‹ Troisièmes mélangesChapitre 66 sur 96 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

DU && QttWt&Ml&aE

A La Chênaie, le 27 février 1829.

Moin sieur,

Les journaux révolutionnaires et le journal gallican de M. de Villèle ont attaqué violemment mon dernier ouvrage, et cela me semble très naturel : aucun d'eux n'a essayé ni n'essaiera de le réfuter, et cela me paroît naturel encore. Je n'aurois donc rien à répondre et j'attendrois en repos le jugement de l'avenir, si un adversaire plus imposant, et aussi plus inattendu , n'étoit venu joindre sa voix à celle delà Gazette, du Constitutionnel et du Courrier. M. l'Archevêque de Paris, dans son Mandement sur la mort à jamais déplorable de Léon XII, a cru de son devoir sans doute d'essayer de flétrir les doctrines que j'ai soutenues, ou qu'on lui a dit que je soutenois; car , en voyant ce dont il m'accuse , il est difficile de se persuader qu'il ait lu le livre contre lequel s'enflamme son zèle pastoral.

Et d'abord il me reproche l'esprit de système,

02 LETTRE AU nÉJ> ACTEUR

chose difficile à concevoir dans un auteur qui fait profession de s'en tenir rigoureusement sur tous les points au pur enseignement du Saint-Siège, de sorte que loin de vouloir ériger en dogmes ses -propres opinions , il n'a pas même, en théologie, d'opinions qui lui soient propres.

M. l'Archevêque se plaint ensuite que nous V accusons, sans justice , de dépasser les bornes de ce quia été défini par ï autorité infaillible de l Eglise. Je défie de montrer dans mon ouvrage un seul mot qu'on puisse appliquer à M. l'Archevêque personnellement. Que s'il s'enveloppe lui-même dans l'universalité des gallicans, comme leur doctrine est, de leur propre aveu , opposée à celle du Pape, et que l'Eglise ne sauroit avoir à la fois deux doctrines contraires, il faut bien nécessairement que soit le Pape , soit les gallicans tiennent, sur le point fondamental qui fait le sujet de la discussion , une doctrine qui n'est pas celle de l'Eglise. Pour moi , je dis avec saint Ambroise : Ubi Petrus, ibi Ecclesia.

Vient après cela l'apologie de Louis XIV et de Bossuet , dont je me fais hardiment le détracteur. Je crois , en vérité , n'avoir été ni détracteur ni hardi. J'ai dit, comme Fénélon et comme l'histoire , que Louis XIV avoit substitué le despotisme à l'ancienne constitution monarchique ; et j'ai répété après le Saint-Siège que Bossuet s'étoit trompé sur des questions de théologie : ainsi la hardiesse, s'il y en a, appartient aux Pontifes romains. Mais voici, certes , des accusations plus graves.

Page 1