‹ Troubles mentaux de guerreChapitre 10 sur 95 · TYPES ÉMOTIONNELS · texte numérisé non relu

TYPES ÉMOTIONNELS

Nous laissons de côté l'émolivité excessive et tenace de certains sujets, dont il a été question déjà, pour ne tenir compte que de syndromes plus complexes.

A. Les états seconds persistants et les crises convulsives. — Il est possible que les divers phénomènes dont il va être question ne soient pas de même nature ; cependant ils sont souvent liés les uns aux autres, et en général succèdent, les uns comme lès autres, à une période, parfois longue, de confusion mentale. Ils apparaissent d'ordinaire ciiez des prédisposés, et l'élément émotionnel est d'autant plus vraisemblable qu'il est possible, quoique rare, d'observer les mêmes états cliniques sans commotion, mais sous l'influence d'émotions vives.

Quoi qu'il en soit, un nombre important de commotionnés conserve pendant un temps variable, parfois indéfini, des crises, qui sont, soit un état d'automatisme — état second — durant quelques instants, apparaissant ou disparaissant brusquement — soit une crise convulsive de forme variable. Tout se voit en effet,

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depuis la simple pâmoison, jusqu'à la grande crise hystéroépileptique en arc de cercle, et même jusqu'à la crise épileptique classique, avec morsure de la langue et miction involontaire. C'est ce qui permet de dire que des faits disparates se trouvent groupés ici. Le malheur est qu'il est parfois très difficile de dire si une telle crise est de nature « névropathique » ou pithiatique — ou bien de nature comitiale. Il n'est même pas possible de tirer argument du moment où la première crise est apparue, ou du fait que l'individu, n'ayant pas perdu connaissance au moment de la commotion, doit être surtout un émotionné, donc un hystérique. Il existe d'excellentes observations, une entre autres d'A. Léri, où des crises à caractère jacksonien ont apparu quelques heures après la commotion, chez un sujet qui avait conservé sa connaissance.

Il est probable cependant que ces crises épileptiques sont bien moins fréquentes que les crises d'ordre uniquement névropathique. La pratique des services, l'usage d'une psychothérapie rendue effective par une discipline réelle, en réduisant de beaucoup le nombre des gens « à crises », juge la nature ordinaire de celles-ci. Certaines, cependant, bien qu'elles soient évidemment hystériques, sont excessivement tenaces, et en même temps graves par leur intensité. A leur sujet se pose la question de simulation, que nous retrouverons plus loin.

B. Le mutisme et la surdité. — Le mutisme et la surdité sont également des phénomènes névropathiques, pour l'apparition et la persistance desquels l'émotion et le pithialisme jouent le rôle principal, et qui sont parmi les plus susceptibles d'être entretenus par persévération. Ils ont été étudiés par Roussy et Lherraitte dans leur volume de cette collection consacré aux Psychonévroses dp. guerre, et s'il en est fait mention ici, c'est parce qu'ils sont parmi les plus fréquents des accidents émotionnels consécutifs à la commotion. C'est aussi parce qu'ils sont rares en dehors de la commotion.

Cette remarque signifie peut-être que l'émotion n'y a point une part exclusive, et qu'au début tout au moins elle pourrait bien se fixer en quelque sorte sur un désordre physique, aussi minime qu'on voudra le supposer, mais réel. Ce que nous avons dit déjà des signes de la commotion labyrinthique autorise cette hypothèse. La surdité, en tous cas, paraît avoir un point de départ organique plus fréquent que le mutisme, elle est moins LEPi.NE. — Troubles meniux de guerre. 5

influencée que lui par les circonstances et les moyens thérapeutiques à action psychique.

La surdité s'ajoute parfois à la confusion mentale, qu'elle contribue peut être à entretenir. Quant au mutisme, il s'associe bien plus ordinairement aux états seconds et aux crises convulsives. Il n'est pas rare que la parole revienne au cours d'une crise. Il y a donc une différence importante entre le sourd confus qui parle et le muet, qu'il soit sourd ou non. Le premier n'est guère suggestionnable, quant au muet, il faut toujours agir sur lui par les méthodes psychothérapiques, et le plus tôt possible. Dans les premières heures ou même les premiers jours de l'accident, une psychotiiérapie aidée de la faradisation réussit à peu près à coup sûr. Quand l'infirmité est installée elle est tenace. L'anesthésie ciiirurgicale à l'élher, au chlorure d'éthyle ou au chloroforme donne également de bons résultats. De même parfois le sommeil hypnotique (G. S. Myers) qu'il ne faut employer qu'avec une certaine prudence.

G. Les tremblements, les secousses, les attitudes vicieuses. —

Il y a une série de manifestations motrices, dont on trouvera l'étude détaillée dans le volume de Roussy et Lhermilte, et qui appartiennentaussi au syndrome émotionnel suite de commotion. Elles n'ont point, par elles-même. de signification mentale, et il est même rare qu'elles s'associent à des troubles psychiques caractérisés. La ciiose esti)ossible cependant, et j'ai vu, soit des tremblements post-commolionnels, soit une fois au moins une altitude courbée « camptocormique » liés à un état de confusion mentale très net. Du reste, on sait que les tremblements poslcommotionnels sont loin d'être tous de nature pithiatique. De même que les atrophies musculaires, certains ont un substratum anatomique infiniment piobable, notamment les tremblements unilatéraux et ceux qui alfectent la forme du syndrome parkinsonien.

Les tremblements, comme l'a bien montré Henry Meige, sont influencés chez certains sujets par la préoccupation obsédante de trembler, la irémophobie. Cette complication, de nature mentale, devait être rappelée ici. Certains cas soulèvent d'assez grandes difficultés d'interprétation, tel celui de Laignel-Lavasline et Gourbon {Annales médico-psychol. 1916, p. 498) relatif à un commotionné avec stéréolypies de la marche, de l'attitude et de la mimique, et représentation mentale professionnelle de l'ouïe.

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Le sujet, un an après la commotion, entendait toujours dans l'oreille la sonnerie électrique qu'il écoutait du temps où il était chasseur dans un hôtel.

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