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PARALYSIE GÉNÉRALE

OÙ la moindre irrégularité dans le tonus de cette musculature compliquée change la physionomie. Souvent, les traits paraissent tombants, ou, en faisant faire au malade une grimace, on découvre une dissociation de la mimique. Plus rarement, on peut déjà saisir quelques secousses légères dans les muscles de la face, les orbiculaires notamment. Ce sont des secousses fasciculaires, larges et brèves, sortes d'ondes courant le long du muscle. En général, les pupilles sont déjà paresseuses, avec signe d'Argyll- Robertson, ou bien au contraire elles ont des réactions excessives et oscillantes ; l'inégalité est d'ordinaire un phénomène plus tardif. Le tremblement de la langue est à cette période un tremblement verraiculaire sans mouvements en masse. Mais il y a aussi un tremblement fin des mains, et surtout du corps tout entier, fin et rapide, que l'on perçoittrès nettement en posant les mains sur les épaules du sujet, placé debout, devant soi. Ce tremblement a une valeur clinique importante dans les cas douteux. De môme, l'auscultation du cœur révèle souvent une prolongation nette du premier bruit, à caractère un peu bondissant, qui traduit l'éréthisme circulatoire. Le liquide céphalo-rachidien présente de la lymphocytose avec albuminose.

Les réflexes rotuliens sont augmentés le plus souvenL. Enfin on surveillera \diparole de manière à percevoir les achoppements caractéristiques qui se produisent quelquefois dès ce moment, au moins à intervalles espacés.

'L'écriture — par les oublis de mots ou de lettres, et les fautes d'orthographe non en rapport avec l'instruction dusujel — traduit le trouble mental. Le caractère tremblé correspond aux troubles musculaires. Parfois des majuscules désordonnées sont la signature de l'état raégalomaniaque commençant.

Formes et évolution. — Il existe donc tout un ensemble de signes cliniques qui le plus souvent permettent une conviction, dès l'instant où la pensée de la paralysie générale s'est présentée à l'esprit du médecin. Mais un de leurs caractères est d'être inconstants et légers; il n'y a donc pas lieu de s'étonner de ce que beaucoup d'erreurs soient commises. Du reste, on se souvient que, lorsqu'il y a eu antérieurement un épisode coniraotionnel, cei-lains des signes physiques, et parmi les plus précis, comme la lymphocytose rachidienne, perdent beaucoup de leur valeur.

Parfois encore, c'est un ictus qui a ouvert la scène. On devra

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le distinguer d'une crise épileptique, s'il s'est accompagné de convulsions, ou d'une attaque d'apoplexie ordinaire, s'il a été hémiplégique. On se souviendra que les ictus dont le malade sort rapidement, ne conservant pas de paralysie, ont toute chance d'être des accidents de paralysie générale.

L'évolution ultérieure peut être très lente, comme chez beaucoup de paralytiques d'avant-guerre. Mais il semble bien que, dans l'ensemble, nos paralytiques évoluent beaucoup plus vite, surtout ceux qui proviennent des armées. Cette constatation, faite parCharon à Dury dès les derniers mois de 1914, correspond tout à fait à ce que j'ai observé. Elle s'applique assurément surtout aux formes avec excitation, mais même à celles qui ont commencé par une sorte d'état neurasthénique et dépressif. Nous verrons, au chapitre des réformes, les conclusions pratiques à en tirer.

Quant aux signes de la paralysie générale confirmée, il est inutile de s'y arrêter. Quand le hasard laisse un de ces malades dans l'armée, c'est qu'il a été privé d'un examen médical, qui remettra vite les choses au point parla réforme ou l'internement.

Traitement. — Le trailenient hygiénique simple, décongestionnant, avec antisepsie intestinale et repos complet, est toujours ce qu'il y a de plus prudent pour ralentir la marche des accidents.

Mais une grave question se pose, celle du traitement spécifique. Certaines considérations paraissent au premier abord décisives : le pronostic de la paralysie générale étant fatal, on ne risque rien à essayer ; la nalure syphilitique de la paralysie générale est attestée par une réaction de Wassermann positive dans 80 0/0 des cas dans le liquide céphalo-rachidien et par la présence du tréponème dans le cerveau de paralytiques ; il est possible qu'un traitement énergique et précoce soit couronné de succès.

En réponse, il faut noter que les injections mercurielles ont fait aujourd'hui leurs preuves d'inefficacité thérapeutique, et parfois même de dangers — que les arsénobenzols ont paru nettement plus dangereux el tout aussi inefficaces, à l'exception toutefois de la méthode des injections inira-rachidiennes de sérum salvarsanisé, de Swift el Ellis, dont nous n'avons pas l'expérience en France, mais qui a donné au moins des espérances aux neurologistes américains. Le résultat est donc hypothétique et périlleux, dans l'hypothèse la plus favorable.

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