C. — Sclérose musculaire et rétraction secondaire
A. Etiologie. — Il est,inutile d’insister sur les scléroses qui ont pour origine — et souvent alors se combinent à des pertes de substance — une suppuration localisée ou diffuse des muscles et des espaces intermusculaires. Elles se voient, plus ou moins graves, dans toutes les régions du corps et se compliquent souvent de sclérose, de compression, d’inflammation chronique des vaisseaux et nerfs, d’où troubles vaso-moteurs trophiques, paralytiques plus ou moins Complexes, surajoutés à ceux de la lésion musculaire.
Une inflammation voisine et médiocre à cela peut suffire : tout le monde connaît le torticolis par myosite propagée au sterno-cleido-mastoïdien pendant qu’évoluent, par exemple, une mastoïdite de la pointe ou un adénophlegmon carotidien ; et tout le monde sait que par exception, si on n’y veille, à là myosite presque toujours superficielle, légère, peut succéder une sclérose plus ou moins étendue et profonde.
Certaines lésions traumatiques, sans plaie, peuvent avoir un résultat analogue C'est ainsi que de temps à autre nous voyons une sclérose très grave des fléchisseurs des doigts à la suite d’une fracture de l’extrémité inférieure de l’humérus, plus rarement à la suite d’une fracture de l’avant-bras.
, On a remarqué que cela s’observe surtout lorsque le gonfle- . ment ecchymotique a été considérable, s’est produit dans un appareil trop serré, d’où œdème violacé de la main. Aussi a-t-on accordé un rôle pathogénique important à l’ischémie, par compression vasculaire, d’où une sorte de nécrose interstitielle aseptique suivie de sclérose du muscle définitivement dégénéré. C'est ce que l’on a appelé paralysie ou contracture ischémique : ischémie, c’est possible; mais ce n’est ni une paralysie (trouble d’origine nerveuse), ni une contracture (exagération fonctionnelle d’une action physiologique) ; c’est une rétraction suite de sclérose, avec possibilité de troubles trophiques et vasculaires, par participation du système vasculo-nerveux.
^ Des rétractions traumatiques analogues peuvent être localisées à un muscle et nous pouvons citer à ce propos le torti-
Broca. — Troubles locom. r
SC LÉ n os E M L SC ULA IRE
colis obstétrical, auquel on a attribué une pathogénie comparable à la précédente.
Je n’ignore pas qu’on a voulu attribuer ici le rôle primordial à la syphilis héréditaire ; et il est possible qu’elle intervienne, quoique probablement pas toujours. Mais s’il n’y a pas une cause mécanique première, une rupture interstitielle, avec épanchement sanguin, à l’origine du trachelhématome qui gonfle le muscle sur une étendue plus ou moins considérable, comment expliquer la fréquence de l’accouchement par le siège et la prédominance à droite ? Faites intervenir, si vous voulez, un état constitutionnel, la vérole en particulier (et pourquoi pas dans d’autres scléroses musculaires posttraumatiques ?) sans lequel la rupture et l’hémorragie interstitielle n’auraient pas abouti à la rétraction, mais rie contestez pas le rôle du trauma originel.
Aussi bien, depuis la guerre, avons-nous vu de ces scléroses atrophiques s’étendre à tout le corps charnu de muscles perforés par une balle, alors que le séton fut punctiforme et n’a pas suppuré.
La cause m’en paraît être dans l’étendue considérable de l’ébranlement imprimé par l’agent vulnérant au muscle infiltré de sang dans toute sa masse. On s’en rend compte par l’importance habituelle du gonflement ecçhymotique atteignant tout le mollet à la suite d’un séton au premier abord insignifiant. Et tous les chirurgiens qui ont opéré pour des plaies récentes, infectées ou non infectées, ont constaté à quelle distance de la porte d’entrée se voient l’infiltration sanguine, la contusion des corps charnus et des espaces conjonctifs intermusculaires.
La sclérose rétractile en masse, comparable soit à celle du ste.rno-cleido-mastoïdien dans le torticolis obstétrical, soit à celle des fléchisseurs des doigts dans certaines fractures de l’humérus et de l’avant-bras, n’est donc pas pour nous étonner. En fait, tout le fuseau musculaire a été dissocié par des ruptures interstitielles, par du sang épanché ; tout entier il dégénère, avec rapidité il s’atrophie jusqu’à perdre moitié de sonvolpme, et il se rétracte. Cela s’observe surtout — ou plutôt cela se manifeste surtout cliniquement— pour le biceps et pour le triceps sural, traversés en plein corps charnu. Une lésion limitée dans un muscle volumineux (comme le qua-