‹ Troisièmes mélangesChapitre 65 sur 96 · DIRIGÉES · texte numérisé non relu

DIRIGÉES

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a l'occasion de son ouvrage,

De la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil.

Juillet 1826.

Monsieur ,

Le zèle de la polémique ayant tout à coup saisi la famille de M. l'évêque d'Hermopolis, je me suis vu attaqué presque à la fois par M. Clausel de Montais , évéque de Chartres , par M. l'abbé Clausel de Coussergues, conseiller de l'Université, par M. Clausel de Coussergues , conseiller à la cour de cassation , et par M. l'abbé Boyer ? directeur au séminaire de Saint-Sulpice, tous compatriotes et parents de l'illustre auteur des Frais principes de V Eglise gallicane. Ainsi, par le seul dévoùment

4a LETTRE AU RÉDACTEUR

des siens , monseigneur d'Hermopolis a pu s'entourer d'une sorte de concile domestique, dans lequel M. de Coussergues, en sa double qualité de député et de magistrat, représente sans doute l'évèque du dehors. Je ne nie pas que cette autorité n'offre quelque chose de fort imposant. Toutefois , comme j'ai le malheur de ne pas croire extrêmement à la souveraineté du concile séparé du Pape, encore moins du concile opposé au Pape, j'oserai résister aux décisions de celui dont j'éprouve les rigueurs, jusquà ce que le consentement du Saint-Siège intervienne ; car , pour moi, c'est là mon quatrième article.

Très affermi dans ce sentiment, je me proposois, comme vous l'avez annoncé, Monsieur, de répondre à la lettre de M. l'évèque de Chartres. J'avois même interrompu à ce dessein un ouvrage plus étendu sur les grandes questions traitées dans mon dernier écrit, lorsque j'ai appris qu'un ecclésiastique plein de science et de talent s'occupoit de défendre la doctrine de l'Eglise romaine contre les attaques de MM. Clausel et de M. l'abbé Boy er. Je me suis alors décidé à reprendre mon premier travail, d'autant plus que cette controverse avec des hommes respectables, mais préoccupés exclusivement de quelques idées de famille, ne m'auroit pas fourni une seule fois l'occasion d'entrer dans le fond du sujet que j'ai à cœur d'écïaircir autant qu'il me sera possible. Si on retranchoit de leurs écrits les aménités gallicanes qui en ornent presque toutes les pages, il ne resteroit guère que de vieux sophis-

mes réfutés depuis des siècles, et trois ou quatre suppositions fausses sur lesquelles ils raisonnent constamment avec une confiance imperturbable.

Ainsi , quoique nous eussions dit , dans une lettre connue de M. l'évêque de Chartres, puisqu'il la cite : « Il y a donc manifestement une ignorance « profonde ou une insigne mauvaise foi dans le « reproche qu'on adresse aux Papes de s'arroger « sur le temporel des rois un pouvoir que Jésusce Christ ne leur a pas donné. Ils ne s'attribuent « d'autre pouvoir que le pouvoir spirituel qui leur « appartient de droit divin , et que nul catholique « ne leur conteste. La question agitée aujourd'hui « avec tant de chaleur consiste uniquement à « savoir jusqu'où s'étend ce pouvoir spirituel, dans « ses rapports avec la société politique chrétienne, « et la souveraineté qui la constitue (1). » Malgré, dis-je , des paroles si claires, M. l'évêque de Chartres n'en persiste pas moins à nous attribuer un sentiment tout différent, parce qu'enfin nous devons avoir dit ce qu'il lui convient que nous ayons dit : c'est sa méthode de réfutation. Il eût été plus utile peut-être d'examiner un petit nombre de questions simples telles que celle-ci :

Le droit de commander a-t-il, comme le devoir d'obéir, son fondement dans la loi divine?

Si le souverain n'a le droit de commander, et si les sujets ne sont tenus d'obéir qu'en vertu de la loi divine, par qui doivent être résolus, chez les

(1) Quotidienne du 13 avril 1826,

peuples chrétiens, les cloutes qui peuvent naître sur ce droit et sur ce devoir ?

