corps de nos soldats de marine étendus sans aucun signe de vie ; mais
(*) Le lecteur pourra, d’après la planche, se former une idée claire et distincte de la pobitiôn des divers endroits indiqués dans ce Chapitre et dans les trois derniers. Le village de Korowz, où le Capitaine Cook fut tué, se trouve sur la pointe de terre la plus éloignée, dérrière les vaisseaux, et du côté gauche. L'édifice en pierre, surmonté d’une cabane de bois qu’on voit à l’autre extrémité , représente le Morai, où étnient nos observatdires. Les ha- ‘biutions des .Prêtres occupoient les derrières du bocage de cocotiers. Une partie dû village de Aakooa, qui fut brâlé'le 19 Février, est située à gâüche de ce bocage; et le puits où hous' remplimes nos futailles est plus loin, au milieu des rochers. Le terrain élevé et escarpé, au-dessus de la grève, forme la colline du haut de laquelle les Naturéls rpulèrent des pierres qui .incommodérent bèaucoup nos gens chargés de faire de l’eau.
Le devant dela scène offre un Naturel da pays se jouant au milieu des vagues sur une de ces planches dont je parlerai au Cha-
pitre VII. Les pirogues, et, en général, le maiotien des Insulaires, :
sont représentés avec beaucoup d’exactitude et de fidélité.
jugeant qu'ils étoient trop peu de monde pour les ramener sans danger , et leurs munitions étant presque épuisées, ils revinrent au vaisseau, et ils laissèrent entre les mains des Insulaires nos morts et dix armures complettes. Quand la consternation que cette nouvelle désastreuse jeta parmi les équipages eut un peu dimioué, on s’occupa du détachement posté au Aorai, où je me trouvois avec les mâts et les voiles , et une garde composée seulement de six soldats de marine. Il m'est impossible de décrire siout ce que j'éprouvois durant l’affreux carnage qui eut lieu de l’autre côté de la baie. Placés à moins d’un mille du village de Korowa, nous aperçümes distinctement une foule immense rassemblée à l'endroit où le Capitaine Cook venoit de débarquer; nous entendimes le feu de la mousqueterie, et nous apercevions un mouvement el un fracas extraordinaires parmi la multitude : nous remarquâmes ensuite que les Naturels s’enfuyoient , que nos canots s’éloignoient du rivage, et.qu'ils passoient et re passoient entre les vaisseaux. Je dois l'avouer, mon cœur eut des pressentimens sinistres. Un homme dont la vie m'étoit si précieuse et si chère, se trouvoit au milieu de la mêlée ,.et un spectacle si nouveau et si effrayant m’alarma : je savois d’ailleurs que les succès nombreux et constans des'entrevues de M. Cook avec les habitans de ces mers, jui avoient donné une extrême confiance ; j'avois toujours craiot qu'il n’arrivât une heure malheureuse où cette confiance l’empêcheroit de prendre les précautions nécessairés : je fus alors frappé des dangers qui pouvoient en être la suite, et l'expérience qui l’avoit fait naître ne suffit paspour me tranquilliser.
