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394 (ot: RROISIÈME VOYAGE
la permission de ‘profiter de la première obçasion: favo> rable de venger la mort de leur Commandent. M. Clerte, averti par moi de ce qui se passoit, ordonna de tirer quelques coups de canon au milien des Naturels: établis sur le rivage ; et il promit à nos gens ; que si:nos travailleurs étoient insultés le-lendemain à TT. son ne ne imposeroit.plus la modération. 1: :!
. C'est une chose digne de ‘remarque, qu'avant d'avoir ; pu pointer notre artillerie, les Insulaires devinèsent nos intentions ; d'après. le mouvement: qW'ils aperçurent ay vaisseau, et qu'ils s'étoient retirés derrière leurs maisons et leurs murailles: Nous fames donc obligés, en quelque sorté; de tirer à boulet perdu: et cépendant nos coups préduisirent tout l'effét que nuus: pouvions désirer; car nous ne tardâmes pas à voir Koahiqui ramoit vers nous avec précipitation ; il.nous dit-que quelques-uns de: ses compatriotes : @iet été tués, ét ‘entre autres Maïha- Mhiha, l'un des principaux Chefs eu P#ÿS et proche ” rent du Roï(*)..
. Peu de temps après Veévée æ Koah, deux jeunes garçoss partirent du: Movrai , et ils. ptgèrent du côté des vaisseaux ; Hs: ayoient une pique à la main,et lorsqu'ils furentassez près de nous, ils entonnèrent ; sur un air très: ge , une «uanson dans laquellé nous remarquêmes go:
at lé mot Orono:; ils nous indiquérent le village 6ù le Capitaine Cook avoit été tué ‘et nous jugeâmes qu'ils fai-
et), On, gmploie communément dans la: langue de ces Isles le mot de Mattee, pour désigner un homme tué au blessé ; on nous dit ensuite que ce Chef avoit: reçu ‘au visage uû 1 ES dr ven éclat de pierte eïlevé par nos boulets, : :
DE COOK. (1779) 895 soient allusion à l'accident déplorable qui nous étoit arrivé. Lorsqu'ils eurent chanté d'un ton plaintit, dix on douze org pendant lesquelles ils demeurèrent toujours dans
, ils allèrent à bord de {4 Découverte; ils livrèrent “à piques, et ik: retouraèrent bientôt à la côte. Nous 9'avons jamais pu savoir qui les avoit envoyés ; ni quel fut l'objet de oette cérémonie.
Nous primes, à l'entrée de la nuit, les prete of divaires pour la sûreté des vaisseaux ; et dès qu'il n'y eut plus de jour , nos deux amis , qui nous avoient fait une visite la veille au soir, revinrent. Îls nous assurèrent que l'effet des canons trés dans le cours de l'après-dinée, avoit extrémement épouvanté les Chefs de l'Isle, mais qu'ils n'avaient point renoncé à leurs projets d'hostilité , et que si nous les es croyions , nous nous tiendrions sur ri0$ gardes.
Le lendemain au matia , les embarcations des deux vaisseaux furent envoyées à terre pour y remplir les futaîlles, et la Découverte fat remorquée près du rivage , afin de protéger les travailleurs. Nous reconnûmes bientôt qué d'avis des Prêtres n’étoit pas sans fondements et que les Naturels avoient résolu de profiter de toutes les occasions de nous faire du mal ; quand ils le par sans beaucoup de danger.
La plupart des villages des lsles de ce groupe sont situés près de la mer ;'et le terrain adjacent est convert par des murailles de pierre d'envirou trois pieds de hauteur. Nous crûmes d'abord que ces murs séparoient les diverses propriétés; mais nous vimes alors qu’ils servent à défendre le pays contre upe invasion , et que, selon toute apparence ; £'avoit- été le principal but des Insulaires qui les :
construisirent. Elles sont composées de pierres mobiles ; les habitans les changent de place avec beaucoup d'adresse, et ils les établissent dans les endroits où ils craignent d’être attaqués. Les flancs de la montagne suspendue sur la baie, contiennent aussi de petits trous, on des cavernes d’une profondeur considérable , dent l’entrésest défendue: par un rempart de la même espèce. Les Naturels cachés der-. rière ces parapéts, harassèrent sans cesse, à coups de pierres, ceux de nos gens qui remplissoient les futaillss, et les coups de fusil du petit détachement que nous avions sur la côte, ne purent les forcer à la retraite. .
