PRÉFACE. LI
pendance mutuelle des hommes à raison de leur égalité essentielle et native , peut appartenir et appartient réellement à chacun d'eux : et c'est ce qui se déduit encore du sentiment commun des catholiques sur l'origine du pouvoir , dès qu'on a éclairci les idées en définissant les termes. Le pouvoir, selon cette théorie, réside primitivement dans la communauté : la communauté qui crée un pouvoir distinct d'elle, en communiquant celui qu'elle tient immédiatement de Dieu , est donc primitivement indépendante, et comme son pouvoir ne se perd point par la délégation qu'elle en fait, elle demeure , après cette délégation , radicalement indépendante. Si donc, ainsi que nous l'avons montré , la souveraineté n'est que l'indépendance , la communauté , radicalement indépendante, est radicalement souveraine. D'une part , l'indépendance étant un droit inhérent à la nature de l'homme , il ne pourroit y renoncer , s'en dépouiller , quand il le voudroit ; en obéissant de fait , il resteroit libre de droit. De plus il est visible qu'on ne peut déléguer son indépendance ; on ne peut do ne déléguer la souveraineté ; le pouvoir qu'on avoue être délégué n'est donc pas la souveraineté; et dès lors qu'est- il, que peutil être qu'une fonction jugée indispensable par la communauté souveraine, à sa conservation,
LU I'KIÎFACï.
ou à la conservation de son droit , lequel se résout clans sa liberté? Et c'est, en effet, une maxime universellement reçue, que le peuple n'existe pas pour le pouvoir, mais le pouvoir pour le peuple.
Nous ne faisons pas en ce moment un traité de la société ; nous indiquons seulement les points de vue négligés par nous dans les controverses où nous nous sommes trouvé engagé; nous complétons quelques idées, nous en rectifions d'inexactes; nous nous critiquons enfin nous-même , selon nos lumières présentes , tout prêt également à déférer aux critiques d'autrui , lorsqu'elles nous paraîtront fondées.
Au reste nous avons toujours reconnu aux peuples des droits imprescriptibles, quoiqu'ils ne fussent pas nettement définis dans notre esprit ; toujours nous avons hautement protesté contre le despotisme et repoussé la tyrannie avec une profonde horreur. Si nous ne nous trompons , chacun de nos ouvrages marque quelque progrès fait dans la route où nous marchons aujourd'hui d'un pas plus ferme , parce qu'elle est pour nous mieux éclairée. Ainsi les Progrès de la Révolution indiquaient déjà notre sympathie politique pour le libéralisme , que nous combattions uniquement sous le rapport religieux, montrant que