Est-ce par le souverain? Est-ce par le peuple? ou par l'autorité à qui Jésus-Christ a confié la garde de la loi divine, et qu'il a chargée de la maintenir et de l'interpréter ?

La souveraineté peut-elle se perdre? Si elle peut se perdre, comment sait-on certainement qu'elle est perdue ? Sont-ce les événements qui décident? Mais qu'est-ce que les événements, si non des faits qui constatent de quel côté est la plus grande force? La force et le droit, est-ce une même chose? Que si la force ne suffit pas pour savoir quand un droit est réellement éteint, et pour créer un autre droit , s'il faut encore un jugement certain , qui rendra ce jugement ? Qui déterminera pour la conscience le moment où il est permis d'obéir à un souverain nouveau ? etc.

Des réponses précises à ces questions eussent été plus instructives qu'un commentaire sur des passages de l'Evangile, que tout le monde connaît, dont personne assurément ne conteste l'autorité, mais que M. l'évêquede Chartres se flatte de mieux comprendre que les souverains pontifes et même que les conciles œcuméniques.

A l'entendre, il sembleroit que nous eussions déclaré hérétique de fait quiconque professe les maximes de 1682, et il montre très doctement qu'un simple prêtre n'est pas l'Eglise universelle , n'est pas le vicaire de Jésus-Christ ; qu'U n'a le pouvoir ni de prononcer une sentence infaillible,

ni de porter juridiquement des censures contre aucune doctrine. En vérité, nous nous en doutions. Mais où avons-nous donc annoncé ces prétentions extravagantes? Sur quelle preuve nous accuse-t-on d'une pareille folie? Yauroit-il aussi une justice gallicane qui permît, pour combattre plus aisément ses adversaires, de leur prêter des absurdités auxquelles ils ne songèrent jamais? Nous avons dit et nous répétons que les maximes de 1682 renferment des conséquences hérétiques et schismatiques, qu'elles contiennent substantiellement des propositions déjà condamnées ; en un mot, nous avons dit ce que tout théologien a le droit de dire, et au lieu de dénaturer nos paroles , il eût mieux valu réfuter nos raisonnements ; mais on ne l'a pas même essayé ; c'étoit en effet plus difficile.

Dès qu'on s'écarte de la droite voie, Dieu ôte le sens; on ne sait où Ton va , on marche au hasard, afin qu'il soit visible à tous que cet aveugle s'égare. Ce n'est pas sans douleur que nous transcrivons ce passage de Y Antidote , rappelé par M. Clause! de Coussergues, dans la Quotidienne au 28 juin : « L'Eglise gallicane pose des principes contraires « aux vôtres. . . D'où vous vient le droit de souffler « le feu de la révolte dans la maison de Dieu , d'y « soulever les enfants contre les pères , les jeunes « élèves du sanctuaire contre leurs évêques? »

A cette violente interpellation du professeur de Saint-Sulpice , voici ma réponse : Ce que vous appelez mes principes , comme si j'avois dans

l'Eglise de Dieu des sentiments particuliers, ce sont les principes de mon chef et du vôtre , les principes constants du Saint-Siège et de toutes les églises , une seule exceptée, ou plutôt excepté un petit nombre d'hommes dans une seule église. C'est donc à vous qui combattez la doctrine de l'Eglise universelle et du Pontife romain , c'est à vous que nous demandons de quel droit vous soufflez le feu de la révolte dans la maison de Dieu ; de quel droit vous soulevez les enfants contre le père du peuple chrétien (i), les jeunes élèves du sanctuaire contre le souverain pontife des évêques (2) , fondement IMMOBILE DE LA FOI (3), COntre LA PIERRE QUE NE PEUVENT VAINCRE LES PORTES DE l'eNFER (4)?