Nos travailleurs ainsi exposés, furent si occupés de leur défense personuelle, qu'ils remplirent une seule barrique dans le cours de l'après-dinée. Comme il étoit impossible de faire la quantité d’eau qui: nous.étoit nécessaire sans éloigner les assaillans, /4 Découcerte ent ordre de les déloger à coups de.canon : quelques décharges suffirent pour cela, et nos gens débarquèrent tranquillement. Les Naturels néanmoius ne tardérent, pas à reparoître et à recommencer leur attaque : nous nous vimes forcés alors de brûler quelques maisons éparses près du puits, derrière lesquelles ils se réfugiaient. Je le dis avec regret, les matelots chargés de ces. ordres, se livrèrent à une cruauté :et à une dévastation qu'on pouvoit éviter. Il faut sans doute pardonner quelque chose au ressentiment que leur inspiroient les insultes. multipliées et les outrages des Naturels du pays: le désir bien naturel qu'ils montrèrent de venger la mort de M. Cook inérite de lindulgence; mais leur con: duite me persuada fortement, qu’en pareille occasion , on doit employer les précautions les plus grandes , lorsqu'on accorde , mê:ne pour un moment, un usage illimité de
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DS'COOK. (1779) 397 leurs armes aux matelots et aux soldats. La rigueur dela discipline et l'habitude de l'obéissance ; qui sont pour eux un frein continuel , leur font penser assez nâturellement
4 ue la mesure de leur force est celle de leurs droits. La désobéissance formelle étant presque le seul délit pouc lequel ils s’attendent à une punition, ils s’accoutument à regarder les châtimens comme la seule règle du juste et de l'injuste; ils sont portés à conclure qu'ils peuvent faire avec justice et avec honneur, tout ce qu’ils peuvent faire avec impunité, Aius: , les sentimens d'humanité qui se trouvent au fond du cœur de tous les hommes, et cette générosité à l'égard d’un ennemi qui ne fait point de résistance, laquelle est, en d’autres occasions, le caractère distinctii des braves gens, deviennent une foible barrière contre l'exercice de la violence, lorsqu'ils sont opposés aux désirs qu'ont les équipages de montrer leur indépendance et leur
pouvoir.
J'ai déjà dit qu'on avoit ordonné de brûler seulement un petit nombre de cabanes éparses, qui offrvient un rempart aux Naturels. Nous fûmes donc très-surpris de voir le village entier en feu; et avant g”’un canot, eavoyé pour arrêter les progrès de l'incendie, pût arriver à la côte , la flamme dévoroit les maisons de: nos fidèles amis Jes Prêtres. J'étois malade ce jour-là , et je ne puis assez déplorer ce contre-temps, qui me contraignit de demeurer à bord. Les Prêtres avoient été sous ma protection, et les Officiers qui se trouvoient de service ayant par malheur été rarement aux environs du Morai, ne connoissoient pas beaucoup la position des cabanes de ce district. Si j'avois. été à terre, il est probable que je serois parvenu à garantir de ce malheur la communauté des Prêtres.
© Nos gens tirérent sur plusieurs des Naturels qui es sayoient de se sauver du milieu des flammes , et ils rap portèrent à bord les têtes de deux d’entre eux qu'ils avoietit coupées. La:mort de l'un des Insulaires nous affligea tous; cet infortuné venoit chercher dé l’eau au puits, et l’un des soldats de marine lui tira un coup de fusil : sa callebasse ayant été frappée pat la balle, il la jeta à terre et il prit la fuite ; on le poursuivit dans une dés cavernes que j'ai décrites auparavant , et il s’y défendit avec le courage et la férocité d’un lion ; mais il expira énfin couvert de bles: sures, après avoir tenu un teinps Considérable éh haleine, deux hommes Ge notre détachement. Cet accident nous instruisit, pour la première fois, de l'usage des cavernes du pays.
: Nos gens firent un vieillard prisonniet en cette occasion ; ils le garottèrent, et ils l’envoyèrent à bord sur le canot qui nous apporta les deux têtes dont je parlois tout à-l'heure. L’effroi n'a peut-être jamais été peint aussi fortement sur le visage dé personne; et il est difficile de con: cevoir l'extravagante joie qui succéda à sa profonde dou: leur, quand nous l'eùmes délié, et que nous lui eûmes dit qu'il pouvoit retourner dans l'Isle. Il nous prouva qu'il avoit de la reconnoissance ; tar il nous apporta par la suite des provisions poùr lesquelles il nè voulut rien rece: voir, et il nous rendit d'autres se”vices.
Peu de temps après l'incendie du village, nous aperçûmes un Lummé qui descendoit la colline, et qui étoit suivi de quinze ou vingt jeunes garcons, dans les mains desquels nous distinguâmes des pièces d’étoffe blanche, dés rameaux verts, des bananes, etc. Je né sais comment ilarriva que cette paisible ambassade reçut le feu d’un de
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A Vue (or) uy nos. détachemens , dès qu’elle-fr1…t à la portée du fusil. Cette attique- me changea rien à leur marche; ils continuèrent lèur procession; et l'Officier qui étoit de service arriva assez tôt pour empêcher une seconde décharge Lorsqu'ils farènt plus près de nous ; nous reconnümes notre ami Kaireekeea ; pour lequel nous avions beaucoup d'estime ; il avoit pris la fuite lorsque nos gens mirent Je feuau village;
‘il étoit revenu ser la côte, et il avoit demandé Ré on l’en-
voyât à bord de 4 Résolution.
