‹ Troubles locomoteurs consécutifs aux plaies de guerreChapitre 45 sur 95 · CONTRACTURES RÉFLEXES ET PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

CONTRACTURES RÉFLEXES ET PSYCHIQUES

Nous observons des cas analogues de contracture provoquée par de petits projectiles — quelques millimètres cubes— aseptiquement enkystés dans des muscles, des tendons, des ligaments, des extrémités articulaires. Je me souviens, par exemple, d’un homme auquel j’ai extrait dans un condyle fémoral, près du cartilage diarlhrodial, un éclat de 3 à 4 millimètres de côté, qui provoquait une rigidité absolue du genou en extension, par contracture : cela cessa, naturellement, sous le chloroforme et ne se reproduisit pas. Les muscles étaient légèrement atrophés et les réflexes un peu exagérés, donc il y avait quelque chose d’autre que du psychisme ou de la simulation ; un état névropathique cependant était assez probable pour qu’une sorte de suggestion me parût indiquée : et pendant 15 jours le membre fut fléchi, talon contre la fesse, dans un pansement à la tarlatane amidonnée; ensuite il resta souple.

•Vu reste, que signifie ce mot : état névropathique ? Pas grand chose. En dehors de certains cas pathologiques déterminés et classés, il nous sert bien souvent à masquer notre ignorance. Chacun de nous suppôrte à sa mode la douleur ou la gène physiques, la souffrance ou la crainte morales ; chacun de nous réagit avec une volonté variable contre ces sensation désagréables ou pénibles : et chacun de nous a tendance à considérer comme névropathe son voisin dont la sensibilité physique est plus grande ou la volonté moindre.

Jlais nous avons, de tout cela, à retenir qu’il y a des contractures non purement psychiques, que par conséquent nous devons toujours rechercher avec soin et l’atrophie concomitante et l’état des réflexes, et l’existence possible d’une épine irritante locale. Si cette petite lésion existe, que ce soit un corps étranger minuscule ou un petit point douloureux par névrome minuscule d’une cicatrice terminale, nous devons d’abord commencer par la supprimer chirurgicalement. On peut ensuite s’occuper du traitement, psychique ou local, de la contracture.

Qu’il faille toujours donner la première place au traitement non opératoire de ces contractures, personne ne le conteste : massages, mobilisation, gymnastique, rééducation motrice sont formellement indiqués ; et l’on y joindra une dose variable de suggestion, de « torpillage », de coercition dite en

PfEÜ BOT BAR CONTRACrURK

style officiel « rééducation complémentaire » selon que l’on diagnostiquera plus ou moins de psychisme surajouté, conscient ou inconscient.

Mais lorsque cela échoue, ce qui n’est pas exceptionnel, on a tort parfois de s’y obstiner pendant des mois et de méconnaître que la déviation articulaire a pour origine une lésion matérielle', à la sollicitation de laquelle le sujet obéit ; et il en peut résulter, quoiqu’on en ait dit, certaines indications opératoires sur lesquelles je désire m’expliquer.

Ces contractures, où l’hystérie joue son rôle mais n’est point seule, peuvent se produire partout, et à tous les degrés, depuis la plicature du tronc jusqu’à l’extension ou la flexion d’un doigt. Leurs lieux de prédilection sont la main et le

^ B. Pied bot par contracture — A la main, dont je me garderai de décrire tes aspects souvent bizarres, je n’ai point cru devoir opérer. Quelquefois, au contraire, il m’a semblé utile de traiter par'l’allongement tendineux et l’arthrodèse des pieds varus équins par contracture.

Le sujet est encore obscur pour les moüfs que je viens d exposer car la démarcation n’est pas nette — peut-être sera-telle toujours impossible à tracer — entre ce qui revient à l’état psychique du blessé et aux lésions organiques provoquées par la blessure. Mais si l’on ne jieut préciser dans quelle proportion les deux facteurs s’associent, au moins est-on certain que souvent cette association existe, et c’est le motif principal pour lequel le traitement chirurgical, plus aléatoire dans ses résultats, est encore discutable et discuté.

1“ Etude clinique. — On rencontre, dans les centres de physiothérapie, de nombreux blessés atteints de déviation du pied par contracture h la suite de lésions très variées des membres inférieurs. U s’agit le plus souvent d’une plaie des parties molles du pied ou de la jambe ; quelquefois d’une lésion sans plaie, froidure, entorse, fracture simple; quelquefois d’une plaie des parties molles de la cuisse; quelquefois enfin d’une contusion, qui même peut avoir été. au premier abord insignifiante.

Les attitudes du pied et des orteils sont d’une grande diversité, car rien n’est irrégulier comme la distribution de ces

PIED BOr PAR CONTRACTURE

contractures dans les groupes musculaires de la jambe. Les types les plus fréquents sont le varus équin, par contracture associée du triceps sural et des deux jambiers ; le renversement-en masse du pied par rotation en dedans, avec marche sur le bord externe, sans adduction de la pointe, ou à peu près ; la flexion ou l’hyperextension du gros orteil. L’association h une contracture du genou, soit en flexion soit en extension, est possible.

Très souvent, tout mouvement volontaire pour redresser le pied paraît impossible. Le sujet assis auquel on commande cet essai, s’épuise, jambe pendante, en de vains efforts, où cependant l’on voit et où l’on sent les muscles de la jambe, quelquefois ceux de la cuisse, se durcir et se tendre. Mais il n’est pas rare que quelques mouvements des orteils démontrent que cette immobilité est due à la contraction statique simultanée des antagonistes et n’est pas en relation avec une perte de force musculaire.

Le redressement volontaire est d’ailleurs quelquefois possible, et j’en ai vu un exemple, décomposé de façon assez curieuse, sur un varus équin très accentué, consécutif à une froidure. Le sujet étant assis, jambe horizontale, le premier mouvement consistait à contracter le jambier antérieur, dont on voyait la corde se dessiner; d’où finalement renversement complet, plante verticale regardant en dedans, équinisme et adduction de l’avant-pied supprimés. Alors commençait une rotation en masse autour de l’axe longitudinal pour amener la plante à l’horizontale, tandis qued’on voyait le jambier antérieur, se détendre. Ces mouvements étaient lents, continus, sans saccades. Après quelques instants en cette position, le pied retombait en varus équin.

Quelquefois, l’attitude en station debout est correcte, mais le varus se reproduit dès que commence la marche.

D’autres blessés exécutent eux-mêmes le redressement passif avec leur main. Chez beaucoup, enfin, c’est vous qui réussirez ce redressement manuel si, distrayant l’homme par votre interrogatoire, vous saisissez un moment de détente pendant lequel, brusquement, vous réalisez la correction. Je crois que si l’on échoue, c’est souvent parce qu’on veut agir par effort continu pour lutter contre la contracture de défense, à laquelle reste le dernier mot. On se rend compte cependant, pendant

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