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sur elle à leur profit, au mépris de toutes les notions de justice gravées dans la conscience universelle! Il nous sembloit que s'il étoitune voix pour ramener le monde au catholicisme, c'étoit celle-là.
D'une autre part cependant , il est certain que l'application de ces idées auroit en définitive conduit l'Eglise à l'abdication de sa puissance temporelle et l'auroit privée de la mesure quelconque de secours et de protection que lui accordent les gouvernements, non à cause d'elle, mais à cause d'eux-mêmes. Il est certain que le Pape n'eût conservé d'autre autorité que son autorité spirituelle, et que toute contrainte extérieure en matière de religion seroit devenue complètement impossible. Or, après un mûr examen sans doute , le Souverain Pontife, en cela pleinement d'accord avec l'épiscopat , a jugé que ce seroit au moins compromettre l'existence du catholicisme que de renoncer aux avantages qu'on vient d'énumérer, et que sa conservation, au siècle où nous sommes, dépendoit plutôt de la force en quelque sorte matérielle de son organisation extérieure, que de la force intrinsèque et toute morale qu'il puise dans sa nature même. Maintenant que la hiérarchie a prononcé, nous devons le croire et nous le croyons.
Les bases de son jugement, ainsi que l'ordre
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de déductions logiques qui ont déterminé le système de conduite adopté par elle dans les graves circonstances où se trouvent l'Eglise et la société , méritent une attention sérieuse. Notre conscience nous a fait un devoir de les bien saisir; car il importe à chacun de savoir ce que pense le corps pastoral , c'est-à-dire ce qu'on est soi-même catholiquement obligé de penser.
Dans une instruction solennelle adressée aux Patriarches , Primats , Archevêques et Evêques du monde entier, le Pape a expressément déclaré, au sujet de la liberté de la presse, qu'on ne saurait assez la détester. La liberté de la presse , c'est la liberté publique de la parole et de l'enseignement, de l'examen et de la discussion. Le Pape juge donc cette liberté au moins très-dangereuse pour le catholicisme. Dire qu'il réprouve seulement ce qu'on appelle la mauvaise presse, c'est dire une chose vraie. Mais qu'est-ce à ses yeux que la mauvaise presse , sinon celle qui se montre hostile à la religion dont il est le chef? La liberté de la presse qu'on ne sauroit assez détester, est donc la liberté, non d'exprimer une pensée quelconque, mais certaines pensées, la liberté de proposer ses objections, ses doutes sur le catholicisme, quand on a le malheur de ne pas croire à sa vérité. Le Pape encore
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un coup a donc la conviction que cette liberté seroit funeste au catholicisme : autrement pourquoi devroit-on la détester ?
Telle est , ce nous semble , la maxime sur laquelle repose le système adopté par la hiérarchie. Il est clair, en effet, d'abord qu'elle a dû la déterminer à se séparer de la cause des peuples; car la cause des peuples est celle de toutes les libertés , et spécialement de celle de la presse. La maxime d'où elle part une fois posée , c'étoit donc pour elle un devoir rigoureux d'employer tousses efforts pour détourner les catholiques de s'associer au mouvement social qui emporte les nations vers un nouvel avenir. Elle devoit donc, par cela même , s'allier avec les souverainetés absolues contre les populations qui combattent pour s'affranchir du joug que chaque jour elles appesantissent davantage sur elles. Nous pensons qu'elle aura gémi de cette triste nécessité; mais, dans les idées qui sont les siennes, c'étoit évidemment une nécessité.
Cette alliance , sous un autre rapport, étoit encore indispensable. Sitôt qu'on se séparoit du peuple, il falloit se prémunir contre le peuple , chercher en dehors de lui un point d'appui pour réagir sur lui. Sitôt qu'on se défioit de la puissance morale du catholicisme , qu'on la jugeoit insuffisante pour assurer sa
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conservation, il falloit recourir à une puissance d'une autre nature ; et où la trouver , sinon dans une espèce de ligue avec ceux qui disposent de la force matérielle, avec les souverainetés enfin , catholiques ou non catholiques , ligue dont la condition fondamentale pourroit être exprimée ainsi : moi, Pouvoir Spirituel, je vous soutiendrai de mon autorité, parce que vous , Pouvoir temporel , vous me soutiendrez de vos armes. Nous nous sauverons ainsi de concert , et nous sauverons encore la société dont l'existence , attachée à notre double empire , est gravement menacée par les aveugles entreprises des peuples.
