REDRESSEMENT DES ATTITUDES VICIEUSES
des petites raideurs, en insistant un peu sur les manœuvres redressantes, en vient aisément à bout. A un degré de plus, on aura recours aux tractions élastiques mentionnées plus haut.
Les deux méthodes proprement chirurgicales, pour les cas rebelles aux moyens précédents, sont le redressement par étapes et le redressement brusque.
Le redressement par étapes, méthode classique en orthopédie, consiste à immobiliser en appareil plâtré à la limite du redressement possible, d’où mise en tension qui allonge les parties rétractées et au bout d’une quinzaine de jours permet d’aller plus loin. Je n’entre pas dans les détails d’appareillage, car en chirurgie de guerre je n’y ai jamais eu recours. L’avantage est d’éviter l’anesthésie, mais cela n’entre pas en balance avec la durée du traitement par appareils successifs et, pour ces cas en général très durs, sur son inefficacité probable.
Le redressement brusque, sous anesthésie, est identique, pour les manœuvres, à la mobilisation ci-dessus décrite. On commence par exagérer la déviation, c’est-à-dire que l’on rompt les adhérences du côté où les ligaments sont le moins rétractés, et l’on prend ainsi du champ pour attaquer, par une secousse brusque, ceux du côté opposé, les plus durs, ceux qui fixent l’articulation en mauvaise direction. On ne s’arrête qu’une fois obtenue la correction exagérée.
Aux doigts étendus ou fléchis, aux orteils en grillé, on peut se dispenser d’agir ainsi, et d’un coup imprimer brusquement, à fond, l’attitude inverse. En redressant la flexion, on sent quelque chose qui cède avec craquement pour se laisser allonger en même temps que quelque chose se tend à l’avant-bras ou à la jambe : on a l’impression que l’on a rompu des adhérences qui fixaient à sa gaine le tendon fléchisseur. Lorsque, sur un ou deux doigts, on a opéré de la sorte, on est frappé, une fois la souffrance initiale passée, de l’indolence relative des mouvements communiqués quelques minutes plus tard. Quelquefois aux orteils, au gros surtout, le redressement s’accompagne d’une déchirure transversale, digito-plantaire, de la peau rétractée.
Je n’ai eu qu’une fois à redresser et mobiliser le poignet raidi en flexion, ainsi que les doigts dont la pulpe touchait la paume de la main. Mais les occasions de redresser les rai-
deurs du pied, en varus équin, sont fréquentes, soit qu’il y ait raideur simple, soit qu’il y ait en même temps une rétraction du triceps sural ou une déviation d’origine paralytique. Dans ces deux derniers cas, au redressement il faut associer le traitement de la lésibn' concomitante. La section du tendon d’Achille, en particulier, est très souvent indiquée ; peut-être, nfême presque toujours ; et il est probable que, si on ne l’exécute pas, on fait souvent sauter l’insertion calcanéenne (voyez p. 87) au cours des manœuvres exigées par le redressement. Gela ne vaut pas la section.
La différence avec la mobilisation simple est grande ; il faut immobiliser dans cette position, pendant trois semaines environ, en appareil plâtré. Au bout de ce temps, le sujet marche, pendant une quinzaine de jours avec le plâtre qui, bien construit, résiste, puis sans appareil. Le port d’un appareil. à traction élastique, soit la nuit seulement, soit pendant la marche, est souvent utile pour éviter tout retour de l’équinisme. L’assouplissement ultérieur est possible, mais non constant, et la persistance d’une raideur plus ou moins complète, à angle droit, n’est pas rare. S’il persiste du varus, même léger, il est destiné à s’aggraver pendant la marche sous l’influence du poids du corps (voyez p. 41), et aucune chaussure n’a le pouvoir de s’y opposer. Si la plante appuie sur le sol bien à plat (voyez p. .37), rien ne vaut la marche pour assouplir le pied ; si elle est un peu déviée, rien ne vaut la marche pour aggraver le varus.
S’il persiste non pas du varus, mais une tendance à son retour, on fera porter pendant les premiers temps une chaussure à semelle surélevée en dehors (voyez p. 110).
Or quelquefois, pour l’équinisme, nous n’arrivons pas du premier coup à la correction complète, en' flexion à angle aigu : et tout le monde sait qu’après redressement d’un pied bot, une persistance d’équinisme, même'légère, présage une récidive probable du varus.
D’autre part, les premiers pas seront douloureux, la plante du pied sera sensible, et le blessé aura parfois tendance, pour se soustraire à cette gêne, à marcher sur le bord externe du pied, ce qui est dangereux.
Il faut donc mettre en œuvre avec soin tous les moyens indiqués à propos des petites raideurs.