‹ Troisièmes mélangesChapitre 25 sur 96 · XXXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXVI PRÉFACE

d'admettre parce qu'on est tenu d'y conformer ses actes. Mais il croit aussi qu'en dehors de ce droit chacun peut licitement agir et penser à son gré } sans autre règle que la règle logique et naturelle de la raison même. Donc , pour lui , deux ordres , un ordre d'obéissance et un ordre de liberté, et l'homme, passif dans le premier ordre, n'étant actif que dans le dernier, c'est en celui-ci que s'opère le développement de l'humanité, en lui que réside le principe de tout progrès comme de tout mouvement.

D'accord avec là foi et la conscience du genre humain, le catholicisme admet ce qu'elles proclament. Il reconnoît formellement l'existence des deux ordres que nous venons de nommer d'obéissance et de liberté. Partant du fait de la révélation , qui est sa base première , il établit qu'en dehors des dogmes et des préceptes révélés , la raison et la volonté sont , à son égard, entièrement libres. Il ajoute seulement que le fondateur du christianisme a institué une autorité extérieure perpétuelle, pour conserver , promulguer, interpréter infailliblement le dogme et les préceptes révélés. On doit obéir à cette autorité en tout ce qui est de sa sphère , en tout ce qui dépend cle la révélation ; cette dette acquittée , on ne lui doit rien en vertu de son droit propre.

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Ces deux ordres, reconnus unanimement, renferment les conditions essentielles de la vie de l'humanité, et correspondent respectivement à ses deux lois premières : la loi d'unité, qui comprend les devoirs, lesquels lient les hommes entre eux et à Dieu même ; la loi de liberté , par laquelle s'opère le développement individuel et le développement commun. Bien que ces ordres subsistent simultanément et se supposent l'un l'autre à plusieurs égards , on ne sauroit les concevoir comme distincts sans les concevoir comme indépendants. Faire dépendre en effet , à un degré quelconque , l'obéissance de la liberté , la liberté de l'obéissance, c'est évidemment les détruire toutes deux. Quel que soit l'acte, on n'obéit pas quand on est de droit libre de ne pas obéir; on n'est pas libre quand on est de droit obligé d'obéir. La question maintenant consiste à savoir , le système catholique étant donné , comment ces deux ordres également légitimes , également nécessaires , peuvent subsister ensemble, complets tous deux, indépendants tous deux. Cette question est implicitement au fond de tous les esprits , et quiconque la comprendra bien, avouera qu'il n'en est aucune aujourd'hui de plus importante, aucune qui appelle plus impérieusement une prompte et tranquillisante solution. Et comme nulle solu-

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