Le fruit immédiat de cette confédération des deux Pouvoirs étoit , pour le Pape , la conservation de ses états temporels, et, pour la hiérarchie en général, celle des avantages, quels qu'ils soient, qu'en chaque pays elle tient des Princes, le maintien d'une sorte d'harmonie entre elle et les gouvernements qui, en lui imposant leur tutelle , en l'accablant de mépris et de vexations sans nombre, en réduisant presque à quelques vaines formes son autorité propre, daignent néanmoins, comme nous l'avons dit , lui accorder, en une certaine mesure , avec des revenus qui la consolent , une protection qu'ils savent habilement tourner à leur profit. Or une protection quelconque r
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même une fausse protection qui tue lentement, vaut mieux qu'une persécution qui tue vite. Toujours gagne-t-on du temps, et, dans les innombrables combinaisons des choses , qui sait ce que le temps peut amener?
On ne doit pas toutefois se figurer que l'exécution d'un pareil système n'offrît aucunes difficultés. 11 enprésentoit de grandes au contraire, à raison de la diversité des événements qui ont placé les peuples dans des positions très-différentes et pour ainsi dire inverses. C'est ici surtout que le Pape a montré une sagesse admirable , en conciliant, par un mélange inconnu jusqu'à lui de fermeté et de condescendance, ce qui paroîtroit, au premier coup d'oeil , inconciliable. Ainsi , sans fléchir sur le droit de résistance que les peuples s'attribuent , en le réprouvant par ses décisions d'une manière absolue, comme opposé à la doctrine constante des Pères et de la tradition, il a su modifier dans l'application , avec une merveilleuse prudence , le principe établi dogmatiquement dans son inflexible rigueur. En Allemagne , en Italie , partout où la force est du côté des souverainetés , il ne tolère point les tentatives ni les vœux mêmes d'affranchissement. Dieu ordonne de se soumettre. Mais Dieu quelquefois aussi punit les princes,, transporte les royaumes. C'est ce qui
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est arrivé en Belgique, Un roi calviniste a été chassé : la révolution est accomplie , le Pape l'accepte et se félicite d'un changement nécessaire peut-être pour sauver la religion catholique dans cette contrée. La Pologne succombe dans sa lutte gigantesque contre l'Ahrimane du Nord. On la blâme d'avoir pris les armes et on l'exhorte à la soumission. Le Pape ignore-t-il donc que la soumission c'est l'exil, les mines, l'échafaud, que la soumission c'est le schisme? Non certes , mais il sait aussi qu'il ne peut rien à cela, qu'il faut se résigner à des maux inévitables, et que, s'il tenoit un autre langage , les conséquences pourroient en être la rupture de l'alliance sur laquelle il a fondé , en ces temps difficiles , le salut de l'Eglise. Et voulez -vous une preuve évidente , irréfragable , de cet esprit de condescendance dont nous l'avons loué à si juste titre? S'il existe en Europe un pays où le principe de la résistance prédomine activement, un pays révolutionnaire selon le sens le plus étendu du mot, c'est assurément l'Irlande, et tout le monde l'a déjà nommée, l'Irlande , depuis un demi-siècle, en permanente insurrection contre le Pouvoir qui l'opprime. Le Pape a-t-il ordonné au peuple irlandois de plier sons la domination de l'Angleterre ? Lui en a-t-il fait un devoir ? lui en a-t-jl même.
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donné le conseil ? il s'en est bien gardé ; il connoît trop ce peuple ardent, pour risquer près de lui de pareilles démarches , pour entreprendre de changer l'idée qu'il se fait de ses droits , ou de le déterminer à y renoncer. D'ailleurs qu'a-t-il à craindre du gouvernement anglais qui n'exige de lui aucune chose semblable ? Réservant donc pour d'autres nations plus traitables ou plus affoiblies la grande doctrine de la soumission passive, il laisse la remuante Irlande démêler ses querelles comme elle l'entend. Qui n'applaudi roit à cette haute prudence? Nous pourrions ajouter beaucoup d'autres exemples à ces preuves mémorables de la sagesse pontificale ; mais ils n'ajouteroient rien à l'admiration qu'elle doit inspirer.
En résumé et pour conclure, le catholicisme languit et tend à s'éteindre en Europe : les peuples s'en détachent, les rois ou l'attaquent d'une manière ouverte, ou le minent sourdement. Quel moyen de le ranimer, de lui rendre la vigueur que de jour en jour il semble perdre ? Tel étoit le problème à résoudre , et il offroit deux solutions. Plein de foi dans les vérités qui constituent fondamentalement le christianisme , dans sa puissance morale , dans l'harmonie de son esprit intime avec les instincts les plus élevés de l'humanité, on pou-
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voit, brisant les liens qui asservissent l'Église à l'État, l'affranchir de la dépendance qui entrave son action , l'associer au mouvement social qui prépare au monde des destinées nouvelles , à la liberté pour l'unir à l'ordre et redresser ses écarts , à la science pour la concilier, par une discussion sans entraves, avec le dogme éternel , au peuple pour verser sur ses immenses misères les flots intarissables de la charité divine. On pouvoit , en un mot , s'élevant au dessus de tous les intérêts terrestres , embrasser la croix nue, la croix du charpentier né pauvre et mort pauvre , la croix de celui qui , ne vivant que de son amour pour ses frères , leur apprit à se dévouer les uns pour les autres , la croix de Jésus fils de Dieu et fils de l'homme, et la planter à l'entrée des voies où le genre humain s'avance. On le pouvoit, nous le crûmes du moins. On pouvoit aussi resserrer l'ancienne alliance avec les Pouvoirs absolus , leur prêter secours contre les peuples et contre la liberté, afin d'obtenir d'eux une tolérance telle quelle , souder l'autel au trône, s'appuyer sur la force, tourner la croix vers le passé, la confiera la protection des protocoles diplomatiques , la confier à la garde des soldats chargés de contenir, la baïonnette sur la poitrine, les nations frémissantes. Rome a choisi ce dernier parti, elle en avoit
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le droit; et s'il est en nous une conviction profonde, c'est que, selon des vues au dessus des siennes mêmes , elle a été déterminée à ce choix par la Providence.
