‹ Troubles locomoteurs consécutifs aux plaies de guerreChapitre 28 sur 95 · LES ÉCHARPÉS. — LES BÉOUILLARDS · texte numérisé non relu

LES ÉCHARPÉS. — LES BÉOUILLARDS

a. Les écharpés. — Voici venu, pour un blessé du membre supérieur, le moment où il peut s’asseoir dans son lit. Le poids du membre va lui donner des sensations désagréables; et certainement la descente sans soutien le long du tronc est Impossible. A partir de là, c’est l’écharpe, souvent l’écharpe totale, dans toute son horreur, fixant contre le tronc, flanc et ventre, tout le membre blessé, coude à'angle droit, avantbras en demi-pronation, poignet fléchi presque à 4o°, doigts soit étendus, soit demi-fléchis. Figé dans cette position, leblessé la conserve souvent la nuit, toujours quand il se lève et se promène : et il se r.nidit définitivement, épaifle, coude, poignets, doigts. /

L'écharpe qui laisse passer la main vaut mieux, pourvu qu’on ait soin d’obliger les doigts à des mouvements; sans quoi les doigts restent étendus et le poignet tombe, en adduction, devant le ventre.

Ce qu’il faut, c’est l’anse simple, épinglée à l’épaule saine, qui sert de soutien temporaire à la main ; le blessé y peut entrer, en peut sortir à volonté ; forcément il remue un peu l’épaule et le coude; peu à peu il s'habitue aux mouvements de la vie quotidienne, pour manger et boire. C’est un peu douloureux au début, mais insistez, et vous réussirez.

Certainement on n’évitera pas les pertes de fonction par ' destruction des musclés déchiquetés et infectés, par rétraction cicatricielle. Mais on doit éviter la raideur surajoutée. Et ne croyez pas qu’à cela l’infection soit nécessaire. Un des plus beaux exemples que j’en aie vus est celui d’une dame qu’un charlatan (d’ailleurs diplômé), a entortillée dans une écharpe pour soustraire à la lumière une luxation intracoracoïdienne par lui manquée. Ongles cannelés; doigts raidis en extension, avec peau mince et lisse ; poignet fléchi à 45“ et coude à 135» : rien n’y manquait, sans compter l’immobilisation complète de l’épaule et la névrite par compression du plexus brachial.

Les béquillards ne sont pas mieux lotis. Ils se promènent pied tombant, d’où un allongement qu’ils compensent par flexion *du genou; et ils se couchent dans la même attitude, sur le côté blessé. On s’imagine qu’on les mobilise : et on immobilise leur pied plus que s’ils restaient au lit, en décubitus dorsal. Ils s’aèrent, c’est vrai ; mais ils se raidissent en équinisme avec griffe des orteils. Le genou, attiré

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par la pesanteur, ne se raidit en général pas définitivement : encore fut-ce obtenu chez un blessé auquel, pour le soulager d'un effort, on avait eu la lumineuse idée de suspendre le pied à la ceinture avec une sangle pendant qu’il béquillait.

D’aucuns déclarent qu’il ne faut laisser quitter le lit qu’après cicatrisation complète de toutes les plaies. C’est un idéal, peut-être ; mais on se heurte à des difficultés que ne compense pas le résultat obtenu, s’il ne s’agit que de raccourcir le temps nécessaire à la cicatrisation. Mais il faut que celle-ci soit presque complète, et qu’en tout cas, avant de marcher, les jointures soient souples, les orteils et le pied en bonne attitude, posant à plat sur le sol, que le blessé soit éduqué à les mouvoir activement, à les appuyer correctement. La vérité serait presque de ne laisser marcher qu’à partir du moment où la marche avec une canne, en attitude correcte, est possible ; on peut transiger et donner deux cannes ou deux béquilles, à la condition que cela soit pour soulager un membre blessé, qui appuie en bonne position et qui fait le pas, mais ne peut supporter sans aide le poids du corps ; que cela ne soit jamais pour la marche à trois pattes. Par exemple, rien ne s’oppose à l’emploi des béquilles par un sujet ayant un appareil de marche pour fracture de jambe ou de cuisse, le pied étant normal; tout s’y oppose pour une plaie du pied, même médiocre, tant qu’il y a, même peu, de l’équinisme.

I 3. — Traitement curatif

Le traitement des raideurs articulaires est constitué : 1° par les moyens indirects d’assouplissement; 2» par un moyen spécifique qui est le mouvement.

A. Moyens indirects. — Je ne ferai guère que les énumérer. Le massage est un des principaux et des meilleurs, à la fois autour de Y articulation dont il assouplit les tissus, dont il diminue les engorgements, et sur les muscles dont il prévient ou diminue l’atrophie ; je crois,sur ce dernier point, son action supérieure à celle de* l’électrisation. La contraction statique, exercée à tout instant par le sujet lui-même, raidissant ses

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