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IV — PARALYSIE GENERALE

La paralysie générale est moins lare dans l'armée qu'on ne pourrait le croire, et il faut d'autant plus avoir l'attention attirée sur elle que ses manifestations, à cette période de début, revêtent souvent un caractère délictueux (période médico-légale de la paralysie générale).

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La guerre, entre autres acquisitions psychiatriques, aura confirmé que la paralysie générale a commencé chez beaucoup de malades fort longtemps avant le premier jour où l'on s'en aperçoit. Les nombreuses enquêtes qui ont dû être faites pour déterminer l'origine d'un état démentiel en vue de réforme font apercevoir de temps à autre, parmi beaucoup de renseignements négatifs, l'indice d'un trouble profond. Cette considération est nécessaire, car elle explique pourquoi le début de la guerre a fait éclore une quantité appréciable de paralysies générales jusque-là ignorées. Elle explique aussi l'influence accélératrice très nette des circonstances de guerre, et justifie par là une conception libérale à l'égard des paralytiques généraux et de leurs familles en ce qui concerne la réforme et les pensions.

Le début apparent. — La majorité des paralytiques ne se rend compte à aucun moment de sa déchéance, mais il y a une minorité qui s'en aperçoit, au moins pendant quelques courts instants, et c'est toujours à la période de début. Aussi y a-t-il quelques paralytiques généraux qui se présentent d'eux-mêmes à la visite. A vrai dire, ils se plaignent surtout de malaise vague, de fatigue, d'insomnie, de dyspepsie, parfois de maux de tête. Seuls quelques sujets professionnelleraenl habitués à la réflexion ou obligés, dans leurs fonctions militaires, à un effort intellectuel, précisent qu'ils se sentent inhabiles à cet efl^orl, qu'ils s'y épuisent sans résultat, ou s'aperçoivent d'oublis curieux ou d'erreurs. A la guerre l'inattention n'est pas possible ; le devoir du médecin, en présence de semblables faits, est de prescrire le repos et une observation. Sou\ent à ce moment il n'y a aucun signe physique qui permette d'orienter le diagnostic. 11 n'y a donc pas de différence absolue entre certaines fatigues simples et certaines paralysies générales au début.

Pourtant, le plus souvent, on s'aperçoit que la fatigue intellectuelle alléguée par le malade s'est produite sans surmenage réel, qu'elle est disproportionnée à l'effort, que l'intéressé est plus impressionnable, plus irritable, et il n'est pas rare, si on le connaît depuis quelque temps déjà, de trouver dans sa piiysionomie quelque chose de chauffé. Ce sont des impressions délicates, parfois fugitives, que quelques jours de repos feront disparaître pour un certain temps encore, mais qui ne trompent guère le médecin expérimenté.

Ces mêmes impressions se retrouvent quand ce n'est pas le

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malade qui est venjule lui-même au médecin. Elles sont alors plus nettes, parce que la maladie est plus avancée, c'est un incident qui a attiré l'attention de l'entourage. A ce moment, la forme des troubles est très variable. Parfois c'est de la diminution intellectuelle, qui frappe notamment s'il s'agit d'un chef, avec des troubles de mémoire qui étonnent; c'est le même ordre donné plusieurs fois dans la journée, ou des ordres contradictoires, ou l'oubli de l'un des actes réguliers et quotidiens de la vie militaire, ou encore une impuissance subite à prendre une décision, une sorte d'annihilation de la volonté. C'est souvent aussi des troubles du caractère, soit de l'irrilabilité impulsive, soit simplement une sorte de défiance irraisonnée chez quelqu'un de nature ouverte et normalement expansive.