: Quand il arriva, ilétoit très-grave et très .pensif, ñous essayämes de lui faire comprendre que nous avions été obligés de brüler le village; que sa maisot.et celles des Prêtres, ses confrères, avoient été consumées malgrénows: il tous reprocha légèrémeht d’avoir manqué d'amitié , et il dit quelques mots sur notre ingratitude. Nous ne sûmes qu'alors toute l'étendue du mal que nous leur avions fait. Il nous assura que Comptant sur mes promesses et sur les assurances postérieures des habitans ‘de l'Isle qui nous avoient apporté quelques-unes des chôses que noùs redemandions, ils n'avoient pas transporté leurs richesses dans l'intérieur du paÿs, ainsi que les autres Insulaires; qu'ils avoient mis dans une maison voisine du Morai, ce qu'ils possédoient de précieux , et ce quenous leur avions donné, et que tout avoit été la proie des flammes.
En montant à bord, il aperçut les têtes de ses compatriotes exposées sur le pont; elles lui cuusèrent une émotion très - douloureuse, et il nous pria avec instance de les jeter à la mer. Le Capitaine Clerke le satisfit au même moment.
Le détachement chargé de remplir les fatailles revint le soir aux vaisseaux; il w'avoit pas été interrompu. dans
-&vo ‘TROISIÈME VOYAGE
son travail, La nuit, fut très: désagréable pour nous ; les cris et les lamentations qu’on:entendoit sur:la côte redonblérent; l'espoir de n'être plus: contraint d'employer: là violence et la rigueur fut notre seule consolation, :
Ce qui est singulier , au milieu: de tous ces: troables ; les femmes de l'Isle qui se trouvoient à: bordne demandèrent jamais-à s’en aller, et elles ne témoignèrent-pas la plus légère inquiétude: pour elles-mêmes ou pour leurs amis; Nous les jugeâmes très-insensibles à ce qui se passait ; et quelques-unes d’entre elles, placées sur le pont lorsque l'incendie consumoit la bonreads. parurent admirer ce spectacle, et elles s’écrièrent souvent mui-fai, c Na très-beau. EE) "
Koah vint aux vaisseaux. le: lendemain. au matin slots son usage : comme rien ne nous obligeoit plus à avoir de la modération à son égard, on me permit de le traiter comme je voudrois. Lorsqu'il fut aux flancs de 24 Réso-
dution, aw'il eut entonné sa chanson et qu’il: m’eut offert CAL: | q
un cochon et des bananes ; je lui ordonnaj de se retirer, et je l'avertis de ne‘plus se montrer sans les restes. du Capitaine Cook ; je lui dis qu ‘il pourroit bien: payer de-sa tête les mensonges et les fourberies dont ils’étoit rendu coupable envers nous. Il ne parut pas trop mortfié de cet accueil ; il retourna sur-le-champ à terre, et il se joignit à une troupe de ses compatriotes qui jetèrent des pierres à un détachement chargé de remplir les futailles. Nous trouvâmes à l'entrée de la caverne le corps dû jeune homme qui avoit été tué la veille ; et quelques personnes de notre équipage allèrent le couvrir d’une natte. Des geus du pays ne tardèrent pas à l’ewporter sur leurs épaules, et ils Chantèrent une chanson plaintive durant leur marche:
ous ; les > redonoyer:là
oables; mandé- «pas la s amis; sait ; et 0 sque rer ce à-dire, » selon yoir de traiter Réso- “offert etirer, es du “de:sa rendu de cet oignit ierres Nous jeune onnes , gens es, et che! .
DE COOK+ . (1779) 4ot
Les Insulaires , convaincus enfin que si nous avions jusqu'ici souffert leurs insultes, ce n’étoit pas par foiblesse .cessérent de nous. inquiéter. Un Chef, nomme Eappo, qui nous avoit fait peu de visites, mais que nous connoissions pour un personnage de la première importance, vint le soir nous demander la paix de la part de Terreeboo, et il nous apporta des présens : nous reçûmes ses ei y et nous lui répondimes, comme nous lavions déjà fait tant de fois,.qu’il n’obtiendroit la paix qu'après nous, avoir rendu Jes restes du Capitaine Cook. Il nous dit que la chair de nos soldats de marine et les os de la poitrine et de l'estomac avoient été brûlés; mais que ceux des bras, des mains, des jambes et des cuisses avoient été partagés entre les Chefs inférieurs; qu'on avoit, disposé autrement du corps du Capitaine Gook ; qu'on avoit donné la tête à un grand Chef appelé Kahoo-opeou, la chair à Mahia-Mahia, et les cuisses, les jambes et les bras à Terreeoboo. Dès que le crépuscule eut cessé, plusieurs Naturels arrivèrent avec des racines et d’autres végétaux, et Kaireekeea
nous fit aussi deux présens considérables de lamêmeespèce.
Des messages qui eurent lieu entre le Capitaine Clerke et Terreeoboo, employèrent la plus grande partie du 19. Eappo nous pressoit vivement d'envoyer à terre un de nos Officiers , et il offrit de demeurer en ôtage sur nos vaisseaux. Nous ne crûmes pas devoir souscrire à sa demande, et il nous quitta avec la promesse de nous rapporter les ossemens le lendemain. Le détachement qui remplissoit les barriques dans l'Isle, ne rencontra point d’obstacles de la part des Naturels. Malgré notre réserve, ceux-ci revinrent aux vaisseaux sans montrer le moins du monde de la défiance ou de la crainte.