Avez-vous des promesses que n'ait pas le successeur du Prince des apôtres? Votre autorité doitelle l'emporter sur la sienne ? Laissez , laissez-nous croire ce que croit celui à qui Jésus-Christ a dit : T ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point; laissez les brebis et les agneaux suivre celui qui a reçu de Dieu la charge de les guider; et s'il vous plaît d'être vous-même votre guide, votre docteur, votre maître, n'accusez pas au moins de révolte ceux qui, soumis pleinement à la conduite du premier pasteur , n'ont d'autre principe que de lui obéir.

«La société de Saint-Sulpice, dites-vous, en-

(!) S, August. , ep. 161.

(2) Conciî. Chaîced. in prœf.

(3) S. August. , Serm. 24. de temp.

(4) Id. , in psalm. cont. part. Donat.

« seigne dans ses écoles les quatre articles. C'est

« l'héritage que lui ont transmis ses pères

« Tous les supérieurs généraux de cette société « «'ont cessé de dire aux maîtres et aux disciples : « Ne renversez pas les bornes anciennes 9 suivez , * sur la controverse du Pape et de l Eglise, les doc- « trines de la Sorbonne. »

Donc, lorsqu'il s'agit des plus hautes questions , et comme le reconnoît M. l'évêque d'Hermopolis lui-même , de la constitution divine de l Eglise , ce ne sera ni l'Eglise ni son Chef que nous devrons écouter, mais la Sorbonne! La Sorbonne est, en ces matières , au dessus du Pape , au dessus des conciles et de l'Eglise universelle ! Voilà ce que les supérieurs généraux de Saint-Sulpice n'ont cessé de dire aux maîtres et aux disciples ! Où en seroit-on si de pareilles maximes venoient à prévaloir! Nous connoissons, pour nous, des bornes plus anciennes, une règle de foi dictée , dit Bossue t , par le pape Hormisdas , reçue par tous les évêques d'Orient et d Occident , proclamée dans le huitième concile œcuménique, approuvée de toute V Eglise catholique; et cette règle est de suivre en tout les sentiments du Siège apostolique, dans lequel réside l'entière et vraie solidité de la religion chrétienne. Si l'Eglise gallicane a posé des principes contraires , nous répudions ce triste et funeste héritage, et nous l'abandonnons à ceux qui, à la face du monde catholique, en présence de Dieu et de son Christ, oseront dire : Nous l'acceptons (i)!

(1) M, Clausel de Coussergues a avancé « que les Aplio-

Afin de nous mettre en contradiction apparente avec nous-même au sujet des quatre articles , on a rappelé quelques lignes d'un écrit que nous publiâmes en 1818. Nous avions prévu cette objection , et nous y avions répondu d'avance , pages •a55 et 2 56 de la Religion considérée dans ses rap-

« rismes de M. l'abbé de La Mennais n'avoient pas entrée « dans les séminaires de la compagnie de Saint-Sulpice, « sous peine d'exclusion à l'égard de ceux qui propageraient « cet écrit et les autres ouvrages de M. l'abbé de La Men- « nais , où la même doctrine est enseignée. » ( Quotidienne du 28 juin 1826.) Ce fait, si on le supposoit vrai, serait telment grave que nous nous croyons , en conscience , obligé de le nier aussi long-temps que la compagnie de Saint-Sulpice ne l'aura pas expressément avoué. Qu'une congrégation religieuse interdise Ventrée des séminaires qu'elle dirige aux ouvrages où la doctrine du Saint-Siège est professée , et parce que cette doctrine y est professée; qu'elle exclue du sacerdoce de Jésus-Christ les jeunes lévites dont l'unique crime est d'obéir à l'enseignement du vicaire de Jésus-Christ : un pareil excès de hardiesse , jusqu'à présent inoui dans l'Église , ne saurait être admis pour constant sur le seul témoignage de M. Clausel de Coussergues. On ne présume point le schisme , et il nous semble qu'il s'est hâté beaucoup d'en accuser une congrégation respectable que nous aimons à défendre contre lui. Il ajoute que « dans les « séminaires dirigés par les disciples de Saint-Vincent de « Paule , appelés communément Lazaristes , la même exce clusion est prononcée contre les jeunes théologiens qui « propageraient la doctrine des Aphorismes. » Il est presque superflu d'avertir que cette assertion est entièrement fausse. Les disciples de Saint- Vincent de Paule seront, au contraire, toujours les premiers à donner l'exemple du respect et de l'obéissance dus à l'enseignement du pontife romain.

