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Ceux qui avouent trop facilement

Haury a bien souligné le caractère de certains hommes, apathiques à l'excès, mous, paresseux, négligents, types passifs mais complets de mauvais soldats, qui un beau jour, soit qu'ils aient fait une faute, comme une fugue, soit qu'ils soient simplement soupçonnés d'un délit dont l'auteur est inconnu, ont à répondre à un interrogatoire. Un observateur attentif se rendra compte qu'ils répondent par oui ou par non, mais qu'ils semblent égarés et perdus, en tous cas inertes, si on leur demande une précision. En réalité on leur souffle leurs réponses : « Vous êtes allé à tel endroit. — Oui. — Vous avez fait telle chose. — Oui. — Vous aviez un complice. — Oui. — C'est un tel. — Oui ». De telles déclarations font très bien sur un procès-verbal d'enquête, et cependant, si une autre personne interroge le même sujet un instant après, avec une autre présomption, et par conséquent en le suggestionnant autrement, elle obtiendra des « aveux » absolument différents.

Ces hommes sont des débiles mentaux, sur le chemin de la démence précoce. Leur apathie chronique est voisine de la stupeur, ou tout au moins de cet extrême détachement des choses

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qui traduit le crépuscule mental de certains déments précoces. S'ils ont fait une fugue, c'est dans un instant de confusion, ou mieux d'arrêt cérébral. Ils ne savent pas ce qu'ils ont fait. Ils sont, sous des apparences encore présentables, aussi abrutis qu'un vieil ivrogne en plein accès ébrieux. Et comme lui, ils redisent volontiers ce qu'on leur suggère, parfois le confirmant simplement par oui ou par non, parfois répétant en écho la question posée. Experts, méfiez-vous des hommes qui par leurs aveux semblent faire si grand honneur à votre perspicacité.

I 4. — Ceux qui ont l'air" de se moquer de vous.

Ne vous fâchez pas contre ceux qui ont l'air de se moquer de vous, vous perdriez vos moyens, et il faut absolument que vous sachiez si ce sont ou de mauvais drôles, ou des déments précoces, dont le rire subit, un peu explosif, est un symptôme si précieux et si hâtif, ou bien simplement des débiles, des niais, qui sourient éternellement, d'un demi-sourire qui serait fin s'il ne durait qu'un instant. Oh ! ce sourire du débile, il est exaspérant. Il est comme la plainte exagérée ou injustifiée que le débile poursuit parfois contre une infirmité ou un malaise sans importance, c'est un accessoire de la mendicité qui caractérise sa nature. Le débile sourit, pour que les gens et les choses lui soient favorables, ou bien il sourit sans savoir pourquoi.

Certains persécutés aussi sourient, d'un sourire singulier, plein de mystère. C'est quand ils se rendent compte d'un détail nouveau, qui vient confirmer leur conviction délirante, quand ils ont une « preuve » de plus. C'est le sourire satisfait de l'homme à qui l'événement donne raison, et c'est en même temps le sourire supérieur de celui à qui l'on n'en fait point accroire. Ou bien c'est le sourire, moqueur en effet, mais hostile aussi, du persécuté réticent qui vous voit battre les buissons et q li ne dira pas son secret.

Mais de tous, c'est le dément précoce qui est le plus déroutant, le plus insolent, peut-être aussi le plus difficile à identifier.

I 5. — Ceux qui ont le cafard.

Ne soyez pas apitoyés trop facilement par ces anciens « joyeux » ou par ces coloniaux qui vous diront que s'ils ont tiré une bordée, c'est parce qu'ils avaient le « cafard » et que, lorsque le

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cafard les prend, il n'y a plus rien à faire qu'à attendre qu'il ait passé. Le cafard a bon dos. Les médecins militaires qui, avant la guerre, l'ont étudié de près, et longtemps, nous ont montré la part de l'alcoolisme dans cet état d'obsession et d'impulsion. Chez des prédisposés, il est possible que cet appoint soit moins important, mais il demeure de beaucoup la grande cause à la fois de l'état de trouble, et de l'acte impulsif lui-même.

I 6. — Ceux qui sautent le mur.

