Tome III
fo TROISIÈME VOYAGES Nous'eûmes la satisfaction de voir le 20, dès le grand matin, le mât d'artimon dé / Résolution rétabli : cette opétation fut difficile. et un peu dangereuse; nos cordages étoient si pourris que l'appareil rompit plusieurs fois.
Entre dix et onze heures, une multitude d’Insulairés descendit la colline qui domine la grève; ils formoient une espèce de procession; ils portoient une canne ou deux de sucre sur leurs épaules , et ils avoient dans leurs mains du fruit à pain, du tro et des bananes ; ils étoiént précédés de deux tambours, qui, arrivés au bord dela mer, s'assirent au pied du pavillon blanc et se mirent à frapper sur leurs instrumens. Leurs compatriotes, qui les Suivoient à la file, s'avancérent l'ur aprés l’autre, et après avoir déposé les présens qu'ils appoftoient, ils se retirèrent dans le même ordre. Nous ne tardâmes pas à apercevoir Eappo revêtu d'un long manteau de plumes : il tenoit quelque chose avec beancoup de soin, et s'étant placé sur un rocher, il nous fit signe de lui envoyer un canot.
‘Le Capitaine Clerke pensa qn'Eappo ‘nous apportoit les restes de M. Cook, et sa conjecture se trouva bien. fondée : il prit la pinasse, il alla lui-même les recevoir, et il m'ordonna de le suivre avec la chaloupe. Lorsque nous fümes arrivés au rivage , Éappo entra dans la pinasse et il remit les restes de M. Côok enveloppés dans une quantité considérable d’une très-belle étoffe neuve, et couverts d'un manteau semé de plumes noires et blanches. Il s’em- ‘barqua avec nous, mais nous ne pümes le déterminer à monter à bord de / Résolution ; ïl est vraisemblable qu'il ne voulut pas par décence assister à l'ouverture du paquet. Nous y trouvâmes les mains de M. Cook bien
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DE COOK. (1779) 403 entières, nous Les reconnûmes aisément à une large cicatrice qui séparoit le pouce de l'avant-doigt : nous y trouvâmes de plus l'as du métacarpe et la tête dépouillée de la chair (la chevelure avoit été coupée, et elle étoit séparée du crâne et jointe aux oreilles) ; les os de la face manquoient; ous y trouvàmes aussi ceux des deux bras auxquels pendoit le peau des avant-bras ; les os des jambes et des cuisses réunis, mais sans pieds. Les ligamens des jointures, étoient en bon état : le tout sembloit avoir élé au fen, si j'en excepte les mains, qui conservoient leur £bair, mais qui étoient découpées en plusieurs endroits et remplies de sel , selon toute apparence afin qu’elles se gardassent plus long-temps. La partie du. derrière de la chevelure offroit une estafilade, mais on ne voyoit point de fracture au crâne. Eappo nous dit que quelques-uns des Chefs s’étoient emparés de la mandibule inférieure et des pieds, et que Terreeoboo mettoit en usage tous ses oyens pour des ravoir.
Eappo et le fils du Roi vinrent à bord.le 21 au matin ; is apportèrent le reste des ossemens du Capitaine Cook, les deux canons de son fusil, ses souliers, et quelques autres choses, Eappo s’efforça de nous prouver que ‘Lerréeoboo , Maiha-Maiha et lui-même, désiroient très-sincérement la paix; qu'ils nous avoient donné la preuve la plus décisive de leurs intentions pacifiques, et, que d’autres Chefs dont plusieurs étoient encore nos ennemis lesavoient émpêchés de nous les donner plus tôt. Ilmontralé plus grand
Chagrinsurla mort de six Chefs que nous avions tués, quel-
ques-uns desquels étoient nos meilleurs amis, à ce qu'ilnous
assura. Îl:nous protesta que lu chaloupe de /z Décowverte
avoit été emmenée par lesgens de Pareea , vraisemblable- 26 *
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ment afin de se venger du coup qu'il avoit reçu, et qu’elle avoit été mise en pièces le lendémain.. Il ajouta que les bras des soldats de marine, dont nous voulions aussi exiger la restitution, avoïent ‘été emportés par le pl ap et qu'il étoit hpoaiblé de les retrouver, qn’on r'avoit conservé que les ossemens du Capitaine Cook, parce qu'ils devoient ons en partage à Terreeoboo et aux Erees. '
Ine nous restoit loi qu’à procéder aux funérailles de notre illustre et malkieureux Commandant: Nous renvoyâmes Eappo, en lui enjoignant de mettre le 2200 sur toute la baïe ; ‘et les ossemens de M. Cook ayant été déposés l'après-midi dans une bière, on les jeta à la mer avec l'appareil accoutumé. Les lecteurs imagineront , s'ils le peuvent, quelle fut notre douleur durant cette triste cérémonie. Ceux qui y assistèrent. savent qu'il m'est impossible de l'exprimer. ?
Nous n'aperçûmes pas une pirogne dans une baie durant la matinée du 22; le #ab00 qu'Eappo y avoit. mis la veille, à notre instigation, n'avoit pas encore Été révoqué. Nous l’assurâmes que nous étions complètement satisfaits, etque le souvenir de ce qui s'étoit passé avoit été enseveli dans le cercueil d’Orono. Nous le primes ensuite d'ôter le 2800 et de publier que les Insulaires poavoient selon leur usage nous apporter des provisions. -: Les vaisseaux furent bientôt environnés d'embarcations du pays: la plupart des Chefs se rendirent sur notre bord; ils témoignèrent un vif chagrin sur la mésintelligence survenue entre nous, ctune grande joie de ce que nous étions réconciliés. Plusieurs de nos amis, qui ne viirent pas “ous voir, nous envoyèrent de gros cochons et des ipro-
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DE COOK. (1779) 405 visions. Le perfide Koah eut encore la hardiesse de revenir, mais nous ne voulûmes pas le recevoir.
Comme nousétions prêts à remettre en mer, le Capitaine Clerke, convaincu que si lanouvelle de nos violences à Owhyhee arrivoit avant nos vaisseaux aux Jsles situées sous le vent, il en résulteroit des effets facheux pour nous, donna ordre de démarrer. Nous renvoyâmes tous les Insulaires vers les huit heures du soir, et Eappo et le fidèle Kaireakeea nous firent de tendres adieux. Nous appareillämes immédiatement après et nous sortimes de la baie. Les Naturels bordoient en foule le rivage, et à mesure que nous passâmes devant eux , ils reçurent nos derniers adieux
avec toutes les marques possibles d'affection et de bienvsillance. |