Du: monïent que j’entendis les coups de fusil, mon pre-
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streuse DCCupa is ayec lement décrire qui. eut a mille tement pitaine à de la et un remarue nos etre 1) cœur a vie de la arma :
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DE COO0K. (1779) 399 mier soin fut d'assurer les Insulaires rassemblés en foule autour du mur de l'édifice consacré dont nous étions en possession, qu'on ne leur feroit point dl; et que « voulois vivre en paix avec eux, quoi” qu'il arrivât. Ce qu'ils avoient vu, et ce qu'ils avoient entendu , ne leur Causoit pas moins d inquiétude qu'à nous. Nous demeurâmes dan$ cette position jusqu’au retour des canots aux vaise seaux. Le Capitaine Clerke découvrant alors ; à l'aide de sa lunette, que nous étions environnés par lès Naturels du pays, et craignant qu’ils ne songeassent à nous attaquer, ordonna de leur tirer deux pierriers de quatre; heureusement ces coups de canon , quoique bien ajustés, ne tuérent ou ne blessèrent personne, mais ils donnèrent aux habitans de l'Isle une preuve démonstrative de nos forces. L'un des boulets brisa par le milieu un cocotier sous lequel quelques-uns d’entre eux se trouvoient assis, et l’autre enleva les fragemens d'un rocher qui étoit sur la même ligng. Comme je venois de leur dire d'une manière trèspositive qu’ils n’avoient rien à craindre, cet acte d’'hostilité w'affligea beaucoup , et afin d'en prévenir de nouveaux ; j'envoyai tout de suite un canot au Capitaine Clerke : je l'avertis que j'étois en bonne intelligence avec les Naturels, et que si je me voyois contraint de changer de conduite à leur égard, j'arborerois un pavillon de beaupré pour lui demander des secours. . LEP"
eNous attendimes avec une extrême impatience le retour du canot; et après avoir passé un quart-d'heure dans l'ifquiétude la plus affreuse, M. Bligh vint nous dire que nos craintes n’étoient que trop bien fondées; il avoit ordre d’abattre les tentes le plus promptement possible, et d'envoyer à bord la voilure qu'on réparoit dans l'Isle. Notre ami
378 TROISIÈME VOYAGE Kaireekeea, instruit de la mort du Capitaine Cook par un de ses compatriotes qui s’étoit tronvé de L'autre côté de la baie, arriva x. Un instant; la douleur et la consternation étoient peintes sur son visäge , et il me demanda si la nouvelle étoit vraie, R Notre position devenoit extrêmement critique :, nous n'étions pas seulement en danger de perdre la vie sous Courions risque de perdre le fruit de notre expédition, ou au-moins un des vaisseaux. L'un desmâts de /z Résolution, et la plus grande partie de nos voiles se trouvoient à terre, sans autre garde que six soldats de marine. Leur perte eût été irréparable, et quoique les Insulaires n'eussent encore montré aucune dispositiôh pour nous inquiéter , on ne pou voit répondre du changement que produiroit la scène passée à Korowa: De peur que la crainte‘de notre ressentiment , ou l'heureux exemple de leurs compatriotes ne les déterminât à profiter de l'occasion favorable qui s'offroit al >tomber sur nous une seconde fois, je crus devoir Can. : là mort du Capitaine Cook , et je priai Kaireekeea de détruire cette nouvelle Autant qu'il dépendroit de lui. Je l’exhortai ensuite à amener le vieux Kaoo et le reste des Prêtres, dans une grande maison qui étoit “voisine, du Moraï ; je cherchois ainsi à pourvoir:à leur sûreté si j'étois contraint d'employer la force, et à placer près de nous un bpmme qui püût faire usage de son autorité sur le peuple, s'il y avoit quelque moyen de maintenir la péix. * Après avoir placé les soldats de marine àn sommet du Morai, qui formoit un poste fort et avantageux, et laissé le commandement de ma petité troupe à M. Bligh, à qui j'enjoignis expressément de’se tenir sur la défensive , je me rendis à bord de /4 Découverte , afin d'exposer au
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et dû laissé à qui re, je er au
DE COOK (1779) 379 Capitaine Clerke la situation dangereuse de nos affaires. Dès que j'eus quitté mon poste, les Naturels attaquérent mon détachement à conps de 'pierreg, et je fus à peine arrivé à bord, que j’entendis Je feu des soldats de marine. Je retournai tout de suite à terre, où les choses prirent.de moment en moment une tournure plus fâcheuse. Les Naturels s'armoient ; ils sé revétoient de leurs nattes de combat, et leur nobre s'accroissoit rapidement : j'aperçus aussi de grands corps qui marchoient vers nous, sur les bords du rocher qui sépare le village de Kakboa du côté septentriomal de la es w la bourgade de Korowa est située,
"ls comméncètent d'abord à nous attaquer avec des pierres, qui partoient du derrière des murs de leurs enclos, et éomitie nons n’usâmes noint de représailles, ils ne tatdèrent pas à devenir plus audacieux. Quelques- uns de leurs ghérriers les ‘plus déterminés, s'étant glissés le long dé la'gtéve, couverts par des rochers, 8e montrèrent tôot:héoitt au pied du:Morui , étselon ce qu'il me sembla, dans le dessein de l'assiéger du côté qui ést en face de la fer; la seule partie accessible. Ils ne furent délogés qu'après avoir soutent un grand nombre de coups de fusil , et vu üü de leurs cimaradés tué.