Nous nous sommes expliqués sur les fugueurs, etaussi sur les déséquilibrés indisciplinés. Mais parmi les sujets de cette double catégorie, il y en a vraiment qui abusent. Il y en a qu'aucune discipline ne peut tenir enfermés, qui s'évadent de tous les lieux d'observation, de tous les locaux disciplinaires ou de répression, simplement par un instinct sauvage de liberté, sans qu'il y ait ni tendance dipsomaniaque, ni appétence sexuelle dans leur histoire. Ces gens, précisément parce qu'ils ne sont pas nécessairement des tarés alcooliques, peuvent faire d'excellents soldats, surtout comme troupe d'attaque pour un effort déterminé. Ils sont le bon élément des indisciplinés.

Il y en avait un certain nombre parmi les anciens légionnaires ; il y en avait aussi parmi les condamnés par contumace pour désertion, rentrés en France à la mobilisation. .T'en ai vu dont l'état signalétique portait une série de désertions, d'insoumissions, et auxquels on n'avait jamais pu reprocher auti'e chose. Nous les retrouverons à propos des solutions; en ce qui les concerne, la décision n'est pas toujours commode.

Il va de soi que ces gens ne sont qu'une minorité infime parmi tous ceux qui sautent le mur. Mais pour eux, le geste est comme symbolique : il constitue toute leur délinquance, tout leur état pathologique, et il se reproduit quoi qu'on fasse. C'est proprement ce qui les distingue des mauvais sujets.

I 7. — Ceux qui n'osent plus revenir.

Ils sont bien un certain nombre, parmi ceux partis illégalement, qui ont prolongé leur absence simplement parce que l'heure ayant sonné où ils étaient portés déserteurs, ils n'ont plus osé revenir. Cela se voit chez des enfants qui font l'école buis-

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sonnière, comment cela ne serait-il pas chez ces hommes auxquels un moment de liberté volée doit coûter si cher ?

De fait, ceux-là sont de grands enfants, ce sont des débiles surtout, suggestionnables mais sans décision et sans volonté; ils ont subi l'entraînement d'un camarade ou l'attrait d'un désir. Us sont partis en se disant qu'ils pouvaient bien s'accorder ces petites vacances, qu'ils rentreraient à temps pour que cela ne soit pas grave, et qu'ils ne seraient pas punis, ou seulement très peu. Les circonstances ont été plus fortes qu'eux-mêmes, et ils ont été pris. Avant la guerre, Rebierre leur avait consacré une jolie étude, le Timide délinquant.

Assurément il ne faudrait pas que le fait d'avoir prolongé l'absence fût interprété comme une excuse, mais quand il est établi que le coupable n'a pas osé rentrer, c'est une indication sur son état mental, et la possibilité de trouver là une ;explication. Cette timidité particulière ressort paifois des faits. Certains de ces sujets, qui avaient dans l'armée une situation très supportable, même sans risques, comme auxiliaires de vieilles classes. par exemple, ont mené au cours d'une fugue, une existence affreusement misérable. Il ne tenait qu'à eux de rentrer dans la vie normale, mais ils n'ont pas osé, craignant plus encore le moment où ils devraient se livrer que les sanctions ellesmêmes.

Certains ont été vus rôdant au voisinage de la caserne, dans l'espoir qu'on viendrait les arrêter et leur éviter l'effort de la détermination.

Quand les choses en sont à ce point, il est bien certain qu'il nes'agitpas de gens normaux. Ce sont, avec beaucoup d'autres, de grands enfants, dans cette famille immense qu'est l'armée, et où il est si difficile de concilier une discipline, plus indispensable que jamais, avec l'individualisation de la peine et avec une certaine souplesse dans les moyens de répression.

A ce point de vue médico-légal, qui se présente bien avant l'instruction devant le Conseil de guerre, et dès l'enquête au corps de troupe, le médecin instruit peut être un auxiliaire précieux pour le commandement. Lui seul pourra donner les raisons médicales par lesquelles certains sont à encourager, d'autres à punir, certains à conserver sous une surveillance ferme, d'autres à éliminer au plus tôt, parce que, ici comme dans la famille, l'exemple est le plus puissant moyen d'éducation.

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