X PRÉFACE
que cette raison même percevant le vrai selon sa nature, et pour chaque homme individuellement que cette même raison manifestant par un moyen quelconque extérieur ses invariables perceptions.
Telle est la solution cjui nous a paru et qui nous paraît encore la seule réellement solide, la seule admissible. On en propose toutefois deux autres. L'une consiste à reporter le principe de certitude clans la raison individuelle de chacun, de sorte que tous sont, au même titre, également certains de la vérité de ce qu'ils pensent, quelque opposées d'ailleurs que puissent être leurs pensées. En droit, ce système implique que chaque homme possède, dans toute sa plénitude, la raison humaine essentielle, et qu'il n'existe, à cet égard, aucuns degrés , aucunes différences d'individu à individu. En fait, il oblige à déclarer également vraies les affirmations les plus contradictoires , c'est-à-dire qu'il détruit radicalement la notion du vrai , qui est un , ou qui n'est point.
D'après un troisième système, particulier à quelques catholiques , et qui originairement appartient à Pascal , la certitude auroit une autre origine que la raison , incapable d'y arriver par elle-même, soit qu'on la considère dans l'humanité entière, soit qu'on l'envisage
PRÉFACE. Xt
dans chaque homme individuel. Elle reposeroit exclusivement sur la révélation consignée dans l'Ecriture-Sainte, conservée par l'Eglise divinement inspirée , et qui perpétuellement la promulgue et l'interprète.
On a imaginé ce dernier système à cause du danger qu'on a cru voir dans les deux autres. On a dit, et avec raison, à notre avis, que l'hypothèse de la certitude individuelle renversoit les bases de toute religion conçue comme obligatoire pourchacun indépendamment de son jugement propre , qu'elle n'étoit en un mot que le protestantisme pur. On a dit , en second lieu , que le système qui place la certitude dans la raison commune n'étoit qu'un protestantisme plus vaste , un protestantisme universel , puisque, dans ce système, toute croyance quelconque , la croyance à l'Eglise , la croyance à l'Ecriture-Sainte , la croyance même en Dieu, dépendoit originairement de la raison , qui en étoit la première base ; ce qui sembloit contradictoire avec l'existence d'une autorité en dehors de cette même raison et supérieure à elle.
Nous nous bornons à reproduire ce qui a été dit sans le discuter, sans faire observer même qu'en le disant, c'est la raison humaine qui s'est adressée à la raison humaine, apparemment pour obtenir son acquiescement à des