ULi MÉMORIAL CATHOLIQUE. 4q

ports avec l'ordre politique et civil. L'explication que nous en donnons en ce lieu ne sauroit être suspecte d'avoir été arrangée pour les circonstances, puisque nous avons, en 1820, exposé les mêmes sentiments en rendant compte du bel ouvrage de M. le comte de Maistre, sur le Pape ( 1). Que si néanmoins on ne voulait pas admettre cette explication , il en résulteroit seulement que de mûres réflexions nous aur oient conduit à nous réformer nous-même ; il en résulteroit qu'ayant reconnu la vérité catholique, nous aurions aussitôt quitté pour elle l'erreur qui nous préoccupoit, et qu'à l'exemple de saint Augustin, nous n'aurions pas hésité un moment à rétracter ce qui pouvoit nous être échappé de contraire à la doctrine de l'Eglise et de son Chef. Dans ce cas, tout notre désir seroit que nos adversaires nous imitassent en cela. Avec quelle joie nous nous verrions uni à eux aux pieds du Père commun !

On nous reproche encore d'avoir omis ces mots, soit directement j soit indirectement, en citant la déclaration des évêques d'Irlande , dans une lettre à la Quotidienne. Le passage se trouvoit tel que nous l'avons transcrit dans l'article de Y Etoile , auquel nous répondions. En le vérifiant depuis dans un autre journal, nous avons reconnu qu'en effet les évêques irlandais ajoutent : soit directement , soit indirectement. Mais alors nous ne dirons plus qu'il n est pas un catholique qui ne fût

(i) Voyez Seconds Mélanges . p. Mj et 112,

5o I tïTRJi \U RÉDACTEUR

prêt à signer cette déclaration] car, pour nous borner à une raison que tout le monde sentira , certainement plus d'un catholique répugneroit à signer une proposition aussi fausse de fait. Quand l'Egîise appose au mariage des empêchements dirimants, quand elle établit ou supprime des fêtes, quand elle consacre les vœux de pauvreté et de chasteté, quand un simple prêtre commande, dans le tribunal de la pénitence , à un voleur de restituer ; dans toutes ces occasions , et en beaucoup d'autres, il y a manifestement un pouvoir au moins indirect exercé sur les choses civiles et temporelles, et ce pouvoir appartient à l'Eglise essentiellement; nos adversaires même ne le contesteront pas.

Il étoit nécessaire que nous donnassions nousmême ces éclaircissements à monseigneur l'évêque de Chartres. Le reste de sa Lettre ne demeurera pas non plus sans réponse ; et pour ce qui tient au fond des doctrines , touchant le pouvoir spirituel, ses fonctions et son étendue , nous espérons pouvoir répandre dans un autre ouvrage quelques nouvelles lumières sur ce sujet, un des plus importants à traiter aujourd'hui.

Ce n'est pas qu'on puisse se flatter de vaincre une certaine opposition qui a existé , qui existera toujours, parce qu'ayant sa cause plutôt dans la corruption de la nature que dans l'aveuglement de la raison, la raison ne peut rien contre elle; et c'est ce qu'il faut bien comprendre. Un secret principe de révolte caché au fond du cœur humain, et que la vertu même n'étouffe jamais en-

DU MEMORIAL CATHOLIQUE. 5l

tièrement , combat sans cesse au dedans de nous tout ce qui semble menacer notre indépendance. On se soumet le moins possible, et comme la volonté, selon la remarque profonde de Pascal, est une des principales pièces de notre créance , elle incline la pensée à tout ce qui plaît. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si l'on dispute des choses les plus claires. Telle est même la foiblesse de l'homme, qu'on le verra repousser la vérité manifeste, non par aucun intérêt puissant, par aucune haine violente, mais par un motif souvent si léger qu'à peine lui-même l'apercevra-t-il ; quelque ancienne prévention, des affections particulières, des liens de parenté, une certaine position publique, un engagement pris, que sais-je enfin? un simple caprice : et cependant la vérité, c'est Dieu!

