‹ Troubles mentaux de guerreChapitre 51 sur 95 · CAS SPÉCIAUX · texte numérisé non relu

CAS SPÉCIAUX

Beaucoup de nos malades ne pourront certainement pas repartir dans le service armé ou dans leur arme d'origine. Il y a donc des solutions à proposer quant i"i leur situation et quant à leur affectation, défalcation faite des gens à réformer, que nous retrouverons plus loin.

Le classement dans le service auxiliaire s'applique assez fréquemment, soit à titre de conséquence du fait de guerre, soit comme résultant d'un état indépendant du service.

Il convient aux commotionnés moyens, capables de faire un service à peu près régulier, mais demeurant fragiles, et surtout susceptibles au bruit et aux ébranlements. Ceux-h'i ne doivent pas retourner au front. Même observation pour les 6/es«ésrfMcraHe légers, avec petite trépanation respectant la dure-mère, ou la table interne, ou encore bonne cicatrice bien ossifiée avec un minimum de troubles congestifs. En tous cas le blessé du crâne, sauf les cas très légers, est définitivement inapte à tout service à l'avant.

Même indication pour les déprimés mélancoliques utilisableSy

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certains confus, des délirants légers el en apparence guéris, pour des maniaques à accès rares, pour un nombre considérable de débiles mentaux, aptes à servir conmme manœuvres, mais dont à aucun degré la place n'est au front. Le malheur est que trop souvent à ces débiles il manque des cadres, etils finissent par ne pouvoir même pas être utilisés comme manouvriers, parce qu'on change trop souvent leurs sous-officiers ou le travail qu'on leur confie. Ils sont alors perdus, s'alTolent ou se relerment, et on n'en peut plus rien tirer. Et pourtant, sous l'apparence presque bestiale de leur physionomie, une expression intelligente s'allume lorsqu'il s'agit de ce qu'ils peuvent comprendre, de ce qui est au niveau de leurs capacités ou en rapport avec leurs habitudes. Un débile, qui était dans le service d'une inertie totale, désorienté et peureux et qui paraissait incapable de se conduire, venait d'être réformé : et au moment de le mettre en roule nous prenions des dispositions, devant lui, pour le faire accompagner. El lui, se mêlant à la conversation : « Oh, je saurai bien reconnaître mon village 1), dit-il. Ce n'était pas un simulateur; il ne « faisait pas la bête ». Mais il n'avait qu'un certain nombre d'acquisitions à sa disposition, el ne pouvait s'évader de la routine où il s'était mû jusqu'alors.

Il ne faut pas mettre dans l'auxiliaire des hommes dont l'état doit nécessairement s'aggraver, comme des paralytiques généraux au début, même s'il ne s'agit que d'une forme à marche très lente. De même pour les déments précoces. Il faut aussi en écarter tous ceux qui peuvent être dangereux à un moment donné. Une exception est à faire pour certains épileptiques à crises rares. Ceux-ci peuvent bien, comme nous l'avons vu, être dangereux au moment de leurs crises, par le moyen d'un équivalent psychique. Mais, quand il ne s'agit que de crises revenant de loin en loin, tous les 5 ou 6 mois, el qu'elles n'ont pas pour caractère habituel de se traduire par des manifestations psychiques, nous avons pris l'habitude de ne pas réformer, et de proposer pour le service auxiliaiie, en prévenant le médecin du corps. Ce détail est indispensable : ces hommes ne peuvent être conservés qu'à condition qu'on ne leur donne pas un service spécialement dangereux — et il faut que leur existence ne soit pas plus menacée par une crise qu'elle ne serait dans la vie civile. Sans quoi la responsabilité de l'Etat pourrait intervenir gravemenl. Donc pas d'équitation, pasderaolocyclette,pas d'automobile.

Au Centre de Paris, Marcel Briand a pris une disposition ana-

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logue, qu'il a fait connaître par une communication à la Société de Médecine légale (o juillet i9t5). Il esta remarquer que les commissions de réforme, se considérant en général comme liées par l'article 53 de t Instruclion sur faptilude physique au service militaire ainsi conçu : « Fépilepsie (mal comitial) constatée motive l'exemption et la réforme », font des difficultés à accorder le classement dans l'auxiliaire. Si l'on ne peut s'entendre avec la commission sur ces cas à crises rares, on peut adopter la rédaction suivante, proposée par Marcel Briaud : & troubles nerveux, à manifestations intermittentes, incompatibles, eu raison de leur forme, avec le service armé, mais compatibles, en raison de leur rareté, avec le service auxiliaire ».

Il y a avantage à être assez large au point de vue du passage dans l'auxiliaire pour les hommes qui ont des reliquats légers d'encéphalite, ou qui sont guéris de complications cérébrales d'otites, ou encore pour un certain nombre de neurasthéniques et de névropathes sans aucune résistance physique, et qui ne supporteraient pas un entraînement sérieux. Pour ceux dont l'appareil circulatoire est suffisant, qui n'ont pas de troubles profonds du sommeil, et qui n'ont aucun soupçon de tuberculose, on peut au contraire, après convalescence, les renvoyer à leur corps, indiquant qu'ils doivent être managés au début, et soumis à un entraînement progressif.