La bravoure d'un de: ces guerrièrs mérite d'être citée. Etant revenu sur ses pas au milieu du feu de tout notre ‘détathément > pour empbrter son Camèrade ,:il reéut une blessure qui: l'obligea d'abandonner le corps : il reparut pe de mifutes après; et blessé de aonveau il fut obligé de ‘se retirer une sécondé fois. J'arrivai au AMorai dans ce moment , et je le vis revenir pour la:trvisième fois tout couvert de sang et tombant en défaillance; instruit de ce
Re es 1e LAVER = De TS a sn Te
qui venoit de se passer, je défendis aux soldats de tirer davantage , et on Île laissa emporter son ami, Il l'eut à peine chargé sur ses épaules, qu'il tomba lui-même et rendit le dernier soupir. ,
Un renfort des deux vaisseaux débarqua à cette époque, et les Insulaires se réfugièrent derrière. leurs murailles. Pouvant alors comiuniquer avec les Prêtres, je détachai l'un d'eux auprès des Naturels du pays; je lui recommandai de ménager un accommodement, et de les assurer que s'ils ne jetolent plus de pierres, je ne permettrois pas à mes gens de tirer. Les Naturels ayant consenti à cette trève , on nous laissa enlever tranquillement le mât de Za Résolution, les voiles et notre équipage astronomique. Ils s'emparèrent du Morai dès que nous l’eùmes quitté ; et ils nous jetérent quelques pierres qui ne nous firent auçun mal.
Il étoit on£e-heüres et demie lorsque j'arrivai à bord de Za Découverte; on n'y avoit encore rien décidé sur nos opérations ultérieures. Les deux équipages convinrent d’une voix unanime qu'on redemanderoit la chaloupe, .et le corps de. M. Cook ; et. j'opinai pour qu’on prit une résolution vigoureuse, si lés Insulaires ne souscrivoient pas tout de suite à notré dernande, Quoiqu'on puisse supposer que mon attachement pour un ami cher et révéré, me dicta cet avis, d'auttes raisons très-graves, et dont j'étois.vivement frappé, me l'inspirèrent. Les Insulaires ayant tué notre Commandant, et nous ayant obligés à nous rembarquer, ce succès devoit leur inspirer de Ja confiance ; il me parut clair que le petit avantage. remporté sur nous la veille les exciteroit à d’autres entreprises plus dangereuses encore; je le crus'd'autant plus, que ce qu’ils avoient vu jusqu'alors ne pouvait leur donner une grande crainte de
de tirer t à peine rendit le
époque, aurailles.
détachai mmandai que s'ils s à mes ève,on odution , emparèils nous mal.
bord de sur nos nvinrent jupe, .et une réient pas upposer ne dicta )is.viveant tué rembar- ; il me nous la ereuses ient vu inte de
DE COÔK. (1779) 381 nos armes à feu: en effet, ce qui surprit tout le monde, nos canons et nos fusils n’avoient préduit aucun signe de frayeur parmi eux. De notre côté, les vaisseaux se trouvoient en si mauvais état , la discipline se trouvoit si relàchée, que si les Insulaires nous eussent attaqué la nuit suivante, il eût été bien difficile de prévoir les nouveaux malheurs qui nous seroient arrivés.
La plupart des Officiers eurent les mêmes craintes que moi, et rien ne me sembla plus propre à encourager les Insulaires à nous livrer un assaut général, que de mogrer de la disposition pour un accommodement dans lequc! ils ne verroient que de la foiblesse ou de la peur.
On dit avec raison , en faveur d'un parti plus modéré, que le mal étoit fait et irréparable; que les témoignages d'attachement et de bienveillance que nous avions reçus des Insulaires, avant la malheureuse catastrophe , méritoient beaucoup d'égards; que l'accident affreux dont nous gémissions n’avoit pas été la suite d'un dessein prémédité ; Que Terreeoboo n’avoit pas su'le vol; qu’il s’étoit prêté de bon cœur à accompagner le Capitaine Cook; qu'il avoit envoyé ses deux fils dans notre canot où ils se trouvoient déjà ; lorsque le combat s’engagea sur la grève, et qu'on ne pouvoit le soupçonner en aucune manière; qu’il étoit aisé d'expliquer la conduite de ses femmes et des Erees, par les préparatifs d’hostilité qui se faisoient dans la baie, et la frayeur que leur inspirèrent les soldats armés avec lesquels le Capitaine Cook avoit débarqué; que ces disposions étoient si contraires à l'amitié et à la confiance éta-
blies jusqu’ alors entre les Insulaires et nous, que si les Naturels avoient pris les armés, c'étoit évidemment pour défendre leur Roi, dont ils supposoient, non sans raison,
38a | “TROISIÈME VOYAGE
que nous voulions nous assurer. de force, et qu'il étoit na: turel d'attezdre cetft démarche d'un peuple rempli x tion et d’attachement pour ses Chefs.
