CORRECTION DU VARUS
Dans les cas accentués, il est bon de faire porter la nuit (et même au début pour la marche) un appareil à traction élastique : deux planchettes articulées en charnière, l’une sous la plante du pied, l’autre derrière la jambe, charnière derrière le talon; deux tubes élastiques (ou ressorts à boudin) de bout à bout, un de chaque côté.
On fera marcher avec une chaussure à semelle surélevée sous le-bord externe (j’y reviendrai à propos des arthrodèses); et cette chaussure aura été préparée à l’avance, pour que le sujet l’ait dès les premiers pas.
Selon la gravité du cas et l’intelligence du sujet, on insistera plus ou moins sur la gymnastique de flexion, sur la rééducation de la marche, infiniment supérieure à toute mécanothérapie passive.
Et le pied étant ainsi redressé, on pourra, par le massage, assouplir les tissus infiltrés, rendre de la force aux muscles atrophiés, alors que toute action était inefficace tant que le pied était de travers, et incompatible avec la marche. Il aura suffi d’une opération sans gravité pour obtenir, en deux mois à deux mois, et demi, un pied dont les mouvements, sans doute, resteront plus ou moins limités, mais dont la plante sera à plat, la flexion suffisante, et l'indolence complète.
Les manœuvres sont complexes et longues — quand on sait s’y prendre on y met un quart d’heure à vingt minutes — le chlorure d’éthyle est Insuffisant, et il faut recourir au chloroforme ou à l’éther.
Le précepte classique, donné par Adams vers 1800 et depuis bien des fois inventé, est de s’occuper d’abord du varus, en prenant point d’appui sur l’arrière-pied fixé en équinisme ; et de corriger ensuite cet équinisme en ayant soin d’agir sur la tibio-tarsienne, c’est-à-dire d’abaisser le talon, et non pas sur la médio-tarsienne dont l’hyperextension donne une correction apparente. On termine par le redressement des orteils. Quelquefois, on doit s’occuper du genou.
lo Correction du varus. — Le pied dépassant la table, un aide fixe solidement et bien à plat la jambe en extension. Placez-vous alors à la pointe du membre et d’une main — la droite pour le côté gauche, la gauche pour le côté droit — fixez l'arrière-pied ; puis de l’autre main qui saisit l’avantpied doigts en dessus, pouce en dessous, commencez par une
CORRECTION DE L’ÉQUINISME O9
pesée oblique qui augmente lentement lë varus, et redressez ensuite brusquement en valgus, votre éminence thénar appuyant avec force sous le cinquième métatarsien, en avant surtout. Le premier choc ainsi donné, continuez à pousser solidement de tout le buste, coude au corps, avant-bras à angle droit, la main flxalrice tirant en sens inverse l’arrièrepied. Souvenez-vous toujours que, de par la forme des surfaces articulaires, le mouvement imprimé doit être pour le varus, oblique en bas, en adduction, en rotation interne ; pour le valgus, en haut, en abduction, en rotation externe. Et vous vous arrêterez lorsque l’avant-pied sera en valgus passif complet.
2° Redressement de l’équinisme. — C’est le moment d’agir sur la tibio-^arsienne, de la façon suivante :
Prenant l’arrière-pied à deux mains, doigts croisés sur le dos, pouces sous la plante, vous pesez lentement en équinisme, puis vous relevez brusquement en talus, avec secousse, sentant à ce moment craquer de fortes adhérences. Vos éminences thénar doivent pousser, coudes au corps, sous la médio-tarsienne et sous le calcanéum, car c’est sur cet os qu’il faut agir pour élever.son extrémité antérieure et abaisser le talon.
Lorsque la tibio-tarsienne a ainsi pris du jeu, vous complétez le redressement en talus par une poussée puissante dont voici la manœuvre : dites à votre aide de soulever le membre oblique à 43" environ, le genou solidement maintenu en extension ; appliquez la plante du pied, partie moyenne, contre votre région delto-pectorale et poussez du* buste, tandis que de vos deux mains, doigts en dessus, pouces en dessous, vous appuyez de haut en bas sur l’extrémité inférieure des os de la jambe. Et vous pouvez ainsi, à la pesée, ajouter des secousses successives, jusqu'à ce que le pied soit en flexion à angle aigu sur la jambe.
On juge soit à l’avance, soit aux premiers essais de mobilisation si la rétraction du tendon d’Achille indique l’allongement, ce qui sera exécuté après redressement du varus et avant mobilisation de la tibio-tarsienne.
3° On n’oubliera jamais le redressement des orteils dont la griffe à elle seule càuse une gêne considérable, surtout au premier.