Dans tous les siècles il s'est rencontré de ces esprits superbes que l'obéissance fatigue. Tantôt ils ont opposé leurs opinions à la foi de 'Eglise ; tantôt ils ont attaqué son pouvoir de gouvernement et la souveraineté de son Chef. Etabli par Jésus-Christ le suprême défenseur du droit et de la justice sur la terre (i), nécessairement son autorité doit sembler pesante à toute puissance qui redoute la règle. Et comme il y a toujours dans l'homme quelque chose qui se précipite du côté de la puissance , comme il est peu de regards assez fermes pour n'être pas éblouis de son éclat , lorsqu'elle

(1) Romanus Pontifex quem Salvalor et Dominus noster œqui bonique suprenmm assertorem in terris constituit. Bulle de Clément XI ^ du 10 des calendes de mars . 1714,

5'J LETTRE AU RÉD ACTE UJt

s'égare , il ne manque jamais d apologistes de ses actes, et les gens de bien même, devenus flatteurs en croyant n'être que soumis, s'efforcent par respect de justifier ses prétentions les moins soutenables.

Ainsi naissent et se perpétuent les maximes d'indépendance qui détachent les nations du centre commun et relâchent les liens de la société universelle. L'Eglise et la Cité se séparant de plus en plus, la vraie notion de l'une et de l'autre s'altère dans les esprits. Aux doctrines professées unanimement , peu à peu l'on substitue des doctrines arbitraires créées pour le besoin qu'on en a ; et comme on ne saurait s'écarter en un seul point de l'enseignement du premier Pasteur, sans être forcé de combattre le principe même de son autorité , tôt ou tard on est conduit à ébranler dogmatiquement les bases de la monarchie spirituelle et de la constitution divine de l'Eglise.

Telle a été la marche de toutes les erreurs , et en particulier du gallicanisme. Il a pu sans doute être soutenu d'abord par des hommes de bonne foi; il peut même l'être encore, quoique plus difficilement, aujourd'hui qu'on en a vu les terribles conséquences. Des maximes au nom desquelles fut -proclamée la déplorable constitution civile du clergé, au nom desquelles le Pontife romain fut persécuté, dépouillé, jeté dans les fers , et notre Eglise bouleversée de fond en comble (i), ne sont

(i) Les vrais principes de l'église gallicane : Avertissement. 3e édit.

guère propres à inspirer beaucoup de confiance aux catholiques. Cependant que quelques hommes, malgré ces tristes expériences, tiennent encore à ces maximes avec une sorte de sincérité, à toute force cela se conçoit. IX'y a-t-il pas aussi des protestants sincères? A quelque degré que l'on proteste contre l'Eglise et contre son Chef, ilseroit donc téméraire d'assurer que l'on ne proteste pas sincèrement. On doit néanmoins avouer que les injures, l'emportement, les lâches délations, ne prouvent pas bien clairement cette bonne foi qui semble être, en quelques circonstances, une sorte d'excuse de l'erreur même.

Que si, du reste, des opinions regardées comme nationales à une époque encore récente, accréditées par un grand nom et protégées par la politique , étoient attaquées ouvertement dans un ouvrage consacré à la défense de toutes les doctrines catholiques , il seroit impossible qu'un pareil ouvrage n'éprouvât pas une vive opposition, et de la part des ennemis de l'Eglise catholique, et delà part de ceux qui , en lui demeurant d'ailleurs attachés, ne laissent pas de soutenir des sentiments qui ne sont pas les siens, et même qu'elle réprouve. On ne peut guère espérer de trouver cette candeur d'esprit qui cède d'abord à l'évidence du raisonnement humain , là où manque cette candeur de foi qui cède sans hésiter à l'autorité divine , avant même qu'elle en ait fait un devoir absolu.