Le classement dans l'auxiliaire est donc une solution utile pour beaucoup de cas. Ce serait parfait si le recrutement, mieux renseigné sur les aptitudes physiques ou mentales de chaque sujet, devait l'affecter à un emploi qu'il puisse effectivement remplir. Malheureusement, le recrutement ne possède aucune indication de ce genre ; la commission de réforme ne lui en donne pas, en sorte qu'on peut voir un commotionné, auquel le moindre bruit subit donne des vertiges et des élancements douloureux dans la tête, être affecté à un atelier de chaudronnerie ou à une usine métallurgique quelconque.

Nous sommes, de ce lait, consultés parfois sur des demandes de changement d'arme. On ne peut passer en revue tous les cas qui peuvent se présenter. Il y a, du reste, des aptitudes spéciales à différentes armes, notamment l'aviation (personnel naviguant), pour lesquelles un examen assez sévère de l'état nerveux et mental pourrait n'être pas inutile.

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Les cas spéciaux. Les déséquilibrés instables et indisciplinés.

— Il y a enfin des cas spéciaux, sur lesquels les difficultés sont toujours assez grandes. J'ai indiqué celui des épileptiques à crises rares. Celui des déséquilibrés instables et indisciplinés est bien plus instructif.

Ce sont évidemment des malades, ou tout au moins des mal formés cérébralement. Nous l'avons indiqué plus haut et l'accord est unanime sur ce point. Souvent, en fin de compte, après une vie d'aventures plus ou moins longue, ils finissent dans les asiles, et Haury, notamment, a fait œuvre utile en relevant la présence d'anciens déserteurs français à l'Asile de Bel -Air, à Genève. Mais l'accord existe aussi, entre médecins compétents en la matière, sur un autre point -. c'est que beaucoup de ces mauvais sujets seraient parfaitement ulilisables, si on savait les prendre et leur confier les besognes pour lesquelles ils sont faits. Cela est tellement vrai que les troupes d'Afrique ont compris de tout temps une proportion notable de tels éléments, surtout parmi les engagés volontaires. La réputation de ces troupes, soit au cours des expéditions coloniales, soit de la guerre actuelle, n'est plus à faire. C'est également une preuve de leur utilisation possible que beaucoup d'entre eux, ayant été réformés pour troubles mentaux, s'engagent à nouveau, et parfois réussissent à se fixer, pour quelque temps au moins. Seulement l'armée n'est pas préparée à les recevoir, elle n'a pas de formations militaires spéciales qui leur conviennent, elle n'a surtout pas un choix suffisant de cadres qui puissent allier une discipline très ferme avec un sens rigoureux de la justice, et même une certaine douceur à l'occasion.

Ce sont des gens très difficiles à mener, c'est entendu, d'autant que ce n'est pas uniquement la force qui les mène. Ils n'ont pas peur de leurs chefs — ils n'en sont pas à un acte d'indiscipline près, et si, croyant les mater, on les poussait à bout systématiquement, cela pourrait avoir le jour de la bataille les plus graves conséquences. Puis ce sont des personnalités encombrantes et des exemples dangereux. Le médecin-inspecteur Simonin, qui les a bien étudiés dans un article de 1909, indiquait les difficultés pratiques de leur utilisation.

Aussi ne faut-il pas trop s'étonner qu'il n'ait pas été possible de donner satisfaction à un vœu émis en juillet 1916par la Société médico-psychologique, à la suite d'une communication de Nordinan et Bonhomme, et d'une discussion in laquelle avaient pris part

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notararaeat Colin, Pactet, Diipré, Lwofl'. Trénel, Jean Philippe, Haury, et suivie d'un rapport de ce dernier. Le vœu indiquait que si rutilisation de ces anormaux est difficile en temps de paix, elle est désirable en temps de guerre, et qu'elle serait possible notamment si l'on créait à l'avant, de préférence au Maroc et au front d'Orient, des compagnies spéciales de sujets ayant subi au préalable un examen mental de la part d'un médecin aliéniste dans un centre spécialisé. Ces hommes ne devraient jamais séjourner dans les dépôts, pour les raisons que j'ai indiquées plus haut à propos des alcooliques.

Le ministère, auquel on avait également demandé la création de groupes spéciaux formés de persévérateurs neurologiques, n'a pas pensé que les difficultés considérables que soulèveraient ces corps spéciaux seraient suffisamment compensées par l'accroissement d'effectifs auquel elles donneraient lieu, et, avec le regret de relever de l'impôt du sang des gens qui, à tous égards, y sembleraient voués, il a prescrit la réforme n" 2 de ceux qui ne seraient pas utilisables dans des unités normales.

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