‹ Troubles mentaux de guerreChapitre 34 sur 95 · V. - PSYCHASTHENIE · texte numérisé non relu

V. - PSYCHASTHENIE

Les gens qui figurent dans ce chapitre n'ont pas une bonne presse. Gomme ils ne prennent pas de crises convulsives, on est moins pressé de se débarrasser d'eux que des épileptiques ou des hystériques, et, du moment qu'on les conserve dans l'armée, on a beaucoup plus de tendance à les considérer comme des exagérateurs ou des simulateurs, d'autant qu'à l'occasion de leurs souffrances ils obsèdent les médecins et le commandement autant qu'eux-mêmes. Et pourtant ce sont des gens très malheureux, d'autant plus que le fondement de leurs erreurs, de leurs idées fixes, de leurs obsessions, c'est une peur, tare inavouable et justement (létrie au temps présent.

Il en est de toutes soi'tes et de toutes variétés, de tout âge et de toute condition, il en est aussi, ce qui rend parfois la solution plus difficile, de toute l'échelle de la résistance physique. Ce qu'il faut bien concevoir c'est, à côté des autres névrosés, l'existence de ce type, qui constitue les véritables névropathes, mais les névropathes graves, ceux qui sont à mi-clierain entre la raison et le délire. La variété de leur apparence clinique, la difficulté souvent assez grande de l'examen psychologique leur ont nui. Ils sont mal connus et surtout mal jugés.

On ne peut ici en indiquer que quelques types, mais ils serviront de guides par analogie.

La névrose d'angoisse et les phobies spécialisées. — l'our la commodité, et surtout la brièveté de la description, on peut réunir les paroxysmes anxieux, avec tachycardie notable et hypotension, malaise indéfinissable et réactions vaso-motrices extrêmes, survenant sans cause apparente — et ceux, du même ordre, qui se produisent à l'occasion d'une cause, toujours la même. Les uns et les autres de ces malades souffrent d'une manière pénible, sans que la thérapeutique obtienne chez eux de résultats brillants. Ce sont les antécédents qui permettent de fixer le diagnostic, et d'éliminer l'hypothèse de simulation. Presque toujours on retrouve des antécédents héréditaires et collatéraux chargés. L'hérédité n'est pas seulement névropathique ici, elle peut être nettement vésanique. Ce sont des enfants ou des neveux de déséquilibrés, d'alcooliques impulsifs, d'intoxiqués, de

paralytiques généraux, de persécutés, de déments précoces, etc. Parfois quand il s'agit d'hérédité névropathique, elle est similaire ; c'est la même peur, ou presque, qui a empoisonné la vie de l'ascendant.

Il faut aussi tenir compte des antécédents personnels. Il y en a quatre, entre autres, qui se retrouvent dans beaucoup d'observations ; c'est, par ordre de fréquence croissante, si je me reporte à des impressions personnelles qui auraient besoin d'être confirmées : Y alcoolisme, la fièvre typhoïde, la syphilis, et enfin surtout les traumatismes crâniens. Il y a peu d'alcooliques dans le nombre, les anciens typhiques me paraissent être des gens chez lesquels le système nerveux du cœur aussi bien que le myocarde sont restés touchés par la toxine. Pour la syphilis, il ne s'agit ici que de l'influence déprimante générale qu'elle exerce sur les malades, et non de la crainte spéciale qui se lie à elle, la syphilophobie.

Mais je crois qu'il laut attacher une grande importance aux traumatismes crâniens : les chutes de cheval, les accidents d'automobile et surtout de motocyclette, sont des circonstances d'où l'on peut sortir i> fêlé ». Et ce sera alors sous forme de crises d'angoisse. Tel malade, par ailleurs normal, et même brave, aura la peur des espaces, {'agoraphobie vraie. J'ai vu des hommes, qui s'étaient bien conduits au feu, parce qu'ils étaient au contact immédiat de leur pièce ou de leur caisson, être pris, au dépôt, dans la cour du quartier, d'une angoisse paralysante et atroce. La réalité de leurs sensations s'apprécie par l'examen de l'appareil circulatoire, en état d'éréthisme avec adolement et hypotension artérielle. On trouvera quelquefois chez eux un soupçon de goitre exophtalmique.