C'est plus rarement de l'excitation cérébrale avec ses conséquences, activité désordonnée, insomnie, tendance au délire avec euphorie et satisfaction. Ce sont là des formes ti'ès rapides en général, et qui ne se voient guère qu'à la suite de circonstances particulières, surmenage physique et moral, qui ont brusquement épuisé la résistance du sujet. Ces formes avec excitation se voientaussi à l'intérieur, à la suile d'épisodes d'alcoolisme. On sait que ces épisodes ont eux-mêmes quelque chose de pathologique, et traduisent l'excitation cérébrale. De même, chez certains sujets, l'exaltation porte sur les fonctions sexuelles.

C'est à l'excitation cérébrale déjà démentielle qu'il faut rapporter les excentricités, l'acte imprévu et sans molif par lequel, au fond, se révèlent la plupart des paralytiques généraux. C'est un détail de tenue ou d'équipement, c'est une niche stupide faite à un camarade, avec un entêtement singulier à la renouveler. Un homme s'était mis à enlever tous les clous de ses souliei's. On s'en aperçoit — reproches, punition. Il recommence plusieurs fois de suite. Ce qui frappe aussi, c'est que les paralytiques généraux ne .sont plus des enfants. Ils ont en généi'al la quarantaine, et les excentricités ou les plaisanteries de mauvais goût ne sont ni de leur «Ige, ni le plus souvent de leur caractère antérieur.

Il n'est pas rare que l'excentricité soit liée directement à l'excitation cérébrale, et au lieu d'être un acte insignifiant, mais illogique, témoigne déjà de l'état du cerveau. Un gendarme^, retour du front depuis quelque temps, et n'ayant jusque-là donné lieu à aucune appréciation fâcheuse, fait la tournée de conseil de révision. Le voisinage des autorités, les bons repas arrosés convenablement déclanchent l'excitation. Dans les suspensions de

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séance il se met à haranguer les populations, donne aux villageoises des conseils sur les soins à donner aux enfants, pérore sur la dépopulation. Une remontrance ne fait que développer le scandale. On me l'envoie d'urgence. On apprend qu'il est marié et qu'il a des enfants, mais il l'a complètement oublié. Jusqu'aux jours précédents on reconstitue sa vie et la manière dont il a fait son service, et l'on ne trouve rien d'anormal. Or il n'est pas douteux que chez lui les troubles étaient déjà assez avancés.

Les délits. — Il est facile de comprendre dans ces conditions que la maladie puisse aussi bien être révélée par un acte nettement délictueux. Cela se voit dans la vie civile, où les occasions de faute sont singulièrement moins nombreuses que dans la vie militaire, et où il y a bien plus de chances qu'elles passent inaperçues. Les principales infractions des paralytiques sont la fugue, et le vol. Toutes deux retrouveront leur place au chapitre Médecine légale. Il faut remarquer simplement ici que tous ces délits ont un caractère commun : leur maladresse. Ils portent le cachet démentiel.

Sans aller jusqu'au délit, qui traduit l'automatisme cérébral et l'absence de contrôle de l'intelligence et de la volonté, il y a des cas où le sujet manifeste une exagération de ses actes réflexes qui est de même nature. Par exemple un paralytique général tabétique, vu par Logre, et qui, à la suite il est vrai d'un épisode commotionnel, était pris, chaque fois qu'il entendait siffler un obus, d'un désarroi psychique et physique intense, avec sueurs, agitation affolée et incontinence d'urine. Celle-ci, qui pouvait sembler purement émotionnelle, était due en réalité à des troubles sphinctériens labétiques.

Signes physiques ■— A cette première période, les troubles mentaux profonds, qui rendent facile le diagnostic de la paralysie générale confirmée, se réduisent donc à des lacunes, avec excitation cérébrale possible, troubles du caractère, tendance à la mégalomanie ou plus exactement à l'euphoiie satisfaite. C'en est assez pour mériter la réflexion et des appréhensions, non pour faire un diagnostic. Aussi faut-il être à l'alfût des signes physiques, dont l'existence donnera une grosse valeur aux constatations psychologiques.

Dès ce moment, il n'est pas rare qu'il existe un certain trouble dans la tonicité musculaire, particulièrement marqué à la face,

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