III. — DÉLIRES CHRONIQUES DE PERSÉCUTION
Il ne sera pas nécessaire d'insister beaucoup sur les délires chroniques de persécution, dont la nature est évidente dès que le délire est constitué, et dont le diagnostic, au contraire, est très délicat à la période prémonitoire, et nécessite un avis autorisé. Mais dans cette première période, c'est surtout à un état dépressif que l'on a affaire, les hallucinations et les idées délirantes ne viennent qu'après.
En fait, les délirants chroniques que l'on voit le plus, aux armées ou dans les centres de l'intérieur, appartiennent aux catégories suivantes :
Dégénérés à délire pohjniorphe, en général délire mystique ou prophétique . Cela se voit assez souvent chez des individus intelligents, mais fragiles, très impressionnables, et qui ont été fortement suggestionnés par une émotion ou une suite d'émotions. Des hommes, des officiers faits prisonniers ont eu des réactions délirantes de ce genre.
Débiles mentaux, à bouffées confusionnelles extrêmement pauvres d'imagination et de détails, et à fonds de mégalomanie. Les j-éforraateurs de la guerre, les inventeurs, les gens à factum, appartiennent, suivant leur instruction el leur degré intellecluel, à l'une ou à l'autre de ces deux variétés. Je crains que le département ministériel consacré aux inventions intéressant la défense nationale n'ait, dans ses archives, de très nombreux exemples de chacune d'elles.
Persécutés peu dégénérés originellement, mais alcoolisés.
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peut-être influencés aussi par les événements, avec délire plus ou moins systématisé, assez souvent sous la forme d'idées de jalousie.
Déments précoces à délire incohérent et réactions brutales.
Délire de persécution par interprétations délirantes, avec sa variante, le délire de revendication, souvent greffé sur une blessure ou une maladie.
Toutes les formes précédentes, et d'autres encore qui semblent plus rares, sont chroniques. Il n'y a donc lieu, lorsque le délire est constant, que de diriger le sujet sur un centre où une décision sera prise à son égard. On remarquera que beaucoup de ces délires, même chroniques, sont récents, car s'ils étaient anciens, ils auraient donné lieu dans la vie civile à l'internement, ou tout au moins à un traitement qui eût sans doute empêché l'utilisation du malade dans l'armée. Cependant, il faut tenir compte des points suivants :
Les récupérations de réformés ont introduit dans l'armée beaucoup de persécutés, dont l'état, calme habituellement, permettait la vie en liberté.
Le persécuté ne se croyant pas malade, n'accuse pas d'état ■ pathologique dans les conseils de révision ou de réforme, ou à l'incorporation.
Le fait qu'il y a des idées de persécution ne signifie pas nécessairement délire chronique, comme on l'a cru trop longtemps. On a trouvé plus haut mention des délires aigus de pei'sécution à point de dépari dépressif et anxieux.
Presque tous les persécutés chroniques ont un fonds important de débilité mentale, surtout ceux qui ont des idées de grandeur. La mégalomanie est fonction de la débilité mentale primitive ou de l'affaiblissement acquis. Les persécutés de guerre sont, d'ordinaire, ou des anxieux humbles, ou des débiles arro-