VII. — INDIGÈNES DES COLONIES
On ne peut qu'ébaucher une psychologie patiiologique des diverses races d'indigènes de nos colonies et pays de protectorat qui sont en ce moment, représentées dans nos armées. Le principal écueil en présence de chaque cas est la difficulté de comprendre et d'être compris, le meilleur des interprèles ne valant pas beaucoup plus que la simple observation muette. Il y a cependant une double constatation à l'aire : un petit nombre de ces gens sont des dépaysés, qui souffrent de nostalgie. Un nombre, très limité parmi les troupes combattanles musulmanes, considérable parmi les travailleurs algériens, noirs et jaunes des usines de guerre, présente des accidents aicoohques. Sous l'influence de l'alcool, se manifestent des psychoses aiguës, qui sont de deux types : confusion mentale hallucinatoire avec grande agitation et réactions maniaques — et type dépressif avec refus d'alimentation et tentative de suicide.
Hors de là, à en juger par les observations d'un service où ont passé déjà beaucoup d'exotiques et par le compte rendu du service de Porot à Alger, il n'y a guère que des cas exceptionnels. J'ai vu — Porot également — des démences précoces très nettes, un délire de caractère mystique chez un musulman, sans grande exaltation et sans apparence nette de confusion mentale, en sorte que l'influence toxique n'est pas probable. Lautier en a publié un très intéressant, provenant du service de H. Colin.
On sait qu'une observation déjà ancienne mentionne l'immunité des races indigènes aux accidents de la parasyphilis, fait d'autant plus frappant que les syphilis exotiques sont parfois d'une extrême malignité et sont très répandues. Depuis quelques années, cette notion s'est transformée, ou si l'on peut dire, confirmée par sa modification même. Il est apparu très nettement à Warnock au Caire, aussi bien qu'à nos médecins militaires du Nord-Afrique que cette immunité s'épuisait dès l'instant où les populations, adoptant plus ou moins la vie européenne et en tous
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cas perdant leur calme primilif, s'intoxiquant et se fatiguant, surmenaient leur cerveau. J'ai l'impression, reposant seulement surdes conversations de médecins, qui sont instructives mais manquent d'objectivité, que la guerre présente confirmera encore cette notion, en sorte que se trouvera justifiée une fois de plus la formule étiologique de la paralysie générale qu'avait posée Kraift-Ebing : syphilisation, civilisation.
Il est en tous cas tout à fait regrettable que les mesures édictées à l'intérieur contre l'alcoolisation des travailleurs coloniaux aient été en beaucoup de régions, sinon tenues pour lettre morte, du moins très insuffisamment appliquées. Elles eussent nécessité des sanctions contre les débitants contrevenants. Ces sanctions eussent été d'aulant plus efficaces que pour les musulmans le Ramadan venait aider la tâche de l'autorité. Avec la fermeture générale aux heures de nuit, durant lesquelles le jeûne est suspendu, avec la fermeture permanente pour les débils en contravention, on pouvait tout à la fois éviter une contamination physique et morale dont il n'est que trop facile de prévoir les effets quand ces gens seront retournés dans leur pays, faire une expérience utile en ce qui concerne la consommation française, et conserver de l'alcool pour la défense nationale. Mais l'aveuglement ou l'impuissance des gouvernements en matière d'alcoolisme ne l'a pas voulu. M. Albert Thomas a publié à cet égard des circulaires excellentes, malheureusement il ne lui était pas donné d'en poursuivre l'application.