En politique, X Avenir combattoit tous les despotismes, quels qu'ils fussent; car peu importe que la tyrannie soit exercée par un ou plusieurs, qu'elle s'appelle roi, czar, empereur, ou comité de salut public; il la repoussoit également sous tous les noms et sous toutes les formes. Il réclamoit les conséquences de la souveraineté nationale, une liberté égale pour tous , entière pour tous , ce qui fut conquis en juillet et perdu le 7 août. Ennemi de l'anarchie qui, après avoir rompu les liens sociaux, engendre la dictature, il vouloit l'ordre : mais nul ordre sans justice, nulle justice sans égalité , et c'est pourquoi il demandoit que les Français , égaux devant la loi civile , le fussent aussi devant la loi politique ; il vouloit que l'homme , pleinement affranchi dans sa pensée , sa conscience , le fût encore dans sa personne , sa propriété , son industrie , son travail; qu'un vaste système d'élections, coordonnant toutes les parties de l'organisation politique, administrative et judiciaire, les ramenât de proche en proche à un centre dont l'unité représentât celle de la nation même, et la préservât des déchirements que tôt ou tard
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amèneroit le fédéralisme. Libre au dedans , forte au dehors, la France, gouvernée par ellemême , auroit pu porter une réforme sérieuse dans ses finances trop long-temps exploitées par d'avides intrigants , détruire progressivement les monopoles qui écrasent, dans l'intérêt de quelques privilégiés, son agriculture et son commerce, alléger l'impôt, l'asseoir sur de meilleures bases , et le répartir plus équitablement. C'est alors qu'on se seroit occupé avec fruit de l'amélioration du sort du peuple; car la loi, cessant d'être l'expression des intérêts de quelques uns , n'auroit plus étouffé, de sa dure et impérieuse voix , ce que l'humanité dit au cœur de quiconque possède une ame d'homme.
Nos idées , nos vœux de ce temps-là sont encore nos idées, nos vœux d'aujourd'hui. La réflexion ne les a modifiés qu'en un seul point. Plutôt afin de rapprocher des opinions sincères que par une réelle persuasion , nous nous montrâmes indifférent sur la grande question de l'hérédité du pouvoir, pourvu que ce pouvoir couronnât un ensemble d'institutions vraiment libres. Nous déclarâmes enfin la monarchie compatible avec la république. Que cette pensée fut à l'époque où nous l'énoncions et qu'elle ait continué d'être celle de plusieurs, on ne s'en étonne pas moins
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que des esprits sensés aient pu l'admettre un
seul moment. Dans une société libre , le pouvoir, simple exécuteur de la volonté nationale, ne commande pas, il obéit: or qu'est-ce qu'un droit héréditaire d'obéissance ? Dans une société libre , le pouvoir répond de ses actes au peuple qui l'a délégué, sans quoi la liberté, pouvant être impunément violée à tous les instants , ne seroit qu'une fiction dérisoire , un vain nom : or si le pouvoir est responsable, si le peuple qui le donne peut aussi l'ôter, comment est-il héréditaire? Et s'il est réellement héréditaire ou inamissible , excepté par suite d'une révolution que jamais la loi ne prévoit ni ne doit prévoir, comment seroit-il responsable, comment le peuple qui l'a donné pourroit-il l'ôter, en cas d'abus? Mais ce cas, dit-on, n'arrivera point, ou n'arrivera que rarement. C'est bien connoître la nature humaine. Dites que nécessairement il arrivera toujours. Les intérêts de l'Etat sontils les intérêts de celui qui le gouverne ? Les intérêts de sa famille sont-ils les intérêts de toutes les autres familles? Il tendra sans cesse à augmenter ses richesses , sa puissance , ne fut-ce que pour se défendre si on l'attaque, pour se maintenir s'il advenoit qu'on essayât de le renverser. Vous le faites fort , vous le faites inviolable, et vous vous figurez que per-