LA SIMULATION ET LES ALIÉNÉS MÉCONNUS
leurs complets, qui sont en même temps de grands aliénés. A la veille de la guerre, Haury a rapporté l'observation d'un soldat, qui avait simulé complètement une amaurose d'un œil, et qui était en même temps, de toute évidence, un dément précoce authentique. De tels faits sont rai'es heureusement, car ils compliquent singulièrement la tâche des experts.
Un dernier mot à propos de la simulation et de l'exagération . Nous recevons parfois, dans les centres neuropsychiatriques, des hommes envoyés « pour examen mental » avec le diagnostic provisoire de pithiatisme ou d'exagération, et qui n'ont ni hystérie ni tendance simulatrice Ce sont notamment des neurasthéniques par débilité organique constitutionnelle, ou provoquée par un appoint tuberculeux. Ce sont aussi, assez souvent, des hommes au système circulatoire forcé par les faligues de la guerre, ou par une commotion, auxquels tout effort est impossible sous peine d'une tachycardie extrême, que l'on se presse trop de qualifier de névropathique.
En tous cas, l'examen de ces v névroses » de l'appareil circulatoire, lorsqu'il est fait avec les méthodes modernes d'appréciation de l'aptitude fonclionnelle du cœur (pression artérielle à l'oscillomètre de Pnchon, épreuve de Lian, etc.) manifeste, soit une diminution de la résistance du myocarde, soit des phénomènes complexes, comme le basedowisme. Il s'agit donc de troubles fonctionnels réels, et non de nervosisme pur- ou d'exagération plus ou moins consciente.
Les aliénés méconnus. — En psychiatrie militaire, il n'y a donc pas grand danger de se Iroraper en prenant pour malade un homme qui ne l'est pas. Mais on risque souvent de méconnaître l'état mental pathologique d'un sujet. Comme le disait (Iranjux en 1899, en présence des délits « le commandement trouve dans l'indiscipline une cause si naturelle et explicpiant si bien tous les événements qu'il ne peut se demander s'il y a autre chose ». Et, comme le dit encore Haury, « le commandement ne peut pas savoir qu'en réalité il n'y a rien qui ressemble plus à un acte fautif, à un acte pervers, qu'un acte morbide, et à un coupable qu'un aliéné Et il ne se doute pas que dans l'armée, où le nombre des actes contraires à la règle et par conséquent réprimés est très élevé (en raison même de la fréquence plus grande là qu'ailleurs de leur occasion — de par la multiplicité des prescriptions et la rigueur des règlements — comme aussi de par la nécessité
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iminédiale de la répression qui les souligne), beaucoup plus de malades que partout ailleurs peuvent être aisément considérés comme de simples délinquants et punis comme tels » {Les anormaux et les malades mentaux au régiment, p. 232).
Ces lignes écrites pour le temps de paix trouvent dans les circonstances de guerre une justification et une application de tous les instants. Régis, Pactet et Colin, avaient fait autrefois des découvertes véritables dans les prisons militaires. C'est également à l'occasion de répressions nécessaires que, depuis la guerre, cette question des aliénés méconnus s'est trouvée posée. Déjà, à l'occasion des dernières lois militaires, le Parlement avait indiqué l'importance qu'il attachait à des e.\perlises psychiatriques nombreuses. Les circonstances ont conduit sans doute les juridictions militaires à partager celte impression. Au Centre de Lyon, les expertises psycliialriques qui sont demandées par les rapporteurs du Conseil de guerre sont de plus en plus nombreuses ; certaines, pour lesquelles le rapporteur avait obéi à un scrupule qui pouvait paraître exagéré de prime abord, ont révélé des états palliologiques tout à fait nels, et dont le premier signe extérieur, si l'on peut dire, a été l'infraction pour laquelle les malades étaient poursuivis. Parmi les maladies mentales qui sont le plus aisément méconnues, en raison de la lucidité apparente des sujets, il faut faire une place à pari à la paralijsie ijtnérale au début, dans sa phase « médico-légale ». à la démence précoce, au délire chronique de ■persécution^ à Vépilepsie.
11 y a d'aulre part deux catégories militaires parmi lesquelles on est sûr de trouver des aliénés méconnus en les cberchanl, ce sont les engagés volontaires d'avant la guerre, et les hommes pris bons absents.
.le dis à dessein, engagés volontaires d'avant la guerre — car ceux-lci étaient bien différents des engagés volontaires, hommes de tout âge dégagés de toute obligation militaire — qui se sont enrôlés pour répondre à l'appel do la patrie. A peine trouveraiton, parmi ceux-ci, quelques déséquilibrés en quC'le d'aventures. Le niveau moyen des engagemenls a été très élevé. Mais les engagés d'avant guerre, le (ils de famille « qui l'ait le désespoir de ses pai'enls », le jeune chenapan qui n'a jamais voulu travailler, et quel'o» engage pour s'en débarrasser, ou bien encore le casse-cou qui veut voir du pays, tous ces gens avaient parmi
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eux une forte proportion de névropalhes, d'excités et de déséquilibrés .
Quant aux « bons absents », auxquels Haury s'est attaché avec une pénétration et une persévérance méritoires et fructueuses, quelle collection d'imbéciles totaux, d'idiots crétinoïdes, de simples débiles, qui ne sont pas venus au conseil de révision parce qu'ils n'avaient pas de parents et vivaient en sauvages dans leur campagne, ne sachant rien et ne comprenant rien ; quel ramassis de déments précoces, de jeunes persécutés, d'alcooliques impulsifs, de sujets plus ou moins inutilisables et dangereux !