Aussi, nous attendions-nous, en publiant nos réflexions sur les rapports de la religion avec For*

[)4 LUI KL U )M.Ï)ACJi I ,;

dre politique et civil, à tout ce qui a suivi ; nous n'ignorions pas qu'il faudroit rendre compte de cet écrit aux passions et aux préjugés. Les passions, comme il étoit naturel, ont parlé les premières, et l'on croiroit encore les entendre en écoutant les préjugés.

Il en devoit être ainsi , c'est l'ordre de ïa terre, et jusqu'à la fin des siècles quiconque défendra l'Eglise de Dieu , toute sa doctrine et tous ses droits, aura la même destinée. Mais le chrétienne se trouble pas de ces tempêtes , de ce bruit du temps qui gronde autour de l 'édifice éternel; il ne craint point, il ne doute point, il sait à qui la victoire restera.

Lorsque la Vérité vivante parut dans le monde qu'elle venoit sauver, elle eut à subir trois grandes épreuves , l'épreuve de la calomnie , l'épreuve de la dérision , et l'épreuve de la violence. L'orgueil blessé chercha contre elle de tous côtés de faux témoignages; les accusateurs accoururent, mais leurs dépositions ne s'accordoient pas (i), dit l'historien sacré. Alors le Prince des prêtres l'interroge au nom de Dieu : Qui êtes-vous? Elle dit ce qu'elle est, elle proclame la puissance qui lui a été donnée ; et à l'instant un cri s'élève : « Elle a blasphémé ; qu'avons-nous encore besoin « de témoins ? Vous venez d'entendre le blas- « phème : que vous en semble? » Tous conclurent qu'elle était digne de mort (2).

(1) Marc. XIV, 56.

(2) Matth. XXVI ,65 et 66

Bientôt s'ouvre une autre scène : on voit le pouvoir temnorel environné de ses courtisans. La Vérité comparoît devant eux : les Princes des prétrès et les Scribes persistent opiniâtrement à C accuser (i). On lui fait plusieurs questions , mais elle ne répond rien (2). Elle n inspire à cette assemblée que du mépris (3) ; ses ennemis même déclarent quelle nest plus dangereuse à force de paroitre ridicule (4); on la revêt d'une robe blanche, et en cet état on la livre à la populace.

Elle la traîne en présence du magistrat romain ; foible et non aveuglé , il résiste au crime qu'on lui demande. « Qu'a-t-elle fait ? Je ne trouve rien en « elle qui mérite la mort. Je vais donc la faire cliâ- « tier, et puis je la renverrai. Mais la multitude « redouble ses clameurs : Crucifiez-la! qu'elle soit « crucifiée (5)! »

On sait le reste ; une croix est plantée sur le Golgotha; les préjugés, les passions triomphent. Cela se passoit la veille du jour où tous les peuples tombèrent au pied de cette croix et de la Vérité.

L'abbé F. de La. Mennais.

(1) Luc. XXIII, 10.

(2) Ièid.,9.

(3)'Ibid., 11.

(4) Voyez le Moniteur du 29 mai 1826.

(5) Luc. XXIII, 22, 23. Matth. XXVII , 23. Marc XV, 14 ,

SUR LE JUGEMENT Du Tribunal de Police correctionnelle

DANS LE PROŒS

s>!s m* mm && sta^sr&is»

Juillet 1826.