A ces motifs d'humanité, on'en ajouta d’autres que dier toit la prudence; onfitobserver que nous manquions d’eau et de nourritures fraîches ; qu'il faudroit six ou huit jours de iravail pour établir notre mât d’artimon; que .le printemps approchoit, et que nous devions nous occuper uniquement de notre campagne au Nord; que si nous nous livrins à des projets de vengeance contre les Insulaires; on pourroit nous accuser d'une cruauté inutile, et que leur exécution produiroit an délai inévitable dans l'équipement des vaisseaux.
Le Capitaine Clerke appuyoit ce detnier avis. Quoique bien convaincu que des actes brusques et férmes de vengeance rempliroient moins nos vues d'humanité et ‘de sagesse, je ne fus. pas fâché de voir désapprouvez les mesures que je recommandois : car si le mépris insolent des Naturels du pays, et l'opposition qu'ils formérent ensuite aux travaux que nous fûmes obligés de faire sur la côte, opposition qui, je n'en doute pas , provenoit d’une fausse interprétation donnée à notre douceur, nous contraignirent à la fin de recourir à la violence, je ne suis pas sûr que les circonstances eussent justifié aux yeux de l'Europe, l'usage prématuré de la force. Les rigueurs de précautions excitent toujours la censure, et on peut remarquer d’ailleurs que le succès des moyens de cette PaRER en-rend la nécessité moins apparente.
Tandis que nous délibérions sur le parti qu'il falloit prendre, une multitude innombrable d’insulaires défendoient la côte; quelques-uns d’entre eux arrivèrent en pirogues;
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i d’affec-
y que dice s d'eau et jours de le prinper uni- DUS nous sulaires ; que leur ipement
Quoique de vent ‘de sales melent des ensuite la côte, e fausse ignirent que les l'usage is EXCIailleurs
| la né-
it pren 1doient ogues ;
ils eurent la hardiesse de venir à la portée du pistolet, de nous défier, et de nous donner diverses marques de mépris. Nous eùmes beaucoup de peine à contenir les matelots, qui, en ces occasions, vouloient se servir de leurs armes; mais. comme nous avions adopté des mesures pacifiques, on permit aux Naturels de s’en retourner tranquillement.
Pour exécuter notre plan, on décida que je marcherois vers la côte avec les embarcations des deux vaisseaux bien . arméeset bien équipées ; que je tâcherois, s’il étoit possible, d'obtenir un pourparler , et d'entrer en conférence avec quelques-uns des Chefs. |
On me chargea, si cette première tentative avoit du . succès, de réclamer les corps de nos Camarades , -et celui de M. Cook en particulier ; de menacer de notre vengeance les habitans de l'Isle, en cas de refus; mais de ne pas tirer à moins qu'on ne m'attaquât ; et quoi qu'il pût arriver, de ne point descendre sur la côte. On me donna ces ordres devant tout le détachement, et de la manière la plus positive. 4
Je quittai les vaisseaux à environ quatre.heures du soir; et à l'approche du rivage, tout m’annonça que nous y se-. rions reçus en ennemis. La foule étoit en mouvement, les femmes et les enfans se retiroient , les hommes mettoient leurs nattes de combat, et ils s’armoient de longues piques et de dagues. J'observai aussi que depuis le matin, on avoit construit.des parapets de pierre le long de la grève où le Capitaine Cook avait débarqué; il me sembla que les 1nsulaires s’attendoient à une attaque dans cette partie. Dès que nous fümes à leur portée, ils nous jetèrent des pierres avec des frondes; mais ils ne nous firent aucun mal : je. jugeai que je m'efforcerois en vain de lèur proposer une
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