‹ Troisièmes mélangesChapitre 37 sur 96 · LVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

LVI PRÉFACE

blic, et qui, pénétrant jusqu'au fond de la société, avoit changé les lois , les mœurs, les habitudes , la position de chacun, ses relations , ses intérêts, au bout de vingt-cinq années d'une existence nouvelle , l'ancien pouvoir reparut, ramenant avec lui les idées anciennes et le droit ancien qui formoit son titre. C'est ce qu'on nomma la Restauration. Il est clair qu'elle n'étoit, ne pouvoit rien être, à moins qu'elle ne fût une contre-révolution. Mais eûton même possédé assez de force pour tenter sans imprudence la destruction de l'ordre existant, d'un ordre qui , quel qu'il fût, s'étoit identifié avec la vie de tout un peuple , on devoit s'attendre à une résistance opiniâtre, terrible , à de longs et profonds bouleversements , à des désordres , des calamités , dont plusieurs générations peut-être n'auroient pas vu le terme. On préféra donc opérer, s'il étoit possible, une sorte de conciliation entre le passé et le présent. Il y eut un traité , un pacte conclu entre la royauté et la nation, et ce pacte réellement synallagmatique et considéré comme tel par la nation, quoique la royauté essayât de lui donner , à son bénéfice , un autre caractère , devint , sous le nom de Charte, la loi constitutive du pays.

Son vice radical consistoit à mettre en présence et en opposition légale, au sein même

PREFACE. LVH

du pouvoir, deux principes qui s'excluent l'un l'autre, le principe monarchique et le principe démocratique. Toutefois cette inconséquence, ainsi que nous venons de le dire, avoit été inévitable. Elle nen produisit pas moins ses effets. La royauté sentit d'instinct que la démocratie la menaçoit perpétuellement dans son existence. La démocratie sentit également que la royauté devoit tendre incessamment à la renverser. D'où une défiance mutuelle, une guerre sourde d'abord , et bientôt après ouvertement déclarée. Dans les guerres de cette sorte presque jamais on ne met en avant, de chaque côté, que les prétextes, parce que, des deux côtés , on a besoin de respecter en apparence les limites légales, et que la vraie question posée nettement seroit déjà la révolution. Or, on ne franchit ce pas décisif, que lorsqu'on se croit assuré de vaincre, et cette assurance ce ne sont point les chefs politiques qui l'ont, c'est le peuple qui la puise dans le sentiment intime de sa volonté et de sa force. Peu importent aujourd'hui les innombrables discussions de détail sur les actes de la royauté et de son gouvernement. Quand elle n'eût pas fourni de sujets fondés d'attaque, on en auroit cherché, on en auroit trouvé de plausibles aux yeux des partis , et cela suffisoit. A mesure que par les nécessités mêmes

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