MONSIF.TTR ,

J'ai lu clans le dernier numéro du Mémorial, à la suite de l'admirable plaidoyer de M. Berryer, le jugement du tribunal de police correctionnelle dans l'affaire de M. l'abbé de La Mennais. Personne, j'ose le dire, ne respecte plus que moi la magistrature ; cependant comme je cherche aussi à entendre ce que je lis, ce qui m'a jusqu'à présent empêché d'être gallican, je serais bien aise, Monsieur, d'obtenir quelques éclaircissements sur plusieurs points de l'arrêt que je me suis vainement efforcé de comprendre. Il y est dit : i° «. Que Tédit de mars

58 LETTRE AU ItÉDACTkUR

« 1682, enregistré au parlement de Paris le 23 du v même mois, proclame la déclaration du clergé « de France de 1682 loi générale de l'Etat, et que « les quatre propositions quelle établit forment la « base fondamentale de nos institutions politiques « et de notre droit public en cette matière; i° que « le clergé de France a été seul juge des proposi- « lions établies dans cette déclaration. »

Tout cela peut être très-vrai ; mais tout cela ne laisse pas d'être prodigieusement difficile à concevoir, au moins pour moi qui n'ai pour me l'expliquer d'autre secours que le simple bon sens. Permettez que je soumette , par la voie de votre journal, aux jurisconsultes gallicans les difficultés qui m'embarrassent.

Comment a-t-on pu poser en 1682, sous la monarchie absolue de Louis XIY, la base fondamentale de nos institutions politiques et de notre droit public constitutionnel ?

Quel rapport y a-t-il entre nos institutions politiques actuelles et les institutions politiques de la France en 1682?

Avait-on en 16S2 le gouvernement représentatif? ou avons-nous en 1826 le gouvernement absolu? ou enfin s'il est détruit de fait, devons-nous y revenir comme à une institution fondamentale qui n'a pas cessé d'exister de droit ?

Comment le clergé a-t-il pu être seul juge des propositions qui forment la base fondamentale de nos institutions politiques et de notre droit public?

Et s'il Fa été légitimement, comment ose-t-on

soutenir que V Eglise n'a reçu d autorité de Dieu que sur les choses spirituelles et non point sur les choses temporelles et civiles , et condamner M. de La Mennais sous le prétexte qu'il établit en point de droit ce que le tribunal reconnoît en point de fait?

Le clergé a-t-il été seul juge des propositions qui forment la base fondamentale de nos institutions politiques et de notre droit public? Ou il l'a été légalement, et la première des quatre propositions est évidemment fausse , ou il l'a été illégalement, et alors on ne viole aucune loi en attaquant cette proposition illégale.

Et quant aux trois autres articles , je demande comment et en quel sens cette proposition : «Les « décrets des IVe et Ye sessions du concile de « Constance ne doivent pas être restreints au temps « de schisme , » est la base fondamentale de nos institutions politiques.

Comment et en quel sens cette autre proposition , « Le Pape doit gouverner l'Eglise de Dieu « selon les canons, » est la base fondamentale de nos institutions politiques.

Comment et en quel sens cette troisième proposition, « Aucun jugement du Pape, en matière de v< doctrine, n'est indéformable, si le consentement « de l'Eglise n'intervient, » est la base fondamentale de nos institutions politiques.

J'avoue que cette base fondamentale me déconcerte extrêmement. Il ne m'avoit pas semblé jus" qu'ici que le Pape et l'Eglise , les conciles et les canons tinssent dans la charte une place si distin-

guée, qu'ils fassent le vrai fondement, la base essentielle dugoiivernementrepresentatif.il faut bien pourtant qu'il en soit ainsi , puisqu'on s'expose à être repris en police correctionnelle lorsqu'on a la hardiesse ou le malheur d'en douter. Je ne doute donc pas , Dieu m'en préserve ! seulement je ne comprends pas, ce qui est permis, à ce que je crois. Àh! que de grâces, Monsieur > je vous rendrois si vous vouliez m'aider à comprendre ! car il est bien dur de ne rien entendre à nos institutions politiques et à notre droit public en cette matière.

J'ai l'honneur d'être; etc.

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