D'autres ont la peur anxieuse du chemin de fer, des tunnels notamment ; d'autres obsédés phobiques, dont la place n'est vraiment pas au front, ne peuvent s'empêcher de se laver les mains lout le jour.

D'autres encore sont assiégés par le doute, vérifient indéfiniment ce qu'ils viennent de faire ; on peut varier les exemples à l'infini. Pour tous, peu d'espoir thérapeutique. La seule question utile est celle de la manière dont ils seront employés, en général dans le service auxiliaire.

Les hypochondriaques. —Les liypochondriaques, ce sont à peu près les malades imaginaires. Eux aussi présentent cette curieuse

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particularité qu'ils témoignent, vis-à-vis d'une maladie insignifiante ou inexistante, d'une pusillanimité extraordinaire, alors qu'ils se sont montrés capables de faire leur devoir au front de la manière la plus honorable.

Les idées bypochondriaques peuvent s'attacher à un organe ou à une maladie quelconque, mais il y en a qui ont une ténacité et une intensité particulières.

La crainte de la syphilis est du nombre. La diffusion récente de la syphilis y a peut-être conliibué. mais elle ne l'a pas créée. Cette phobie est très ancienne ; ses manifestations ont dû souvent être interprétées comme relevant de la « folie syphilitique », terme inexactement compréhensif, qui englobait à la fois des symptômes uniquement névropathiqiies comme dans le cas présent, des confusions mentales de la période secondaire, sur la nature desquelles il y aurait beaucoup à dire, et enfin la paralysie générale. De tout cet ensemble disparate, il ne reste aujourd'hui, au compte direct de la syphilis, que les accidents tardifs. Encore, pour la paralysie générale, le problème est-il compliqué. Mais en tous cas, des folies syphilitiques du début, rien ne subsiste. La confusion mentale de la période secondaire, que l'on voit chez de grands prédisposés, paraît bien être le plus souvent une confusion mentale émotive, comme Colin et Lautier viennent d'en fournir des exemples tout à fait démonstratifs.

Quant à la syphilophobie sans psychose proprement dite, tout indique qu'elle est uniquement névropathique : le tempérament des sujets, l'existence d'autres craintes morbides chez eux ou dans la famille proche, le fait surtout qu'elle n'est jamais si marquée que chez ceux qui se croient syphilitiques, et qui ne le sont pas. Quoi qu'il en soit, il s'agit parfois de grands malades, chez lesquels la crainte de se servir d'objets contaminés l'end la vie impossible au régiment, lorsqu'ils en sont encore à craindre la contamination, et qui d'autre part délirent positivement lorsqu'ils se croient atteints, Xon seulement ils obsèdent les médecins pour qu'on leur applique les traitements les plus énergiques et les plus modernes, mais ils vontencore, victimes désignées pour les officines louches, se faire injecter des drogues diverses dont l'action est parfois néfaste sur leur état général. Pratiquement, malgré la bénignité apparente de leurs troubles, ce sont des gens inutilisables. Du reste, les cas vraiment graves ne guérissent presque jamais ; il en est qui se terminent par le suicide.

On peut en dire presque autant des psychopathes de la mie-

lion, de tous les/awa; urinaireu^ qui se plaignent d'un rétrécissement, en chargeant de toute sorte de responsabilités une vieille blennorragie guérie sans traces depuis longtejiips. Ue même aussi pour les sperraatorrliéiques, vrais ou faux, et qui sont seulement des obsédés génitaux, parfois avec excès vénériens antérieurs — ou plus souvent timidité de l'acte normal, mysogynie et pratiques solitaires. Ces malades sont plus fréquents qu'on ne le croit. S'ils sont de robuste constitution, ce qui est rare, on peut essayer de les laisser dans le service armé, avec l'espoir un peu vague que les circonstances de la guerre détourneront le cours de leurs idées. Mais leur emploi est plus difficile s ils sont malingies. Un peu de bromure de potassium, à faible dose, et de l'hydrothérapie froide avec relèvement de l'état général seront des moyens de traitement rationnels, efficaces tout au plus dans les cas légers.

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